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Quatre éternités pour une Rose immortelle

De
370 pages

Les deux premières œuvres écrites par Yves Herbo entre 1970 et 1974 (entre ses 11 et 15 ans donc) sont Quatre éternités pour une Rose immortelle et Je n'étais qu'un androïde. Classées par certains comme visionnaires, ces œuvres très en avance pour leur époque et remaniées depuis, sont avant tout des romans d'aventure écrits pour la détente.

Le présent roman se déroule « de nos jours », tout en offrant un dépaysement total par ses développements qui vous emmènent dans de lointains espaces, pour y découvrir un amour cosmique inattendu...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-85765-1

 

© Edilivre, 2017

Chapitre I

Les deux adolescents regardaient dans toutes les directions. Personne. Des arbres, toujours des arbres. Ils avaient l’impression que la forêt les tenait et qu’elle ne les relâcherait plus. La nuit tombait comme un voile sombre qui les étouffait. Ils se regardèrent un instant puis ils se mirent à courir, tout droit, comme aveugles. Les branches et les arbustes les fouettaient. Plusieurs fois, ils trébuchèrent, à chaque fois ils se relevaient et reprenaient leur course frénétique. La nuit était déjà bien avancée quand ils tombèrent presque en même temps. Mais, cette fois-ci, ils restèrent allongés sur le sol humide. Leur poitrine se soulevait à un rythme effrayant. Leur visage était inondé par la sueur, malgré le froid intense d’une nuit de décembre. L’un avait les yeux ouverts, l’autre les tenait fermés, comme s’il ne voulait plus voir ces arbres nus ricanant sous la Lune. Celui qui avait les yeux ouverts regardait le vide. Il revoyait ce qu’ils avaient fait pendant cette pénible journée. Il se revoyait, lui et son ami, prendre l’ultime décision. Il revoyait comme dans un rêve ses adieux à Paris, leur départ angoissé et leur longue marche sur les routes françaises. Il n’oublia pas ce début de désespoir quand les policiers les prirent en chasse et ce grand soulagement quand son ami et lui les semèrent. Puis cette peur affreuse quand ils se rendirent compte qu’ils étaient perdus dans cette forêt dont ils ne connaissaient même pas le nom.

Puis, il revit les arbres et, en frissonnant, se releva difficilement. Il chercha son compagnon des yeux et se dirigea vers lui en titubant. Il aida son camarade à se relever et ils se regardèrent en silence. Frédéric le premier arriva à prononcer quelques mots.

– Ça… ça va ?

– Oui, je crois.

– Qu’est-ce qui nous a pris ?

– L’ambiance, sûrement.

– Reposons-nous un instant, puis nous réfléchirons.

Ils s’affalèrent tous les deux dans le tapis de feuilles mortes. Et leurs pensées se mirent à se promener parmi les ombres de la nuit. Ils ne pouvaient dormir. Ils se fixaient, sans dire un mot. Puis Christophe sourit.

– On a été plutôt con, dit-il.

– Non, n’importe qui dans notre situation aurait fait la même chose.

Ils se rendirent compte que ce qu’ils disaient ne voulait plus rien dire. Alors, ils reprirent leur rêverie. Soudain, Frédéric se leva d’un bond et fit quelques pas.

– Il faut nous secouer, murmura-t-il en secouant ses cheveux châtains.

– T’as raison, mais que fait-on maintenant ?

Frédéric revint sur ses pas et se planta devant Christophe toujours assis.

– Il faut continuer, n’importe comment, répondit-il.

– Bien sûr, mais nous sommes complètement paumés et assurément, nous ne pouvons pas demander notre chemin à un flic, ni à personne d’ailleurs, vu l’heure.

– Tu ne m’apprends pas grand-chose ! Je propose de rester là jusqu’à demain. Ensuite, nous continuerons tout droit. Cette maudite forêt finit bien quelque part !

– Faisons comme ça, fit Christophe en se réinstallant le plus confortablement possible sur le tapis de feuilles, mais qu’allons-nous manger ?

– Désolé mon vieux, mais pour aujourd’hui, on fait du régime. Tu ne regrettes pas déjà ta nounou, non ?

– Non mais ça ne va pas toi ! C’est juste l’habitude…

– Faudra en changer, souligna Frédéric, car maintenant, c’est l’aventure !

– Quand je pense que nous avons abandonné nos familles, nos ennuis familiaux et que nous sommes recherchés par la police, ça me fait un peu drôle, mais c’est formidable en même temps !

– Tu vois la tête de nos amis d’école, je te parie qu’ils n’y ont jamais pensé, qu’ils n’ont jamais eu le courage ni la curiosité de faire une fugue, approuva Frédéric en faisant de grands gestes.

Mais ils n’étaient pas dupes et savaient qu’ils ne disaient tout cela que pour se réconforter un peu. Maintenant, ils se demandaient ce qu’ils allaient faire, car, bien qu’ils aient réfléchi à la question depuis longtemps, ils n’avaient pas prévu d’être immobilisé par la nuit. Ils savaient qu’ils vivraient au jour le jour. Le plus longtemps possible. Jusqu’à ce qu’ils atteignent une contrée où leur âge et identité ne les empêcheraient plus de travailler ou de vivre comme ils le voulaient. Ils se demandaient surtout ce qui allait leur arriver. Déjà, aujourd’hui, il leur était arrivé des tas de choses.

Enfin, ils décidèrent d’essayer de dormir, malgré leur grande nervosité.

Cela faisait plus de deux heures que Christophe dormait, mais cela faisait également plus de deux heures que Frédéric se retournait dans sa couchette de feuilles jaunes. Il essayait toujours de comprendre les réelles raisons, les impulsions et désirs d’aventures qui avaient convaincu son ami de ce départ. Il se rendît compte qu’il ne dormirait pas de la nuit, alors il se leva et, en silence alla faire un petit tour pour se détendre.

Cela faisait bien le septième tour de la clairière que Frédéric comptait quand il entendit un bruit ressemblant à celui que ferait une turbine. Un genre de sifflement accompagné d’un ronflement sourd. C’était plutôt étonnant de percevoir une turbine la nuit en pleine forêt. Mais il était encore plus surprenant de s’apercevoir que le bruit ténu venait du ciel. Frédéric leva donc les yeux et, incrédule, il vit, remplaçant la clarté blafarde de la Lune, une puissante lumière tirant sur le rouge. Plus le bruit devenait fort, plus la lumière devenait éblouissante. Mais il ne voyait aucune source, rien qu’une grande clarté qui, étonnement, n’éclairait pas les arbres. On aurait dit que le ciel, à cet endroit, perdait sa couleur noire pour la remplacer par une autre, rouge. Frédéric, qui allait pour réveiller Christophe, cria de surprise. Un objet venait de faire son apparition parmi les arbres toujours sombres, alors qu’ils auraient dû être baignés dans le rouge aveuglant.

Pendant que Christophe se réveillait en sursautant, Frédéric s’accroupit derrière un épais buisson. Christophe, qui s’était mis debout, faillit retomber quand il vit la grosse boule rouge. Frédéric l’appela doucement de son buisson.

– Bon dieu, qu’est-ce que c’est ? Murmura Frédéric quand Christophe l’eut rejoint.

– Comme si je le savais ! On ferait mieux de se tirer, répondit Christophe, effrayé.

Frédéric demeura silencieux, réfléchissant.

– Cela me dépasse, finit-il par dire en haussant les épaules. Peut-être une météorite.

– Tu as peut-être raison, mais qu’est-ce que ça change, tirons-nous, je te dis !

– Attends, je crois savoir. Une météorite va beaucoup plus vite, et tombe. Regarde, il plane à l’horizontale… et tu entends ce petit bruit ? C’est un phénomène inconnu, ce que certains appellent une soucoupe volante, ou un O.V.N.I. !

Christophe ne dit plus rien, lui aussi fasciné par la chose. Frédéric, pendant ce temps, se remémorait ses lectures sur ce phénomène étrange.

– C’est peut-être un engin de l’armée… On s’en va, demanda encore Christophe.

– Non. Ce n’est pas ça qui va nous faire du mal. Et puis, je suis curieux. C’est assez rare de voir un pareil phénomène, faudrait être idiot pour s’en aller.

– Je ne suis pas tellement rassuré, continua Christophe, que va faire cet objet ?

– Si je le savais ! Il va peut-être nous enlever ! Frédéric souriait narquoisement.

– Nous… Moi, je m’en vais !

– Reste ici, nom de…

Christophe avait déjà fait quelques pas en arrière, mais il revint aussitôt.

– J’n’ai pas envie d’être seul. Tu viens ?

– Reste, je te dis. Ecoute-moi. J’ai lu des articles sur les OVNIs. Ce n’est pas dangereux.

– Si tu crois ce que disent tous les journaux !

Le jeune parisien haussa les épaules et continua :

– Certaines personnes auraient vu des personnages autour de soucoupes posées.

– Raison de plus pour partir ! S’obstinait Christophe.

– Quand tu auras fini de m’interrompre… Je continue. Ils auraient enlevé quelques personnes et… Laisse-moi finir… Mais elles sont toujours revenues. On les croit rarement, mais, d’après ce que ces gens disent, les occupants sont amicaux… Quoiqu’il me semble aussi qu’il y ait des méchants ou des expériences…

Christophe écoutait maintenant son ami, tout en fixant la chose qui avançait très lentement.

Frédéric, emporté un peu par son imagination, continuait :

– Si ils nous enlevaient, ça nous ferait une aventure fantastique. Et au point où on en est, ça nous arrangerait peut-être…

– Et s’ils se servent de nous comme… cobayes, par exemple ? Fit Christophe, plus réaliste.

– Avec des si… Après tout, inutile de chercher, on verra bien !

Frédéric avait à peine fini de parler que le bruit de turbine redoubla d’intensité. La lumière violente avait pris une coloration verte. Lentement, la boule éblouissante descendait. Les deux amis regardaient, la bouche bée. La lumière devint si aveuglante qu’ils durent se voiler les yeux. Quand ils purent regarder à nouveau, la boule avait perdu de sa luminosité et était posée sur le sol.

Christophe, pour se rassurer, se disait sans cesse qu’après tout, les occupants ne les enlèveraient peut-être pas. Au bout de quelques secondes, Frédéric se leva. Christophe poussa un cri et demanda à son ami s’il était devenu fou.

– Je ne pense pas, répondit tranquillement Frédéric, s’expliquant : à quoi ça nous servirait de nous cacher derrière ce fichu buisson, il faut que je sache ! Et j’ai l’impression qu’ils savent que nous sommes là… Lève-toi.

Christophe se leva en marmonnant que la chose n’était peut-être pas occupée… un robot. Ils avancèrent vers la sphère qui restait immobile sur le sol qui fumait légèrement.

Il y eut un léger claquement. Christophe s’était jeté au sol tandis que Frédéric s’était précipitamment accroupi. Une porte s’était ouverte sur la boule.

Les deux adolescents attendirent un instant et se relevèrent. Frédéric allait s’élancer vers l’ouverture quand une silhouette fit son apparition dans le cadre de l’orifice.

Ils reculèrent en même temps, par réflexe. Tous les deux fixaient l’être qui venait de sortir de la sphère.

Un homme. Un homme assez jeune. La trentaine, peut-être. D’une beauté incroyable pour son sexe. Frédéric et Christophe avaient d’ailleurs cru tout d’abord qu’il s’agissait d’une femme. Il avait les cheveux blonds et des yeux d’un gris profond. Il avança d’un pas et sourit largement.

La combinaison bleue qu’il portait moulait un corps d’athlète.

Ils restèrent ainsi à s’observer pendant quelques secondes, puis l’homme s’avança doucement, toujours souriant. Christophe, méfiant, scrutait l’inconnu alors que Frédéric souriait à son tour.

L’être qui était sorti de la boule se planta devant les deux amis hésitants. Un léger claquement se fit entendre à nouveau et une douce lumière bleue inonda la clairière.

C’est alors que l’homme ouvrit sa bouche fine pour parler.

– J’espère que vous n’avez pas eu trop peur. Je m’appelle Nôôl et je sais que vous vous appelez Christophe et vous, Frédéric.

– Comment savez-vous nos noms ? Demanda Christophe, toujours méfiant.

– Je vous expliquerai plus tard. Allez prendre vos sacs et effacez toutes traces de votre passage ici.

– Vous n’avez pas à nous donner des ordres, répondit Christophe en faisant un pas en arrière vous voulez nous enlever, n’est-ce pas ?

– Allons, ne vous fâchez pas, Christophe, je ne vous forcerai pas, mais je sais que vous me suivrez. Frédéric, essayez de le convaincre de vous aider à effacer les traces et de gagner du temps…

– Moi, personnellement, je serai d’accord pour vous suivre, mais il faut que je sois sûr qu’il ne m’arrivera rien. Tandis que pour Christophe, je ne peux pas le forcer.

– Je ne vous ai rien demandé de tel. Mais je vous assure qu’il ne vous arrivera rien de déplaisant, je peux même vous dire qu’après, vous me remercierez.

– Nous verrons. D’accord, je vais enlever les traces, Christophe, viens m’aider, tu ne vas pas me lâcher, hein ?

Christophe dévisagea son ami quelques instants, puis finit par sourire.

– Bon, ce n’est que pour toi que je le fais. Oh, et puis après tout, ça ou les ennuis… je préfère vous accompagner. Mais rien ne prouve que Nôôl dise la vérité.

– Aie confiance, dit Nôôl en souriant, tu verras, tu ne le regretteras pas. Et puis, vous avez raison d’être méfiants, avec tous ceux qui rôdent dans les environs. Bon, allez nettoyer la place où vous étiez, ensuite, vous viendrez me rejoindre dans le Mûl, c’est-à-dire la sphère qui est derrière moi.

– Je n’ai pas très bien compris au sujet « de ceux qui rôdent dans les environs » !

– Ne vous inquiétez pas, Frédéric. Vous allez bientôt tout savoir.

Les deux adolescents se jetèrent un regard entendu et firent disparaître toutes traces de leur passage. Christophe, qui avait retrouvé confiance entra dans le Mûl le premier. A peine étaient-ils à l’intérieur de la boule que l’ouverture – un panneau en cercle – se matérialisait derrière eux. Ils commençaient à s’inquiéter quand la voix de Nôôl se fit entendre. La voix venait de nulle part et de partout à la fois.

– Ne vous affolez pas, la pièce où vous êtes en ce moment est un sas et en même temps, un décontaminateur. La décontamination est nécessaire, vous comprenez pourquoi. Attendez quelques minutes encore. Quand l’autre cloison apparaîtra, vous entrerez dans la première salle à gauche. Là, vous trouverez des combinaisons stérilisées que vous enfilerez. Vous attendrez que la porte s’ouvre pour sortir. Cette pièce est un laboratoire automatique équipé d’un scanner, entre autres… En même temps, une machine testera votre organisme… Votre santé est importante. A tout de suite. »

Les deux amis ouvrirent de grands yeux, écrasés par la technologie avancée de cet engin.

La cloison en face d’eux coulissa en silence. Un grand couloir augmenta les proportions du petit sas où ils se trouvaient. Ils avancèrent d’un pas hésitant et, comme prévu, trouvèrent une porte à leur gauche.

Celle-ci s’ouvrit de l’intérieur, automatiquement. Christophe retint un moment son ami qui allait entrer.

– Il y a quelque chose qui me paraît bizarre ici.

– Mais… Tout est bizarre en ce moment !

– Non, nous sommes entrés dans une sphère, n’est-ce pas ? Et pas une sphère de cent mètres de circonférence ! Et bien, comment expliques-tu ce couloir droit et paraissant infini…

Frédéric se gratta la tête, regarda le couloir, puis dit simplement.

– Il faudra demander des explications à Nôôl, il m’inspire confiance…

Christophe ne fit aucun commentaire et ils jetèrent un coup d’œil dans la pièce avant d’y entrer complètement. Ils furent étonnés de se retrouver dans une salle baignant dans une lumière verdâtre. En effet, jusqu’ici, tout ce qu’ils avaient vu dans le Mûl – y compris le couloir – était inondé de clarté bleue.

Dès qu’ils eurent pénétré dans la salle ronde, la porte se referma. Ils eurent aussitôt une étrange impression. Suivant qu’ils se plaçaient dans de différents angles, ils voyaient où ils ne voyaient pas des murs apparaître. Ce qui faisait que par moments, la salle était ronde, ou carrée. Mais ces visions, bien que nettes, étaient fugaces. Disons qu’à leur droite, la paroi était couverte de boutons et de molettes colorées. Des lumières de différentes couleurs clignotaient et un léger ronflement se faisait entendre.

Les deux amis n’osaient ouvrir la bouche, ils étaient comme hypnotisés par toutes ces couleurs de formes étranges et tordues, sans « ampoules » ou matériel visible. Lentement, la clarté verte qui inondait la salle blanchit. La blancheur en devenait éblouissante quand tout s’éteignit d’un coup. Le noir total.

Les deux garçons se rapprochèrent l’un de l’autre en fixant, les yeux écarquillés, le noir du néant. Soudain, une lumière jaune et diffuse apparut. C’était une « lampe » en forme de serpent ou de S entrelacé. Bientôt, la salle entière devint jaune, d’un jaune engourdissant et doux. Un léger claquement. Un sifflement strident. Un paquet était posé à terre. Ils ne savaient pas comment il était venu là, mais ils en sortirent deux combinaisons bleues et flottantes qu’ils enfilèrent facilement, laissant tomber leurs vêtements décontaminés, mais tachés de boue…

Ils avaient juste fini d’agrafer les attaches magnétiques que l’éblouissante lueur blanche explosa à nouveau. Ils fermèrent les yeux vivement mais la lueur les aveuglait tout autant, à travers leurs paupières. Ils rouvrirent les yeux, n’y tenant plus et se rendirent compte que la clarté avait baissé d’intensité. Frédéric vit Christophe fermer à nouveau les yeux, pour se calmer peut-être, et les rouvrir aussitôt avec un petit cri. La lueur infernale refaisait son apparition dès qu’il fermait les paupières !

– Décidément, il faudra demander des explications, murmura Christophe en essayant de retrouver une vision normale.

Quelques secondes passèrent et soudain, la porte s’ouvrit pour laisser entrer l’éternelle lumière bleue. Les deux amis sortirent en se bousculant. Une lueur blanche dansait devant leurs yeux qu’ils n’osaient plus fermer.

Nôôl les attendait un peu plus loin dans le couloir, il s’élança vers les deux adolescents à grandes enjambées.

– Ce test est assez éprouvant pour ceux qui le passent pour la première fois. Mais vous êtes solides, il y en a qui s’écroulent en sortant, lança-t-il avec son éternel sourire.

– Il y a eu d’autres gars comme nous qui l’ont passés ?

– En effet, Christophe, vous n’êtes pas les premiers que nous emmenons. Mais il serait temps de partir si nous ne voulons pas être découverts. Nous avons dû rester au sol car le test use pas mal d’énergie et nous ne pouvons le faire passer en plein vol, cela risquerait de déséquilibrer l’accumulateur.

– Cet appareil fonctionne à quelle énergie ? Demanda Frédéric.

– Il peut utiliser plusieurs énergies, d’où sa maniabilité pour les très grands parcours entre planètes. Il emmagasine l’énergie inépuisable cosmique, mais ceci exclusivement lorsqu’il se trouve dans un espace vide de toute étoile et de système planétaire, à plusieurs années-lumière à la ronde. Vous savez ce que sont l’énergie cosmique et ses particules, je suppose… Ce que vous appelez « matière noire ». Le Mûl utilise la gravitation et ce que vous avez appelé la M.H.D (Magnéto-Hydro-Dynamique) sur les planètes pourvues d’atmosphère comme la Terre, et l’énergie nucléaire pour les voyages entre planètes. Il fonctionne également à une autre énergie mais celle-ci est très compliquée. Vous ne la connaissez pas encore. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il s’agit de matière et d’anti-matière… Vos savants sont sur ce sujet avec les cyclotrons et autres accélérateurs de particules… en même temps que sur l’énergie cosmique, d’ailleurs…

– Je m’y attendais un peu pour la gravitation et le magnétisme, mais je ne pensais pas à tout cela à la fois ! S’exclama Frédéric.

– Et nous sommes en train de mettre au point une énergie utilisant le Temps pour source…

– Le Temps, s’étonna Christophe, mais c’est impossible !

– Ah ah si, nous l’utiliserons bientôt comme n’importe quelle énergie.

– Et comment pourrez-vous recueillir cette énergie ? Demanda Frédéric que la question intéressait.

– Tout simplement en voyageant dans le Temps grâce à un appareil plus compliqué, répondit Nôôl en riant.

– Vous n’allez pas me dire que vous vous baladez dans le Temps ! S’écria Christophe.

– Et si ! Je peux même vous dire que c’est grâce à cela que je savais que vous alliez m’accompagner… Attendez un instant, je fais décoller notre Mûl…

L’homme aux cheveux blonds ferma les yeux et se contracta fortement.

Un sourire se dessinait toujours sur ses lèvres quand il rouvrit ses paupières.

– Le Mûl est immobile au-dessus de la forêt…

Un gros mot, le même, sortit de la gorge de Christophe et de Frédéric.

– Excusez-moi, fit Nôôl en fronçant les sourcils, mais je n’ai pas compris ce que voulait dire le mot que vous avez crié…

Les deux amis le regardèrent à deux fois avant de se mettre à rire.

Leur rire redoubla quand ils virent la tête que prenait Nôôl.

Comme Nôôl gardait un air faussement gêné et plutôt étonné, ne sachant vraisemblablement pas ce qu’étaient les injures terriennes, Frédéric, entre deux hoquets, lui expliqua.

– Il s’agit d’un langage très employé sur Terre… Si vous voulez, nous vous l’apprendrons…

– Avec joie, fit Nôôl, satisfait, je m’intéresse beaucoup aux langues terriennes, elles sont si harmonieuses !

Cette fois-ci, Nôôl ne comprit plus du tout en voyant Christophe, plié en deux et Frédéric presque écroulé de rire.

Petit à petit, ils reprirent leur sérieux et s’excusèrent avec un profond sourire. Et quand Nôôl sut la raison de ce fou rire, il dût se retenir pour ne pas rire à son tour.

Ils redevinrent tout à fait sérieux, Frédéric et Christophe ayant à poser plusieurs questions.

Frédéric posa sa main sur l’épaule de Nôôl et dit en souriant :

– Christophe et moi, nous pensons que vous êtes sincère. Mais nous avons à vous poser de nombreuses questions.

– Je vous remercie pour votre amitié. Et il est normal que votre curiosité soit satisfaite.

– Vous nous avez dit que le Mûl était immobile au-dessus de la forêt. Je veux bien vous croire, mais vous n’avez donné aucun ordre et nous n’avons pas ressenti le départ.

– Je savais que vous… Nous devrions nous tutoyer… Que tu allais me poser cette question. Le Mûl est dirigé par un ordinateur qui obéit aux impulsions mentales. Je lui ai donné tous les ordres par la pensée. Et pour ce qu’il en est du départ, je vous ai dit que le Mûl utilise l’anti-gravitation, donc, la force G n’existe plus ici.

– Mais nous n’avons absolument rien senti ! Rien n’a bougé, aucune vibration ! S’exclama Christophe.

– Et il en serait de même à la vitesse de la lumière. C’est assez difficile à expliquer. Un écran protecteur de plasma énergique entoure le Mûl, cet écran absorbe la matière et s’en sert comme combustible. Ce qui fait que, autour du Mûl, jusqu’à cet écran, c’est le vide le plus total. De ce fait, toutes les lois de la physique sont dépassées.

– Et cet écran… résiste-t-il à des rayons comme le laser ?

– Non, il n’agit que sur les obstacles naturels. Un rayon désintégrant anéantit facilement le Mûl. Par contre, certains de nos appareils possèdent eux des boucliers protecteurs.

– Sur un autre sujet maintenant. Une chose est incompréhensible dans le Mûl. Je m’explique : nous sommes entrés dans une sphère d’une dizaine de mètres de diamètre. Comment expliquer dans ce cas ce couloir où nous sommes, complètement droit, il parait mesurer des centaines de mètres, l’infini, même.

– Je m’attendais également à cette question. Vous avez sûrement remarqué cette clarté bleue qui baigne littéralement le navire. C’est l’apparence que donne une autre dimension. Ou plutôt, non, l’intérieur du Mûl est transféré entre deux dimensions. Nous sommes entre deux dimensions, oui c’est ça, nous sommes à la limite entre deux dimensions.

– Comment est-ce possible ? Il n’y a que l’intérieur qui est dans cet autre univers. Et l’extérieur, la carapace du Mûl est dans notre monde sur Terre ?

– C’est un peu ça, en effet. Mais c’est infiniment plus compliqué. Vous devez vous rendre compte que nous utilisons beaucoup les paradoxes dimensionnels. Nous devons donc connaître la question parfaitement car la moindre erreur de calcul peut être fatale. L’entre-deux dimension est un espace infime entre deux dimensions ; Donc, dans cet espace, plus aucune règle de physique n’existe. Des choses ou des objets qui n’existent pas dans notre univers existent dans l’entre-deux dimension. Ainsi, ce couloir infini se forme dès que nous pénétrons dans cet univers étrange.

– Ça veut dire que ce couloir n’existe pas dans notre univers ? S’étonna Christophe.

– Oui, c’est évident. Mais le Mûl est continuellement dans l’entre-deux, et ce couloir nous sert énormément, car il agrandit les dimensions de notre navire et dessert beaucoup de pièces.

– Donc, dès que quelqu’un entre dans le Mûl, il se retrouve dans l’entre-deux, résuma Frédéric en ajoutant, c’est affolant !

– je suis ok avec ça.

– Et si un rayon atteint le Mûl, ajouta Christophe, la coque est détruite, pas l’intérieur.

– Oui, mais sans coque pour contrebalancer les effets de distorsion, on resterait en quelque sorte coincé à l’état de matière pure, et sans réalité physique stable.

– Ici, fit Frédéric doucement, le temps n’existe plus, nous ne vieillissons plus, et c’est grâce à ça que nous avons cette impression d’infinité…

– Drôle d’impression ! S’exclama Christophe en emboîtant le pas à Nôôl qui les menait au poste de pilotage, mais je voudrai revenir à autre chose.

– Je t’écoute, lui dit Nôôl, suivez-moi, le poste n’est pas loin, même dans l’entre-deux !

– Voilà. Je voudrais revenir aux voyages dans le Temps. Si vous pouvez aller dans le Temps, pourquoi ne savais-tu pas le résultat des tests que nous avons passé avant même que nous arrivions dans le Mûl ? Et pourquoi nous emmener si tu sais ce qui va arriver ?

– Tu vois, nous n’utilisons les voyages temporels que pour les choses importantes… Des cas exceptionnels, et pour vérifier certaines choses. Si nous savions toute l’Histoire, où serait la joie de la recherche ? L’aventure n’existerait plus, l’intérêt de l’Histoire non plus. Tournez à droite, maintenant. Nous n’aurions plus de mystères. Nous ne voulons même pas chercher à savoir quand viendra la fin de notre civilisation. En effet, si nous savions, nous aurions tendance à essayer de changer le cours de l’Histoire, afin de sauver notre race. Or, nous savons que la moindre entorse faite à l’Histoire déclencherait une catastrophe universelle. Entrez par la porte qui s’ouvrira à votre droite…

– Les Terriens, s’ils possédaient ce pouvoir, iraient aussitôt chercher les pourquoi et les comment de notre civilisation dans le passé, puis ce qu’il en adviendra dans le futur ! Fit Frédéric en suivant les directives de Nôôl concernant le chemin à prendre.

– C’est bien pour ça que nous craignons qu’une race encore primitive découvre les voyages. Les catastrophes qui s’en suivraient seraient irrémédiables. Ma civilisation est assez vieille et elle est sage. Nous préférerions nous détruire plutôt que de risquer la catastrophe universelle.

– Et bien entendu, notre race est bien trop primitive pour espérer une aide de la Fédération, car je pense que votre civilisation s’est unifiée.

– Ne te fâche pas, Christophe. Votre race ne peut être primitive, puisqu’elle a conquis la Lune. Mais elle n’est qu’au début de l’ère spatial. Plus tard, peut-être. Oui, tu as raison, nous appartenons à une Fédération. Mais ce n’est pas la question. Tu vois, il ne suffit pas de connaître le résultat, il faut également savoir le pourquoi et le comment de l’expérience. Au début de l’invention des voyages, nous n’avons fait qu’un voyage vers le grand avenir. C’est le seul que nous n’ayons jamais fait. Les hommes de l’avenir ont su nous convaincre de n’utiliser le Temps que pour connaître le début des différents événements qui viendront. D’ailleurs, les hommes du futur nous ont dit que nous choisirions la bonne solution. Ils ne nous ont pas dit laquelle, mais nous avons choisi… Voilà, nous y sommes, entrez.

La salle dans laquelle ils venaient de pénétrer était ronde, et très vaste. Elle était encombrée d’appareils tous plus étranges les uns que les autres. Au milieu se trouvait un cube translucide de grandes dimensions. Des sièges transparents entouraient ce grand cube lisse qu’aucun bouton ou aspérité ne tachait.

Un gigantesque ordinateur occupait les trois quarts du pourtour de la salle sphérique. Des lampes multicolores lançaient des éclairs qui, d’ailleurs, ne parvenaient pas à atténuer la clarté bleue qui régnait ici comme partout ailleurs.

Nôôl pria Frédéric et Christophe de s’asseoir dans les confortables sièges transparents.

Le maître du Mûl appuya sur plusieurs boutons de l’ordinateur en expliquant que les impulsions mentales étaient épuisantes. Puis il vint rejoindre les deux adolescents devant le cube mystérieux. La clarté bleue s’estompa lentement et il ne resta plus que les éclairs des lampes pour jeter sur la salle des lueurs fugaces.

Brusquement, le grand cube – qui touchait presque le plafond à cinq mètres – s’illumina. Il avait pris une luminosité rouge sang, alors que de fins serpents noirs bougeaient sans cesse sur le fond. D’un seul coup, tout devint noir, comme si les serpents s’étaient développés et avaient dévoré le fond rouge. Sur toutes les faces du cube, c’était le même noir intense.

Bientôt, l’on put voir des milliards de taches de toutes les couleurs resplendissant comme de multiples yeux.

Les deux amis se rendirent compte que sur les bords du cube, les points de lumière glissaient pour disparaître, avalés par le néant. Toutes les faces du volume étaient ainsi percées par les points lumineux. D’un seul coup, tout sembla tournoyer. Une nouvelle image venait de faire son apparition.

Les deux jeunes terriens crièrent de surprise :

– La Terre !

Au milieu de l’image en relief se dessinait, étonnement net, leur planète, la Terre. Les deux amis fixaient la planète, incapables de détourner le regard. Ils avaient envie de toucher leur planète tant l’image était réelle, d’une netteté effarante. Non, pas fixe, car ils voyaient les nuages bouger, et la planète devenait de plus en plus petite, alors que les étoiles se mouvaient derrière leur monde.

– C’est… C’est très beau ! S’écria Christophe en se levant.

– Immensément beau, et émouvant pour vous, ajouta Nôôl en souriant, c’est exactement la vision que vous auriez si vous vous trouviez à cheval sur notre Mûl, vous vous souvenez que j’ai ordonné le départ tout à l’heure, et bien, l’ordinateur a fait le reste. Nous nous dirigeons vers la planète Jupiter.

– Quel niveau technique ! Dire que nous, terriens, nous avons du mal à avoir une image nette avec nos postes de télé près d’une station ! On dirait réellement que nous nous trouvons en plein espace, flottant dans le vide, alors que nous allons à la vitesse de la lumière !

– Pas encore ! S’exclama Nôôl, il faut d’abord accélérer. Tu sais, c’est déjà un beau progrès d’avoir domestiqué les ondes hertziennes. La vitesse de la lumière – c’est-à-dire près de 300 000 km/seconde – est la limite de vitesse permise dans l’espace normal. C’est pourquoi nous utilisons cet autre espace, fort complexe d’ailleurs, que nous appelons « hyperespace », ou « entre-deux » comme votre Einstein l’avait imaginé. Dans cet autre espace – attention, ce n’est pas une autre dimension, mais bien une « trame » entre deux dimensions –, le temps et la matière sont autres. C’est pourquoi nous pouvons aller à des vitesses inimaginables sans pour autant vieillir.

– Einstein est célèbre même hors de la Terre ! S’étonna Christophe, mais alors, grâce à l’hyper, vous pouvez savoir ce qu’est l’univers, quelles sont ses limites.

– Ce n’est pas si simple que ça. On ne peut rester longtemps dans l’hyper, car l’énergie nécessaire est monstrueuse. Il faut faire plusieurs résurgences – des remontées dans l’espace normal – pour recharger et pour faire le point de la direction. Et en plus, l’hyper est étrange, et terriblement dangereux. D’accord, il nous fait gagner un temps très appréciable, et nous permet d’aller de système en système, de galaxie proche en galaxie proche, mais de là à traverser l’univers ! Cela se voit que vous ne vous rendez pas compte de l’immensité spatiale ! Des limites ? Nous ne savons pas. Nous pensons que l’univers est en continuelle expansion et que pour atteindre ces confins, la vie entière de la race humaine ne suffirait pas.

– Et après ces frontières ?

– Le vide, Frédéric, le vide total.

La Terre avait complètement disparu dans le ciel étoilé. Tout tourna à nouveau et l’on retrouva les infinités de points multicolores, se déplaçant lentement. C’était un spectacle fascinant. Au loin, apparaissaient toujours de nouvelles étoiles, de nouvelles galaxies. Les vraies couleurs de l’Univers. Les astres ressemblaient à de minuscules boutons aux couleurs vives, sans aucun scintillement.