Quelques réflexions à propos du congrès de Vérone. [Signé : Frankoual.]

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Ponthieu (Paris). 1822. In-8° , 14 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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QUELQUES
RÉFLEXIONS
A PROPOS
DU CONGRES DE VERONE.
A PARIS,
GHEZ PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS ROYAL.
1822.
QUELQUES
RÉFLEXIONS
A PROPOS
DU CONGRÈS DE VÉRONE.
L'ORDRE social est atteint d'un mal qui nécessite de
prompts remèdes, dit-on d'une part; la société a des
besoins qu'il est urgent de satisfaire, dit-on d'un autre
côté : telle est la question qui est agitée aujourd'hui,
avec autant de vigueur dans l'attaque, que d'opiniâ-
treté dans la défense. De celle double assertion, jaillit
nécessairement celte vérité que le corps social est tra-
vaillé d'un mal-aise dont il serait à désirer de le voir
délivré. Admettons, pour un moment, la première hy-
pothèse , et voyons si, comme il arrive souvent à la mé-
decine ordinaire, on n'a pas supposé à la société des
maux qu'elle n'avait pas ; si on ne serait pas dans le
cas de lui administrer, en conséquence, des remèdes
inutiles et même nuisibles; et si, enfin , eh poursuivant
un mal chimérique, on n'aurait point négligé la partie
souffrante du malade. En laissant de côté l'enthou-
siasme de commander qu'on affecte pour notre siècle,
je ne serai pas loin de reconnaître, avec deux magistrats
célèbres de nos jours, que nous avons atteint, non pas
cet excès d'embonpoint, mais cet excès de civilisation
qui marque la décrépitude sociale. Montesquieu a
dit que la vertu était le grand mobile dans les répu-
bliques ; l'honneur, dans les monarchies, et la terreur
I.
( 2 )
dans les gouvernemens despotiques. On peut dire en
outre que le corps politique paraît avoir ses quatre
âges comme le corps humain. L'enfance des sociétés
dût être la première agglomération'. Les premières peu-
plades qui se sont réunies, les anciens, les pères, durent
présider à ces essais encore informes; la jeunesse serait
la république qui avait dû suivre, forte de toute la vi-
gueur de sa sève ; ensuite la monarchie représenterait
l'âge viril, époque à laquelle l'homme fait beaucoup
moins abnégation de lui-même , et pare souvent du
manteau de l'honneur, le véritable acte de l'égoïsme ;
enfin le despotisme ou la vieillesse, après quoi la mort.
De savants publicistes, de profonds observateurs ont
remarqué que la civilisation avait un mouvement de
rotation autour du globe. Ce mouvement séculaire, in-
sensible, imprimé par le temps, cet inexorable et ter-
rible maître , ne peut être entièrement comprimé. Est-
il possible de le retarder? Un homme célèbre de 93
osa émettre cette affreuse maxime : que les nations se
régénéraient dans des bains de sang. La mort violente
et presque instantanée des hommes et des institutions
éphémères de cette époque, a suffisamment réfuté l'a-
troce cannibale. Une série de révolutions, c'est-à-dire
de douloureuses expériences faites en sens divers, et
où chacun a pu recueillir sa part d'infortunes, nous
sépare de ces temps calamiteux. Il y a peu de bonne
foi à les rappeler sans cesse. Par opposition j'entrevois
au contraire, un but noble, louable, et véritablement
digne d'homme de bien : ramener l'empire des moeurs
par celui de la religion ; l'obéissance à l'autorité par
l'amour et le dévouement dû au souverain légitime ;
faire reconnaître la nécessité d'une classification, d'une
hiérarchie dans la société, à qui la nature sert d'exem-
ple en créant des hommes grands et petits, des esprits
( 3 )
sublimes et des imbéciles, tel est le but que l'on ne
peut méconnaître ; mais doit-il être atteint insensible-
ment, par l'exemple et la persuasion, ou doit-on y
arriver de suite et de vive force, et la politique doit-
elle s'emparer du compelle intrare abandonné par les
minisires de la religion? Les moyens sont-ils en har-
monie avec la fin qu'on se propose ? Certains agens dont
le ministère est d'ailleurs si respectable et si auguste,
ne s'écartent-ils pas trop évidemment de la tâche qui
leur est imposée? Ne confondons pas trop les époques,
les moyens de communication, les arts, l'industrie,
étaient-ils les mêmes sous Henri IV que de nos jours ?
Les finances des états étaient-elles entre les mains dé
particuliers comme de notre temps, où un gouverne-
ment ne peut plus former la moindre entreprise extra-
ordinaire sans avoir recours à un emprunt ? Et le crédit
ne vit-il pas de sécurités et de garanties? Et l'arbitraire
en détruisant les uns ne donne-t-il pas inévitablement
la mort à l'autre ? Les capitales étaient-elles aussi vastes?
Étaient-elles des gouffres où tous les ordres de l'état se
confondent, où tous les pouvoirs s'amoncèlent, lorsque
le reste de l'état semble considéré seulement comme
matière imposable? Un artisan léguait-ità ses enfans 30
à 40,000 francs de rente, et Duclos, le moraliste, avait-
il consacré cette importante vérité, que le premier de
Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son ca-
rosse? Un ouvrier ordinaire gagnait-il 5 à 6 francs par-
jour, et cet état d'aisance ne rend-il pas la profession de
soldat insupportable ? Un comédien avait-il autant et plus
de traitement qu'un officier général? Etait-il admis à
peu-près dans les mêmes cercles ? Le luxe et la licence ef-
frénée dont nous sommes témoins, avaient-il fait dans les
basses classes autant de progrès qu'aujourd'hui? Le be-
soin de spectacles était-il aussi impérieux et aussi favo—
(4)
risé ? Les moeurs des coulisses étaient-elles les mêmes ?
Appelait-on sûr le théâtre, qu'on dit être l'école des
moeurs, les filles de mauvaise vie, des femmes trop
aimables ? Peut-on espérer de l'ordre et une améliora-
tion quelconque dans une aussi vaste capitale sans la
réduire des deux tiers? Ne confond-on pas trop souvent
les moyens de direction avec les moyens de compression,
et n'oublie-t-on pas qu'il reste toujours à une nation
éclairée la force d'inertie et le silence qui sont la leçon
des gouvernemens, a dit un grand publiciste ?
Je n'agiterai pas la question de savoir quelle est
la nation la plus heureuse, ou de celle qui jouit des
arts qu'elle cultive avec succès et des commodités de
la vie qui abondent chez elle en profusion, ou de celle
qui ignore toutes les jouissances du luxe et qui noble-
ment refuse de les connaître. L'histoire réserve de belles
pages à l'une et à l'autre; mais il est facile de prévoir
celle qui tiendra le plus long-temps en corps de na-
tion. Moins tranchant que beaucoup de personnes qui
voient tout à travers le voile de leur ambition satisfaite
ou trompée, je ne chercherai point à établir si nos aïeux
étaient plus heureux avec leurs préjugés , leur igno-
rance, leurs moeurs simples , et leur humeur belliqueuse,
trop souvent dirigée en sens inverse de leur célèbre de-
vise, que nous ne le sommes avec nos arts si vantés,
notre industrie, notre instruction, et tout le luxe qui
nous environne. Sans me lancer , dis-je, dans une dis-
cussion inutile, je conclus avec tous les hommes de
bonne foi, que si, différens de nos pères, nous ne pou-
vons plus être heureux à leur manière, il serait donc peu
sage d'essayer de remonter le torrent des âges. Plus d'une
fois de pareilles entreprises ont été célèbres par de grands
naufrages ; et sur la rive gissent encore les débris des
navigateurs audacieux qui ont tenté de remonter jusqu'au

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