Quarante-unième anniversaire de l'assemblée de Vizille . Souscription pour les bustes de Mounier et de Barnave

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impr. de Selligue (Paris). 1829. France -- 1824-1830 (Charles X). 24 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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QUARANTE-UNIEME ANNIVERSAIRE
DE L'ASSEMBLÉE
DE VIZILLE.
Souscription
POUR LES BUSTES
DE MOUNIER ET DE BARNAVE.
Paris,
IMPRIMERIE DE SELLIGUE,
RUE DES JEUNEURS, N° l4.
1829.
QUARANTE-UNIÈME ANNIVERSAIRE
DE VIZILLE,
(21 juillet 1829.)
Tous les peuples ont fêté des souvenirs de gloire
et d'indépendance; ce n'est pas seulement dans les
époques de dégénérescence politique, que les peuples
n'ont fêté que des souvenirs, fruits des ombres d'un
temps qui n'est plus ; mais ce peut être encore dans
ces époques où le passé domine le présent, où des
hommes nouveaux se forment sur le modèle des
hommes anciens, et où des améliorations sont encore
attendues dans nos institutions. Pénétrés de ces sen-
timens, les Dauphinois qui habitent le capitale se
sont réunis au nombre de quatre-vingts, pour célé-
brer dans leur banquet annuel le quarante-unième
anniversaire de la célèbre assemblée de Vizille. La
salle, richement décorée , contenait dans une double
rangée d'écussons les noms des hommes illustres en
tout genre auxquels le Dauphiné a donné naissance.
La réunion était présidée par M. le colonel Du-
CHAND. L'illustre LABBEY DE POMPIÈRES honorait cette
réunion par sa présence. On y remarquait en outre
MM. CHARDEL et BAVOUX , députés, M. FOURIER,
secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences , an-
( 4 )
cien préfet de l'Isère, et plusieurs savans, littérateurs
et membres distingués du barreau. La fin de la ses-
sion n'a pas permis à nombre de députés patriotes
d'assister à cette réunion ; plusieurs députés de l'an-
cien Dauphiné out témoigné le regret de ne pas assis-
ter à ce banquet de famille, en déclarant qu'ils
priaient la commission de les y admettre d'intention,
notamment MM. Augustin PÉRIER, SAPPEY, le mar-
quis de CORDOUE, AMAT, de CORCELLES , de SCHOENEN,
AUDRY de PUIRAVEAU , EUSÈBE de SALVERTE, BENJAMIN-
CONSTANT, et nombre d'autres députés.
Le colonel DUCHAND, président, a porté, en ces
termes, le premier toast au 21 juillet 1788.
« Messieurs,
» II y un an qu'à pareil jour nous nous réunîmes
pour célébrer le quarantième anniversaire du 21 juil-
let 1788. Pénétrés des sentimens que firent naître en
nous les souvenirs de cette mémorable journée, nos
entretiens furent vifs, affectueux, l'expression de
notre pensée fut énergique et vraie. En nous séparant,
nous nous promîmes de nous retrouver au quarante-
unième anniversaire. Nous y voici : et je vois avec
bonheur qu'aucun de vous n'a manqué au ren-
dez-vous : mieux encore, le nombre de nos amis s'est
accru, et des convives distingués par leurs talens,
chers au pays par leur patriotisme, sont venus ajouter
un nouveau lustre à notre réunion.
» Félicitons-nous donc, mes chers compatriotes, de
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nous trouver ensemble unis d'intention et de pensée;
célébrons avec enthousiasme l'assemblée de Vizille ;
saluons par nos acclamations les noms de ces hommes
illustres qui y montrèrent un patriotisme si pur et
un courage si persévérant. A leurs voix éloquentes
tous les Dauphinois se levèrent; citoyens, ils firent
reconnaître leurs droits ; soldats, ils coururent aux
frontières pour les défendre; et, lorsque le jour de
gloire fut arrivé, les enfans du Dauphiné étaient tous
a leur poste. Tels furent nos pères, mes chers com-
patriotes. Héritiers de leurs principes, c'est en les pro-
clamant avec énergie que nous les honorerons digne-
ment. Déclarons donc, comme eux, que nous voulons
être libres et égaux ; que nous sommes les ennemis du
privilége, que nous détestons cette faction désorga-
nisatrice de nos institutions, qui menace sans cesse
nos libertés en protestant de son amour pour le pays
et pour le trône, protestation d'ailleurs mensongère
et hypocrite, et que l'histoire de notre pays dément à
chaque page. Disons à ces hommes faibles qui , redou-
tant encore son influence éphémère, méditent en se-
cret une honteuse alliance avec elle, disons-leur bien
que là tout est perfide, faux, décevant, qu'il n'est de
positif pour le pouvoir que l'amour du peuple; que
l'amour du peuple fait la force du trône, comme sa
prospérité en fait la splendeur; et qu'enfin, si tout
s'abaisse devant la majesté de l'un, tout cède à la
puissance de l'autre. »
D'immenses applaudissemens accueillent ce dis-
cours. ,
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M. JULLIEN, de Paris, fondateur-directeur de la
Revue encyclopédique, né à Paris, mais originaire du
Dauphiné par son père, qui a laissé parmi ses com-
patriotes la mémoire justement chérie d'un homme
de bien et d'un sincère ami de la liberté, a porté le
second toast suivant, précédé d'une allocution im-
provisée dont nous tâcherons de reproduire les prin-
cipales expressions. « A la tribune nationale, à la
presse périodique! A leur pureté, à leur indépendance!
» La première tribune nationale, en France, qui
prit l'initiative de notre grande révolution sociale et
politique, fut élevée à Vizille, en 1788. Là retenti-
rent des accens généreux et énergiques qui eurent
bientôt des échos dans toutes nos provinces. Tous les
abus furent signalés ; une guerre à mort fut commen-
cée par les défenseurs de la liberté contre le pouvoir
arbitraire, l'aristocratie et les priviléges, en faveur
du régime légal, de la nation et du droit commun,
de la liberté et de l'égalité. Mais, pendant long-
temps, la tribune nationale fut étouffée ou condam-
née au silence par la puissance des factions et par des
circonstances orageuses. Elle n'a pu reconquérir son
influence et ses droits que sous le régime constitu-
tionnel qui rendit au peuple ses organes légitimes.
L'élection libre et pure des hommes appelés à le
représenter, à exprimer ses voeux et ses besoins, peut
seule conserver à notre tribune nationale cette pu-
reté, cette indépendance, sans lesquelles elle cesse-
rait d'être la plus forte garantie de nos institutions.
» La presse périodique, devenue l'auxiliaire et le
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complément de la tribune, est aussi destinée à signa-
ler et à combattre les abus, à protéger les faibles, à
défendre les opprimés, à instruire le peuple de ses
devoirs et de ses droits, à éclairer l'opinion publique
et le gouvernement, à faire dominer et triompher la
vérité et la justice, gardiennes des trônes comme des
nations.
» Puissent les députés de nos départemens et nos
écrivains périodiques, toujours pénétrés de la dignité,
de la sainteté de leur mission, ne se laisser jamais
corrompre ni asservir! Leurs votes et leurs opinions,
conservés purs et indépendans, seront les plus fermes
remparts de la liberté, les gages les plus sûrs de la
prospérité de la France.
» A la tribune nationale et à la presse périodique!
à leur pureté, a leur indépendance! » Applaudisse-
mens.
M. REY, libraire : « A l'agriculture, aux arts, à l'in-
dustrie. Ils n'ont de protection que dans la liberté !
M. THÉODORE PERRIN, avocat: « A la magistratuie,
au barreau! La distribution impartiale de la justice
est la plus sûre garantie du bouheur et de la liberté
des peuples. La présence au milieu de nous de Mes-
sieurs Bavoux et Chardel sont des témoignages pu-
blics d'approbation que ces honorables députés et
magistrats donnent à nos voeux! »
M. DECLOSEAU, avocat : « A l'armée, aux gardes
nationales! L'existence et l'indépendance des peuples
n'ont de sûreté que dans une organisation de citoyens
armés dans l'intérêt seul de la liberté'! etc. »
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M. CORRÉARD (naufragé de la Méduse) :« A la ma-
rine!... indépendante de l'influence étrangère! Nous
partagerions le sceptre des mers, si nous en avions la
volonté. »
M. PINNET, avocat :« A l'organisation départemen-
tale et municipale! Puisse la session prochaine réaliser
les voeux des amis sincères de nos institutions consti-
tutionnelles! nous nous réjouirons alors d'avoir vu
échouer le projet présenté cette année. »
M. DUMOULIN : « A la mémoire de Mounier et de
Barnave!
» Compatriotes! en proclamant ces noms si chers à
la patrie, c'est rappeler à votre souvenir quel fut dans
tous les temps l'amour de notre pays pour la liberté.
» Luttant contre les Romains, nos aïeux vainquirent
les vainqueurs du monde, et au milieu de l'esclavage
universel conservèrent leurs institutions et leur liberté.
» Sous les princes dauphinois nos franchises furent
toujours respectées; en nous cédant à la France,
Humbert II, cet ami du peuple, l'immortel auteur de
notrecharte, imposa à son roi l'obligation de la respecter.
" Bientôt la mauvaise foi, la tyrannie foula aux
pieds ce pacte sacré, et notre belle province, cette
terre de liberté devint une terre de servage et d'op-
pression.
«Mais chez les Dauphinois la servitude ne pouvait
éteindre le feu de la liberté sainte; et quand la
France encore courbée sous le joug de l'absolu gémis-
sait en silence, le cri de liberté retentit dans nos
montagnes. Plébéiens, prêtres et patriciens se pres-
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sent au tombeau d'Humbert II, on exhume son tes-
tament, on proclame les droits de cette charte sacrée
et violée depuis tant de siècles, on l'oppose aux 20,000
soldats du roi de France qui occupent Grenoble et
et les défilés de nos montagnes. Le maréchal de Vaux
parle d'obéissance, de pardon ; le peuple dauphinois
était debout, il lui répond : Liberté!— liberté! —
» Alors au nom de cette liberté si bien entendue
dans nos montagnes, tout prend un caractère grave
et légal ; et à pareil jour , chers compatriotes , dans
cette mémorable assemblée de Vizille, nos pères
donnaient le signal de la plus glorieuse des révo-
lutions, de cette révolution enfin destinée à par-
courir et à régénérer le monde. Dans leur généreux
enthousiasme, guidés par l'éloquence et le talent de
Mounier, nos pères dédaignent de vaincre pour eux
seuls, et s'élevant au-dessus de l'esprit de province, ils
abjurent leurs droits spéciaux pour associer l'univer-
salité des habitans de notre belle France aux glorieux
résultats des assemblées de Vizilles et de Romans.
» Compatriotes !... citoyens !... Oui, ce nom vous
appartient, vous les premiers en proclamâtes les
droits en France ; et alors aussi ce grand capitaine,
ce dispensateur des couronnes vous salua de ce grand
nom en paraissant dans nos montagnes.
» Conservons donc toujours, ô mes concitoyens, la
mémoire de ces grandes journées, et de ces efforts
héroïques de nos pères ; rappelons-nous avec orgueil
que, fils aînés de la révolution, nous en serons tou-
jours les plus fermes soutiens; et si jamais cette li-

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