Quelques Réflexions sur la trahison, par M. Dardonville (de l'Eure)

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les marchands de nouveautés (Paris). 1822. In-8° , 15 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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QUELQUES RÉFLEXIONS
SUR
LA TRAHISON,
PAR M. DARDONVILLE ( DE L'EURE ).
PARIS,
CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
IMPRIMERIE DE CONSTANT-CHANTPIE,
RUE SAINTE-ANNE, n° 20.
1822.
QUELQUES REFLEXIONS
SUR
LA TRAHISON.
DE toutes les actions perfides, la plus noire est la trahison. Le
meurtrier n'inspire pas plus d'horreur que le traître; celui-ci en
inspire même à ceux en faveur de qui il viole sa foi, et qui sont
souvent les premiers à l'en punir. Tôt ou tard le lâche est vic-
time de sa perfidie , vérité démontrée dans cet aperçu , que nous
publions dans l'intérêt de la morale : la délation et le parjure
étant mis aujourd'hui, par une secte, au nombre des vertus
civiques. Ces forfaits, épars dans l'histoire, ne peuvent être trop
souvent rappelés ; rassemblés dans quelques pages , ils offriront
les sinistres résultats d'une action aussi cruelle que lâche. Ces fu-
nestes effets de la trahison pourront arrêter les hommes assez fai-
bles de caractère pour se laisser surprendre.
a L'esclave qui trahit la cachette de Sulpicius, son maître, fut
» mis en liberté, suivant la promesse de Sylla; mais suivant la
» promesse de la raison publique , tout libre, il fut précipité de
» la roche Tarpéïenne. » (MONTAIGNE. )
(4)
C'est par de tels actes publics qu'on élève l'âme des peuples,
qu'on en fait des citoyens fidèles et vertueux. Récompenser au con-
traire, les traitves par des honneurs, comme on en voit de nos
jours de douloureux exemples , est un attentat à la morale publi-
que , funeste le plus souvent à ceux qui s'en rendent coupables ,
et d'autant plus qu'ils occupent des rangs élevés dans la société.
Ainsi nous voyons Pyrrhus chercher à ébranler la fidélité d'un
général romain, être exposé à périr peu après victime d'une per-
fidie sembable.
Fabricius, député vers Pyrrhus , refuse les présens et les hon-
neurs de ce prince, qui voulait corrompre sa fidélité. A la même
époque, le médecin de Pyrrhus offre à Fabricius, consul, d'empoi-
sonner son maître, pourvu qu'on payât son parricide. Le géné-
reux Romain renvoya le monstre à Pyrrhus, pour être puni
comme il le méritait. Il paya de sa vie une telle proposition.
Eumène fut vaincu à la bataille d'Orcinium en Cappadoce , l'an
320 avant Jésus-Christ, par la trahison d'Apollonide , comman-
dant de la cavalerie; le traître fut pris et pendu sur-le-champ.
Eumène, obligé de fuir et d'errer, congédia une partie de ses trou-
pes. Antigone, vainqueur, fit dire aux officiers et aux argiraspi-
des, troupes macédoniennes, qu'il leur rendrait tout ce qui
leur appartenait, s'ils lui livraient Eumène. Ils eurent la lâcheté
de recouvrer, à ce prix, leur bagage. L'illustre infortuné fut mis à
mort. L'armée du vaincu étant sans chef, fut bientôt dissipée.
Antigone se défiant des traîtres, les fit exterminer.
Antigone n'a pas été le seul qui ait dit qu'il aimait ceux qui
trahissaient, et avait en haine ceux qui avaient trahi. Ni César
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Auguste, qui dit à Rymitatus, Thracien, qu'il aimait la trahison,
mais qu'il haïssait les traîtres, " Ains est une commune affection
" que l'on a vers les méchans, pendant que l'on a affaire d'eux,
" ne plus ne moins que ceux qui ont affaire du fiel ou venin de
» quelques bêtes venimeuses ; car ils sont bien aises quand ils les
" trouvent et qu'ils les prennent pour s'en servir à leur besoin ;
" mais quand ils en ont pris ce qu'ils ont voulu, ils haïssent leur
" malice. " ( PLUTARQUE. Vie de Romulus. )
Il paraît, par Tacite, que les Germains ne connaissaient que deux
crimes capitaux: ils pendaient les traîtres et n'oyaient les pol-
trons ; c'étaient chez eux les seuls crimes qui fussent publics.
(MONTESQUIEU. Esprit des lois, livre XXX. )
Voici un autre fait qui prouve combien, en tout temps, on a eu
en horreur les. traîtres , et que de tels criminels recueillent rare-
ment le fruit qu'ils attendent de leur trahison ; et ce fait, comme
le précédent, prouvera encore que les princes qui dédaignent
les actes de perfidie, s'attirent la confiance et l'admiration publi-
ques. Camille Marius-Furius , illustre par ses vertus militaires et
civiles , fut créé dictateur, et termina glorieusement le siége des
Volsques; il porta ses armes contre les Falisques , l'an 396 avant
Jésus-Christ. Leur ville capitale se rendit à sa générosité , comme
Veïes s'était rendue à son courage. Un maître d'école lui ayant
amené la jeunesse dont il était chargé , Camille frémit d'horreur
en voyant cette perfidie, " Apprends, traître, lui dit-il, que si
nous avons les armes à la main , ce n'est pas pour nous en servir
contre un âge qu'on épargne, même dans le saccagement des vil-
les. " Aussitôt il fit dépouiller ce perfide , ordonnant à ses élèves
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de le reconduire à la ville à coups de verges. Les Falisques, touchés
de sa grandeur d'âme, se donnèrent de bon coeur à la république,
Que ne voyons-nous de nos jours la perfidie être ainsi flétrie, au
lieu de la voir honorée !
Voici trois autres actes mémorables de perfidie, qui ont coûté
la vie à leurs auteurs.
Prusias, roi de Bithynie , était sur le point d'entrer dans la
ligue d'Antiochus, contre les Romains , auxquels sa politique
l'avait rendu redoutable, lorsque le sénat l'en détacha par ses
ambassadeurs. Il tourna ensuite ses armes contre Eumène, roi
de Pergame, et le vainquit dans plusieurs occasions, par l'adresse
et le courage d'Annibal, qui s'était réfugié chez lui. Il ternit
l'éclat de ses victoires par l'ingratitude dont il paya celui qui les
avait remportées. Les Romains lui ayant demandé de leur livrer
ce héros, il était prêt à le faire, lorsqu'Annibal s'empoisonnant,
lui épargna ce crime. Après avoir commis des actes de cruauté
et de bassesse, Prusias s'enfuit en Nicomédie, où il fut tué près
de l'autel de Jupiter, et par son fils lui-même, si l'on en croit
Tite-Live.
" Mahumet second , rapporte Montaigne, se voulant desfaire
" de son frère, pour la jalousie de la domination , suivant le style
" de leur race, y employa l'un de ses officiers, qui le suffoqua,
" l'engorgeant de quantité d'eau prinse trop à coup : cela fait, il
" livra, pour l'expiation de ce meurtre, le meurtrier entre les
" mains de la mère du trépassé, car ils n'étaient frères que du
" père; elle, en sa présence, ouvrit à ce meurtrier l'estomach :
" et tout chaudement de ses mains fouillant et arrachant son
" coeur, le jetta à manger aux chiens. "

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