Promenades préhistoriques à l'Exposition universelle / par Gabriel de Mortillet,...

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C. Reinwald (Paris). 1867. 1 vol. (187 p.) : ill. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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)
ÏBOMEHADES PREHISTORIQUES
L'ËXPOSITKl IJlVERSELLl
PAU
GABRIEL DE MORTILLET
Diiecteur fies Matériaux pour l'histoire primitive île l'homme.
PARIS
C. REINWALI), UBRAIKU-ÉDITEUR
15, lllllî IMïS SAINTS-I'ÉMiS, 15
*• ■''''■'
18-61:
PROMEMDES PRÉHISTORIQUES
L'EXPOSITION UNIVERSELLE
PARIS. — EDOUARD BLOT, IMPRIMEUR, BDE TURKNNE, 66
PROMENADES PRÉHISTORIQUES^
A.
L'EXPOSITION UNIVERSELLE
W J.-\ >d \
f: ^GABRIEL DE MORTILLET
T5îrëcîéûr des tfaierma,* pour l'histoire primitive de l'homme.
PARIS
C. REINWALD, L IBRAI R E-É D IT EU R
tS, RUE DES SAINTS-PÈRES, lb
1867
PROMENADES
PREHISTORIQUES
A L'EXPOSITION UNIVERSELLE
INTRODUCTION
Sous le rapport préhistorique, L'Exposition universelle de
Paris est des plus intéressantes. Jamais un aussi grand nombre
de documents et des documents si précieux ne se sont trou-
vés réunis. Cette réunion sera, je l'espère, très-avantageuse
à la science, et le Congrès international d'anthropologie
et d'archéologie préhistoriques, qui doit avoir lieu au mois
d'août à Paris, en tirera grand profit. En attendant cette épo-
que, où toutes les questions se rattachant à la haute antiquité
et à l'origine de l'homme seront traitées par les maîtres, je vais
faire une rapide revue de ce qui se trouve à l'Exposition. Ce
sera une espèce de guide pour le visiteur, guide qui m'a été
demandé par beaucoup d'abonnés des Matériaux pour l'his-
toire primitive de l'homme. J'en profiterai pour exposer, pièces
en main, plusieurs idées et appréciations qui me sont particu-
lières.
Le palais de l'Exposition, comme chacun le sait, est un
immense ovale, composé d'une série degaleries concentriques,
l
avec un jardin au centre. La première galerie autour du jardin
central, désignée sous le nom de Galerie «le l'histoire
du travail, est celle qui contient en majeure partie les ri-
chesses préhistoriques. Cependant nous aurons à faire plu-
sieurs excursions dans d'autres parties du palais et môme en
dehors.
Les diverses nations rayonnent, par tranches plus ou moins
larges, suivant l'importance du pays, autour du jardin central.
De cette manière, en suivant les galeries dans leur pourtour,
on peut étudier les produits similaires chez tous les peuples,
et, en suivant les secteurs de l'ovale, on reste dans le domaine
d'une môme nation. Ces courtes indications suffisent pour
pouvoir se guider et retrouver les objets qui seront cités.
FRANCE
PREMIÈRE SALLE DE L'HISTOIRE DU TRAVAIL
LaFrance occupe la portiongauche du palais en entrant par le
grand vestibule d'honneur. Son histoire du travail est disposée
en commençant par les temps lesplus anciens et allant successi-
vement jusqu'aux temps les plus 1 modernes. La première salle,
intitulée : la Gaulé avant l'emploi des métaux, est consacrée
auX temps préhistoriques et plus spécialement à l'âge de la
pierre. Son classement a été confié aux soins d'une com-
mission présidée par M. Edouard Lartet, et composée de
MM. Alexandre Bertrand, Edouard Colloinb, Desnoyers, Yer-
chère de Reft'ye, marquis de Vibraye, G. de Mortillet, secré-
taire, Charvet, adjoint. L'ordre adopté a été, autant que
possible, l'ordre chiKmologïque, en allant de gauche à droite.
Toute la partie gauche est consacrée à la première période de
la pierre pendant laquelle existaient des animaux d'espèces
actuellement éteintes ou éinigrées. La partie droite est réservée
à la seconde période de la pierre, caractérisée par l'introduc-
tion du polissage des outils en pierre et la domestication des
animaux. Gomme écrins deux vitrines plates, au milieu de la
salle, contiennent, l'une, les principales représentations ani-
males de l'époque du renne; l'autre, une magnifique trouvaille
d'objets en pierre faite dans un dolmen du Morbihan. Une des
principales préoccupations de la Commission a été d'écarter
de celle salle ce qui pouvait être d'une origine ou d'une au-
thenticité douteuses. Seuls les objets trouvés sur le sol de la
France actuelle ont été admis.
TRAVÉE N° 1. — Allnvions quaternaires et pla-
teaux. — La première vitrine à gauche en entrant renferme
les objets des alluvions quaternaires et une partie de ceux
des plateaux.
Bassin de la Somme. — Grâce aux belles découvertes
de M. Boucher de Perthes, et surtout a la ténacité de son
caractère, — car il ne suffit pas de découvrir une grande vé-
rité, il faut encore la faire admettre, ce qui n'est pas toujours
facile, — grâce doue à la persistance
avec laquelle M. Boucher de Perthes
a proclamé l'existence de produits
de l'industrie humaine dans les al-
luvions quaternaires, ce fait est
maintenant généralement admis.
Les pièces exposées par MM. Lartet,
l'abbé Bourgeois, l'abbé Delaunay,
Hébert, Ch. Robert et principale-
ment Pec.cadeau de l'Isle, ne sau-
raient laisser de doutes à cet égard.
Ce sont de ces espèces de haches
en silex, de formes amig.daloï.des,
plus ou moins ovales, plus ou
moins allongées, que les ouvriers
de la Somme ont désignées sous le
Fig. 1.
Hache des allnvlons quaternaires.
Ahucville 1/3 gr. uaturele. Col-
lection de Moi'lillcl.
nom de iumjne de chat. Les échantillons exposés sont incon-
testablement taillés de main d'homme. Tous montrent encore
les éclats de taille, aucun n'est poli. Le polissage était com-
plétement inconnu à cette époque. Sauf un seul d'Abbeville,
tous ces échantillons proviennent des sablières et balaslières
de Saint-Acheul, près d'Amiens. Ils ont été recueillis au milieu
du sable et du gravier, parfaitement en place, nullement re-
manié, contenant des débris d'animaux d'espèces éteinles,
entre autres de mammouth (Elephas primigenius), d'éléphant
antique (E. antiquus), de rhinocéros à narines cloisonnées
(Rhinocéros tichorhynus). Le type de ces haches dans son en-
semble est constant, bien caractérisé; pourtant, dans les dé-
tails, il y a de nombreuses modifications. Les dimensions, par
exemple, varient beaucoup. M. Robert a envoyé une de ces
haches de Saint-Acheul, énorme. Elle a 29 centimètres de
.long sur 12 de large; son extrémité supérieure, assez mince,
s'élargit en arc de cercle, au lieu de se terminer en pointe.
Une autre, appartenant à M. Peccadeau, venant également
de Saint-Acheul, est remarquablement plate. Longue de
15 centimètres, large de 10, elle est faite avec une mince
plaquette de silex qui n'a pas plus de deux centimètres d'é-
paisseur.
Les alluvions quaternaires de la Somme, en dehors des
haches, présentent très-peu d'autres outils. Cependant on
peut voir à l'Exposition une rondelle et quelques lames —
couteaux, scies ou grattoirs, — provenant de Saint-Acheul.
M. l'abbé Bourgeois a, entre autres,exposé une lame à cassure
lisse d'un côté, mais retaillée d'une manière très-soignée de
l'autre, affectant la forme d'une pointe de lance ou de dard;
c'est une forme très-caractéristique, que nous retrouverons un
peu plus loin en abondance clans la grotte du Moustier, Dor-
dogne. M. Bourgeois a aussi envoyé une pièce terminée par un
petit appendice étroit, retaillé sur les côtés pour l'amincir ;
c'est évidemment un perçoir. J'en ai rapporté au musée de
Saint-Germain un semblable, venant aussi de Saint-Acheul.
Vaudricorart. — Sur l'étagère inférieure, au-dessus de
Saint-Acheul, sont deux grandes haches de silex provenant
des alluvions quaternaires de Vaudricourt, Pas-de-Calais.
L'une, fort belle, mais malheureusement cassée à l'extrémité,
appartient à M. le comte deBeaulaincourt ; l'autre a été donnée
par M. d'Anglure à M. Hébert, professeur à la Sorbonne.
Paris. — Les alluvions quaternaires de Paris ont aussi
fourni un précieux contingent placé sur deux cartons, à droite
et à gauche des haches précédentes.
M. Ed. Lartet a remis une hache en silex, lisse d'un côté,
taillée à grands éclats de l'autre, qu'il a trouvée lui-même en
visitant les sablières de Clichy, avec M. Collomb.
Depuis lors ces sablières, ainsi que celles toutes voisines de
Levallois, Neuilly et Batignolles, ont été explorées avec ardeur
par M. Reboux, qui y a fait une ample récolte. Contrairement à
ce qui se présente dans la Somme, ce sont les lames qui
abondent. Les haches de silex du type de Saint-Acheul sont
rares. Parmi un grand nombre de pièces, M. Reboux n'en
expose que trois, mais elles sont suffisantes pour ne laisser
aucun doute. Une d'elles surtout est fort remarquable. Pro-
fondément cacholonnée à la surface, elle présente deux ou
trois cassures qui ont remis à nu le silex vif. Les surfaces de
ces cassures offrent déjà un commencement d'altération et
sont recouvertes de concrétions calcaires. Cette hache, re-
cueillie au milieu des bancs quaternaires, a donc, dans la
haute antiquité, séjourné à la surface du sol un laps de temps
suffisant pour se cacholonner profondément, c'est-à-dire fort
long; puis, remaniée par un cours d'eau, s'est ébréchée et a
été ensevelie définitivement au milieu du banc où on l'a trouvée.
C'est une preuve de plus que les anciennes alluvions ne sont
pas des produits diluviens, mais bien des dépôts formés len-
tement et successivement pendant une très-longue période
d'années; La faune des dépôts quaternaires de Neuilly, Levai-
lois et Clichy est la môme que celle de Saint-Acheul et que
celles des sablières de Grenelle , qui ont aussi fourni des
silex taillés, d'abord a M. Gosse, qui, le premier, les a publiés,
puis à M. Emile Martin, qui les recueille actuellement avec
grand soin. Ce dernier a exposé une belle hache du type de
- 6 —
Saint-Acheul et une lame de silexdatés, par une magnifique
molaire à'Elephas anliquus et une défense d'hippopotame. A
l'autre extrémité de Paris, dans les sablières du Cbevalerel,
des silex taillés ont également été trouvés associés à des dé-
bris d'éléphants, bien que paraissant .plus rares. MM. Pom-
merol ont remis une lame très-bien retaillée de celte localité.
Aisne, -r- Les silex taillés quaternaires s'étalent encore
sur l'étagère qui vient ensuite. On y voit deux pointes sem-
blables a celles du Moustier. L'une est une ébauche, l'autre
est très-soigneusement exécutée. Elles proviennent des car-
rières de Viry-Noureuil, près Chauny, Aisne, et ont été don-
nées à M. Hébert par M. l'abbé Lambert.
Vendôme, — Tout près, un carton contient de nombreux
silex jaunâtres, voisins de ceux du Grand-Pressigny comme
aspect, découverts par M. l'abbé Bourgeois, dans les alluvions
quaternaires de Vendôme, Loir-et-Cher, quand on y con-
struisait le chemin de fer. Quatre haches bien caractérisées,
du type de Saint-Acheul, proviennent du fond de la tranchée,
au-dessous du niveau actuel des rails. Les autres silex, beau-
coup plus petits, bien qu'évidemment taillés, ont des formes
moins nettes. Ils étaient disséminés en grande abondance à
des niveaux plus élevés. Bien petits pour être des instruments
usuels, seraient-ils des instruments votifs, comme le pensent
MM. Bourgeois et Leguay?
drand-Prcssigny. — Derrière le carton de Vendôme, un
autre carton renferme sept haches qui toutes se rapportent
aussi plus ou moins au type de Saint-Acheul. La plus éloi-
gnée de ce type, de silex jaunâtre, a été trouvée par M. Louis
Lartet, dans les alluvions quaternaires de la vallée de laClaise,
à Abilly, toutprès du Grand-Pressigny, Indre-et-Loire.
CoeiiTre. — Une petite hache blanche, de silex d'eau
douce tiîès-altéré, appartenant!à :M,IWatelet^provient du cé-
lébré .gisement de Goeuvre, Aisne, '>dans lequel de nombreux
silex ouvrés étaient, associés à ides débris splus nombreux en-
core d'éléphants et autres animaux fossiles.
— 7 —
M. Wateleta iexposé -aussi la hache voisine de grès lustré,
affectant une forme triangulaire peu commune. Gel échantillon,
rare par sa forme, rare par sa matière, a été rencontré à Gha-
vignier, Aisne, sous les fondations d'une construction, dans
un gisement qui malheureusement ne peut servir à le;daler
d'une manière précise. -
Yonne. ■— Trois haches de silex.du type de Saint-Acheul
pur, d'une belle forme, proviennent de la surface du sol dans
l'Yonne. Deux appartiennent à M. Salmon; la troisième,
trouvée par M. d'Eichthal, appartient à M- Ed. Lartet.
.Poitiers. — Enfin, une hache renfléej jaune ou rou-
geâlre, appartient au musée dé Poitiers, et a été.trouvée au-
près de cette ville.
Plateau de Pontlevoy. — Le reste ;de la travée est
occupé par les produits des plateaux. H y a trois petites
haches de silex,du type de Saint-Acheul, trouvées à la sur-
face du sol,,l'une à Valcongrain, Calvados, ,par M. Victor
Chatel, îa:seconde, à Pouillé, Loir-et-Cher, par M. Bourgeois,
la troisième à Brégy< Oise, par M. E. Robert. Mais la série de
beaucoup la.plus importante et la plus curieuse .de silex taillés,
pour ce qui concerne les plateaux,.est celle ,de MM. les abbés
Bourgeois et Delaunay, recueillie aux environs de Pontlevoy,
Loir-et-Cher. Elle s'étale sur,sept cartons: quatre dans la.pre-
mière travée,,,deux, dans l'encoignure et un dans.la deuxième
travée. Deux de ces cartons renferment des haches du type
de:Saint-Açheul, tout à fait semblables pour ,1a forme, à celles
des alluvions,quaternaires de laSomme, seulement générale-
ment de dimensions un peu moindres, ;parce que le silex ser-
vant dematièrepremière egt,mo,i,ns volumineux dans le^Lpir-
et-Qher que .dans la Somme., Quelques-unes de .ces haches
so.nt admirablement taillées; une, entre autres, .placée sur un
des. car tons ,de l'encoignure, est parfaitement travaillée. Elle
appartient ià^ M. iDelaunay. Tout; un carton , de la .première
travée est consacré aux lames, lisses d'un côté, très-bien re-
,ta;illée,s.de,y^ ou de dard,,type
- 8 -
déjà trouvé à Saint-Acheul et à Viry-Noùreuil, et que nous re-
verrons au Moustier. Un autre carton, également de la pre-
mière travée,. renferme des instruments très-divers, entre
autres des scies; des silex taillés en pointes plus ou moins
étroites, plus ou moins allongées, qui devaient être des per-
çoirs, espèces de vrilles pour trouer les os, les pierres, etc. ;
enfin des silex assez grossièrement éclatés, terminés par un
biseau ou ciseau plus ou moins large. C'est là évidemment le
même instrument que l'on trouve répandu en si grande abon-
dance dans les débris de cuisine ou kioekkenmoeddings du
Danemark. La similitude est telle que je suis fort étonné que
personne ne l'ait encore signalée.
Le dernier carton de la première travée contient en hau I
cinq nucléus, d'où l'on a détaché des lames, et en bas six
marteaux qui ont servi à détacher et tailler ces lames.
Le second carton de l'encoignure contient des pièces très-
ouvrées, dont les attributions et les usages sont très-difficiles
à préciser. On y remarque surtout une grande et mince plaque
de silex, formant un très-grand grattoir ou racloir fort bien
travaillé et appartenant à M. Bourgeois. Le dernier carton,
dans la seconde travée, ne renferme que des grattoirs pro-
prement dits. Il y en a de tout petits en forme de rondelle ; à
côté, d'autres très-curieux par leur grosseur. Un de ces gros
a subi l'action du feu. Sur le plateau de Pontlevoy, comme en
beaucoup d'autres endroits, on trouve souvent de ces silex
portant les traces du fôu. Il n'y a rien là d'étonnant, et il ne
faut pas en tirer des conséquences concernant des pratiques
religieuses ou des rites funèbres. Depuis une longue série de
siècles, ces silex sont ballottés à la surface du sol, il n'y a rien
d'étonnant que bon nombre d'entre eux aient accidentellement
passé dans des foyers et subi l'action du feu. Cela est d'autant
plus naturel que dans bien des cas, dans bien des lieux, on
met le feu aux herbes sèches, aux broussailles, et l'on pratique
l'écobuage.
A la surface du sol naturellement des objets d'époques fort
— 9 —
diverses ont dû se mêler. Aussi, sur le plateau de Pontlevoy,
MM, Bourgeois et Delaunay ont-ils recueilli, avec les haches
du type de Saint-Acheul et les pointes du type du Moustier,
des haches polies et des pointes de flèche très-habilement
taillées. Il a fallu faire un triage. Les premiers types sont venus
rejoindre les objets des alluvions quaternaires, les seconds
ont trouvé leur place dans la période de la pierre polie. Mais
outre ces silex bien caractérisés, il en est bon nombre d'autres
dont la classification est difficile : les grattoirs, par exemple,
forme quia existé depuis les temps les plus reculés jusqu'aux
époques les plus récentes, et qui est encore usitée chez les
peuples sauvages. Pour ces objets, la classification faite est
forcément un peu arbitraire ; heuseusement cela ne tire pas à
conséquence.
'TRAVÉE N° 2. — Dordogne. — Dans le coin, empiétant
même un peu sur la première travée, sont quatre grandes
haches de silex, du type de Saint-Acheul. Il y en a une qui
est d'un fini et d'une perfection remarquables. Elles pro-
viennent du département de la Dordogne, mais on ne sait pas
les localités précises. Ces haches, ainsi qu'un très-grand nom-
bre d'autres, ont été recueillies par un habitant de Périgueux,
M. de Mourcin, et léguées à M. de Menou. Étiquetées d'une
manière hiéroglyphique, au moyen de divers caractères
orientaux, sans que le défunt ait laissé la clef de cette singu-
lière écriture, toutes les provenances restent inconnues.
La Vienne. — Viennent ensuite divers instruments de
silex du musée de Poitiers, tous de la Vienne, provenant de
la Pinaudière, de Nasse, de Douris, de Beaumùnt, de Marigny.
Plusieurs ont des formes peu caractéristiques, et pourraient
bien appartenir à une époque plus récente ; il est impossible
de décider la question sur les quelques échantillons envoyés.
Mais pour la Pinaudière, sept hachés du type de Saint-Acheul,
plus ou moins parfait, prouvent que celte station doit re-
monter à la plus haute antiquité.
— 10 -.
.Grottes de la Vienne. — La nécessité<de ne pas trop
disséminer les échantillons adressés par le même exposant a
fait ranger sur un seul carton les silex taillés du Musée de
Poitiers, provenant des cavernes de la Vienne : le Chaffaud,
les Fadets, la Buissière, l'Hermitage, la Marlinière. Ces grottes
sont pourtant d'âges très-divers, comme on peut s'en assurer
par la simple inspection des instruments de silex. De la Mar-
linière il n'y a qu'une toute petite hachette se rapprochant de
la forme de Saint-Acheul. De l'Hermitage il y a deux pointes
retaillées sur une seule face et un raeloir rappelant tout à fait .
les types du Moustier. C'est évidemment une caverne de la
plus ancienne époque. Quinze pièces du Chaffaud — nucléus,
grattoirs simples et doubles, perçoirs simples et à grattoirs
— montrent que cette caverne, d'une époque plus récente
que la précédente, appartient àl'époque du renne proprement
dite, et est contemporaine des Eyzi.es et de Bruniquel. Deux
longues lames retaillées au bout, fort jolies, semblent rap-
procher la grotte de La Buissière de la station de.Laugerie-
1-laute.
Saônc-et-Loire et Allier. — A la suite des silex de
couleurs variées de la Vienne, s'en trouvent d'autres d'une
teinte jaunâtre uniforme. L'un est une rondelle en silex de
Gissy, Saône-et-Loire; les autres proviennent de Saint-Léon,
Saligny, Diou, Molinet et Pierrelitte. Toutes ces localités,
situées dans l'Allier, ont fourni des haches du type de Saint-
Acheul. Ces silex sont exposés collectivement par MM. Bail-
leau et Feningre.
Ces deux collectionneurs ont aussi exposé un carton conte-
nant beaucoup de petits silex de la même teinte jaune, pro-
venant également des départements de Saône-et-Loire et
surtout de l'Allier. Les grattoirs, d'époque impossible à déter-
miner, sont assez nombreux; les haches, du type de Saint-
Acheul, mais toutes petites, sont nombreuses aussi; puis
viennent quelques .pièces qui peuvent très-bien être plus ré-
centes.
— 11 —
Le moustier (Dordogne).— Vient ensuite le fameux
gisement du Moustier, Dordogne, dont, j'ai déjà plusieurs
fois parlé. Étudié avec soin, par MM. Lartet et Christy, ex-
ploré ensuite par M. Peccadeau de l'Jsle, ce gisement a
fourni un très-grand nombre de silex taillés de formes parti-
culières, très-caractérisées. Ces formes ont été groupées sur
un carton par M. Lartet. A côté de quelques haches du type
de Saint-Acheul, se trouvent abondamment des pointes à
face unie d'un côté et retaillée avec soin de l'autre. C'est ce
que nous avons appelé précédemment, c'est ce que nous dé-
signerons encore sous le nom de pointe type du Moustier.
Une autre forme propre au Moustier est celle des larges ra-
cloirs ou haches à main. Une extrémité de l'instrument plus
épaisse est faite pour être empoignée à pleine main; l'autre,
décrivant un long arc de cercle, très-ouvert, est tranchant.
Deux de ces racloirs, de très-grande taille, dont le tranchant,
a de 15 à 17 centimètres de développement, se trouvent de-
vant le carton, et tout à côté est un joli caillou en quartz
presque transparent, qui a servi de marteau. On voit sur trois
points de nombreuses empreintes de percussion. Ces trois
pièces, comme le carton, font partie des trouvailles Lartet et
Christy.
Première époque des Cavernes.—• Jusqu'ici nous
avons eu affaire exclusivement à des silex. Nous entrons main-
tenant dans un champ d'observation plus vaste. Aux instru-
ments de pierre presque exclusivement de silex vont venir se
joindre des instruments d'os et de bois de cerf, des dents, des
coquilles, etc. Nous allons retrouver presque au complet l'in-
dustrie de la plus hauteantiquifé, et mêmeles arts primitifs.
Ce sont les cavernes et les abris sous roches qui nous.fourni-
ront .cetteiprécieuse et ample moisson.
Grotte de la Chaise. — Commençant par les cavernes
de la première époque, cavernes présentant des plus anciens
débris ,de l'industrieuiumaine, nous arcons tout id'abord un
carton contenant le produit des fouilles de MM, Bourgeois-et
_ 12 —
Delaunay dans la grotte de La Chaise, commune de Vouthon,
Charente. En fait de silex, il y a des laines et des grattoirs par-
faitement taillés. Ils sont accompagnés de poinçons en os,
d'un os percé pour être suspendu ; de deux autres os, l'un
ressemblant à un hameçon, le second taillé et percé en forme
de lorgnon. Il y a aussi une pointe de flèche, formée d'une
lame osseuse, plate, unie, en forme de feuille de saule, un peu
élargie à la base, qui est fendue profondément dans le sens de
la largeur. C'est une forme tout à fait spéciale, qui caractérise
la première époque des cavernes. Deux pointes de flèche ou
de lance d'un autre type. Longue baguette de bois de renne,
effilée à une extrémité et taillée en biseau à l'autre, présen-
tant des représentations animales gravées sur la longueur.
Une de ces baguettes se trouve sur le carton, l'autre est placée
dans la vitrine médiane. Le dernier animal représenté sur cha-
cune de ces baguettes a été en partie détruit lorsqu'on a taillé
le biseau. On voit que la gravure se faisait avant d'approprier
l'objet à sa destination définitive. Les hommes de cette époque
étaient avant tout artistes, l'idée de l'application industrielle
ne venait qu'après! Une dent de rhinocéros, une grosse canine
de l'ours des cavernes, des débris de renne, indiquent quelle
était la faune de l'époque.
Grotte des ffées (Allier). —Faune: rhinocéros, mam-
mouth, grand ours, hyène, renne, que nous retrouvons asso-
ciés à des lames de silex taillées, à des poinçons en os ou
bois de renne, à des crocs ou canines de cervidés percés à
la racine pour être suspendus, dans la grotte des Fées, Allier,
sur un carton exposé par MM. Bailleau et Feningre.
Gorge-d'Enfer. — Le grand ours, animal le plus carac-
téristique de la première époque des cavernes, désignée par-
fois sous le nom d'époque du grand ours, se rencontre aussi à
Gorge-d'Enfer, Dordogne, station qui a fourni deux cartons
exposés par MM. Lartet et. Christy. L'un est occupé exclusive-
ment par des objets de pierre. Ce sont des silex de nature très-
diverse, taillés en grattoirs, en perçoirs, en pointes effilées, etc.,
— 13 —
et un petit caillou de quartz blanc creusé en mortier sur une
face. L'autre carton contient des poinçons d'os ou bois de cer-
vidés, une coquille et une dent canine percées ; deux osse-
ments aplatis et polis, ainsi qu'une longue tige en bois de cerf
ou de renne, portant tous les trois de nombreuses encoches. Ce
sont évidemment des marques ayant servi à compter et à enre-
gistrer. A la grotte de La Chaise, MM. Bourgeois et Delaunay
ont aussi trouvé une très-grande défense de sanglier portant
sur sa courbure externe vingt-huit entailles transversales. Des
pointes de flèches et une grande pointe de lance, en os plats,
avec fente à la base pour l'emmanchure, viennent se joindre
aux ossements du grand ours pour dater cette station.
Sépulture d'Aurignac. — Au milieu delà travée, dans
la place d'honneur, se trouve un carton de la célèbre grotte
sépulcrale d'Aurignac. Les objets ne sont pas nombreux,
M. Lartet ayant généreusement donné au Musée de Saint-Ger-
main presque tout le produit de ses fouilles. Pourtant des
débris de rhinocéros, d'hyène, de mégacéros ou grand cerf
suffisent pour donner une idée de la faune. Quelques bons
instruments de silex, entre autres des grattoirs, des grains de
collier en rondelles de coquilles, des os de l'oreille du cheval
percés pour être suspendus comme pendeloque, et une flèche
en os plat avec large l'ente à la base, fournissent suffisamment
des données sur l'industrie du temps et montrent bien que c'est
là la première époque des cavernes. Vu le remarquable travail
publié sur cetle localité par M. Lartet, on peut et on doit dési-
gner sous le nom de flèche d'os du type d'Aurignac la pointe
de flèche qui caractérise ce que nous appelons aujourd'hui la
première époque des cavernes, et qui, plus lard, pourrait bien
devenir, par suite de découvertes nouvelles, la seconde ou la
troisième.
Brèche de Vallièrc. — La brèche osseuse de Vallière,
Loir-et-Cher, exploitée par M. l'abbé Bourgeois, a aussi fourni
des débris incontestables de l'industrie humaine, silex taillés,
os du rocher percés, os cassés intentionnellement en long,
- 14 -
associés avec les débris de toule la faune quaternaire, grand
ours, rhinocéros, etc.
Grotte de Bonichcta. — M. le Dr Garrigou prétend'
même que l'homme, non content de disputer au grand ours
des cavernes ses demeures, se servait encore des mâchoires
de cet animal, armées de puissantes canines, comme d'une
arme terrible. Sur un carton violet, M. Garrigou a placé trois
demi-mâchoires inférieures de grand ours, provenant de la
caverne de Bouicheta, Ariége. Elles ont toutes la partie mon-
tante brisée d'une manière uniforme et comme si l'on avait
voulu faire une poignée. Ce même carton contient des pha-
langes de renne trouées, qui ont pu servir de sifflet, et des
fragments de roches schisteuses taillés en pointes.
Grotte d'Arey-snr-Curc. — La travée est complétée
par des cartons contenant de nombreuses pièces provenant de
la grotte d'Arcy-sur-Cure, Yonne. Le plus petit a été adressé
par M. Gotteau. Ce savant géologue admet deux couches su-
perposées dans la caverne d'A.rcy, la supérieure qui se rap-
porte à l'époque de la pierre polie, et l'inférieure bien plus
ancienne. C'est de cette dernière que proviennent les débris
d'hyène et de grand ours, ainsi que les couteaux et grattoirs
de silex qu'il a exposés.
M. le marquis de Vibraye, qui, le premier, a fouillé la grotte
d'Arcy au point de vue préhistorique, et Ta fouillée sur une
très-grande échelle, reconnaît trois niveaux. Les produits des
deux niveaux inférieurs sont superposés dans la seconde
travée. Sur le carton noir du niveau inférieur, avec des débris
du grand ours, du mammouth, du rhinocéros, de l'hyène, se
trouve une mâchoire inférieure humaine, un beau grattoir
de silex, des silex taillés en pointe, et du cristal de roche
brisé.
Le carton de la couche moyenne, qui est celle où abonde le
renne, renferme de nombreux os ou fragments de bois de
renne taillés, surtout en pointes, des dents percées, de très-
beaux outils de silex, grattoirs, perçoirs, pointes, etc.
— 15 —
TRAVÉE N° 3. — Charente. — Cette travée est toute oc-
cupée par les caftons noirs de M. le marquis de Vibraye; un
seul carton rouge fait exception. Sur ce carton on a groupé
les objets les plus anciens recueillis par M. de Rochebrune,
dans le département, de la Charente. A côté de silex taillés à
grands éclats, dont ia date ne peut être nettement précisée
paria simple inspection des échantillons, il y a des haches du
type de Saint-Acheul, semblables à celles provenant du pla-
teau de Pontlevoy; un micaschiste taillé en pointe rap-
pelle les pointes de roche schisteuse de M. Garrigou; dès
grattoirs et perçoirs à longue pointe de silex ont tout le ca-
ractère des silex de la seconde époque des cavernes, âge du
renne. 11 en est de même d'une belle aiguille à chas, d'un har-
pon à grandes barbelures très-recourbées, d'un poinçon et
d'une petite plaque avec entailles, espèce de marque, le tout
en os ou bois de renne.
Laugcric-Hautc. —- La magnifique exposition de M. de
Vibraye. établie sur douze carions, ne contient que des objets
provenant de Laugerie, commune de Tayac ,Dordogne. Il y a
là deux stations d'époques différentes, celle de Laugerie-Haute,
la plus ancienne, et celle de Laugerie-Basse, la plus récente.
A Laugerie-Haule, époque qui paraît intermédiaire entre l'é-
poque du grand ours et l'époque du renne, on trouve presque
exclusivement des silex; cependant un carton surtrois contient
des débris de mammouth, d'hyène, de renne, etc., avec
quelques os coupés, sciés, polis, accompagnés d'une dent
canine trouée, d'une valve de pétoncle tertiaire, également
trouée (fig. 37), et d'une dent de requin, provenant aussi des ter-
rains tertiaires. Sur les deux cartons de silex s'étalent d'une
pari une magnifique série de grattoirs et de tarauds simples ou
accouplés ensemble, et de perçoirs taillés avec soin, parfois
admirablement effilés. D'autre part, une splendide suite de
pointes de lances et de flèches forme feuilles de laurier, se
rapprochant parfois de la feuille de saule. Ces pointes varient
fort de dimensions ; leur longueur va de 4 à plus de 18 cen-
— 16 —
timètres. Chez beaucoup, à partir du milieu de la longueur,
la moitié de la largeur, c'est-
à-dire tout un demi-côté est
enlevé franc. Celte forme à
cran est un type très-carac-
térisé de celte station. Quel-
ques-unes des pointes de Lau-
gerie-Haute manifestent déjà
une tendance à avoir à la
base un appendice médian ou
pédoncule. Une seule est pres-
que à ailerons, avec les bords
dentés comme on en trouve
dans les dolmens; est-elle
bien de l'époque? n'y aurait-
il pas eu mélange acciden-
tel? Le même carton contient
aussi trois petits quartz hya-
lins, taillés en pointe de
flèche, en grattoir et en perçoir.
Laugcric-Basse. — Laugerie-Basse appartient à la se-
conde époque des cavernes, à l'époque proprement dite du
renne. En effet, les débris de renne abondent ; le mammouth
pourtant se montre encore un peu ; sur les neuf cartons, on
voit deux fragments de molaires de cet éléphant. Les instru-
ments en silex, fort nombreux, sont parfois très-bien taillés.
Ce sont des grattoirs simples ou doubles, des rondelles grat-
toirs, des tarauds simples ou accouplés à .des grattoirs, des
perçoirs parfois à bouts très-allongés parfois accouplés à un
taraud, des éclats à longues arêtes, vives et aiguës. On voit
aussi des pierres diverses, surtout de nature un peu grenue,
ayant servi à polir soit les peaux, soit des os. Une plaque de
schiste, longue et mince, présente des entailles latérales tout
comme si elle avait servi de marque.
Les objets en os ou bois de renne abondent et sont des plus
Fig. 2.
Valve de pétoncle tertiaire perc6c. A, vue de
l'ace ; B, vue de profil. Collection de Mortillet.
_. 17 —
variés. Je ne cite que pour mémoire les bois diversement
coupés et sciés, débris de fabrication. Plusieurs gros frag-
ments de bois de renne, plus ou moins bien travaillés, portent
un large trou rond à la base. Les pointes, plus ou moins
aiguôs, plus ou moins allongées, sont très-variées. Les unes,
minces et longues, sont appointées aux deux bouts ; ce sont
les moins communes. Les pointes terminées à la base en bi-
seau, formé par une entaille d'un seul côté, ou entailles des
deux côtés, sont bien plus fréquentes. Les longues ont géné-
ralement à la base un biseau double, parfois incisé de raies
transversales ou de quadrillages irréguliers. Des pointes de
flèche très-courtes, trapues, sont coupées en biseau simple
ou bec de sifflet. Il est aussi des pointes qui ont leur base lar-
gement fendue, ou plutôt incisées suivant un angle assez ou-
vert, mais toujours dans le sens le plus étroit ; c'est l'inverse
de ce que nous avons observé dans les pointes de flèches en
os du type d'Aurignac. La forme générale de la pièce est, du
reste, toute différente. Parmi les pointes que je viens d'énu-
mérer, il en est quelques-unes qui ont des encoches latérales
dessinant des barbelures qui ne se détachent pas de l'en-
semble de la pièce. Puis viennent les pointes barbelées, dé-
signées aussi sous le nom de harpons. Ce sont des pièces
tout à fait caractéristiques de l'époque du renne. Le sommet
est effilé ; sur un ou sur les deux côtés sont de fortes barbelures
en crochet, bien détachées, en nombre très-variable ; la base,
après un petit renflement, se termine en pointe courte et
épaisse. Les barbelures ou crochets extérieurs de ces harpons
sont presque toujours garnis d'une rainure médiane dans les
instruments à deux rangs de barbelures, et, au contraire,
presque toujours sans rainure dans ceux à un seul rang. 11 faut
rapprocher de ces flèches barbelées quelques grands harpons,
courts, larges, avec deux ou trois barbelures et un trou d'at-
tache à la base.
M, de Vibraye a aussi exposé de Laugerie-Basse une fort
jolie série d'aiguilles en os, depuis une grosse, plate, à large
-. 18 -
trou, qui peut être comparée à une aiguille d'emballeur, jus-
qu'à celles aux formes les plus ténues. Il y a aussi une série
de petites spatules en os. Parmi les pièces exceptionnelles,
il faut citer une pointe en bois de renne, profondément creusée
en cuiller à la base, et un os sur lequel on voit deux chevaux
gravés en creux.
Le carton qui occupe le milieu de la travée attire surtout
les regards. Au centre est une mâchoire inférieure humaine.
Tout autour sont rangés des sifflets en phalanges de renne,
diverses dents percées, des coquilles marines et môme une
dent de requin, qui ont été prises dans les faluns pour servir
d'amulettes ou d'ornements ; parmi ces coquilles sont de très-
nombreux fragments de dentales, troués naturellement, qui
devaient former des colliers; divers petits morceaux d'os
percés intentionnellement, enfin des morceaux de minerai de
fer et surtout de quartz hyalin, cristal de roche.
Sur le devant de l'étagère du milieu sont deux gravures sur
bois de renne. De chaque côté de la première pièce, provenant
de Laugerie-Basse, est la représentation d'un animal à cornes,
probablement du bouquetin. Sur le second, le plus à gauche,
provenant également de Laugerie-Basse, on voit la tête d'un
animal à longues oreilles, qu'on prendrait, sans hésitation,
pour une tête d'âne, si l'on avait rencontré des débris de cet
animal à l'époque du renne; mais, jusqu'à présent, on n'en a
point encore reconnu.
TRAVÉE K° 4. — Vallée de la Veseère. — Dans cette
travée sont rangés les cartons, couleur grenat, de MM. Lartet
et Christy, se rapportant à la seconde époque des cavernes.
C'est un choix de pièces provenant des grottes et abris sous
roche dé la vallée de la Vezère, Dordogne. Ces pièces offrent
d'autant plus d'intérêt que ce sont en grande partie les types
figurés dans le bel ouvrage que MM. Lartet et Christy publient
sur le Pôrigord : Reliquioe Aquitanicce. Les plus gros morceaux
sont déposés au bas de la travée, ce sont :
— 19 —
Un grand fragment de brèche de la grotte des Eyzies, mon-
trant l'association évidente, incontestable, cimentée par la
nature elle-même, des silex taillés et des ossements de renne.
Un gros caillou de granit, creusé en mortier, des Eyzies,
portant encore comme.extrait de naissance des fragments de
brèche.
D'autres cailloux de granit et un de quartzite, également
taillés en mortier, deLaMadelaine. L'un d'entre eux a le bassin
du milieu entouré d'un profond sillon.
Puis viennent des marteaux ou égrugeoirs aplatis, avec
traces de percussion et de frottement sur le pourtour.
Enfin un grand polissoir en grès, qui servait probablement
à polir des os, aucun instrument en pierre polie n'ayant été
jusqu'à présent rencontré à cette époque.
Le premier carton contient des silex taillés de Laugerie-
Haule, qui confirment ce que j'ai dit à propos de ceux exposés
par M. de Vibraye.
Les autres cartons présentent, admirablement classés par
séries, toute l'industrie de l'époque du renne des bords de la
Vézère. On reconnaît de suite la main du maître, du savant
modeste, mais profond observateur, qui nous a initiés à l'élude
d'un passé qui était tout à fait inconnu et qui vient combler
une large lacune dans l'histoire de l'humanité.
Les dames ne regarderont pas sans un vif intérêt le carton
consacré à l'industrie des aiguilles. Tout autour d'une jolie
suite d'aiguilles de divers numéros, fabriquées et finies, on
voit les ossements d'où l'on a détaché de longues esquilles
d'os; la pierre de grès sur laquelle on a poli et arrondi ces
esquilles ; les silex armés d'une fine pointe qui ont servi à per-
cer le trou ou chas de l'aiguille.
Sur un autre carton sont groupés de ces grands morceaux
de bois de renne, percés de larges trous à la base. Il y en a
avec un trou, avec deux et môme avec quatre. A quoi ser-
vaient ces objets? M. Lartet, les rapprochant d'objets analo^
gués qui se trouvent chez les Esquimaux et certains peuples
— 20 —
sauvages, serait porté à y voir des bâtons de commande-
ment. Le nombre des trous pourrait bien être la marque d'une
autorité plus ou moins grande ?
Sur le carton des pendeloques, avec une plaque de schiste,
des coquilles, des os de l'oreille ou rocher, des dents, le tout
percé, se trouvent des sifflets en phalange de renne, avec les-
quels on siffle encore très-bien, et deux petits os terminés à
chaque bout par une pointe aiguë, hameçons du temps.
Je n'ai rien à ajouter concernant les silex, les harpons bar-
belés, les ossements travaillés en général, ce serait la répéti-
tion de ce que j'ai dit en parlant de Laugerie-Basse. Je citerai
seulement un bout de lance en bois de renne, avec des en-
tailles latérales dessinant des barbelures qui ne se détachent
pas de la pièce ; une tige,, creusée à l'extrémité, comme celle
de M. de Vibraye, mais plus élégante. Ce pourrait bien être
une cuillère pour extraire la moelle des os, comme en ont les
peuples polaires du Nord. Il y a aussi une fort jolie pointe, effi-
lée aux deux bouts, élégamment sculptée tout au pourtour.
Saint-Pierrc-tS'ïvulje. — Sur le devant de l'étagère du
milieu sont placés un nucléus, un grattoir, une pointe et un
beau perçoir de silex trouvés par M. A. Délroyat, avec des
ossements de renne, dans la grotte de Saint-Pierre-d'Irube, à
deux kilomètres de Bayonne, et seulement à une altitude de
dix mètres au-dessus de la mer. C'est jusqu'à présent le gise-
ment le plus chaud connu de l'époque du renne.
Ariége. — Dans le haut, trois cartons violets, à M. le doc-
teur Garrigou, représentent l'époque du renne des grottes de
l'Ariége, cavernes d'Alliat, Massât, etc. C'est la même épo-
que, c'est la même industrie que dans la Dordogne, avec
quelques petits changements. Les instruments en silex : cou-
teaux, grattoirs, tarauds, sont en général plus petits, parce
que le silex est plus difficile à se procurer dans le pays, et
qu'on l'avait en morceaux moins volumineux. Les pointes de
flèches en os ou en bois de renne, courtes, à base taillée en
bec de sifflet ou biseau, sont très-fréquentes. Les harpons
barbelés sont plus rares que sur les bords de la Vézère; par
contre, les grands harpons, courts, larges, ayant deux à quatre
grandes barbelures, avec un trou d'attache à la base, comme
ceux exposés par M. de Vibraye, sont plus abondants. Quel-
ques os sont troués pour être suspendus.
La pièce la plus curieuse est un os cylindrique sur lequel
sont gravés deux caractères particuliers, dans lesquel M. Gar-
rigou serait porté à reconnaître une espèce d'écriture.
TRAVÉES N°* 5 ET 6. —- Ces deux travées étant presque
exclusivement consacrées aux stations de Bruni quel, près
Montauban, Taru-et-Garonne, et occupées en majeure partie
par l'exposition d'une seule et môme collection, celle de
M. Brun, sur cartons verts, doivent être décrites simultané-
ment. Leur contenu appartient exclusivement à la seconde
époque des cavernes ou époque du renne, dont il vient déjà
d'être longuement question.
Dordogne. — Six cartons gris appartiennent à M. Pecca-
deau de l'Isle. Trois contiennent des objets provenant des
grottes de la Dordogne. Ce sont des échantillons de choix,
comme beaux silex travaillés, couteaux d'une longueur excep-
tionnelle, beaux grattoirs, perçoirs simples ou doubles, etc. Ce
sont des pièces de choix, comme instruments en os et en bois de
renne. Il y a surtout un tout petit hameçon à barbelure qui est
charmant et un harpon mince et délié, avec longues et fines
barbelures, qui est des plus remarquables. Une pièce fort
curieuse aussi est une longue et mince tige arquée, appointée
aux deux extrémités. Pour mémoire, je citerai un sifflet en
phalange de renne et de belles aiguilles. La pièce capitale est
une lame de bois de renne, trouée pour suspension, portant
une gravure très-nette d'un animal qui a un peu le museau
carré des hippopotames, mais qu'il est fort difficile de déter-
miner exactement.
Abris de Brnnîquel. — Trois cartons de M.. Pecca-
deau sont consacrés aux abris sous roche de Bruniquel.
- 22 —
L'un contient de nombreux crocs ou canines de cerf ou de
renne, beaucoup de petites dents canines et quelques inci-
sives d'animaux divers percées pour suspension, dès co-
quilles également percées et deux rondelles en os ou bois de
renne très-minces, trouées au milieu et ornées de rayons gravés
en creux. Les deux autres sont couverts d'une foule de petits
silex. Un des caractères particuliers de la station fouillée par
M. Peccadeau est d'avoir fourni à profusion des silex taillés en
très-petits éclats, fort minces, les uns droits, les autres curvi-
lignes, en général à pointes aiguës, pourtant parfois à bouts
aplatis. Il y a là des séries de formes analogues, paraissant
intentionnelles, fort curieuses, mais d'usage encore inconnu.
Tous les autres cartons, au nombre de trente-neuf, sont verts
et appartiennent à M. Brun. Ils renferment une riche et admi-
rable monographie des stations ou abris sous roche de Bru-
niquel. Sur un de ces cartons placé dans l'angle des deux tra-
vées, se trouvent des nucléus d'où l'on a détaché des lames,
des grattoirs, des tarauds, etc., de silex. Tous ces instruments
sont, comme ailleurs, très-bien représentés àBruniquel; mais
ce qui est spécial à cette localité, ce sont de petits silex avec
des dentelures plus ou moins, fines, plus ou moins espacées,
en forme de scies. Il yen a plus d'une centaine sur trois car-
tons. La plupart sont denlelés d'un seul côté, pourtant quel-
ques-uns ont une double dentelure.
Parmi les débris delà faune, on remarque l'ours brun, ours
actuel, le bouquetin, le saïga, le chamois et le renne à profu-
sion. C'est une population de région essentiellement froide.
Un seul carton contient trente-six aiguilles à chas en os ou
bois derenne. Les bois de renne ou de cerf percés à la base
de larges trous, bâtons de commandement entiers ou brisés
sont au nombre de treize sur deux carions. Les harpons bar-
belés, allongés et renflés à la base, sur trois ou quatre cartons,
sont plus de quarante. Gomme dans les pièces exposées par
M. de Vibraye, on peut reconnaître que ceux à bàrbelure
double ont presque tous un sillon médian sur chaque barbe,
— 23 —
tandis que ceux barbelés d'un seul côté sont presque toujours
à barbelures sans sillons. Il n'y a pas de harpons courts,
larges, avec un trou d'attache à la base. Les spatules, les lis-
soirs sont en certain nombre; les pointes abondent. Parmi les
instruments en bois de renne, on peut citer une lige avec
gouttière longitudinale. Quelques-pièces sont ornées de gra-
vures, une entre autres montre une tête d'animal. Sur un
carton contenant des sifflets en phalange de renne et diverses
dents percées, il y a une de ces rondelles minces avec traces de
gravure, percée au milieu, comme celles de M. Peccadeau.
Sur un aulre carton sont trois roches schistoïrles percées. Tout
le reste rentre dans ce qui a été décrit précédemment.
Vanne dans le haut des vitrines. — Au-dessus
des vitrines de la gauche est placé un squelette monté du grand
ours des cavernes (Ursus spcloeuz), dont toutes les pièces, em-
pruntées probablement à un grand nombre d'individus diffé-
rents, proviennent de la grotte de l'Herm, Ariége. Il a été
envoyé par M. Filhol, directeur du Musée d'histoire naturelle
de Toulouse.
Dans la partie supérieure des six premières travées on a
placé la faune de la première période de la pierre; en voici
l'énumération d'après les savantes déterminations de M. Lartet.
. Défense d'hippopotame ( Hippopotamus major), sablières
quaternaires de Grenelle, à Paris (M. Martin).
Molaire de l'éléphant antique (Elephas antiquus), également
des sablières de Grenelle (M. Martin).
Fragment de molaire d'hippopotame (H. major), sablières
quaternaires deLevallois, près Paris (M. HeboUx).
Molaire de Rhinocéros [Rhinocéros MerJdi) ; métacarpien de
très-grand éléphant; frontal d'un grand cerf d'espèce nouvelle.
[Cervus Belgrandi); trois molaires de rhinocéros (R. Merkii),
des sablières quaternaires deMontreuil, Seine (Ville de Paris).
Tête avec mâchoire inférieure du grand ours des ca-
vernes (U. speloeus), caverne de l'Herm, Ariége (M. Filhol).
Crâne plus petit du même ours, de l'Herm (M. Filhol);.
_ 24 —
Fragment de molaire de mammouth (Elephas primigenius),
sablières quaternaires de Levallois (M. Reboux).
Frontal avec cornes d'ovibos musqué (Otiibos moschatus), des
alluvions quaternaires de Précy, Oise (M. E. Robert).
Crâne d'hyène des cavernes (Hyena spelma), caverne de
l'Herm, Ariége (M. Filhol).
Autre crâne et demi-mâchoire inférieure du même animal,
d'une autre caverne (M. de Vibraye).
Tête avec mâchoire inférieure du grand chat des cavernes
(Felis spelm), caverne de l'Herm (M. Filhol).
Frontal de renne avec partie de ses bois (Cervus tarandus),
cavernes de la Dordogne (MM. Lartet et Christy).
Deux noyaux osseux des cornes du grand boeuf, aurochs,
sablières quaternaires de Montreuil (Ville de Paris).
Molaire de mammouth (E. primigenius), des sablières qua-
ternaires de Viry-Noureuil, près Chauny, Aisne (M. Hébert).
Id. de la rue du Ghevaleret, Paris (MM. Pommerol).
Molaire de lait d'un tout jeune mammouth, de Viry-Nou-
reuil (M. Hébert.)
Demi-mâchoire inférieure du grand cerf d'Irlande ou mé-
gacéros [Cervus giganteus), des dépôts quaternaires d'Auvers,
Seine-et-Oise (M. Hébert).
PREMIÈRE VITRINE PLATE DU MILIEU. — L'Art dans les ca-
vernes. — Cette vitrine contient l'exposition de l'art à l'époque
du renne ou seconde époque des cavernes. Il y a là cinquante
et une pièces des plus curieuses, dont l'ensemble admirable a
été estimé un million par un amateur qui l'offrait si on voulait
lui céder toute la vitrine. C'est certainement ce qu'il ya déplus
original à l'Exposition de 1867 ; jamais rien de pareil n'a été
exposé; jamais ces pièces, de découverte toute récente, qui en
partie ne sont pas encore publiées, n'avaient été rapprochées
les unes des autres. Je dirai plus : c'est là un produit exclusive-
ment français, qui n'a pas encore été rencontré ailleurs, et qui,
même en France, se trouve jusqu'à présent groupé sur une
- 2a —
partie assez limitée du sud-ouest de la France. On dirait pres-
que que, dans ces temps reculés, le sentiment artistique avait
apparu et s'était développé sur un point très-restreint, sans se
répandre dans les populations voisines de mêmes moeurs, de
même civilisation. En effet, on n'a signalé jusqu'à présent de
représentation d'êtres organisés, plantes ou animaux, que
dans la Dordogne, grand centre, la Vienne, la Charente, le
Tarn-et-Garonne et l'Ariége. L'époque du renne, avec toute
son industrie, a pourtant été reconnue sur plusieurs points de
l'est de la France. Elle a fourni de riches récoltes en Belgique,
et y a été étudiée avec soin par M. Edouard Dupont; enfin
elle vient d'être signalée, dans le Wurtemberg, non loin du
lac de Constance, par M. Fraas, mais aucune de ces stations
n'a fourni de représentations animales.
Les matières employées par les artistes de l'époque du
renne sont parfois des plaques de pierres plus ou moins schis- •
teuses ; parfois aussi l'ivoire provenant des défenses de mam-
mouth ou diverses portions d'os; mais la plus ordinaire, la
plus habituelle, est le bois de renne. Plus de la moitié des
pièces sont gravées ou sculptées sur bois de renne.
Sur les cinquante et une pièces exposées, douze au moins se
rapportent à ces bâtons percés d'un ou plusieurs larges trous à la
base. Le soin tout particulier qu'on mettait à orner ces instru-
ments vient pleinement confirmer l'opinion de M. E. Lartet,
qui voit en eux un insigne ou bâton de commandement, un
sceptre primitif.
Six ou sept autres pièces gravées se rapportent à ces lon-
gues pointes très-acérées au bout supérieur et taillées en
biseau à la base. Cela nous montre que c'étaient bien des
pointes de lance, car on ne se serait pas donné tant de peine
pour orner des pointes de flèches qui pouvaient être perdues
au premier jet. .
Sur quelques-unes de ces pointes de lance, ainsi que je
l'ai déjà remarqué à propos de la deuxième travée, le biseau
vient couper et détruire une partie de la gravure. Sur certains
- 26 —
bâtons de commandement, le percement des trous a produit
le même résultat. Cela montre que celle population plaçait
l'art avant l'industrie. Kn effet, c'étaient des hommes émi-
nemment artistes. Dans leurs gravures et sculptures primi-
tives, on remarque un sentiment si vrai des formes et des
mouvements, qu'il est presque toujours possible de déter-
miner exactement l'animal représenté et de se rendre compte
de l'intention de l'artiste. Il y a beaucoup de naïveté, c'est
l'enfance de l'art, mais enfin c'est incontestablement de l'art,
de l'art bien réel. 11 y a loin, bien loin de là aux ébauches
informes que font nos enfants, et surtout aux ridicules cari-
catures produites par certains faussaires.
ManimoutBi. — Lorsqu'on se présente devant la vitrine,
on a en face, dans le milieu, une grande plaque d'ivoire pro-
venant de la Madelaine, Dordogne (MM. Lartet et Christy), sur
laquelle est gravée au trait l'esquisse d'un éléphant : son front
bombé, son tout petit oeil, sa longue trompe sont très-visibles.
Ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que son cou est tout re-
couvert de longs poils formant une ample crinière, ce qui
prouve que ce n'est point le dessin d'un éléphant actuel, mais
bien celui du mammouth, éléphant à longs poils.
Au-dessus est l'extrémité inférieure d'un bâton de com-
mandement, en bois de renne, sculpté en tête d'éléphant à
front bombé. On voit très-bien de chaque côté une grande
oreille et un petit oeil; la trompe se développe d'une manière
très-nette le long de la base du bâton, Cette pièce, appar-
tenant à M. de Vibraye, provient de Laugerie-Basse, Dor-
dogne.
Tout près est une pièce plus complète encore, c'est un
mammouth entier sculpté sur une palme de bois de renne.
Cette pièce, qui provient des abris sous roche de Bruniquel,
Tarn-et-Garonne, appartient à M. Peccadeau de l'Isle. On re-
connaît très-bien les quatre pattes droites, épaisses, sans arti-
culations sensibles, terminées par de larges pieds plats. Du
front part la base d'une lame de poignard. Si l'onfait abstrac-
- 27 —
tion du tronçon qui reste, on voit que l'animal a la tête baissée ;
la trompe allongée vient se terminer entre les deux pieds de
devant. La bouche est bien marquée. Il n'y a que les défenses
qui ne sont pas exactement à leur place. Pour les soutenir il
a fallu les plaquer contre la lame du poignard, cette nécessité
les a fait placer plus haut qu'elles ne devaient être et par suite
a fait mettre les yeux dans une posilionanormale. Cet éléphant,
si bien caractérisé par ses larges pieds plais, sa trompe et
ses défenses, est bien le mammouth. En effet, le sculpteur lui
avait fait un fouet retroussé, ce fouet s'étant cassé, comme on
peut facilement le reconnaître, notre artiste a percé de part
en part la palme de renne et a fiché dans ce trou un autre
fouet retroussé. Les éléphants actuels, n'ayant pas ou presque
pas de poils, n'ont point de fouet et ne retroussent pas la queue,
mais il devait en être tout autrement du mammouth, éléphant
à fourrure épaisse, composé tout à la fois de crins et de laine.
Le fouet relevé se remarque aussi dans la gravure de mam-
mouth, sur plaque d'ivoire, de M. Lartet. C'est très-probable-
ment l'accident arrivé à la queue de son mammouth qui a
décidé l'artiste de Bruniquel à déplacer un peu les défenses
de leur position normale pour les appuyer solidement sur le
corps du poignard.
Renne. — Une curieuse ébauche de poignard en bois de
renne, provenant de Laugerie-Basse, exposé par MM. Lartet
et Christy, nous explique parfaitement la pièce précédente.
La lame est longue, forte et effilée. La poignée est formée par
un renne sculpté, le nez au vent, les bois couchés sur le dos et
les pattes de devant repliées sous le ventre pour ne pas blesser
les mains ; les pattes de derrière s'allongent pour relier l'ani-
mal formant poignée à la lame qui part de la -partie posté-
rieure.
Cette pièceest entière, mais la sculpture n'est qu'une'ébau-
che. On ne peut en dire autant de deux autres poignées de
poignard représentant également des'rértn'es. Elles provien-
nentdes abris sous roche de Bruniquel, comme le ttiammouth,
— 28 —
appartiennent aussi à M. Peccadeau de l'Isle, et sont en ivoire.
Admirables sculptures, très-finies et faites avec beaucoup
d'art. C'est incontestablement ce qu'on a trouvé de plus fort
jusqu'à présent. Ces deux rennes poignées ont le nez au vent,
position obligée pour que les bois se trouvent couchés sur le
dos. Les lames de poignard sont brisées. Dans l'un la lame
parlait de la partie postérieure du corps, et les pattes de der-
rière s'appuyaient contre elle, les pattes de devant étant re-
pliées sous le ventre. Dans l'autre, au contraire, la lame par-
tait de la partie antérieure, prise entre la tête et les pattes de
devant. Les pâlies de derrière, projetées au delà du corps,
venaient se rejoindre à une certaine dislance, laissant un vide
entre elles, vide servant, suivant toutes les probabilités, d'an-
neau pour suspendre le poignard. Dans le mammouth, le vide
qui existe entre les quatre pattes, réunies par les pieds, avait
aussi probablement la môme destination.
Au-dessous de ces deux manches de poignard se trouve une
plaque de roche schisteuse sur laquelle est gravé au trait un
combat amoureux de rennes. M. de Vibraye a recueilli ce ta-
bleau, car c'est un véritable tableau, à Laugerie-Basse. On voit
un renne mâle, aux allures fières, qui, après avoir terrassé son
rival, s'approche amoureusement de sa femelle dont on n'a-
perçoit que le train de derrière. Cette composition, assez com-
pliquée, rendue avec un véritable sentiment des situations,
est pourtant exécutée avec une extrême naïveté. Chaque
animal est tracé comme si les autres n'existaient pas. Ainsi,
des pattes du renne terrassé qui devraient être masquées par
le corps de la femelle, sont bel et bien représentées quand
môme.
Dans un des angles de la vitrine on voit encore plusieurs
autres représentations de rennes, parmi lesquelles je citerai
une fort jolie tôle sculptée de Laugerie-Basse, appartenant à
M. de Vibraye, et un fragment de bâton de commandement
sur lequel est gravé un faon de renne, à la robe mouchetée,
accompagné de sa mère. Ce morceau, de la collection Lartet
— 29 —
et Christy, provient de la Madelaine. Comme localité, je men-
tionnerai aussi un morceau de pointe de lance, provenant de
la grotte de La Chaise, Charente, et appartenant à M. Bour-
gois, sur lequel sont gravés deux rennes.
Tigre des cavernes, — Le grand axe de la vitrine est
occupé, en commençant à gauche, par un fragment de bâton
de commandement de Bruniquel (M. Brun), sur lequel est
très-nettement gravé un grand tigre. Sa tête est parfaitement
rendue, et en la comparant au beau crâne qui se trouve dans
la vitrine presque en face, travée 4, on reconnaît que c'est
bien cette espèce éteinte que les habitants de Bruniquel ont
eu l'intention de représenter.
Homme. — Au-dessus sont placées quelques représenta-
tions se rapportant à l'homme. C'est tout d'abord un fragment
de bâton de commandement, de La Madelaine (MM. Lartet et
Christy), sur lequel est gravée une petite forme humaine,
maigre et au corps allongé, placée entre deux têtes de che-
vaux et suivie d'un serpent ou poisson anguilliforme.
Puis vient une petite statuette en ivoire de Laugerie-Basse,
que son possesseur, M. de Vibraye, a désignée sous le nom
d'idole impudique. C'est un corps de femme maigre et al-,
longé, dont les parties sexuelles sont très-prononcées et le
derrière fort proéminent. La tête et les pieds manquent par
suite d'anciennes fractures; les bras n'ont jamais existé.
Un peu de côté on voit un fragment de pointe de lance, de
La Madelaine (MM. Lartet et Christy), sur lequel sont gravées
en demi-relief, à la suite les unes des autres des formes de
mains ne montrant que quatre doigts; mais M. Lartet a fait
remarquer que certaines populations sauvages représentent
encore ainsi la main, ne dessinant jamais le pouce.
Singe? — Rapprochée des représentations humaines, est
une toute petite plaque osseuse, de Bruniquel (M. Peccadeau
de l'Isle), sur laquelle est gravée une tête d'animal qui res-
semble beaucoup à une tête de singe ; mais on n'a jamais
trouvé d'ossements de cet animal.
— 30 —
Grandi Ours. — A l'extrémité du grand axe, du côté
droit, est un caillou schisteux, portant sur une face plane le
dessin au trait d'un grand ours des cavernes. Ce dessin, dé-
couvert dans la grotle de Massât, Ariége, par M. Garrigou,
ne se voit plus que très-difficilement. Au moment de sa dé-
couverte, les traits étaient en partie remplis par des incrusta-
tions qui les faisaient ressortir, mais la pièce ayant passé par
de nombreuses mains, qui toutes ont plus ou moins frotté sur
la surface gravée, les incrustations ont peu à peu disparu et
les traits se sont affaiblis.
Cerf. — Après le caillou de Massât vient un fragment de
bois de cerf, de La Madelaine (MM. Lartet et Christy), sur
lequel est gravé un cerf ordinaire.
Aurochs. — Dans un.des coins sont groupés diverses re-
présentations de boeuf. Il y a entre autres une tête sculptée
sur bois de renne, extrémité inférieure d'un bâton de com-
mandement, Laugerie-Basse (M. de Vibraye). D'autres têtes
gravées sur bois de renne ou sur os montrent de beaux types
de taureaux qui doivent se rapporter à l'aurochs. On en re-
marque surtout une de Laugerie-Basse à M. de Vibraye. Il
y a aussi des Eyzies (MM. Lartet et Christy), un jeune aurochs,
gravé avec une grande perfection.
Chevaux.—Dans un autre coin sonl groupés des chevaux.
Sur un bâton de commandement en bois de renne, de La Ma-
delaine (MM. Lartet et Christy) on voit de chaque côté trois
chevaux en demi-relief parfaitement caractérisés.
Un instrument assez singulier en bois de renne, de Lau-
gerie-Basse (MM. Lartet et Christy), armé à l'une de ses extré-
mités d'un harpon avec barbe en crochet, montre tout près de
ce crochet une belle tête de cheval sculptée. Ses oreilles sont
très-soignées, mais un peu longues. Si l'on rapproche ce fait
de celui signalé à propos d'une gravure de tête placée dans la
' troisième travée, qui a des oreilles ressemblant à celles de
l'âne, on sera porté à croire qu'à cette, époque vivait une race
de chevaux à longues oreilles.
— 31 -
Il reste encore h signaler divers animaux disséminés un peu
partout dans la vitrine et plus, spécialement réunis dans le
quatrième coin. Ce sont :
Bouquetins. — Des bo'uquetins de La Madelaine et Lau-
gerie-Basse (MM. Lartet et Christy) et de Massât, Ariége
(M. Garrigou). Le mieux exécuté est celui de Laugerie-Basse,
sur une large palme de bois de renne.
Oiseaux. — Des oiseaux. Un à long cou, de Laugerie,
Basse (M. de Vibraye), ressemble beaucoup à un cygne. Sur
un fragment de pointe de lance de La Madelaine (MM. Lartet
et Christy), on voit, à la suite les uns des autres, une série
d'oiseaux, probablement des oies.
Poissons. — Des poissons. On en aperçoit un sur le har-
pon avec tôte de cheval qui a été décrit précédemment. Un
fragment de. bois de renne, de La Madelaine (MM, Lartet et
Christy), en confient trois ou quatre, avec leurs écailles bien
marquées, exagérées même, tandis qu'on en voit un presque
sous forme de squelette finement tracé sur un fragment de
mâchoire inférieure de renne, de Laugerie-Basse (M. de Vi-
braye). M. Garrigou en a aussi exposé un, provenant de la
grotle de la Vache, Ariége, finement gravé sur un fragment
d'os. Il croit que c'est la représentation d'un morse, mais ce
qu'il prend pour la défense dirigée en bas du morse me
semble n'être que les barbillons d'un barbeau, d'un goujon
ou d'une loche.
Reptiles. — Des reptiles divers plus ou moins reconnais-
sablés. Pourtant un têtard est très-nettement tracé sur une
portion de bout de lance, provenant de La Madelaine
(MM. Lartet et Christy).
cleurs. — Le règne végétal est infiniment moins bien
représenté que le règne animal. Ainsi, au milieu .de tous, les
animaux que je viens d'énumérer, et qui animent la vitrine du
milieu, il ne se trouve que trois .fleurs. Deux grandes, dont
une à neuf pétales, étalées sur un fragment de pointe de lance
de La Madelaine (MM. Lartet et Christy); et une,en forme de
— 32 ~-
tulipe à l'extrémité d'une tige onduleuse, gravée aussi sur
un bout de lance, de Laugerie-Basse (M. de Vibraye).
Conclusion. — La contemporanéité de l'homme et des
dernières espèces animales éteintes, la conlemporanéité de
l'homme et du renne indigène en France est largement, soli-
dement, irrévocablement prouvée par la découverte de pro-
duits de l'industrie humaine abondamment mélangés avec les
débris de ces animaux éteints ou émigrés, dans des couches
quaternaires intactes et au milieu des dépôts de cavernes qui
n'ont jamais été remaniés. Sous ce rapport les vitrines qui gar-
nissent la partie gauche de la première salle de l'histoire du
travail français ne peuvent laisser aucun doute. Elles suffisent
grandement pour convaincre les plus incrédules, les plus ob-
stinés.
La vitrine de l'art de l'époque du renne fournit pourtant
une démonstration encore plus péremploire. L'homme a par-
faitement représenté non-seulement le renne, animal émigré,
mais encore le grand ours, le tigre des cavernes, le mam-
mouth, animaux éteints, et cela habituellement sur les
dépouilles du renne et du mammouth eux-mêmes. L'homme
était donc bien incontestablement le contemporain de ces
animaux, dont il utilisait diverses parties et qu'il figurait si
exactement. Il ne peut pas y avoir de démonstration plus
convaincante 1...
TRAVÉE N° 7. — Pierre poïie. — La première du côlô
de la pierre polie, contenant surtout ce qui a rapport à la
célèbre localité du Grand-Pressigny.
Meules à moudre. — Dans le bas sont rangées un cer-
tain nombre de grandes pièces. D'abord deux meules à moudre
le grain : ce sont de gros cailloux granitiques, aplatis sur
une face. La première de ces meules a été recueillie dans la
grotte de Sacany, à Tarascon, Ariége, par M. Garrigou. La
seconde, en granit du Morvan, a été trouvée, par M. Salmon,
dans le département de l'Yonne.
— 33 -
PoUssoirs. — Tout près sont trois beaux polissoirs de
l'atelier du Grand-Pressigny, Indre-et-Loire, exposés par le
Musée de Tours, le marquis de Vibraye et M. Samarson. Ces
polissoirs ne proviennent pas du Grand-Pressigny même, mais
de la région circonvoisine, où l'on en a rencontré un certain
nombre, tous du même type. Ce sont des blocs ou des plaques
d'un grès très-siliceux, portant
sur une face, sur leurs deux
Taces, ou surtout leur pourtour,
des rainures plus ou moins
nombreuses, plus ou moins pro-
fondes, plus ou moins longues,
dans lesquelles on frottait, avec
un mouvement de va et vient,
les pièces ébauchées pour les
polir. Les grands polissoirs se
recontrent naturellement dissé-
minés un peu partout où l'on a
fabriqué îles haches polies, mais
ils varient suivant la nature du
grès employé. Dans les environs
de Paris, outre les rainures, ils
portent habituellement des cu-
vettes ovoïdes, larges et assez
profondes, comme on le voit
sur le beùu polissoir de La Va-
lenne -Sainl-Hilaire, qu'a publié
M. Leguay.
6r 4" aauciéus de Prcs-
sijny. — Entre les polissoirs
ont été placés sur un carton
noir trois beaux spécimens des
énormes nucléus du Grand-
Vig. 3.
Nnr.lôus du firand-Prcssigny, dit livre de
beurre, 1/3 gr. Collection Movtillel.
nessigny, iltls acres de beurre. Ces échantillons, choisis par
M. de Vibraye, suffisent parfaitement pour représenter ces
3
- M —
nucléus, maintenant si répandus dans les collections et si gé-
néralement connus. 11 y en a un terminé en pointe très-
allongée et parfaitement taillée ; un autre est en silex rubané
fort joli, mais exceptionnel dans le pays.
Grand nucléus des Martins. — Tout près, on a placé
un nucléus de silex de forme analogue, aussi gros que les
plus gros dePressigny, mais portant des empreintes d'éclats
de lames sur les deux faces, tandis que ceux du Grand-Pres-
signy n'en ont habituellement que sur une seule. Celte belle
pièce a été recueillie par M. de Rochebrune, aux Martins,
Charente.
«irand-Prcssiguy. — Ce qui est surtout intéressant au
point de vue de l'histoire du Grand-Pressigny, ce sont quatre
cartons de M. de Vibraye, à fond noir. Ces cartons prouvent
de la manière la plus claire, la plus évidente, ce que les nu-
cléus et les polissoirs, du reste, faisaient déjà présumer, savoir
que la région du Grand-Pressigny a été un centre important
de fabrication d'instruments de silex, fabrication qui a pris
une très-grande extension, surtout à l'époque de la pierre
polie.
Ces cartons contiennent une belle série de haches commen-
çant à l'ébauche la plus grossière et se terminant à la hache
parfaitement polie. Toutes pourtant présentent quelques dé-
fectuosités, ce qui montre que ce ne sont pas des outils en
bon état perdus accidentellement, ou bien des pierres mises
hors de service par l'usage, mais bien des rejets de fabrica-
tion. On peut en dire autant d'une série non moins belle de
couteaux à grandes lames, plus ou moins retaillées, qui ac-
compagne celle des haches. Les partisans de la pierre à fusil,
s'il en reste, pour conserver leur croyance, feront bien de fer-
mer les yeux en passant devant ces carions.
M. de Vibraye a aussi exposé quelques marteaux. Ce sont
généralement des noyaux de silex anguleux, taillés spéciale-
ment pour cet usage. Pourtant parfois on a utilisé comme
marteau quelques nucléus.
— 38 -
Reste à citer un certain nombre de très-jolis perçoirs, pointes
étroites et allongées, partant d'une plaque de silex très-variée
de forme. Reste surtout à citer une suite nombreuse de
scies assez courtes, larges, portant à chaque extrémité une
entaille ou encoche médiane pour fixer l'emmanchure. C'est
un type particulier, très-caractérisé, qui se trouve surtout
groupé dans Un atelier spécial du Grand-Pressigny. Il y a
aussi quelques jolis grattoirs.
Les ateliers du Grand-Pressigny exportaient au loin leurs
produits. Pour s'en assurer, il suffit de regarder les cartons
qui avoisinent ceux de M. de Vibraye, surtout celui de MM. les
abbés Bourgeois et Delaunay. Il contient quatorze pièces 1 en
silex du Grand-Pressigny, recueillies toutes sur le plateau de
Pontlevoy, Loir-et-Cher. Ce sont de magnifiques couteaux fine-
ment taillés, semblables à ceux exposés par M. de Vibraye, mais
plus finis, parce qu'ici on n'a plus à faire à des rejets de fabri-
cation, mais bien à des pièces terminées qui ont été livrées
au commerce. Ce sont de ces scies de formes si caractérisées.
Du reste, la nature du silex de la région du Grand-Pressigny
est tellement particulière, que ce silex se reconnaît toujours
très-facilement.
Haches de roches diverses. —Sur un autre carton,
M. Bouvet a aussi placé une hache polie, une scie et une pointe
de silex du Grand-Pressigny, également trouvées sur le plateau
de Pontlevoy, en compagnie de haches polies de diorite, apha-
nite, chloromôlanite et jadeïte, et de pointes de flèches à aile-
rons de silex blond.
Les haches de roches diverses se rencontrent même dans les
centres où le silex est le plus favorable et le plus abondant.
Ainsi, un carton du département de la Vienne, exposé par le
Musée de Poitiers, contient, au milieu de nucléus, beaux cou-
teaux, grattoir, rondelle, ébauches de haches, pointes de
flèches dont une très-barbelée, le tout de silex de nature très-
variée, deux hachéspolies, une toute'petite de fibrolithe et
une plus grande de diorite.
- 3-i ~
Foyers d'Auvergne. — Tout à côté, sur un autre carton,
est aussi une toute petite hache polie de fibrolifhe, mais
celle-là provient d'un pays, riche en haches de ce genre,
l'Auvergne. Elle a été recueillie par MM. Pommerol, dans le
département du Puy-de-Dôme, avec des lames et grattoirs de
silex, du blé carbonisé et des poteries, dans des foyers, au
milieu des alluvions. Les poteries sont en général très-épaisses.
Un beau vase entier est arrondi à la base; il a la forme dite en
Pig. 4.
Ebauche de hache de silex d'époque
intermédiaire. Mcuchccourt, près
Abhiiville, 1/3 gr. Collection
ilonillut.
bombe, mais en bombe allongée.
Deux mamelons latéraux, troués ho-
rizontalement, servaient à la suspen-
sion. Un autre fragment de poterie
porte deux perforations horizontales
superposées.
Silex divers. — Sur la tablette
est une ébauche de hache de silex,
taillée à grands éclats pour être po-
lie, provenant de l'Yonne cl appar-
tenant à M. E. Lartet. Une autre
ébauche, des alluvions de la Seine à
Neuilly d'après M. Reboux, âge dif-
ficile à préciser. Et une pointe de
silex, peu caractérisée, des bruyères
de Sèvres, Seine-et-Oise, exposée par
M. E. Robert.
Le dernier carton de celte éta-
gère , à MM. Bailleau et Feningre,
contient diverses pièces de Gilly,
Saône-et-Loire, en silex particulier,
très-différent du silex jaunâtre avec
e lequel sont faites diverses autres piè-
n ces de Saligny, Gonteniges, Pierre-
filte et Diou, Allier. Au milieu de
ces deux natures de silex, on dislingue très-bien des scies
à encoches du Grand-Pressigny, trouvées à Saligny et Conte-
- 37 —
niges,et une hache polie également en silex de Pressigny, pro-
venant de Diou,
Sur la dernière étagère sont trois cartons. .
Le premier contient des pièces diverses. Il y a des silex
taillés de Meudon, de Bois-Milon et de Précy-sur-Oise, re-
cueillis par M. E. Robert; une hache polie de grès de l'Yonne,
appartenant à M. Lartet; des haches polies du plateau de
Pontlevoy et de la Vienne.
Valcongrain. ■— Sur le second est étalé un envoi fait
par M. Victor Chatel. Dans sa propriété de Valcongrain, Cal-
vados, région où le silex naturel n'existe pas, M. Chatel a pour-
tant recueilli de très-nombreux éclats de cette roche. Parmi
eux se trouvaient des lames diversement travaillées, des
pointes de flèche, des grattoirs, ce qui montre bien qu'il y a
eu là un atelier de taille. A ces silex sont associés deux
petites haches polies, l'une de diorite, l'autre d'aphanile.
CSiarcntc. ■—'.Le troisième carton renferme des marteaux,
pointes, ébauchées, beau grattoir, ébauches de haches, le tout
de silex, fortement cacholonné, par conséquent d'un beau
blanc. Ce sont des pièces provenant des ateliers en plein air
de la Charente, signalés par M. de Rochebrune. Parmi ces
pièces, il se trouve un de ces racloirs taillés en ciseau que
nous avons déjà remarqués à Pontlevoy et qui ressemblent à
ceux si fréquents des Kioekkenmoeddings.
Yonne. — Dans le coin, sont placés un gros nucléus et
de grandes lames, recueillis par M. Bazin dans un atelier, à
Saint-Aubin-Châteauneuf, Yonne.
TRAVÉE N" 8. — Marteau-pic «le silex. — La pre-
mière pièce qui frappe les regards dans cette travée est une
espèce de marteau-pic de silex, taillé en pointe aux deux bouts,
avec un large trou rond au milieu pour l'emmanchure. Ce trou
étail probablement naturel, mais il a été agrandi et rectifié.
M. Reboux a recueilli ce marteau dans les environs de Paris.
Le Musée de Saint-Germain en possède un tout à fait analogue,
— 38 -
provenant du déparlement de l'Aisne. Ces deux outils sont
bien de taille ancienne, comme le prouve la patine dont ils
sont recouverts.
Haches de silex. — A côté sont diverses haches de silex,
parfois de très-grandes dimensions. La première, de Vaumor,
Yonne, appartenant à M. Larlet, a 0m,24 de long sur 0m,08
de large au tranchant, qui est on ne peut plus vif, comme si
on venait de l'effiler. La seconde, de Licusaint, Seine-et-
Marne, est aussi longue, mais moins large au bout. Elle est
Fig. B.
Hache polie de sihx, 1/3
gr. Collection Mottillet.
arrondie sur les bords latéraux, tandis que
l'autre est coupée droit, équarrie. Le tran-
chant, aussi vif, est oblique au lieu de se
trouver exactement dans l'axe de l'outil
comme le précédent. Il suffit de voir et
surtout de toucher ces tranchants pour
comprendre combien ces haches devaient
être utiles. On peut très-bien tailler du bois
avec. La hache suivante, de Ncufchâtel,
Seine-Inférieure, envoyée par M. l'abbé
Cochet, a encore le tranchant plus obli-
que.
M. de Menou, en exposant six haches
de silex de la Dordogne, a fourni des for-
mes intéressantes. Il y en a une, entre
autres, qui est curieuse par sa largeur et
son épaisseur. C'est un véritable ovoïde à
tranchant. Deux belles pièces sont sim-
plement taillées à éclats, mais avec beaucoup de soin. C'est
la préparation des haches précédant le polissage. Il leur
manque cette dernière opération.
Station des bords du Tarn. — Sur un carton sont
réunies diverses pièces que M. l'abbé Pottier a recueillies dans
une station sur les bords du Tarn, près Montauban. Il y a sept
os taillés en pointe ou biseau; trois, lames de silex; une large
rondelle de. pierre, trouée au milieu, à bords irréguliers,
— 39 —
ayant probablement servi de contrepoids; deux grès à polir;
deux petits ciseaux de pierre; quatorze haches de roches di-
verses, parmi lesquelles s'en trouvent plusieurs de ces petites
noires ou brunes, pouvant servir de pierre de touche, si com-
munes dans le midi de la France; plusieurs autres sont
d'une roche siliceuse un peu schistoïde, zonée, toute particu-
lière. Parmi ces dernières on en remarque une qui n'est qu'à
l'état de préparation, c'est un simple caillou dont on a taillé
les bords et qui n'a pas encore été poli ; d'autres portent les
traces du sciage fait avec le silex.
Charente. — Le carton voisin renferme des pièces de la
collection de M. de Rochehrune. Ce sont des haches de silex
préparées pour le polissage, des haches polies de gneiss, de
fibrolithe, deux très-belles pointes de flèche et une remar-
quable tête de lance de silex. Le tout de la Charente.
E.augcrie-Itasse. — M. le marquis de Vibraye, l'infati-
gable chercheur, a découvert auprès des anciennes stations de
Laugerie-Basse, commune de Tayac, Dordogne, des foyers
d'une date plus récente, comme le prouvent des haches polies
de silex et autres roches. Elles sont accompagnées de mar-
teaux, grattoirs, scies, pointes dé silex; de pierres entaillées
pour servir de contrepoids; de nombreux os taillés'en pointes
ou en ciseaux, semblables à ceux des habitations lacustres
suisses; dé fragments dé poteries grossières, avec des ma-
melons pleins ou troués et de grandes anses à jour, dès bords
droits et unis, des ornements en creux ou formés de petites
côtes relevées. Ces divers objets garnissent deux carions noirs.
Crotte d'Arcy-sur-Cur'e. — Deux autres cartons noirs,
à M. de Vibraye, contiennent dés débris d'industrie et la faune
de là couche supérieure de la grotte des Fées, à Arcy-sur-
Cure, Yonne. La faune se compose dû cheval, du boeuf, du
cochon ou sanglier, du cerf, dé la chèvre, du chien, du loup,
du castor, du chevreuil. Parmi les débris d'industrie, il y a
un gros pôlissoir à main en pierre; un poinçon d'os entouré à
plusieurs reprisés' de doublés 1 lignes' en creux, séparées par
_ 40 -
des chevrons également gravés en creux ; des fragments de
poterie. A côté de poteries très-grossières, ornées d'empreintes
en creux faites avec le doigt, il y en a de beaucoup plus fines,
à formes élégantes, bien que façonnées à la main. Un de ces
fragments est orné de zones successives formées au moyen de
doubles raies parallèles, tracées de distance en distance. Po-
lissoir, outil en os, poterie, tout me semble rappeler plus
l'époque du bronze que celle de la pierre polie.
Cavernes de l'Ariége. — Tout près des cartons noirs
de M. de Vibraye sont six cartons violets, appartenant à M. le
docteur Garrigou. C'est l'exhibition des objets de l'époque de
la pierre polie découverts dans les cavernes de l'Ariége.
Les actives et persévérantes recherches de M. Garrigou lui
ont fait constater diverses époques dans les dépôts des ca-
vernes des Pyrénées ; nous avons déjà vu l'époque de l'ours,
l'époque du renne proprement dite, nous sommes mainte-
nant à l'époque de la pierre polie ou troisième époque des
cavernes. Les objets exposés proviennent des grottes de Be-
deilhac, de Subart, d'Ussat, de Niaux. Des haches polies de
pierre, surtout d'ophile, datent très-bien ces cartons, qui por-
tent aussi des marteaux de pierre ; des instruments de schiste,
parmi lesquels on remarque des poinçons; des couteaux et
scies de silex ; trois trochus et une nasse, coquilles ma-
rines vivant actuellement dans les mers françaises; des débris
de poterie et des os taillés en poinçons ou ciseaux. Les in-
struments en os pourraient au besoin servir seuls à dater ces
grottes. Ils sont, comme l'a fort bien fait remarquer M. Gar- .
rigou, semblables à ceux des habitations lacustres delà Suisse.
Seulement, à en juger par les cartons exposés, les poinçons sont
beaucoup plus abondants que les ciseaux, qui sont assez rares
ici, tandis qu'ils sont communs en Suisse. Les instruments
d'os suisses sont aussi presque généralement faits avec des
os refendus ; dans ceux des cavernes de l'Ariége, il y en a bien
quelques-uns en os refendus, mais le plus grand nombre est
formé d'os longs ou canons entiers simplement taillés en bec
- 41 -
de flûte ou de sifflet à une extrémité. Sur un des cartons se
trouve un os taillé carrément dans toute sa longueur, indiqué
comme de Tarascon, Ariége; c'est probablement un manche
d'outil certainement travaillé avec un instrument, en métal.
Parmi les poteries il y a un fragment de très-grand vase,
mesurant 0m,28 de hauteur. A en juger par la place qu'occupe
l'anse, ce vase devait être au moins d'un demi-mètre. Un
autre fragment porte un mamelon allongé, percé de trois
trous accouplés verticaux, pour passer des cordes de suspen-
sion. Ce vase étant grand et lourd, il fallait plusieurs cordes
pour le porter. Deux très-grandes anses à jour sont aplaties
à la partie supérieure et portent une petite crête relevée du
côté extérieur de l'aplatissement. Il y a là un certain rap-
port, éloigné il est vrai, mais pourtant appréciable, avec les
poteries des terramares de l'Emilie, dans la vallée du Pô. Les
bourrelets onduleux ou crénelés sont semblables à ceux des
habitations lacustres et des terramares. Un fragmenta bour-
relet onduleux horizontal, coupé à angle droit par un bour-
relet analogue vertical, rappelle tout à fait les poteries des
grottes de la Vieille-Caslille, découvertes par M. Louis Lartet.
Sur l'étagère du milieu de la travée est placé un caillou
d'opbite, de la grotte de Niaux, ayant servi de marteau, ex-
posé par M. Filhol, ainsi qu'un fragment de poterie, orné de
séries de lignes en creux de la grotte de Bedeilhac.
Sépulture de Chaînant. — Quatorze pièces apparte-
nant à M. de Lavauld et provenant de la sépulture de Chamant,
Oise, espèce d'allée couverte, dans laquelle étaient ensevelis
un très-grand nombre de corps. Tl y a une mâchoire inférieure
humaine; une très-grande défense de sanglier; un poinçon
d'os; des fragments d'une gaîne de hache en bois de cerf;
trois haches polies de silex et une de jadeïte, toutes avec le
tranchant très-vif; une très-grande pointe de flèche de silex,
finement dentelée sur les deux côtés, sans barbelure, mais
avec un appendice pour l'emmanchure ; un grand grattoir et
cinq autres pièces de silex.
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Haches diverses. — Dans un petit carton exposé par
M. Dan]ou sont deux toutes petites haches polies, triangu-
laires. L'une, de quartz, est longue de 0m,028; l'autre, de
tibrolithe, de 0m,024.
Enfin une hache polie de silex, de Ravenoville, Manche,
. appartenant au Musée de Saint-Lô.
TRAVÉE N° 9. — Dans le bas, au milieu de haches polies
de pierres diverses, du midi de la France, appartenant au
Musée deNarbonne; d'Héry, Yonne, à M. Quantin; du plateau
de Pontlevoy, à M. Delaunay, et de Thenay, à M. Bourgeois,
on remarque :
Haches en jacïcïte. — Une hache de jadeïte, avec arête
médiane sur chaque face, du Musée de Narbonne.
Une autre hache, aussi dejadeïte, fort belle, longue de 0m,28,
s'élargissant au tranchant, de chaque côté, et formant un
petit, crochet élégant. Trouvée à Pauilhac, Gers, et appartenant
à M. Ed. Bischoff.
Une troisième hache dejadeïte, de même nature, plus belle
encore que les deux précédentes, et provenant probablement
des mêmes régions. Longueur actuelle, 0m,3S. Était autrefois
un peu plus longue, mais ayant été ébréchée, elle fut, dit-on,
réaiguisée à Poitiers. On reconnaît très-bien qu'elle était,
comme la précédente, ornée de petits crochets de chaque côté
du tranchant. Gettehache, la plus belle que j'aie vue, fait partie
de la collection de M. le comte Josselin Costa de Beau-
regard.
Couteau de Pauilhac. — Avec ces trois magnifiques
haches de jadeïte, se trouve le plus long couteau de silex
connu. C'est une lame très-régulière, mais non retaillée, ayant
0m,353 de longueur, et une largeur qui atteint jusqu'à 0Ù,0'37.
Propriété de M. Bisêhoff, ce couteau provient aussi dé
Pauilhac, Gers.
Pièces diverses. — Derrière ces pièces de premier
ordre, sont, sur un carton, trois haches polies dé pierre, dont
- «3 -
une petite de fibrolithe, et une fort jolie série de pointes de
flèche de silex, la plupart barbelées, de la Dordogne (M. de
Menou). Sur un autre carton sont des haches polies, petit mo-
dule, de diverses roches, dolérites, gneiss, etc., provenant de
Monlferranl et Seissan, Gers (M. Larlet); de la forêt de Vi 11ers-
Cotterets, Aisne (M. Watelet) ; de l'Yonne, du Loir-et-Cher,
de l'Allier et de la Vienne, de diverses collections.
Plateau de Pontlevoy. — Dans le coin, après deux
polissoirs à main de porphyre, du Musée de Poitiers, prove-
nant des Tours Milandes, près Vendeuvre, Vienne, et apparte-
nant très-probablement à l'âge des métaux-, est un carton
d'objets provenant des plateaux de Pontlevoy. Ils ont été re-
cueillis par MM. les abbés Bourgeois et Delaunay. Ce sont :
un nucléus de silex; deux marteaux sphériques, dont un en
poudingue siliceux; deux débris de haches polies de silex,
utilisés comme marteau; diverses haches polies, dont une
ébauchée de silex d'eau douce.
Au-dessus, un autre carton, du môme plateau et des mômes
collectionneurs, contient entre autres pièces un beau grattoir
de silex jaspé et une série très-variée de pointes de flèche de
silex. Il y a le triangle; le. losange, la pointe à base arrondie,
la pointe avec sinus à la base, forme fréquente en Irlande, la
pointe avec appendice médian sans barbelure, celle avec bar-
belure, etc.
Sépultures de la Varenne-Saint-Hilaire.. -«-
Tout à côté s'étalent, sur trois cartons superposés, les. sé-
pultures de la Varenne-Saint-Hilaire, Seine-, fouillées avec
tant de soin par M. Louis Leguay. On voit les ossements
brûlés, le charbon, les silex craquelés.par le feu, les scories
ou poteries vitrifiées; des os etbois de cerf, sciés et taillés-, avec
le silex; des grattoirs, scies, couteaux^, gQinles, de flèches
de silex; des silex fort petits, parfois trèsrbientailléS;, qui
sont pour M. Leguay des silex votifs ;, des ie^s, canines p.er,-
cées; des débris de poterie fort ouvrés,, Les; poteries, sont en
général fort grossières, souvent ornées de simples impressions
— 44 -
faites avec le doigt ou l'ongle, ou bien de gros bourrelets cré-
nelés et ondulés. Il y a pourtant quelques poteries plus fines.
Un fragment surtout est curieux parce qu'il est tout à fait
analogue à un des fragments recueillis par M. de Vibraye
dans la grotte des Fées (page 220) ; il est orné de zones for-
mées par des doubles raies parallèles, se reproduisant de dis-
lance en distance.
Haches diverses. — A plat sur l'étagère en verre sont
des haches polies appartenant aux Musées de Saint-Lô, du
collège de Vervins, d'Auxerre et à M. AVatelet. Il y en a de
silex de Lugny et de Cbevennes, Aisne ; de la Renardière,
Loiret; une de diorite, de l'Aisne; une très-plaie et très-
rugueuse, ayant la forme des haches de jadeïte saccharoïde,
mais en jadeïte très-impure, micacée, altérée; deux haches
d'autre roche, l'une de Gouranis, Manche, la seconde de
Champcourt, Aisne.
Dolmen de Mention. — A ces haches sont associées
quatre pointes de flèches de silex, déformés diverses, trouvées
dans la Saône par M. Chenier, de Châlon, et une autre
grande pointe de silex pislilliforme, provenant du dolmen de
Meudon, Seine-el-Oise.
Ce dolmen, ou plutôt cette allée couverte, fouillé par
M. E. Robert, a fourni divers objets en pierre. Quelques-uns
ont déjà été cités., Sur un carton, en haut de la travée, on
voit plusieurs pièces qui en proviennent, entre autres une
hache de silex dans une gaîne de bois de cerf, et un arc de
cercle en pierre, avec un trou de suspension à chaque extré-
mité. Tout le contenu du carton, haches polies et silex taillés,
a été recueilli par M. Robert dans les départements de la
Seine, de Seine-et-Oise et de l'Oise.
Orands couteaux retaillés. — Au-dessous de ce
carton, se trouvent neuf beaux couteaux de silex. On nomme
ainsi de grandes lames, pointues à une extrémité, arrondies
ou tronquées à l'autre, très-finement retaillées sur les deux
côtés et sur le dos. Si l'on réfléchit que la pointe est inutile
— 4o —
pour uu couteau et que les bords tranchants de l'instrument
sur toute leur longueur empêchent de le saisir avec la main,
on reconnaîtra que ce ne sont point là des couteaux. Ce sont
évidemment des armes, des poignards ou pointes de lance
qui devaient être munies d'une poignée ou d'une hampe.
C'est ce qui, chez nous, remplace les magnifiques lames
de silex, avec ou sans poignée, du Danemark. Cela est si
vrai que parfois nous trouvons de ces prétendus couteaux
dont le tranchant est abattu des deux côtés à l'extrémité in-
férieure, qui forme ainsi une poignée. On voit une pièce de
ce genre au Musée de Saint-Germain, et une autre, pêchée
dans la Seine, à Paris, se trouve au.British Muséum. Parmi
les pièces exposées, trois du Musée de Poitiers proviennent
d'un tumulus près de Magné, Vienne. Les autres, à MM. Bail-
leau, Charvet, Bourgeois et Delaunay, sont de Monetay, Allier ;
Loudun, Vienne; plateau de Pontlevoy, Loir-et-Cher.
Foyers de ViLlcncuvc-Saint-Oeorgcs. — Sur un
carton, dans l'encognure, se voient quelques spécimens des
objets que M. A. Roujou relire des foyers anciens de Ville-
neuve-Saint-Georges, Seine-el-Oise. Ce sont des grattoirs et
lames de silex, des rondelles de pierre ayant servi de mar-
teau, des os taillés et coupés avec le silex, des fragments de
poterie grossière.
TRAVÉE N° 10. — Grand instrument en meulière.
— L'énumération des objets contenus dans celte travée com-
mence par une énigme. A quoi pouvait servir ce bel et cu-
rieux instrument de meulière, parfaitement poli, arrondi dans
le sens de la largeur, long de 0m,40, effilé aux deux bouts,
très-légèrement arqué dans le sens de la longueur? Cette
pièce, remarquable par sa forme, sa dimension et la nature
de la roche, d'habitude très-peu employée, appartient à la
ville de Paris. Elle a été trouvée en faisant la canalisation
des eaux de la Dhuys.
Sépulture de Fontainebleau. — La ville de Paris a
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aussi exposé un petit vase fort joli en poterie grossière. Il a la
forme d'une bombe largement ouverte. Trois mamelons percés
devaient servira suspendre ce vase dont la base est tout à fait
arrondie. Il provient d'une sépulture des environs de Fontai-
nebleau, Seine-et-Marne, qui contenait aussi le petit couteau
en silex placé tout à côté. D'après M. l'inspecteur général des
ponts et chaussées Belgrand, qui a recueilli ces objets, la
tombe était creusée dans le talus d'un coteau, abritée par un
banc compacte de grès de Fontainebleau, qui formait cor-
niche au-dessus.
Vase de Niaux. — Un vase analogue, mais plus grand et
de forme un peu plus allongée, avec deux mamelons percés,
provenant de la grotte de Maux, Ariége, a été exposé par
M. FilhoV.
Grand marteau- h douille. — Mi Danjou a envoyé un
grand et gros marteauj d'une roche granitoïde noirâtre, percé
d'un large trou'pour l'emmanchement. Il a été trouvé à Bille,
Ille-et-Vilaine. Comme forme et comme roche, cette pièce
rappelle complètement celles qui se rencontrent en Scandi-
navie. Déjà quelques pièces analogues ont été signalées
comme découvertes dans les départements limitrophes de la
Manche.
Travail de la hache de pierre. — M. Salmon a
exposé diverses pièces en général de l'Yonne. Ce qui est sur-
tout intéressant c'est le travail complet delà hache de silex.
On voit d'abord la hache ébauchée, taillée à grands éclats; la
hache à demi polie; la hache terminée, au polissage complet
et au tranchant parfaitement effilé; enfin la hache cassée re-
mise en état par une taille nouvelle et un nouveau polissage.
Sur le carton de M. Salmon on peut remarquer aussi une
petite hache-gouge de Sens, forme très-rare en France, et
une belle hache aplatie de jadeïte saccharoïde provenant
de Seine-et-Marne.
Le carton voisin renferme des haches polies de jade,
jadeïtey ophilè, diorite, silex», ele,, provenant-du Calvados,

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