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Quel projet pour la littérature contemporaine ?

De
58 pages

Dominique Viart a écrit sur Claude Simon (La mémoire inquiète), a proposé un tableau critique d’ensemble du champ contemporain (avec Bruno Vercier : La littérature française au présent, 2006). Il a aussi fondé ou participé à de nombreuses revues, dont Ecritures contemporaines. Et récemment publié le Folio avec dossier critique des Vies minuscules de Pierre Michon.

Mais il est aussi professeur, et a su faire de Lille 3, avec son équipe, un lieu étonnant de recherches et de débats théoriques, nous sommes pas mal d’écrivains à y avoir été plancher et pouvoir en témoigner. Quelques anciens textes sur remue.net.

Enfin, il y a que c’est Dominique Viart : depuis des années, et tout simplement aussi par la confiance et l’amitié qui s’établissent si vite avec lui, sa capacité d’écoute, sa façon de renvoyer la balle, il est reçu par ses collègues "vingtièmistes" du monde entier. Nous en sommes les premiers bénéficiaires, dotés maintenant d’amitiés et de contacts tout autour du monde (n’est-ce pas, Michael Sheringham et les autres...). Pourra en témoigner cet enregistrement proposé par Patrick Rebollar.

L’an dernier, au CIEREC de Saint-Etienne, c’était mon tour, après Echenoz et Michon, d’être l’invité du colloque préparé par lui-même et Jean-Bernard Vray (et comme j’aurais aimé que mes amis universitaires - alors même que j’ai dans mon ordinateur toutes leurs interventions, polémiques, digressions, fassent choix d’une publication électronique...).

Dès lancé ce projet publie.net, la présence de Dominique Viart était pour moi symbolique et importante. Pas seulement produire des textes, mais déchiffrer dans quel champ ils s’installent, et comment ils le travaillent.

Dominique répond par un texte d’écart, et je vois bien un petit sourire ironique en cliquant sur envoi... Sommes-nous, côté écriture, fiction, en possession de projet ? Il ne parle pas d’oeuvre, et pas non plus d’enjeu, ou perspective. Mais bien de construction qu’on oriente, avec intention et volonté.

Dans ce texte, on retrouvera les tentatives de la Nouvelle fiction, se démarquant mais mimant le Nouveau Roman, qui hante le fond de cette étude : la notion d’avant-garde vaut-elle pour nous autres, ou bien les auteurs plus jeunes que nous souhaitons accueillir ici ?

On retrouvera un flash-back sur une tentative qui nous hante tous, et à laquelle j’ai énormément pensé en lançant ce projet : les 2 numéros de la Revue de littérature générale d’Olivier Cadiot et Pierre Alferi chez POL.

On y trouvera Michel Deguy, Jean-Marie Gleize forcément (et son utlisation du terme manifeste, on y parlera du lyrisme critique de Jean-Michel Maulpoix, bien trop discret ces temps-ci.

On parlera enfin, ou aussi, de Pascal Quignard et de Pierre Michon : et si le "non-projet" était la condition même de l’avancée contemporaine ?

Avec Projet, nous souhaitons compléter notre rubrique voix critiques par des ensembles ouvrant à débat et recherches...

FB


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quel projet pour la littérature contem oraine dominique viart
1. LES LITTERATURES «MANIFESTANTES»...................10
CONTINUER L'AVANT-GARDE.................................................................................. 10RECUSER L'AVANT-GARDE........................................................................................ 16LA«NOUVELLEFICTION» ...................................................................................... 17LE NEO-LYRISME....................................................................................................... 22UNE MODERNITE SANS PROJET................................................................................ 272. UNE AUTRE INSCRIPTION TEMPORELLE .................34
L'INQUIETUDE DU PRESENT.................................................................................... 34LE«PROJET»NON PROGRAMMATIQUE: PIERREMICHON.................................... 38LE PROJET INFORMULE............................................................................................. 43LE TRAJET CONTRE LE PROJET................................................................................. 47
Nous avons besoin de cesser de rationaliser, de cesser de s'ordonner ceci, de cesser de s'interdire cela. Ce dont nous avons besoin, c'est qu'un peu de lumière neuve vienne tomber de nouveau, comme un «privilège», sur les «sordidissimes» de ce monde. Ce dont nous avons besoin c'est d'une déprogrammation de la littérature.
Pascal Quignard
La question serait celle-ci : comment leprojet litté-raires'énonce-t-il dans la littérature contemporaine ? Et plus encore, car cette question est elle-même quelque peu problématique : quel rapport la contemporanéité esthétique entretient-elle avec la notion même deprojet? Quels en sont les énoncés et les modes d'énonciation ? Cet ensemble d'interroga-tions relèvein fine de l'épistémologie du contempo-rain et suppose de dégager les aspects spécifiques de la conscience projective ou programmatique de la création littéraire actuelle. Le singulier – la « création littéraire actuelle » – est d'ailleurs forcément trom-peur ; il laisse abusivement entendre quetoute la création contemporaine relève du même engagement et s'éprouve dans une situation comparable. De fait il n'en est rien. Mais au-delà des divergences esthéti-ques entre ceux qui prônent unemodernité continuéeet ceux qui pensent en être sortis, demeurent un cer-tain nombre de traits communs qui permettent de
caractériser notre temps. Je me propose de le faire en me référant essentiellement à des textes parus depuis 1995, même s'il me faudra parfois remonter en deçà de cette date pour nourrir la réflexion. Rappelons d'abord que la littérature contemporaine ne passe pas pour une littérature projective. Et ce, doublement : non seulement elle ne se donne guère deprojetsmais elle s'immerge plutôt dans un pur pré-sent (littérature du « quotidien », des « impassibles » ou des « petits bonheurs ») ou renoue avec un passé dont elle traque les traces et la mémoire (littérature de l'exploration archéologique ou du « devoir de 1 mémoire » ). La situation de cette littérature est celle de notre temps, qu'il serait sans doute trop long de décrire ici. Je me contenterais de renvoyer aux études maintenant nombreuses qui s'emploient à montrer combien la fin du 20e siècle est en « crise de l'ave-
1 Pour plus de précisions sur ces catégories, je me permets de renvoyer à Dominique Viart et Bruno Vercier,La Littérature française au présent, Bordas, 2005.
2 nir » . Très naturellement, la littérature reflète cette situation dans ses productions, non pas parce qu'elle en serait le « miroir », ni parce qu'elle ferait de cette situation propre à notre temps le seul objet de ses in-térêts, mais parce que comme toute activité humaine, elle estaffectéepar une telle situation et que ses diver-ses options en témoignent, fût-ce implicitement. De même, alors que les divers domaines de la pensée ne se satisfont plus des discours d'avenir et mettent en question ce que Jean-François Lyotard a appelé les 3 « méta-récits de légitimation » , la littérature elle-même ne s'aventure plus à promouvoir d'esthétique « à venir ».  Aussi s'avance-t-elle de préférence sans manifestes ni proclamations intempestives, ne s'embarrasse-t-elle 2  La formule est de Krzysztof Pomian, «La crise de l'avenir»,Le Débat, n°7, dé-cembre 1980. Parmi les articles et ouvrages qui développent ce constat : Georges Canguilhem, «La décadence de l'idée de progrès,Revue de Métaphysique et de mo-rale, n°4, oct-déc. 1987; Dominique Lecourt,L'Avenir du progrès, Textuel, 1997; Pierre-André Taguieff,L'Effacement de l'avenir, Galilée,2000; Marc Angenot,D'où venons-nous ? Où allons-nous ? La Décomposition de l'idée de progrès,Montréal, Spi-rale, Trait d'union, 2002. 3 Jean-François Lyotard,La Condition postmoderne, Minuit, 1979.
plus de préfaces ni d'avant-propos. A ce titre, rom-pant avec les pratiques des avant-gardes dominant la scène littéraire jusqu'à la fin des années 70, elle ne s'organise donc pas délibérément autour d'un projet affiché. C'est d'un tel constat, étayé par la méfiance actuelle envers tout édifice théorique, toute idéologie comprise comme système de la pensée, que procé-daient il y a peu bien des réflexions sur la « post-modernité » esthétique. Si la modernité en effet s'ac-complit d'abord dans l'énoncé de son projet, la pé-riode actuelle, qui se refuse à en construire le discours - comme elle répugne aussi à tout discours d'accom-pagnement – proposerait par là même une « sortie » de la modernité dont la caractéristique majeure serait l'insouci théoriquede son travail.  A vrai dire, les choses ne sont toutefois pas aussi univoques. D'une part parce que le lecteur attentif découvre tout de même ici et là, notamment dans les livraisons de revues, mais parfois en livres autono-mes, des sortes de manifestes militants. D'autre part parce que l'exigence critique des écrivains eux-mêmes
n'a pas baissé pavillon et continue de s'interroger sur les enjeux, les formes et les effets du travail littéraire. Aussi la littérature d'aujourd'hui n'est-elle pas vérita-blementsans projet. Ce qui change en revanche, c'est le mode d'élaboration et de présentation de ces « projets ». Peut-être aussi d'ailleurs le sens même qu'il convient d'accorder à ce mot. Mais encore faut-il, avant de mesurer ces mutations, faire la part des pratiques rémanentes, qu'elles relèvent comme le dé-nonce Jürgen Habermas de diverses formes de conservatisme, ou qu'elles se persuadent comme le voudrait le philosophe allemand que la modernité 4 demeure « un projet inachevé » . Je propose donc d'abord une brève mise au point «symptomatique» sur ces questions avant d'en venir à ce qui fait, je crois, l'originalité de la pratique actuelle en cette ma-tière.
4 Jürgen Habermas, "La Modernité, un projet inachevé", discours de réception du prix Adorno, 11 septembre 1980, trad française par Gérard Raulet,Critique, n°413, octobre 1981.
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