Quelques considérations sur les agents anesthésiques ; De l'acide pyrogallique en présence des sels de fer / par le professeur Jacquemin

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impr. de Vve Berger-Levrault (Strasbourg). 1866. 4-3 p. ; in-4.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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QUELQUES CONSIDÉRATIONS
SDR
LES AGENTS ANESTHÉSIQUES
PAR LE PROFESSEUR JACQUEMIN
La grande difficulté du sujet que nous abordons, et qui nous a fait longtemps
hésiter a l'entreprendre, c'est qu'il a été parcouru par tant d'autorités scientifiques
et médicales, qu'il semble prétentieux ou superflu de venir à leur suite. Toutefois,
si nous parvenions à mieux préciser un côté de la question, et surtout à éveiller
l'attention de nos éminents praticiens, notre travail ne serait pas complètement
dépourvu d'utilité, et c'est cet espoir qui nous encourage et nous porte à le sou-
mettre à la bienveillante appréciation de notre société.
Si de la liste des trente ou quarante substances douées de propriétés anestbé-
siques nous extrayons celles dont les propriétés stupéfiantes sont à la fois les plus
marquées et les plus innocentes, le gaz de l'éclairage, le chloroforme, l'éther sul-
furique, l'éther chlorhydrique, chlorhydrique chloré, bromhydrique, l'aldéhyde,
la liqueur des Hollandais, l'amylène, etc., on remarquera avec nous que les com-
posés les plus acceptables pour l'usage chirurgical dérivent de deux types : l'hydro-
gène protocarboné et l'hydrogène bicarboné.
En effet le chloroforme, qu'on l'envisage moléculairement comme de l'hydrure
de trichlorométhyle, ou comme du chlorure de dichlorométhyle, dérive directe-
ment par substitution du type hydrure de méthyle ou hydrogène protocarboné.
L'éther sulfurique, auquel les chimistes de l'école dualistique assignent la for-
2 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
mule C'IPjO, peut être considéré dans cette doctrine comme dérivant de l'hydrure
d'éthyle C'IPJl, l'homologue de l'hydrure de méthyle, par substitution ou rem-
placement d'un d'hydrogène par un d'oxygène.
L'éther chlorhydrique normal ou chloré, l'éther bromhydrique, appartiennent
au même type par une raison semblable.
L'aldéhyde, hydrure d'acétyle de Gerhardt, d'après notre manière de voir, ne
sort pas de ce type; nous le considérons comme de l'hydrure d'éthyle, dans lequel
deux d'hydrogène du radical éthyle ont été remplacés par deux d'oxygène,
C'IPOKH.
Quant au chlorure de gaz oléfiant, ou liqueur des Hollandais, il appartient au
type hydrogène bicarboné, si on le considère comme le chlorure d'éthylène, et au
type hydrogène protocarboné, si on admet avec M. Regnault qu'il dérive de l'hy-
drure d'éthyle par substitution chlorée.
Des composés que nous avons cités, l'amylène reste donc seul homologue sans
conteste de l'hydrogène bicarboné.
On pourrait dès maintenant formuler la proposition suivante : Les composés
appartenant aux séries chimiques qui ont pour type l'hydrogène protocarboné ou
l'hydrogène bicarboné, peuvent posséder des propriétés anesthésiques susceptibles
d'applications à la chirurgie.
Mais est-il indifférent de s'adresser pour des essais pratiques à l'une ou l'autre
série, ou la théorie, se basant d'ailleurs sur quelques données expérimentales,
n'est-elle pas capable, dans la mesure de nos connaissances actuelles, d'affirmer
le degré d'innocuité des corps de l'une ou l'autre série?
Nous penchons pour l'affirmative, ainsi qu'il va résulter des considérations sui-
vantes.
Il est bien établi que l'oxyde de carbone est plus délétère que l'acide carbo-
nique et joue le rôle principal et terrible que l'on connaît dans les asphyxies par le
charbon. Or, en nous plaçant à un autre point de vue de statique chimique, où
nous n'aurons pas de contradicteurs, l'oxyde de carbone C^O 2 peut être envisagé
comme du méthylène Clff 2, dans lequel les deux d'hydrogène ont été remplacés
par de l'oxygène. Diatomique comme lui, il forme le côté négatif de la série dont
le méthylène est le côté positif. Des beaux travaux de M. Berthelot on tire un pa-
rallélisme de fonctions chimiques, car si cet éminent chimiste a pu produire
l'alcool à la suite du contact de l'hydrogène bicarboné, homologue du méthylène,
avec l'acide sulfurique, il lui a été de même donné d'engendrer l'acide formique à
la suite du contact de l'oxyde de carbone avec l'hydrate de potasse. La théorie et
la pratique sont en parfait accord, et en langage sériaire l'oxyde de carbone et le
SUR LES AGENTS ANESTIIÉSIQUES. 3
méthylène sont en série, comme l'acide formique et l'esprit de bois, comme l'acide
acétique et l'alcool vinique.
Si l'acide carbonique C20'* est une combinaison du radical dialomique oxyde
de carbone ou carbonyle avec deux d'oxygène, le gaz des marais ou hydrogène
protocarboné C-H 1 peut de môme être considéré comme une combinaison du ra-
dical diatomique méthylène avec deux d'hydrogène. Les dérivés de corps en série
sont évidemment sériés entre eux, l'acide carbonique et l'hydrogène protocarboné
font donc partie de la même famille sériaire, sans que l'on ait à invoquer en plus
cette parenté d'origine dont les phénomènes que subit la matière organique, en
se désorganisant, nous donne tous les jours la preuve.
Or, l'oxyde de carbone jouissant de propriétés stupéfiantes et toxiques, nous
pouvons par hypothèse induire des propriétés analogues pour le méthylène, l'éthy-
lène et leurs homologues. De même, puisque l'acide carbonique possède des
propriétés stupéfiantes infiniment moins délétères, il est permis d'inférer pour
l'hydrogène protocarboné et ses homologues des propriétés correspondantes.
Nous pourrons donc à la proposition qui précède ajouter celle-ci : Toutefois les
composés qui ont pour type l'hydrogène protocarboné paraissent doués de propriétés
relativement moins dangereuses.
Partant de ces idées théoriques, nous nous sommes proposé d'examiner les
effets que déterminent sur l'animal quelques hydrogènes carbonés homologues du
gaz des marais. Nous avons retiré les produits destinés à l'expérimentation du pé-
trole d'Amérique, dans lequel MM. Pelouze et Gahours ont constaté la présence
de tant d'hydrocarbures homologues de l'hydrure de méthyle.
Ne pouvant compter sur la pureté des essences de pétrole commerciales, je me
suis servi du procédé de purification suivant, avant d'en extraire les composés les
plus volatils. J'agitai à plusieurs reprises, pendant deux heures, l'essence de pétrole
avec 10 p. 100 d'acide sulfurique, puis laissai déposer, afin de séparer par décan-
tation l'essence de l'acide sulfurique plus ou moins coloré en noir et chargé d'im-
puretés. Quelques lavages à l'eau furent immédiatement suivis d'une agitation avec
une dissolution] de soude caustique pesant 1,40, chargée de dissoudre quelques
impuretés possibles laissées par l'acide sulfurique, plutôt que de faire disparaître
les traces de ce dernier.
Nous avons ensuite rectifié le produit, et par distillations fractionnées au ther-
momètre, séparé ses composants les plus volatils. Notre intention était, pour ces
expériences, de partir de l'hydrure d'amyle, dont le point d'ébullition, situé à 34°'
suivant M. Roscoe, à 30°' seulement d'après MM. Cahours et Pelouze, nous pro-
mettait une rapidité d'action semblable à celle de l'amylène. En nous appuyant sur

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