Quelques Vérités en prose et en vers ; par M. le capitaine L.-N. B.,...

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Plancher (Paris). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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EN
PROSE ET EN VERS.
DE L'IMPRIMERIE DE DOUBLET,
Rue Gît-le-Coeur, N°. 7.
EN
PROSE ET EN VERS:
PAR M. LE CAPITAINE L. N. B.,
De la Lésion des.
Soutenons bien nos droits
C'est ainsi devers Caen que le peuple raisonne.
BOILEAU , Epître 2e.
A PARIS,
CHEZ PLANCHER, ÉDITEUR DES OEUVRES DE VOLTAIRE,
ET DU MANUEL DES BRAVES, rue Poupée , N.° 7.
1818.
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE AU ROI.
B
AUME consolateur, Louis, notre espérance,
Tu règnes sur les champs de l'immortelle France.
Le destin fatigué de te porter ses coups,
T'a rendu le beau droit de nous protéger tous.
Tes vertus, tes talens, tes malheurs sans exemple
Composent un tableau que l'univers contemple.
On t'estime, on t'honore, et modèle des rois,
Ta naissance te place où t'eût mis notre choix.
Mais tu connais en vain. la science du trône,
Et rends un nouveau lustre à ta noble couronne y
Si les ultra, parés d'un spécieux amour,
Entrent dans tes conseils, approchent de ta cour.
Dévorés d'un besoin de haine et de vengeance f
Ils feront dans ton coeur germer la méfiance j
Et ton peuple par eux soustrait à tes regards,
De ces heureux aînés deviendra les bâtards.
Eux seuls seront soumis, eux seuls seront fidèles,
De toutes les vertus paraîtront les modèles.
Mais s'il faut te défendre au péril de leurs jours,
Tu les verras bientôt, par de subtils détours,
S'éclipser à tes yeux : leur courage éphémère
Durera moins Iong-tems qu'une vapeur légère
Que la chaleur élève, et qu'un souffle détruit ;
Ou tels que ces oiseaux, noirs enfans de la nuit,
(6)
Dans l'ombre ils chercheront une retraite obscure :
La prudence est un don que leur fit la nature.
SI tu veux des sujets que rien ne peut changer,
Dociles dans la paix, calmes dans le danger,
Patiens, courageux, fidèles, intrépides,
Toujours obéissans à la voix de leurs guides,
Grand Roi, c'est de nos rangs qu'il faudra t'approcher ;
C'est là seul que tu peux, que tu dois les chercher.
A leur franchise, au moins, tu pourras reconnaître
Quels sujets sont vraiment les amis de leur maître.
Zélés observateurs de tes sublimes lois,
Ils borneront leur gloire à mériter ton choix,
Et te demanderont, poux toute récompense,
L'honneur de s'immoler au salut de la France.
.Vois, près de nos foyerst tous ces peuples diversx
Que la haine amena des bouts de l'univers,
Souriant aux malheurs dont nous fûmes la proie,
Faire éclater encore une insolente joie.
Vois du farouche Anglais la perfide amitié
Nous accabler du poids d'une indigne pitié.
Dix fois vaincu par nous, vois l'aigle germanique
Fier d'être le vassal du peuple britannique.
Regarde ces forêts de piques et de dards,
Menaçant dans la paix ton trône et nos remparts,
Le Français frémissant sous le faix qui l'accable ;
Mais prêt à renverser leur ligue formidable.
Interroge ton coeur, vois nos bras soulevés »
Parle, et tous nos affronts seront bientôt lavés.
Que dis-je? notre force est dans l'obéissance.
Respectons les secrets, comptons sur la prudence
IMAGE du Très-Haut, un Roi législateur
Juge sans passion et punit sans fureur :
(7)
Sa main sèche les pleurs, récompense, encourage,
Et le bonheur de tous est son plus bel ouvrage.
Qu'un pair, un député , dans la chambre, au sénat,.
Balance tes pouvoirs pour le bien de l'Etat,
Tout le peuple applaudit à leur grandeur suprême j
Il sourit à des droits qu'il a donnés lui-même.
Mais quand une ordonnance, acte vraiment royal,
Répare en un seul jour ce qu'un an fit de mal, j
Quel démon malfaisant arrête et paralyse
L'heureux succès promis à ta noble entreprise?
Quel démon veut encor nous plonger dans le deuil ?
Je le vois, et ce monstre est enfant de l'orgueil.
Quoi! dit-il, puis-je.... Moi.... souffrir la concurrence
De ces êtres obscurs, forts de notre impuissance?
Puis-je m'asseoir en paix près d'un homme odieux,.
Possesseur illégal (1) du bien de mes aïeux?
Prétend-on, après tout, que ma gloire s'allie
Avec ceux qui toujours me parlent de patrie,
Veulent vivre en égaux, et pensent que la loi
Qui fut faite pour tous, peut s'appliquer à moi ?
Non ! ! Voilà comme on pense et comment on s'explique.
C'est ainsi.... Mais grand Roi, ta sagesse réplique
Qu'un seul de tes regards peut le pulvériser-
Grâce ! grâce pour lui, tu dois le mépriser.
Pourtant si ta clémence augmente son audace,
Si ce monstre inhumain se redresse et menace,
Frappe alors ; que sa chute à la postérité
Apprenne ta justice, et ta sévérité.
(i) Pour que l'épithète soit juste , il faut faire attention que c'est un
ultra qui parle , et que ces messieurs n'accordent force de loi qu'à ce qui
les favorise.
(8)
N'importe de quel nom sa fourbe l'environne :
L'ennemi de ton peuple est celui de ton trône.
Qui soulève l'État devient traître à son Roi,
Et doit être frappé du glaive de la loi.
EN grands évéuemens notre siècle fertile,
Dans l'art de gouverner devient un livre utile.
Vingt ans de notre histoire offrent à tes regards
De sublimes conseils dans dix siècles épars.
Tel qu'un'vaisseau poussé par l'effort de sa masse ,
S'éloigne du chantier d'où sa force le chasse ;
Tel le peuple Français, brisant d'antiques fers,
Loin des sentiers battus étonna l'univers.
Le premier mouvement fut fécond en orages ;
Toi-même fus en proie à nos communs naufrages ;
Et comme nous, grand Roi, par un heureux effort,
Quand le calme renaît, tu rentres dans le port.
Mais pour parer aux maux que l'avenir apprête,
Sachons adoucir ceux causés par la tempête ;
El lorsque ta grande âme aura tout effacé,
Jetons de tems en tems les yeux sur le passé ,
Non pour y retrouver, par des soins condamnables,
Des germes de vengeance et des têtes coupables,
Mais pour nous rappeler que d'équitables lois
Font le bonheur du peuple et la force des Rois.
ELEVÉ dans les camps, enfant de la victoire,
L'équité dans mon coeur règne auprès de la gloire,
Et jamais mon esprit, par l'orgueil emporté,
Ne fit, pour l'intérêt, ployer la vérité.
L'amour de mon pays seul m'anime et me touche;
Lui seul conduit ma main, seule entr'ouvre ma bouche.
Sire , sans artifice , incapable d'effroi,
C'est, la main droite au coeur, que je m'adresse à toi.
(9)
ÉPITRE
AUX VETERANS DE L'ARMEE.
ILLUSTRES vétérans, digne espoir de l'État,
Venez briller encor d'un immortel éclat ;
Remparts de nos foyers, le burin de l'histoire
Vous assigne une place au temple de Mémoire.
La France vous adresse un regard suppliant.
Français, chacun de vous n'est-il pas son enfant?
Pouvez-vous résister au pouvoir de ses larmes?
Non, la gloire et l'honneur ont pour vous trop de charmes.
D'un feu divin et pur vos coeurs sont embrasés;
Vous levez vers le ciel vos fronts cicatrisés ;
Et ces bras invaincus qu'a désarmés l'envie
Sont tout prêts à s'armer au seul nom de patrie.
Dans les mâles discours de nos vrais députés,
Jugez des sentimens par le peuple adoptés.
Admirez dans le sein d'une auguste tribune
Ces hommes que harcelle une ligue importune,
Égaler dans la paix, audacieux soldats,
Ce que vous avez fait au milieu des combats.
En vain par ses projets, cette ligue insensée
Croit pouvoir opprimer la France terrassée.
Organes de l'armée et de la nation,
Nos fiers représentans, forts de l'opinion,
Préserveront l'État sur qui gronde l'orage ,
En couronnant vos fronts des palmes du courage.
( 10)
Qu'importent, après tout, les froids raisonnemens
De ceux dont vos exploits condamnent les penchaus ;
Que font à votre honneur ceux de qui votre gloire
Fatigue avec raison la fidèle mémoire ?
Méprisez-les..... Du Roi les bras vous sont ouverts ;
Il sait vous reconnaître aux lauriers toujours verts
Que de lâches complots et d'horribles tempêtes
N'ont jamais pu souiller, ni flétrir sur vos têtes.
En vous montrant au siècle, hommes ambitieux,
Ils appellent sur vous ses équitables yeux.
De leur acharnement, généreuses victimes,
On sait que vos hauts faits ont été vos seuls crimes,
Et qu'ils vous craindraient moins si dans ces jours affreux
Votre muet dédain n'eût déposé contre eux.
Sortant de l'horizon, où sans bruit il se forme,
Comme un géant armé d'une massue énorme,
Le Tems marche vers nous : son regard menaçant
A déjà fait pâlir l'orgueil intolérant;
Et bientôt d'un seul coup, terrible en sa justice,
Il va des préjugés renverser l'édifice.
Libre du joug honteux qui comprimait sa voix ,
Déjà la vérité n'étonne plus les rois.
L'éloge du soldat vole de bouche en bouche ;
Et s'il est par hasard un être assez farouche
Pour se plaire à ternir nos éclatans succès,
Il est déshérité du beau nom de Français.
A ces cheveux blanchis sous une illustre armure,
A ce ressentiment d'une trop longue injure,
Soldats, je reconnais ceux qui m'ont devancé,
Et je suis fier du rang où leur sang m'a placé.
C'est pour eux, c'est par eux, que mon âme enflammée
Cherche à fixer sur moi la juste renommée.
(Il)
O Muse, qu'ai-je dit? quelle témérité !
Vivans, ils sont conquis par l'immortalité.
De nos exploits fameux illustrant les archives,
Vétérans, vous avez sur de lointaines rives
Versé les flots d'un sang à jamais précieux.
L'univers est rempli de vos faits glorieux.
Là , trois cents d'entre vous, forts de leur énergie,
Arrêtent, dans sa marche, une armée ennemie;
Là, cent mille guerriers sous les murs de Burgos,
Restent paralysés par quinze cents héros.
Jusque dans vos revers, soldats, j'en fis l'étude,
La gloire vous suivit comme par habitude.
( 12 )
SATIRE PREMIÈRE.
Où l'auteur attaque la versatilité' de quelques-uns et la vénalité de
beaucoup d'autres.
C'EN est fait, mon démon et m'anime et m'inspire f
Je saisis sans pitié le trait de la satire ,
El d'un bras vigoureux que rien n'arrêtera,
Je m'apprête à frapper qui le méritera.
Cependant modérons celte fureur d'écrire ,
Et pesons bien d'abord ce que nous allons dire ;
Cardans ce siècle d'or, nous pouvons l'avouer,
Un auteur doit se taire, ou mentir et louer.
La raison? la raison, c'est que dans nos provinces,
Chez le clergé, les grands, le ministre et les princes,
Grâce aux yeux indulgens qui n'aperçoivent rien,
Ce qui se fait est beau , durable, utile et bien.
Si par humeur, pourtant, vous avez la rudesse
De parler franchement ; aussitôt de la presse
On appelle sur vous les élastiques lois,
Vous laissant seulement l'inévitable choix
De brûler sans délais un innocent ouvrage,
Ou bien d'aller à Hani faire un pèlerinage.
C'est là qu'en une heureuse et douce oisiveté
On rêve librement à cette liberté
Que vingt ans de travaux, de malheur et de peine,
Ont chargée à jamais d'une éternelle chaîne.
C'est là que sur le cours des révolutions
L'homme peut se livrer à ses réflexions,
(13)
Ou dans l'espoir honteux de prolonger sa vie,
Baiser très-humblement la main qui le châtie.
ce Aimez qu'on vous censure, » a fort bien dit Boileau ;
C'était de la raison nous montrer le flambeau.
Mais si ce grand critique eût connu la censure,
Qui n'admet un écrit qu'au prix de l'imposture ;
Indigné d'un suffrage acquis contre l'honneur,
Il en eût secoué le joug inquisiteur.
Bien loin de l'imiter, visant à la fortune,
Nos auteurs suivent tous une route commune.
Ces heureux fainéans, sûrs d'arriver au but,
Sans s'élever bien haut, tombent à l'Institut.
Eh ! qu'importe, après tout, à cet aréopage
Qu'on mutile eu cent lieux un immortel ouvrage,
Qu'on élimine enfin les endroits les meilleurs,
Trop certains qu'aucuns d'eux n'en peuvent être auteurs ?
Le docte C***, de places idolâtre,
Passant légèrement du palais au théâtre ,
Ne craint point qu'un édit lui défende jamais
D'aller selon les tems du théâtre au palais ;
Régulateur du goût qu'il ignore lui-même,
Sur tout ce qu'il flatta provoquant l'anathême,
Il remplace Delille, et croit sans vanité,
Qu'il prend esprit, fauteuil, par droit d'hérédité.
Modeste, s'il le faut, audacieux, superbe,
Il saura se plier, glisser, ramper sous l'herbe.
Savant dans la retraite, inébranlable au choc,
Le chantre de Gessen serait turc à Maroc.
Mais c'est assez parler du tournesol mobile;
Sur un plus digne objet déchargeons notre bile.
Qui percer de mes traits ? bon, ce ministre auteur 9
gui du Vésuve en feu sonda la profondeur....

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