Puisse-t-il se trouver ! Rêve patriotique

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1814. France (1814-1815). In-8 °.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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PUISSE-T-IL SE TROUVER!
REVE PATRIOTIQUE.
ALLEMAGNE.
1814.
PUISSE-T-IL SE TROUVER!
REVE PATRIOTIQUE.
A 2
Un grand fléau a désolé l'humanité :
l'usurpation aux prises avec le pouvoir
légitime. Une lutte de plus de vingt-
quatre ans, vient de se terminer. La
révolution française, après avoir essayé
dans sa marche sanglante, de toutes les
formes, a expiré sous les dehors de la
monarchie. Mais en vain l'égoïsme, avait-
il masqué son front d'une couronne ; les
gouvernemens légitimes ont triomphé :
la justice et les bons droits sont réinté-
grés; le règne de la vérité est rappelé;
les peuples saluent le repos et la paix
qui leur sourient, et les souverains repla-
cés sur leurs trônes raffermis, méditent le
bonheur de ceux, qui sont confiés à leur
sollicitude.
Il n'est aucun souverain qui n'eût
de bonnes intentions, car le désir du bien
naît avec les princes légitimes ; il n'en
est aucun qui ne voulût rendre ses snjets
heureux, mais aussi n'est- il aucun parmi
eux qui ne sente que l'intention seule
ne suffit pas pour gouverner. Ces princes
vertueux lèvent leurs yeux au ciel et
prient celui qui éclaire les rois et qui
régit leurs coeurs, de les assister dans
l'art le plus difficile à exercer sur la
terre. Les peuples adressant des actions
de grâce à l'éternel, le supplient, d'envi-
ronner les souverains qu'il leur a rendus,
de ses lumières et de ses bénédictions.
Chaque peuple, prosterné devant lui,
place à la tête de ses prières ce qu'il
a de plus instant à demander pour celui
qui le gouverne, chaque peuple dit:
Avant tout, Dieu grand et bienfaisant,
faites rencontrer à notre prince, parton
7
ceux qui l'approchent, un homme qui
mérite son estime; que par l'estime il
obtienne sa confiance; que par cette
confiance il gagne son attachement, et
que , s'il est possible - il devienne son
ami. Accordez, Dieu bienfaisant, ce
bonheur à notre souverain pour lui alléger
le pesant fardeau du gouvernement. Que
notre prince chéri trouve des lumières
dans l'esprit de cet ami ; qu'il trouve des
conseils dans sa raison ; des motifs d'agir
dans son caractère et des consolations
dans la sincérité de son coeur."
En effet, lorsqu'un peuple se plaint
de son gouvernement, c'est toujours la
faute de ceux qui entourent le chef
souverain, ce n'est point la sienne: for-
mant un mur impénétrable autour de sa
personne par les arts de leur assiduité,
ils l'empêchent de voir ce que chacun,
voit, et d'entendre ce que chacun entend;
tout environné qu'il est, il se trouve
isolé, et il reste étranger à tout ce qui
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l'entoure dans ce monde. Ah que les souve-
rains, auxquels le vulgaire porte envie,
sont à plaindre ! On exige beaucoup
d'eux, et on les prive de tous les
moyens de faire ce que l'on exige. Ils
semblent condamnés à vivre sur cette
terre dans un affreux isolement d'esprit
et, de coeur, et pour toutes les peines
que leur condition leur impose, ils
semblent privés de toutes les douceurs
départies aux autres humains , surtout ils
paraissent destinés à ne jamais goûter
la plus pure des jouissances que le ciel
a accordées aux mortels, celle de l'amitié.
Cependant, si l'histoire célèbre parmi les
souverains, des pères du peuple et des
bienfaiteurs du genre humain, elle menti-
onne aussi l'amitié, comme le don
précieux dont le ciel les avait gratifiés ;
Nommer Henri IV, c'est rappeler Sully.
Notre siècle a été bien dégradé il est
vrai, par l'égoisme, par la flatterie et la
fausseté ; mais le serait-il au point qu'on
dût supposer qu'il ne se trouvât pas, dans
chacun des états d'aujourd'hui, un seul
homme digne de devenir l'ami du prin-
ce ? ... Parmi ceux qui gouvernent, il
en. existe qui désirent et méritent d'en-
tendre la vérité ; eh, parmi ceux à qui ils
commandent, n'y aurait-il donc pas un
seul, capable de la dire? Il existe parmi
ceux qui sont nés sur des trônes, des
hommes appelés à devenir de Henri IV;
n'y aurait-il donc pas parmi leurs sujets
un seul, capable d'égaler Sully?
Eh, sans doute, cet homme de bien,
Dieu ne l'a refusé à aucun état; cet
homme de bien existe, et Dieu achèvera
son ouvrage : il le fera rencontrer au
prince vertueux de chacun de ses peuples;
Dieu dirigera sur lui la vue du souverain ;
son coeur devinera l'homme qui lui man-
que ; il le trouvera.
Oui, il le trouvera ..... Il l'a
trouvé Dieu exauce les voeux des
peuples pour leurs princes. Et lorsque
10
le souverain que Dieu dirige, aura vu
de près l'homme qui lui manquait, il
viendra un jour d'épanchement, réclamé-
depuis longtems par son coeur; il appel-
lera son élu, il lui ordonnera de parler,»
et voici comment celui-ci usera de la
liberté que lui aura accordée son sou-
verain.
„Prince, dira-t-il, depuis plus de
vingt ans de grandes leçons ont été
données sur l'art de gouverner. . Qu'elles
ne soient pas perdues pour les humains !
Les souverains ont vu le mal sous tous
les aspects; ils en tireront autant de bien
qu'il leur sera possible ! Ils ont vu
abuser de toutes les choses saintes et
honnêtes, et ils ont appris à connaître la
manière d'en user.
Je n'ai pas besoin de vous dire, Prince,
que les seules bases solides d'un gouverne-
ment sont la justice et la vérité ; Vous
avez ces principes au fond de votre coeur,
et ce n'est pas pour vous qu'il a été né-
11
cessaire de montrer par l'exemple, que lé
règne de l'iniquité et de l'imposture est
passager comme le vent. En administra-
tion intérieure comme en gestion exté-
rieure, la vérité et la justice seules
conduisent au bien. La parole des sou-
verains doit-être sacrée comme celle de
Dieu, dont ils sont les représentans sur
la terre. Les gouvernemens comme les
individus ne seront heureux que quand
ils seront vrais et justes. Vous savez,'
Prince, qu'il n'y a. qu'une morale sur la
terre, elle est seule et invariable.
La religion à été une des choses dont
on a principalement abusé. Après en avoir
fait une dérision, on l'a employée comme
un grossier instrument, politique. Des
athées se sont donnés pour des envoyés
de Dieu, et le crime a, abusé du nom de
la providence pour exécuter ses atroces.
projets. Cependant les humains ont besoin
de croire et d'espérer, ils se sont sentis
bien malheureux pendant cette époque
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d'incertitude et d'abandon, qui les séparait
du ciel : la religion est un besoin inné du
coeur ; sans elle ceux qui ne sont pas
heureux sur cette terre, seraient bien à
plaindre. La religion no doit pas avoir
son siége dans la tête, il doit être établi
dans le coeur; elle en provient, et elle
y retourne. Elle n'est pas l'oeuvre de la
spéculation, elle ne consiste pas dans des
formules retenues de la mémoire ; elle
accompagne toutes les actions, elle en est
l'ame, elle en est le commencement et
la fin, elle les rapporte toutes à l'être
suprême. L'homme a besoin de la reli-
gion pour vivre heureux et pour mourir
tranquille ; elle est la source de son repos,
de ses - consolations dans cette vie et de
ses espérances au delà du tombeau. Tous
les cultes ont pour but d'assurer à l'homme
ce bien, le premier de son existence
terrestre. Tous les cultes ont le même
but, leur différence n'est que dans les
formes. Les plus sages des gouvernemens
13
les respectent tous, et maintiennent leur
exercice sans s'immiscer dans leur inté-
rieur. Et ces gouvernemens se sont
toujours trouvés bien de leur sagesse.
Il n'est pas de religion sans morale,
comme il n'est pas de morale sans religion.
L'une et l'autre doivent accompagner
l'homme dès le berceau; il faut donner
une éducation à l'homme ; il faut qu'elle
soit essentiellement morale; il faut que
l'enseignement du bien soit pratique ; la
vertu doit devenir une habitude, plutôt
par l'exemple que par des préceptes. Il
y a des états où une grande corruption
règne dans toutes les classes de ceux qui
les servent ; ces états sont bien à plaindre !
Il n'y a qu'un grand remède à un si grand
mal : il faut contenir la génération exis-
tante par la terreur, seul mobile des
âmes avilies ; il faut changer la génération
naissante par l'éducation. C'est une
immense entreprise il est vrai qu'une telle
reforme ; et il est moins difficile de rem-
14
porter des victoires sur des ennemis
extérieurs, que sur une profonde démora-
lisation intérieure, mais il est nécessaire
de remporter celle-ci avant tout, car un
gouvernement ne peut prospérer tant que
la base est en poussière et putréfaction.
La moralité est la première condition de
son existence-
Il y a eu un tems où les peuples
réclamaient des Constitutions comme
des garanties de leur bonheur, et où les
gouvernans , pour présenter des garanties
aux peuples, formaient des Constitu-
tions. Les faibles ont besoin de se
prémunir' contre la force, mais la force
quel gage donnera -t - elle de la sincérité
et de l'inviolabilité de ses engagemens?
La constitution est dans le coeur de celui
qui lui donne le mouvement et la vie;
c'est le prince qui est la constitution.
A quoi ont servi en France les différentes
chartes constitutionnelles qui se sont'
succédées? Elles ne.reposaient pas sur-
15
la moralité de ceux dont elles étaient
émanées, et elles n'ont servi qu' à faire
naître des moyens de les éluder. On a
beau classifier les pouvoirs publics et les
balancer sur le papier; ils ne seront ja-
mais en équilibre, si la bonne-foi ne dicte,
ne scelle et ne surveille l'acte écrit, si
elle ne donne de la vie à la, lettre inani-
mée. République, aristocratie, monarchie,
gouvernement mixte, gouvernement mo-
déré , ce n'est pas à ces termes que tient
la félicité des peuples et la stabilité des
gouvernemens. Les mauvais gouvernans
abusent de tout ; les bons, font disparoître
les taches des institutions défectueuses : il
existe des gouvernemens absolus, où les
princes régnent avec douceur et libéralité,
et nous avons vu' des républiques où le
despotisme le plus atroce a dominé.
Parmi les moyens de rendre les peuples
heureux, celui de le faire par une con-
stitution, est le moins efficace et peut-
être un des derniers qui seraient à em-
16
ployer. C'est un des tristes héritages que
le siècle, des bouleversemens universels a
légués au nôtre, que cette facilité avec
laquelle on se porte à façonner les peuples
par des constitutions. Et l'on sait au-
jourd'hui que ce ne sont pas les formes
artistement combinées, qui constituent,
l'esprit des gouvernans et des gouvernés;
le bien peut se faire sans cet étalage de
phrases fastueuses; offrir à un peuple
une félicité par une constitution, c'est
inspirer des défiances et. réveiller des sou-
venirs pénibles.
On a été induit à croire que les sou-
verains devaient posséder toutes les con-
naissances humaines pour gouverner. Des
charlatans en administration se sont fait
passer pour des hommes universels. H,
est aussi ridicule de vouloir le paraître
qu'il serait injuste d'exiger des souverains
qu'ils le fussent. Le moyen de tout ap-
prendre et de tout savoir dans la courte vie
humaine ? Comment un prince parvien-
drait - il
17
drait-il à embrasser ce que jamais mortel
ne peut atteindre? Un prince doit avoir
reçu cette instruction qui développe l'es-
prit en général et qui l'excite à s'intéresser
pour les objets utiles qui s'offrent à sa
vue. Il suffit qu'il ait connaissance de
l'ensemble des parties qui entrent dans
l'art de l'administration. Il ne peut ni
doit en connaître chacune en détail; il
suffit qu'il connaisse le but et les résultats
auxquels chacune doit viser. Son in-
struction à l'égard de bien des objets ne
pourra être qu'historique. Le savoir ap-
partient aux hommes de métier, et dans
un souverain un jugement sain est préfé-
rable à la science. S'il a un ami, quel
titre que celui-ci puisse porter, c'est là
qu'il doit trouver des connaissances détaillées
ou les indications de se les procurer. Un
souverain doit principalement posséder le
moyen de trouver parmi ses serviteurs
ceux qui possèdent les connaissances, dont
il pourra tirer parti pour le bien de
B
18
l'administration. C'est de leurs' lumières
qu'il doit s'entourer pour porter des juge-
niens décisifs. Même les gouvernemens
méchans ont suivi cette maxime.
La principale science, celle qui doit
précéder toutes les autres dans un sou-
verain , est de bien choisir les hommes
qu'il emploie à son service. Il est im-
possible qu'un souverain, quelque bornée
que soit l'étendue de ses états, connaisse
personnellement tous ceux' qu'il appelle
aux fonctions publiques. C'est ici qu'un
ami pourrait lui être d'une grande utilité,
celui-ci prendrait des informations et lui
indiquerait les hommes les plus estimables.
Si les principaux fonctionnaires sont bien
choisis , ils ne proposeront', ni ne nom-
meront, guères pour les autres emplois des
sujets qui soient indignes d'eux, Les
ministres, les chefs des administrations et
des tribunaux ne chercheront que des
hommes qui leur ressemblent; ils leur
transmettront leur manière de voir et
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d'agir, et les subordonnés se façonneront
bientôt sur eux. L'esprit d'un chef se
reproduit toujours dans les employés in-
férieurs; les méchans même voudront lui
ressembler.
Il faut nécessairement que chacun
possède les connaissances qu' exige la
place qu'on lui confie. Un mûr examen
doit en être le garant. Malheur aux
états où chacun est censé propre à chaque
emploi! La révolution française a dé-
montré le danger de ce genre d'adminis-
tration. Lorsque des chefs ne connaissent
pas la partie à laquelle ils sont préposés,
les places inférieures deviennent la proie
de l'ignorance et de la fourberie; les
subalternes instruits et probes se déses-
pèrent; ils sont peu-à-peu expulsés, et
la gestion des affaires reste entre les
mains des fripons. Il faut qu'un chef
sache apprécier le travail de chaque su-
bordonné, afin' de pouvoir encourager les
uns, et censurer les autres, mais il ne
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faut pas qu'il se mêle de l'exécution des
détails.; il doit se borner à donner la
haute impulsion aux affaires et à suivie
les résultats ; il, doit maintenir la marche
de l'ensemble et faciliter le jeu des
rouages qui produisent le mouvement
général. L'esprit de détail nuit, aux
grandes vues. Un chef ne doit pas vouloir
toucher de la main, lorsqu'il suffit de
faire agir l'oeil.
Ce principe si essentiel pour, tout ad-
ministrateur, l'est encore bien plus pour
le chef d'état: il ne doit jamais voir les
affaires qu'en grand. S'il entre dans les
détails, il perdra un teins précieux qui
appartient aux objets majeurs: ceux-ci
souffrent sans qu'aucune autre branche y
gagne. C'est un meurtre que de sacrifier
une partie inappréciable de la vie d'un
souverain à écrire son nom, ou à lire et
fouiller dans des monceaux de papiers.
Vouloir tout faire et tout signer, ne
peut convenir qu' à un prince peu éclairé
21
Sur sa haute vocation, ou à un domina-
teur, jaloux de sa puissance et craignant
de ne pas régner assez.
On a appelé quelquefois des savans,
célèbres pour des théories, à des emplois
publics. Il n'y a pas de classe d'hommes
moins propre pour la gestion des affaires,
que celle - ci. La distance entre la théo-
rie et/ la pratique est immense. Des
savans peuvent sans doute', en certains
cas, être consultés avec fruit, mais les
hommes formés par l'expérience des
affaires, leur sont bien préférables ; le
savoir-faire vaut mieux pour la gestion
active que le savoir, et celui-ci ne rem-
place jamais les. connaissances que donne
la pratique; tandis que celle-ci peut
quelquefois exister sans la théorie. —
Quelquefois dès gouvernemens ont
appelé des étrangers pour avoir leurs
conseils relativement à des reformes ou
à des organisations projettées. Ordinai-
rement ce gouvernemens ont été trompés
22
dans leur attente; un étranger, quel que
puisse être son mérite, est incapable de"
donner des conseils et des vues dans
un pays sur lequel il n'a pas acquis des
connaissances locales sur les lieux mêmes.
Ses plans et ses projets, quelqu' ingénieux
qu'ils puissent être, ne seront pas appli-
cables. Si le pays où il est appelé,
possède une langue particulière, les
obstacles de se rendre utile, déviendront
encore plus grands.
Ils existe des états où l'on exige
des connaissances presque universelles de
ceux qui se présentent pour les places.
Mais il est ridicule d'exiger d'un teneur
de livre qu'il connaisse le droit romain
ou la physique, et d'un inspecteur des
forêts qu'il possède les langues anciennes.
Tant que chacun doit tout savoir, per-
sonne ne sera instruit à fond. On ne
doit demander d'un candidat qui se pré-
sente pour une place, que les connaissan-
ces, qui y sont spécialement nécessaires;
23
l'instruction générale doit être supposée,
et il n'y a pas de raison d'en demander
compte. On doit s'assurer d'un copiste
qu'il sache bien copier, et d'un calcula-
teur qu'il sache bien compter, et rien
de plus.
L'état doit avoir soin que dans cha-
que branche de l'administration les em-
ployés s'instruisent et se forment graduel-
lement. Ils doivent être assurés qu'en
avançant eu connaissances, ils avanceront
aussi pour le grade et pour les avantages
extérieurs. Leur avenir doit leur être
garanti dans la partie à laquelle ils se
sont voués. Le changement de chef ne
doit avoir aucune influence sur le sort
des employés inférieurs. Nul fonction-
naire ne sert les hommes, mais l'état.
S'il est nécessaire que chacun possède
l'instruction qu'exige la place qu'il occupe,
et. que les chefs la réunissent à un très-
haut degré, il est doublement instant que
ceux-ci aient du caractère; toute in-
34
struction serait nulle sans cette qualité
d'ame. Pour écrire il suffit d'avoir des
connaissances, mais pour agir il faut du
caractère. Ce n'est que par la fermeté
et une volonté bien soutenue qu'on assura
le succès des opérations; ce n'est que
par cette qualité qu'on y met cette suite
et cette conséquence de procédés qui
sont l'ame de l'administration.
Le souverain, doit en tout ce qu'il
ordonne, montrer du caractère. Vouloir
fortement ce que l'on veut réaliser, c'est
le grand secret en législation. Un sou-»
verain bon et estimable aura du ca-
ractère, car il ne voudra jamais réaliser
que ce qu'il aura reconnu pour juste ; et
ce qu'on appelle caractère n'est autre»
chose que la conscience de vouloir le
bien et la persévérance à le réaliser.
Aucune qualité d'un souverain n'inspire
autant de confiance aux sujets que celle-
ci. Jamais il n'est incertain, jamais il ne
se retracte, puisqu'il ne promet jamais
25
que ce qu'il peut tenir. On compte
avec certitude sur la parole qu'il a donnée
et sur la loi qu'il a émise ; on y fonde
des plans et des espérances pour l'avenir;
on estime le prince qui a du caractère}
on le respecte, on l'aime, et lorsqu'il
est même force d'être sévère, personne
ne se détache de lui. L'action morale du
caractère déployé par le prince, se mani-
festera encore plus heureusement dans les
fonctionnaires que dans les gouvernés.
L'impulsion étant donnée d'en haut la
force de la volonté se propagera comme
un fluide électrique par toute, la filiation
des autorités, les esprits les plus faibles
se sentiront relevés, et l'intention du
monarque sera réalisée à souhait. Des
hommes très-estimables pour leur mora-
lité et pour leurs lumières, désorganisent
souvent une administration par le manque
dé caractère; la faiblesse dans les' mesures'
prises par le chef d'une autorité, devient
souvent une injustice aussi criante que
26
si elle provenait de la corruption ou
de l'ignorance. Le manque de caractère
est un des principaux défauts de notre
siècle, et une grande partie des maux que
le monde a soufferts, est sortie de cette
source. Deux causes ont produit ce
phénomène moral dans les gouvernans :
l'absence des principes de morale, et
l'absence de l'instruction: c'est pourquoi
l'égoisme et l'ignorance ont été les deux
principaux ressorts mis en jeu par la
révolution. Les princes et les individus
ont été atteints de la cruelle maladie de
nullité de caractère, et des princes comme
des individus ont succombé au mal.
Dans un état où la moralité et l'in-
struction sont les qualités essentielles des
fonctionnaires, deux grandes sources du
manque de caractère n'existent donc pas!
Parmi les états, Prince, que la révo-
lution. n'a pas atteints dans leur inté-
rieur, il y en, a qui conservent des
institutions respectables par leur antiquité,
27
mais qui dénaturées par le tems, peuvent
leur devenir préjudiciables. C'est ainsi
que les distinctions de naissance sont
nécessaires pour maintenir la forme de
gouvernement, et elles doivent être con-
servées avec soin, mais lorsqu'elles suf-
fisent pour ouvrir la carrière des emplois*
publics, l'administration en souffre: les
hommes de mérite sont découragés; l'in-
struction est méprisée" et négligée ; toute
émulation étouffée ; la faveur et tous les
arts de l'intrigue dominent; Les hommes
en place, sont sans connaissances, sans,
talens, sans vertu; ils sont dispensés d'en
avoir. Le souverain est mal entouré,
l'état est en défaillance. Un nom illustre
peut donner sans doute un grand poids
à une mesure prise par un gouvernement,
mais ce nom ne suffit pas seul pour la
faire réussir. S'il est juste de donner le
tribut d'admiration aux hommes marqués
par une origine distinguée, il sera sage
de la part d'un gouvernement de mettre
des bornes au prestige de la rénommée,
en établissant pour principe invariable,
que la probité et le mérite seront les
premières preuves à fournir par celui qui
veut) servir l'état, et que le nom et la
naissance ne feront pencher la balance
que lorsque cette condition sera remplie.
Malheur' à l'état où la protection, les
connexions de famille, l'intrigue sont
tout ! Le mérite sans naissance et sans
liaisons, y sera réduit, pour se faire jour,
à employer ces moyens ou à rester dans
l'obscurité. Ce gouvernement périra sous
l'ignorance et l'immoralité. La fortuné
et la naissance ne doivent servir que de
complément à un mérite réel, qu' à rele-
ver le talent, mais elles ne peuvent donner'
ni l'un ni l'autre.
Les hommes nés dans les grandeurs et
élevés dans le superflu ne connaissent
pas les humains, ni les besoins dont ils
sont entourés ; avec les meilleures inten-
tions ils ont beau faire, ils ne peuvent
29
entrer dans la situation de ceux qui ré-
clament leurs secours mal à propos ils en
seront ou prodigues, ou avares. Il faut
avoir vu de près la vie humaine avec
toutes ses vicissitudes pour la connaître, et
un homme en place' qui n'a pas fait cette
expérience, manque d'une des connais-
santes les plus essentielles pour se rendre
utile. Les heureux ne comprennent pas
les malheureux de cette terre; leur lan-
gage est tout autre ; ils sont d'une toute
autre espèce. On voit souvent, et dans
tous les états, paraître des. lois et ordon-
nances qui attestent que. ceux qui les ont
composées, n'ont aucunement connu ni les
hommes, ni les choses humaines. De plus
ceux qui sont nés et élevés dans les
grandeurs et dans le superflu, ont ordi-
nairement le goût des frivolités, elles
leur sont même de besoin. Les jouissan-
ces de la vie consument une grande partie
du items qui devrait appartenir aux affai-
res. Ils ne connaissent pas le travail; ils
n'est pour eux ni un plaisir, ni un besoin.
Ils croyent beaucoup faire, lorsqu'ils con-
sacrent des minutes là où des journées
feraient nécessaires ; les affaires marchent
après les plaisirs, puisqu'ils prennent
ceux-ci pour des besoins indispensables
de l'existence. Les affaires traînent, se
décident souvent mal, ou jamais. D'ail-
leurs , là où les jouissances frivoles do-
minent, les besoins des fonctionnaires
sont grands: voulant être récompensés
selon leur condition, ils font des préten-
tions exorbitantes, et au milieu d'une
morale, relâchée, il n'y a pas loin de la
sensualité à la vénalité. Il y a peu d'états
où les hommes de naissance se forment
de bonne heure aux affaires, et où ils
portent : aux places le goût et l'habitude
du travail, mais aussi là où ils réunissent
ces qualités, ils sont d'une bien plus
grande utilité au gouvernement; leur
exemple est d'un grand poids, il devient
la règle universelle. Les souverains, qui
31
possèdent de tels hommes dans les castes
supérieures, sont à féliciter,
En un mot, Prince, le choix des
hommes est tout, et l'art de les connaître
est la base de la science de gouverner.
Cet art est si difficile, qu'avec la meil-
leure volonté il se glissera sans doute des
sujets indignes dans les places. Mais rien
n'est parfait sur cette terre, et tant que
les souverains n'auront pas l'omniscience
en partage, il suffit de s'approcher de la
perfection, puisqu'il n'est pas donné aux,
humains de l'atteindre.
Il est impossible, Prince, d'épuiser
cette matière dans un seul entretien;
l'homme est pour l'homme l'étude la plus
profonde et la plus vaste. Cet abyme de
mystères, l'homme, je ne prétends pas
l'approfondir ici; ce secret des secrets, je
ne me flatte pas de le déchiffrer; je vou-
lais seulement indiquer combien cette
science est difficile et je ne crains pas de
déplaire à mon souverain, en lui déclarant
franchement, qu'une grande partie' des
états, qui sont mal gouvernés, ne le sont
que, parceque leurs princes ne se doutent
pas d'une science qui est la plus impor-
tante pour eux.
Des hommes, permettez Prince, que
je passe aux institutions et aux lois.
Chaque nation en possède qui tiennent
à son climat, à son sol, à ses anciens
souvenirs, à ses moeurs, au caractère
des individus, à leurs habitudes. Chaque
nation à des institutions fondées sur des
idées qui lui sont particulières; ces idées
constituent la nationalité, et' l'on n'y
touche pas impunément; leurs racines
entrent profondément dans le sol qui les
porte. Si elles sont nuisibles, on doit
les aborder avec une grande circonspection
et d'une manière imperceptible; les idées
utiles doivent être conservées avec soin;
et lorsque les progrès du tems exigent
qu'elles soient modifiées, leur fond doit
ête scrupuleusement respecté. Une fan-
gue
33
gue nationale, un costume national, des
chants et des usages nationaux, sont des
mobiles précieux dans la main de ceux
qui gouvernent; ils veilleront religieuse-
ment à leur conservation. Un sage sou-
verain honorera la langue de son peuple
en l'employant, et son costume, en le'
portant. Ces ressorts nationaux sont d'une
force incalculable et le souverain qui en
trouve dans son peuple, est à féliciter,
Les gouvernemens qui ont' su les mettre
en jeu, en ont tiré les résultats les plus
étonnans, et les meneurs de" la révolution
française ont eu l'esprit de ne pas les
négliger. Lorsque les peuples n'ont plus
de nationalité, ils payent bien cher ce
défaut, ils deviennent facilement la proie
d'un funeste goût d'imitation. En imi-
tant les autres on montre peu d'estime
pour soi-même et l'on commence à se
ravaler à leurs yeux, on les autorise à
nous taxer au dessous de ce que nous
valons. Ils apprennent à nous mésestimer
C
34
et finissent peut - être par nous mépriser.
L'imitation des institutions étrangères a
été un des fléaux de notre siècle ; on a
tout imité de notre tems : dés institutions,
des los, des formes, des couleurs , on a
été jusqu' à se prendre de prédilection
pour des expressions. Des choses usées
et rebattues ont été admirées comme des
découvertes nouvelles, dès qu'elles avaient
passé sur un sol étranger ; des mesures
inexécutables ont été envisagées comme
des conceptions lumineuses, et ce qui
n'était qu'extravagant ou monstrueux, a
été nommé grand et sublime. Jusqu' à
quel point n'a-t-on pas poussé l'imita-
tion des institutions et des inventions du
dernier gouvernement français! On le
baissait, on l'abhorrait, mais on ne l'en
imitait pas moins. Il y a tel état où les
vestiges de ce funeste penchant seront
longtems encore visibles. La fureur des
réformes s'est cachée sous l'équivoque
terme d'organisation. On ne voulait
35
pas voir que dans le pays natal de ce
terme, en France, organiser équivalait
ordinairement à désorganiser et n'etait
souvent autre chose que détruire; on
ne, réfléchissait pas que toute organi-
sation suppose un changement, et que
tout changement est. un grave inconvé-
nient en fait d'administration. Une réfor-
me est souvent une révolution masquée,
et ne diffère d'une révolution manifeste,
que dans les formes qu'on emploie.
Comme la manie de l'imitation a sa sour-
ce dans le défaut dîinstruction, et dans
le manque de caractère,, vous soufrirez,
Prince, que je signale de nouveau ces
défauts sur lesquels on ne saurait revenir
trop souvent.
Dans quelques états ils ont produit
une incertitude et une contradiction con-
tinuelle dans les mesures du gouverne-
ment; de là ou y voit cette multiplicité
de lois et d'ordonnances dont, les unes
détruisent les autres: c'est là que l'autori-
C2
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té suprême perd la considération qui, lui
est due et qu'elle finit par détruire la
confiance qui lui est nécessaire. Il vaut
mieux, Prince, ne point donner de lois
que de ne pas exécuter celles qu'on a
faites, ou de les révoquer à tout instant.
L'autorité ne doit jamais se compromettre
en ordonnant des choses inexécutables,
elle se ruine et se détruit ainsi elle-même.
C'est par la sagesse qui inspire, et par
la fermeté qui soutient les lois, qu'elles
acquièient de la stabilité et que la force
de l'opinion les protège, voilà la puissan-
te égide sans laquelle rien n'a de durée
dans les choses humaines et qui seule les
préserve de la prompte destruction dont
les objets terrestres sont frappés.
Les gouvernemens où regnent ces
vacillations continuelles, sont des gouver-
nemens faibles. Ce qui leur manque
d'énergie , ils prétendent y suppléer par
des formalités extérieures ; ils croyent
qu'en prescrivant beaucoup, ils exercent
37
à un, haut point l'art de régner. Les
réglemens, les ordonnances, les instruc-
tions, les circulaires se succèdent à l'in-
fini; des bureaux s'élèvent partout; les
écrivains, deviennent innombrables ; là où
un seul homme suffisait autrefois, on
établit vingt personnes qui écrivent, ou
qui ne font rien en attendant les écritures
à faire; la plume est le ressort du gou-
vernement; son action est en paroles; les
écritures sont interminables, et l'on croit
une mesure exécutée, quand elle se trouve
sur le papier. Les fonctionnaires supérieurs
dans un tel gouvernement sont timides à
prononcer, ils renoncent à toute réflexion
et à tout jugement; ils n'osent décider
que ce qui est littéralement prescrit. La
lettre est la seule autorité ; le bon sens et
la raison cèdent à la lettre; le gouverne-
ment ne veut ni esprit, ni intelligence
dans ses fonctionnaires; il veut en eux
des instrumens passifs et ceux qui sont
gouvernés, doivent l'être également. L'es-
38
prit mécanique passe dans toutes les ad-
ministrations ; on croit que gouverner est
tout régler par des formalités, et on ne
s'apperçoit pas qu'à force de tout gouver-
ner , on ne régne pas , que la marche du
gouvernement est obstruée per des for-
malités, et que le mouvement cesse dès
que la formule la plus insignifiante vient
à manquer. Le mouvement ne se déve-
loppe plus dans l'intérieur de l'adminis-
tration , il doit être renouvelé à chaque
pas par de nouvelles impulsions du dehors.
Si ces impulsions venaient à cesser, toute
la machine s'arrêterait. Dans un état dont
l'administration est si mécanique et où
les fonctionnaires ne s'attachent qu'à la
lettre, ils n'osent prendre des détermina-
tions , crainte de la blesser ; rien ne se
décide dans un tel état, tout est en lan-
gueur, Et c'est ainsi que l'injustice de-
vient habituelle dans les gouvernemens
faibles.
39
Elle l'est encore dans les gouvernemens
qui abusent de leur force, parceque man-
quant de justice et' de bonne-foi, les
formalités leur sont également nécessaires;
elles sont le véhicule naturel de la mé-
fiante qui les tourmente. Un gouverne-
ment immoral juge les hommes d'après
lui-même, et les croit tous méchans. Il
se flatte de n'être pas trompé, en rédui-
sant les hommes à être de simples ma-
chines. Un despote ne veut régner que
sur des esclaves, et les organes de sa
volonté doivent également être des en-
claves. Les formalités sont les chaînes
dont il entoure les uns et les autres.
Comme sa méfiance est infinie, les for-
malités vont aussi à l'infini , et rien ne
peut se faire sans être prescrit. Mais
ces formalités qui doivent être la garantie
du despote, favorisent elles-mêmes les
abus et deviennent l'égide des infrac-
tions a sa volonté; car c'est en se cachant
sous les formalités que les employés com-
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mettent, des injustices et des rapines, rien
n'est impossible dès que l'observation des
formalités justifie les actions, et que leur
nature n'entre pas en considération. No-
tre siècle a vu pousser cet art à un haut
degré de développement.. La France ré-
volutionnée, berceau de tant de. maux,
a donné aussi l'exemple de cet art funeste.
Les écritures, les décrets, les règlemens
encombraient toutes les branches de l'ad-
ministration, les formalités ont été la
sauvegarde de, l'immoralité , de l'égoïsme,
du manque de foi et d'honneur. Ces
échaffaudages, compliqués, dressés artiste-
ment sur, le papier, en masquant aux
yeux du monde stupéfait la désorganisa-
tion morale, de la France et la confusion
intérieure, ont été pris par des étrangers
pour des signes de l'ordre, de l'intelli-
gence et de la régularité du gouverne-
ment.
La multiplicité des formalités en-
traîne la multiplicité des fonctionnaires.
41
Il y a des états où dix et vingt employés
sont chargés de faire ce qu'un seul pour-
rait, effectuer; un gouvernement despoti-
que a besoin de créatures ; jamais état
n'a salarié, plus d'employés que la France
sous son dernier gouvernement. Il y
avait des branches d'administration qui
comptaient 40,000 et 60,000 employés,
et le total de tous ceux que l'état nouris-
sait, présentait une masse plus forte que
l'armée. Cependant, en conséquence de
la détresse des finances, commune à tous
les gouvernemens, plus les employés sont
nombreux et plus ils sont mal payés; en
ce cas ils se dédommagent par des mal-
versations ; d'un autre côté s'ils sont bien
salariés, cette augmentation d'impôts,
pèse sur les habitans, quoique le service
se fasse plus mal que si les fonctionnaires
étaient en plus petit nombre.
Un état qui a adopté pour base de
son administration la moralité et l'instruc-
tion, n'a pas besoin de chercher son salut
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dans des formalités, et sera exempt des
ïnconvéniens qui en résultent. Le grand
ressort d'un tel gouvernement sera la
confiance ; ce lien moral qui existe entre
le souverain et son ami, attachera égale-
ment les ministres aux chefs des différentes
administrations, il passera de chaque chef
à ses subordonnés et traversera toute la
filière des autorités. C'est ce noble' lien
qui fera mouvoir toutes les parties dont
se compose le gouvernement. Le règne
de la confiance, fondé sur la vertu et les
lumières, évitera l'inconvénient de multi-
plier sans nécessité les formalités ; le sou-
verain vertueux et éclairé sait que cha-
que nouvelle formalité diminue l'intelli-
gence, rétrécit le jugement, enchaîne le
génie, porte atteinte à la morale et affoi-
blit la confiance ; il sait que les formali-
tés sont la mort de toute faculté morale
et intellectuelle ; il ne veut pas voir dans
les hommes de simples machines et il
craint, qu'en soumettant' leurs actions à
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des formalités prescrites, elles ne cessent
d'avoir un prix moral; il n'en veut ad-
mettre dans son administration qu'autant
que l'ordre dans les affaires et la néces-
sité d'en régulariser la marche, en exigent
rigoureusement. La force et l'unité
dans le gouvernement doivent provenir de
la noble source morale, la confiance. Il
est impossible que les lois prévoyent tous
les cas et fixent d'avance toutes les déci-
sions; tracées à grands traits et ne conte-
nant que les principes généraux, elles
sont toujours sujettes à admettre des inter-
prétations de la part de ceux qui sont
chargés de les appliquer, ceux-ci doivent
donc toujours jouir d'une certaine latitude,
nécessaire pour s'acquitter de leur minis-
tère. Dans un état où ils réunissent pro-
bité et instruction, cette' latitude ne sera
pas dangereuse, tandis que dans les états
qui se régissent par les formalités , il
arrivera que, dans les cas pressés, le mal
qui doit être prévenu, parvient souvent
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à être sans remède. D'ailleurs, dans ces
états même le gouvernement ne pourra
jamais prendre une décision que sur les
données et d'après les vues du fonction-
naire qui la réclame dans son rapport;
c'est ainsi que même le gouvernement le
plus méfiant est en dernière analyse force
d'avoir recours à la confiance, tant elle
est inhérente à la nature morale des hu-
mains. Le fonctionnaire probe réclamera
lui-même, dans les cas difficiles à resou-
dre, la décision du gouvernement, parce-
qu'il craint de compromettre sa conscience.
Sans doute les fonctionnaires les plus in-
tègres et les plus éclairés pourront se
tromper, et de chaque erreur il résultera
du mal pour quelques individus, mais
dans les gouvernemens où tout se fait
sous l'égide des formes, les fonctionnaires,
pourvu qu'ils les satisfassent, feront du
mal aux administrés et au gouvernement,
en trompant celui-ci et ceux-là à la fois.
Il y aura aussi, j'en conviens, Prince,

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