Proudhon expliqué par lui-même, lettres inédites de P.-J. Proudhon à M. N. Villiaume [24 et 29 janvier 1856] sur l'ensemble de ses principes et notamment sur sa proposition : la propriété, c'est le vol

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Alcan-Lévy (Paris). 1866. Proudhon, P.-J.. In-8° , 16 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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EXPLIQUÉ PAR LUI-MÊME
LETTRES INÉDITES DE P.-J. PROUDHON
A M. N. VILLIAUMÉ
SUR L'ENSEMBLE DE SES PRINCIPES ET NOTAMMENT SUR SA PROPOSITION
LA PROPRIÉTÉ, C'EST LE VOL
ALCAN-LÉVY, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
62 , BOULEVARD DE CLICHY
1866
AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR
Le 21 décembre 1855, M. Villiaumé, qui composait
alors son Nouveau Traité d'économie politique, crut devoir
interroger Proudhon touchant ses principes, qu'il avait
à mentionner en traitant du communisme; car il crai-
gnait de se tromper sur le sens de ses livres, dont divers
passages semblaient en contredire d'autres. Il lui écrivit
à ce sujet. Proudhon répondit par la lettre suivante,
qui est une exposition toute nouvelle de ses idées et un
chef-d'oeuvre de style. M. Villiaumé en analysa quelques
parties dans son célèbre ouvrage, qui parut Vannée sui-
vante.
Comme cette lettre est indispensable à l'intelligence
des nombreux écrits de Proudhon, dont elle forme en
quelque sorte la synthèse, et que d'ailleurs elle honore
sa mémoire, nous la publions textuellement. Nous n'avons
pas besoin d'avertir que M. Villiaumé a été autorisé, par
Proudhon lui-même, à publier cette lettre, s'il le jugeait
utile, et que Madame veuve Proudhon a bien voulu ap-
prouver cette publication.
G. R.
LETTRES INÉDITES DE PROUDHON
Paris, 24 janvier 1856.
Mon cher Villiaumé,
Il ne m'est pas possible de vous donner les explications
que vous souhaitez avec l'étendue, la précision et la rigueur
de principes que vous voudriez que j'y misse; cela exige-
rait un travail approfondi, difficile et long, auquel mes oc-
cupations urgentes ne me permettent pas, en ce moment,
de me livrer.
Ayez donc pour agréables, les quelques pages qui sui-
vent, et permettez-moi de compter sur votre intelligence et
votre bonne amitié pour ne pas me prêter des opinions qui
ne seraient pas les miennes, ou m'imputer des consé-
quences que repoussent mes théories.
Voici donc ce que je crois devoir rappeler à vôtre cri-
tique impartiale :
De 1839 à 1852, mes études ont été de pure controverse,
c'est-à-dire que je me suis borné à rechercher ce qu'étaient
et ce que valaient les idées prises en elles-mêmes, quelle en
était la signification et la portée, où elles menaient, où elles
ne menaient pas; en un mot, j'ai tâché de me faire des no-
tions exactes et complètes sur les principes, les institutions
et les systèmes.
J'ai donc beaucoup nié, parce que j'ai trouvé que pres-
qu'en tout et partout les théories n'étaient point d'accord
avec leurs propres éléments, les institutions en harmonie
avec leur objet ou avec leur fin, les auteurs suffisamment
renseignés, indépendants et logiques.'
J'ai trouvé que la société, en apparence paisible, régu-
lière, sûre d'elle-même/était livrée au désordre, à l'antago-
nisme; qu'elle était aussi dépourvue de science écono-
mique que de morale; qu'il en était de même des partis,
des écoles, des utopies et des systèmes.
J'ai donc commencé, ou recommencé, sur nouveaux frais,
un travail de reconnaissance générale des faits, idées et
institutions, sans parti pris et sans autre règle d'apprécia-
tion que la logique elle-même.
«Ce travail n'a pas toujours été compris, en quoi il y a eu
sûrement de ma faute. Sur des questions qui touchent essen-
tiellement à la morale et à la justice, il m'était impossible'
de garder toujours le sang-froid et l'indifférence philosophi-
ques, surtout quand j'avais affaire à des contradicteurs in-
téressés et de mauvaise foi. J'ai donc passé pour pamphlé-
taire, alors que je ne voulais être que critique; agitateur,
quand je me bornais à demander justice; homme de parti
et de haine, quand ma véhémence n'allait qu'à repousser
des prétentions mal fondées; écrivain versatile enfin, parce
que j'étais aussi prompt à signaler la contradiction chez
ceux qui se croyaient mes amis que chez mes adversaires.
Le résultat de cette longue discussion, de cette analyse
passionnée, a été ce qu'il pouvait être : fort instructif pour
moi, qui crois y avoir découvert ce que je cherchais, sa-
voir, le véritable sens et la détermination des choses en
soi, et abstraction faite des traditions, institutions, théories
et routines généralement reçues et consacrées; mais nul
pour le public, qui ne me lisait qu'à bâtons rompus, et se
demandait sans cesse où j'allais, et ce que je voulais.
Ainsi, tandis qu'il me semble, à moi, que la science éco-
nomique et sociale, grâce aux travaux de classification que
j'ai faits, peut être sérieusement abordée, et qu'il m'est pos-
sible d'en essayer une construction, le public, qui n'a pas
suivi la marche de ma pensée, trouve que j'ai épaissi les
ténèbres et accumulé le doute là où, du moins,' on avait l'a-
vantage, auparavant, de respirer et de vivre en toute sécu-
rité et confiance.
— 7 —
Voilà donc où j'en suis, après treize ou quatorze ans de
critique, ou, si vous voulez, de négation. Je commence mon
étude POSITIVE, j'apprends la science, j'établis ce que j'ap-
pelle la vérité scientifique, ou, comme on dit vulgairement,
après avoir passé la première partie de ma carrière à dé-
molir, en ce moment je réédifie.
Ne perdez pas cela de vue, mon cher ami, si vous voulez
être juste envers moi, et ne pas me condamner à tort, pas
plus que me louer sans motifs. Sans que je prétende me
comparer à un savant tel que Cuvier, je puis, du moins,
vous avouer sans orgueil que j'ai cru suivre, dans mon
exploration d'économiste, une marche analogue à celle que
le grand naturaliste avait suivie pour ses fossiles. Le monde
social m'apparaissait à l'état chaotique, comme le monde
souterrain apparaissait à Cuvier; je m'emparai donc des
idées/des institutions, des phénomènes, en cherchant le sens,
la définition, la loi, les rapports, les analogies, etc., etc.,
étiquetant mes pièces, jusqu'à ce qu'il me fût possible de
composer le tout, comme Cuvier composait le squelette du
dinotherium ou de tout autre antédiluvien.
Ai-je réussi? me suis-je trompé? ai-je fait quelques dé-
couvertes ? Ce sont là d'autres questions dont l'avenir dé-
cidera. Ce que je puis dire, c'est que voilà ce que j'ai fait,
ou, du moins, ce que je voulais faire.
Venons maintenant aux exemples :
I ° Vous me demandez ce que j'entends par cette propo-
sition : La propriété, c'est le vol; et puis comment, ayant
émis cette proposition, je me suis prononcé avec la même
force contre le communisme?
Vous concevez tout de suite, d'après les explications qui
précédent, que votre question peut avoir pour moi un
double objet ou bien vous me demandez ce que j'ai voulu
dire en tant qu'investigateur, classificateur et critique; ou
bien vous désirez savoir comment je conçois définitivement
le rôle de la propriété dans la société humaine.
Sur le premier point, à savoir ce que j'ai entendu affir-

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