Quelques réflexions à propos des précurseurs de l'Ante-Christ, sur l'Université, sur la constitution politique et religieuse de la France, sur les libertés de l'Église gallicane, sur la réunion des cultes luthérien et calviniste, par un membre de l'Université

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Brunot-Labbe (Paris). 1817. In-8° , 24 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1817
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A PROPOS
DES PRÉCURSEURS DE L'ANTE-CHRIST ,
SUR L'UNIVERSITÉ,
SUR LA CONSTITUTION POLITIQUE ET RELIGIEUSE
DE LA FRANCE,
SUR LES LIBERTES DE L'ÉGLISE GALLICANE,
SUR LA RÉUNION DES CULTES LUTHÉRIEN ET CALYINISTE»
PAR UN MEMBRE DE L'UNIVERSITÉ.
Rationabile obsequium vestrum.
Que votre obéissance soit raisonnable.
( St.-Paul, Ép. aux Romains, chap. 12. )
A PARIS,
Chez BRUNOT-LABBE, libraire de l'Université, quai des
Augustins, n. 33.
1817.
DE L'IMPRIMERIE DE J.-M, EBERHART,
RUE DU FOIN SAINT-JACQUES, N° 12.
N o u s n'avons eu connaissance que depuis peu
de temps d'un ouvrage qui paraît être à sa sixième
édition, et qui a pour titre :
Les Précurseurs de l'Ante-Christ ; Histoire
prophétique des plus fameux impies qui ont paru
depuis rétablissement de l'Eglise jusqu'à nos
jours , ou la révolution française prédite par St.-
Jean l'Evangéliste, suivie d'une dissertation sur
l'arrivée et le règne futur de l' Ante-Christ, 1 vol.
in-8°., SIXIÈME ÉDITION, à Lyon, mars 1817.
Nous avons su que cet ouvrage, assez extraor-
dinaire pour le temps où nous sommes, était
accrédité dans certaines écoles.
Il nous a paru d'autant plus à propos de re-
venir sur plusieurs points qui s'y trouvent traités,
avec plus ou moins de vérité pour le passé , de
sagesse pour le présent, et de prévoyance pour
l'avenir.
A PROPOS
DES PRÉCURSEURS DE L'ANTE-CHRIST,
SUR L'UNIVERSITÉ,
SUR LA CONSTITUTION POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE LA.
FRANCE,
SUR LES LIBERTÉS DE L'ÉGLISE GALLICANE,
SUR LA RÉUNION DES CULTES LUTHERIEN ET CALVINISTE.
LE succès d'un ouvrage qui traite de l'Ante-Christ et de
ses Précurseurs, ou de la révolution française, prédite par
Saint-Jean l'Evangélisle, semble prouver que le siècle n'est
pas aussi ennemi des idées religieuses qu'on a voulu le repré-
senter.
Peut-être même, pourrait-on soutenir qu'aucun siècle n'a
été plus disposé a recevoir les salutaires influences de la re-
ligion chrétienne, toutes les fois qu'elle se montrera ce qu'elle
est en effet, éminemment raisonnable; car jamais de plus
grandes catastrophes n'ont révélé son utile pouvoir. Nous
voyons la lumière jaillir du sein des ténèbres; la vérité s'est
affermie par les contradictions et les obstacles ; l'ordre est
sorti du cahos, et la raison, éclairée par l'expérience, de-
mande elle-même à se rapprocher de la religion.
(6 )
C'est plein de ces idées que nous avons ouvert un livre où.
il était question de l'Apocalypse et de la révolution française,
et qui ne pouvait être trop raisonnable, puisqu'il devenait
classique. -,
Le désappointement a été complet, et nous sommes for-
cés de le dire ; peu d'ouvrages sont aussi étranges, et aussi
tristement curieux. Il doit faire époque.
Ce qui frappe d'abord, c'est la confiance avec laquelle
l'auteur produit ses argumens, tire ses conclusions, sans trop
s'inquiéter si la première., de toutes les conditions ne man-
que pas à ses théories, savoir le texte même qu'il invoque,
Nous en citerons un exemple ,
Il pense, et nous sommes aussi fort disposés à croire, que
ce n'est pas sans dessein que le nombre sept, déjà consacré
dans l'histoire, de la création du monde physique, se trouve
continuellement employé dans l'histoire prophétique du
inonde chrétien. Ainsi, les sept églises de l'Asie, les sept sceaux
du livre mystérieux, les sept trompettes et les sept coupes,
peuvent très-bien figurer sept âges plus ou moins longs, dans
lesquels serait divisée toute la durée de l'église depuis son
établissement sur la terre jusqu'à son triomphe dans le ciel ;
mais il ne faut pas pousser trop loin ces sortes de remar-
ques. Il faut se garder de bâtir de spécieux raisonnemens que
l'on croit solides, sur 1a pointe d'un mot, surtout quand on
ne prend ce mot que dans une traduction, quelque respecta.-
ble qu'elle puisse être.
C'est ce. qui est arrivé à M. l'abbé W..... d'une manière
assez piquante, quoique plusieurs passages de son livre
annoncent qu'il a eu quelquefois sons les yeux le texte
grec.
Il observe que dans le cantique chanté par les anges en
l'honneur de l'agneau, les attributs qu'ils lui donnent sont
également au nombre de sept « C'est, ajoute-t-il, qu'ils ca-
» ractérisent les sept âges.,. . que l'on se garde bien' de
» déranger l'ordre de ces attributs ; rien n'est plus admira-
» ble. Les esprits profonds reconnaîtront le sceau d'une ré-
( 7)
» vélation divine, lorsqu'ils verront éclater la puisance
» de l'agneau dans le premier âge, SA DIVINITÉ DANS LE
» DEUXIÈME, sa sagesse dans le troisième, sa force dans le
» quatrième, etc.... Ne serez-vous pas étonnés si en effet la
» divinité de J.-C, deviens le principal objet des événe-
» mens qui suivent immédiatement l'établissement du chris-
» tianisme ? »
Malheureusement pour les esprits profonds qui devaient
reconnaître ici le sceau de la révélation divine, le mot im-
portant , le mot caractéristique, à' l'aide duquel l'auteur
croit expliquer, et l'ouverture du second sceau, le che-
val roux et la grande épée, et l'intonation de la seconde
trompette, ainsi que la grande montagne toute eu feu jetée
dams la mer, et l'effusion de la seconde coupe ; ce mot essen-
tiel, la divinité, n'existe pas en cet endroit dans le texte
original de l'Apocalypse (1).
Ceci est une preuve, entre mille autres, du Besoin que
nous avons dé voir les ecclésiastiques surtout, étudier l'E-
oriture Sainte, non-seulement dans des traductions, dont la
plus autorisée, qui est la Vulgate, est néanmoins impar-
faite, mais même dans les langues primitives ou ces divins
livres ont été composés. Il y en a une raison qui nous semble
péremptoire pour le clergé catholique, particulièrement
dans les contrées où il se trouve en regard des ministrès pro-
testons : c'est que ceux-ci , tout en se servant de la Vulgate,
se font constamment un devoir de recourir aux textes. Cest
sur ce terrain qu'ils se plaisent à engager le combat : il faut
donc les y suivre.
M. l'abbé W parle aussi des études, anciennes et
nouvelles, et ce n'est pas l'endroit le moins remarquable de
son ouvrage.
(1) Il y est question de richesses, divitias, NAOTTON, et non pas
de divinité. La Vulgate dit bien : dignus est agitas qui occisus est acci-
pere virtutem ET DIVINITATEM et sapientiam., etc. Mais il y a dans le
grec :
, etc.
(8)
Voici le parallèle qu'il établit entre les,études d'autrefois
et les études d'aujourd'hui.
« Autrefois, dit-il, page 118 et 119, la scien.ce de la re-
» ligion faisait la base fondamentale de l'éducation des enfans,
» aujourd'hui, elle est totalement bannie du plan d'instruc-
» tion que l'on a adopté, ou n'est regardée que comme un
» accessoire de peu d'importance.
» Autrefois on enseignait aux enfans les mystères augustes
« du fils de Dieu, et ceux de Marie, la reine du ciel. Au-
» jourd'hui, on leur enseigne la mythologie, la théologie ab-
» sur de des payens.
» Autrefois, on ornait la mémoire des enfans des traits qui
» ont rapport à la vie de J.-C. et à celle de tant de saints fa-
» meux qui figurent dans l'Ancien et le Nouveau Testament.
» Aujourd'hui, on leur farcit la tête des histoires de Jupiter,
» de Neptune, de Mercure, de flore, de Cérès, de Diane,
» et d'un tas de divinités dont le nom seul est une infamie.
» Autrefois, on formait le coeur des enfans à la vertu, en
» leur citant les exemples d'Abel, d'Isaac, de Joseph, de
» Samuel, de Tobie. Aujourd'hui, on ne leur cite que les'
» traits des héros de Rome et d'Athènes, ou des exemples
» pris dans l'histoire des Turcs et des Chinois.
» C'est par ces moyens, et mille autres semblables, conti-
» nue le bienveillant et véridique auteur, que l'impie cabale
» est parvenue à obscurcir l'éclat du christianisme, et à
» rappeler tous les souvenirs sur les temps de l'idolâtrie. »
Ces derniers mots ont besoin d'un léger.commentaire, que'
l'auteur même nous fournira.
« Il n'était plus question (autrefois, c'est-à-dire, comme
» l'entend M. l'abbé W , durant les mille ans écoulés
» depuis Charlemagne jusqu'à Napoléon, de 800 à 1800 ), il
» n'était plus question des Néron, des Domitien, des Trajan,
» des Marc-Aurèle, des Sévère, des Maximin, des Dèce,
» des Maximieri, des Galère, des Maxence, des Daia, des
» Licinius, ni des Arius, ni des Julien, ni de tous ces mons-
» très d'impiété qui paraissaient n'avoir reçu le jour que
(9)
» pour rendre le jour odieux aux autres mortels, qui n'é-
» taient que les vils instrumens dont le dragon infernal se
» servait pour faire la guerre à J.-C. Ce serait faux de dire
» qu'on ne prononçait leur nom qu'avec horreur : personne
» ne les prononçait ; il était effacé de la mémoire des
» hommes ; il avait péri avec le fracas qu'ils faisaient dans
» le monde.
» Mais leur mémoire devait revivre après dix siècles
» révolus ; et que n'ont pas fait les philosophes pour relever
» la gloire des héros de l'idolâtrie? » (Ici vient ce que nous
avons cité sur les maudites connaissances dont on infecte la
jeunesse, la mythologie, etc. )
Qu'en pensez-vous, lecteurs? risum teneatis, ou plutôt,
en croyez-vous vos yeux, et n'êtes-vous pas tentés de vous
récrier que les citations ne sont sûrement pas fidèles ?
Elles le sont pourtant; et encore une fois, il est des écoles
où ces pauvretés circulent entre les mains de la jeunesse fran-
çaise, où. un grand nombre d'enfans apprennent, pour ainsi
dire, qu'il ne faut rien apprendre des lettres humaines, ou
du moins qu'il est funeste, honteux, contraire à la religion
de connaître la théologie absurde des payens, les histoires
de Jupiter, de Neptune, de Cérès et de Flore, etc., etc.
Il est vrai que le livre dans lequel les enfans des écoles pu-
bliques, gouvernées par l'Université, reçoivent des notions
de mythologie, est, aujourd'hui comme autrefois, l'ouvrage
du père Jouvency, jésuite assez connu (1). N'importe : plu-
tôt que ne pas accuser l'Université, ou, en général, le temps
actuel, les plans actuels d'instruction, on accuserait volon-
tiers le père Jouvency d'avoir voulu substituer à l'enseigne-
ment des mystères chrétiens l'enseignement de la théologie
païenne, d'avoir voulu farcir la tête des enfans des histoires
d'un tas de divinités dont le nom seul est une infamie.
Il est vrai encore que l'excellent abrégé où le respectable
Lhomond a renfermé les saints et touchans exemples d'Abel,
(1) C'est Vappendix de Diis et Heroibus poeticis : il n'a guères que
peut ans de date,

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