Quelques jours avec Hitler et Mussolini

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En 1938, Ranuccio Bianchi Bandinelli, professeur d’archéologie et d’art antique, est réquisitionné par le gouvernement de Mussolini pour accompagner la visite d’Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Pendant une semaine, cet « homme ordinaire » va côtoyer deux dictateurs, les mettre à nu, témoignant du contraste brutal entre la beauté de l’art et le pouvoir mortifère de ces prétendus surhommes. Récit d’un arrêt dans le temps, où nous guide le regard indigné mais impuissant de Bandinelli. Cette cohabitation forcée nourrira le sentiment de révolte du jeune professeur qui en sortira conforté dans son antifascisme et s’engagera par la suite aux côtés des communistes. Ce texte est tiré du journal de Ranuccio Bianchi Bandinelli, Dal diario di un borghese (Journal d’un bourgeois), où il a consigné ses réflexions sur l’art et sur la politique. Traduit de l'italien par Dominique Vittoz.
Publié le : jeudi 6 octobre 2011
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EAN13 : 9782355360503
Nombre de pages : 25
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Quelques jours avec Hitler et Mussolini
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Ranuccio Bianchi Bandinelli
Quelques jours avec Hitler et Mussolini
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz
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Titre original Hitler e Mussolini. 1938. Il viaggio del Führer in Italia © Eredi Ranuccio Bianchi Bandinelli Ce livre a été imprimé pour la première fois en 1995 par Edizioni e/o.
© Carnets Nord, 2011 pour la traduction française 12, villa Cœur-de-Vey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 978-2-35536-104-3
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Vendredi
Vu Mario et Silla. Premières impressions sur Mario surprenantes : grotesque et très laid. Il a une démar che de pantin, quil ponctue de ronds de cou et de hochements de tête obli ques comme pour atténuer son aspect massif, mais le résultat est aussi gau che que sinistre. Il ferme les yeux, sourit, joue sans arrêt une comédie puérile. Il sest arrêtédevant la repro duction agrandie de la monnaie célébrant les ides de mars et sy est attardé pour quon le remarque. Puis il a prononcéle nom de Brutus avec un sourire de commisération saluépar les
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rires des autres. Il se sangle trop la taille, ce qui lui confère une allure encore plus empruntée. Il a la présence antipathique de certains maquignons qui plastronnent, parce quils se savent les plus finauds de la place et que leur portefeuille est bien garni.Àpremière vue, Silla est moins repoussant. Une mise digne, soignée ; presque modeste. Frisant la servilité. Une personnalité à laspect subalterne, type contrôleur de tram. Le visage fané. En revanche, la mine de Mario, qui a la peau grasse, est gaillarde et luisante.
Ainsi commence le petit carnet oùje m’étais promis de consigner chaque soir mes impressions de ces journées oùjaccompagnerais Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Mario, cest Mussolini ; Silla, Hitler. La répugnanceàprononcer etécrire leurs nomsétant très fréquenteàcette époque (en Italie, nous disions«lui» ou, comme dans le roman de Manzoni, «lInnommé »; les Allemands disaient
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«Emil»,«Baedeker», etc.), javais choisi, je ne sais comment, ces pseudo nymes ; peutêtre parce que Mario commençait par un M et que Silla avait une terminaison féminine, en phase avec lincertitude sexuelle du personnage. Mais avant de transcrire la suite de ce carnet, il me faut remon ter un peu dans le temps.
Peu après la mimars 1938, alors que jhabitaisàFlorence et enseignaisà luniversitéde Pise, je reçus un télégramme du ministère de lInstruction publique, Direction générale des arts, mappelantàRome. Je répondis que je viendrais quelques jours plus tard, de façonàne pas manquer mes cours. Je croyais quon me convoquait parce que javais participé àcertaines controverses artistiques dans ma ville natale. Arrivéau ministère, avant de me présenter au rendezvous, je passai voir deux amis en poste aux Beaux Arts, les seuls fonctionnaires de ma connaissance dans cette administration,
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lesquels mapprirent pourquoi on vou lait me voir, en précisant que c’étaient eux, A. et B., qui avaient suggérémon nom. Ils avaient sans doute cru m’être utiles par cette recommandation, qui mobligeaitàquitter la réserve systéma tique et obstinée que jadoptais dans toutes les occasions officielles oùse manifestait la faction dominanteàl’épo que, si bien que, de toute ma carrière denseignant, je navais jamais participé àla rentrée solennelle, refusant denten dre les discoursélogieux de mes collègues, par ailleurs respectables, mais incapables de résister aux sirènes des honneurs universitaires. Bref, armés des meilleures intentions du monde, ils mavaient mis dans un beau pétrin. Et le fait quils ne senétaient pas aperçus illustre la mentalitéde l’épo que. (Je préfère penser quils navaient pas agi pour me compromettre moi aussi.) On mintroduisit auprès dun haut fonctionnaire, que je voyais pour la pre mière fois, lequel mexpliqua que, eu
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