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Quatorze appartements

De
489 pages

Les portraits féminins en littérature m’ont toujours passionnée. Dans mes lectures, je suis sensible à l’équilibre complexe qui forge l’âme des personnages. Plus l’héroïne semble vraie, plus elle m’émeut. Combien de fois ai-je cru à mon amitié possible avec Élisabeth (Orgueil et préjugés, Jane Austen), Kitty (La passe dangereuse, Somerset Maugham), Myriam (Mangez-moi, Agnès Desarthe) ou encore Polly (La vérité sur Lorin Jones, Alison Lurie)... Dans le monde merveilleux des rêves éveillés, j’espère avoir le bonheur de les croiser un jour.


Je suis une scientifique. De celles qui questionnent toujours les évidences. Un jour j’ai eu envie de renvoyer mes interrogations à un public exigeant et je me suis mise à écrire : livrer des émotions comme dans une lettre que j’ai écrite pour Jorge Semprun ou peindre des portraits comme dans ce texte, Quatorze appartements. La solidarité a-t-elle encore sa place dans les rapports humains ? Véronique y croit. Et même si ce sont des raisons personnelles qui la poussent vers ses contemporains, elle veut devenir actrice de la chaîne qui lie les hommes les uns aux autres, au risque de s’y blesser.


Quatorze appartements raconte le parcours initiatique de Véronique Roland. Fraîchement installée à Lyon, déçue par son mari et pressentant la routine qui la guette, elle décide de renverser la vapeur et frappe aux portes de ses voisins pour tisser des liens. En réponse, elle rencontre l’indifférence des uns, la solitude des autres, l’infidélité et l’amitié.


Quatorze appartements est un roman d’analyse qui plaira autant aux femmes qu’aux hommes, aux jeunes qu’aux vieux, puisqu’il nous emmène au cœur de l’humanité sociale de la vie quotidienne d’une famille de la classe moyenne en milieu urbain.



Lien vers la page du livre chez l'éditeur :

http://www.elpediteur.com/auteurs/karinthi_ag/2015_quatorze.html



Lien vers une compte-rendu de lecture par Eole, sur le Songe d'une nuit d'été, webzine féminin :

http://www.hellocoton.fr/to/1gBFC

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QUATORZE APPARTEMENTS
AGNÈS KARINTHI
© ÉLP éditeur, 2015 www.elpediteur.com ecrirelirepenser@gmail.com
ISBN 978-2-924550-00-7
Image de la couverture : Purple glasses– kaboompics.com
Polices libres de droit utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Libertine et Libération Sans
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à Jane A., l’inégalable
- I -
J’avais espéré des montagnes de notre installation à Lyon. Pas que notre vie antérieure n’ait été satisfaisante, c’était même plutôt le contraire. Mais donner aux enfants l’autonomie qu’une bourgade de banlieue ne leur offrait pas, profiter de ressources culturelles et commer-ciales à deux pas de chez nous, voilà autant d’avantages sur lesquels j’avais compté pour améliorer notre quoti-dien. Dans les faits, c’est sur mon humeur que j’ai pu mesurer les changements les plus palpables. De positive je suis devenue sarcastique. De bon samaritain, concierge. Amoureuse, je le suis toujours. Mais réaliste, revendicatrice et un brin hypocrite. Avant notre déménagement, je vivais dans un cocon ouaté ; j’étais dotée d’une telle conviction d’être heu-reuse que certes j’aurais bien mérité d’y rester ensevelie, dans ce cocon. Car enfin, qui aurait pu me reprocher mon bonheur ?
Ma bulle s’est fissurée un soir du mois d’avril, quand Damien est rentré de son travail avec une offre de muta-tion sous le bras. J’assistais au dîner des garçons lorsqu’il m’a annoncé la nouvelle. Un mouvement de surprise m’a fait lever la tête, juste dans l’axe de la fenêtre. Il faisait jour encore, si bien que mon regard a accroché un der-nier rayon de soleil sur la Loire – au-delà du jardin, dans l’interstice entre deux immeubles. Mon estomac s’est tordu dans un gargouillis plaintif.Ne proteste pas tout de suite. Ne précipite pas les choses. Cette ligne direc-trice m’avait toujours guidée dans le passé. Aussi ai-je sondé mon mari avant de m’exprimer.
« Tu as envie de cette mutation ?
— Je sais pas.
— Comment ça, tu sais pas ?
— Je sais pas, Véro. J’y ai pas réfléchi.
— Mais tu vas devoir donner une réponse rapidement, j’imagine ?
— Je suppose. »
Agnès Karinthi –Quatorze appartements6 /
À ce stade, je n’avais qu’une seule certitude : Damien n’était pas prêt à s’engager. Nous avions déménagé plusieurs fois auparavant, mais c’est à Nantes que nous nous sommes vraiment sentis chez nous. Aussi avions-nous décidé de nous y installer, d’aller au-devant de la ville pour mieux l’adop-ter. Nantes était-elle bretonne ? Saurions-nous cuisiner une bisque d’étrilles ? Serions-nous chanceux aux machines à sous de la côte atlantique ?
Nous avons fait l’acquisition d’une maison en proche banlieue, à Saint-Sébastien-sur-Loire. Les soirs, nous découvrions les différents quartiers de Nantes. Chaque soir un nouveau bar, un nouveau restaurant ou un nou-veau théâtre. Les week-ends, nous partions pour une randonnée plus ou moins longue selon le temps qu’il fai-sait. À force de promenades et de dégustations, nous avions fini par saisir le petit quelque chose qui transfor-maitlaen ville notre ville. Elle s’était laissée séduire, nous avait ouvert ses passages secrets, nous avait permis d’entrevoir le plus profond de son âme minérale.
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Notre première salle d’exposition est restée gravée dans ma mémoire. Nous l’avons visitée à une époque où nous n’avions pas encore intégré le caractère maritime de cette ville enfoncée dans les terres. Aussi, l’affiche titrant « Les boîtes de sardines » avait-elle aiguillonné notre curiosité. L’exposition s’étalait sur trois étages du château des ducs de Bretagne, remplissait des dizaines de présentoirs et tapissait tout autant de murs. Sardines à l’huile, sardines à la tomate, maquereaux au naturel dégorgeaient des vitrines encombrées. Des boîtes ovales de toutes les tailles, de toutes les couleurs et de tous les âges s’empilaient devant nos yeux. De toutes les marques, aussi. Des conserveries à Nantes ? Où, dans quel quartier ? Des cartes et des maquettes, çà et là au gré des salles, nous délivraient leur part du mystère. D’une vitrine à l’autre, nous suivions le cours des éten-dues d’eau. L’Erdre, la plus belle rivière de France d’après François Ier, se jetant dans la Loire. Le grand fleuve charriant du sable, véhiculant des bateaux au ton-nage trop limité pour les exigences contemporaines. Tel-lement pressé de retrouver l’océan cinquante kilomètres plus bas, qu’il s’était frayé différents circuits à travers la
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ville pour être certain d’y arriver. Nous pouvions suivre sur les cartes le cheminement de ces tracés séculaires, ainsi que les efforts de l’homme moderne pour les effa-cer. Comme Nantes avait dû être belle, dans le passé ! o0o « Si tu acceptes la mutation, je devrai démissionner. — T’auras pas moyen de te faire muter, de ton côté ? — Nous n’avons pas d’agence sur Lyon.
— Dans ce cas, oui. Effectivement.
— C’est un problème, ça, non ?
— Ça pourrait l’être, si tu tiens à ce boulot.
— Je n’y tiens pas plus que ça. C’est alimentaire, tu sais bien. Le secrétariat, c’est pas folichon.
— Dans ce cas, c’est pas une grosse contrainte. »
J’ai regardé mon mari droit dans les yeux.
« On te laisse combien de temps pour répondre ?
— Une semaine. »
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Quelle semaine ! Damien rentrait taciturne du travail. Nous dînions en silence puis il prenait une revue et lisait jusqu’au coucher. Impossible de lui parler. Impossible de le faire parler.
Un soir pourtant, j’ai entamé la conversation d’une manière qui a dû lui convenir davantage.
« Depuis la naissance de Théo, nous ne sortons plus beaucoup. Tiens, par exemple, ça fait longtemps que nous ne sommes pas allés nous promener à la mer.
— Nous sommes allés à La Baule, l’été dernier. Rap-pelle-toi.
— L’été dernier. C’est bien que tu le soulignes. Théo va sur ses quatre ans et nous ne sommes allés à La Baule que deux ou trois fois depuis qu’il est né. Et pour aller à la plage, encore, avec pelles et seaux. Tu te rappelles les randonnées qu’on a pu faire sur la côte, avant les enfants ? Pornic, Guérande, Pornichet... Ce qu’elle est belle, la côte de Pornic ! Si sauvage ! Tu te rappelles le chemin douanier, vers la Pointe Saint-Gildas ?
Agnès Karinthi –Quatorze appartements / 10
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