Quels sont les fruits de la sédition, de la révolte et de l'usurpation ? (Par Bouchard de La Poterie.)

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Le Normant (Paris). 1814. In-8° , 24 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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QUELS SONT LES FRUITS
DE LA RÉVOLTE
ET
PARIS,
Chez
LE NORMANT, Imprimeur-Libraire; rue de Seine;
BLANCHARD, Libraire, Palais-Royal, gal. de bois.
1814.
JE crois que tout Français de
coeur et d'âme qui a des moyens
les doit à l' affermissement du
triomphe de la bonne cause.
J'entends par la bonne cause
celle de ce Roi bien intentionné
qui vient d'arrêter les ravages
d'une guerre étrangère faite dans
notre sein, et de prévenir ceux
d'une guerre civile qu'on alloit
voir éclater; celle de ce Roi ca-
pable qui a changé des vainqueurs
irrités, en amis généreux et magna-
nimes ; celle de ce Roi puissant,
qui, sans trésor et sans armées à
ses ordres, a su faire la meilleure
paix que nous pussions espérer
dans la funeste position où nous
étions ; celle de ce Roi bienfaisant
qui nous a délivrés d'un tel escla-
vage qu'il nous falloit fournir jus-
qu'à nos enfans pour des bou-
cheries continuelles de victimes
humaines ; celle de ce Roi sensible
et bon qui voudroit faire notre
bonheur, après nous avoir tirés
d'un abîme sans fond, et qui con-
sacre sa vie à satisfaire son coeur
sur ce point ; celle de ce Roi qui
nous convient à tant de titres,
et que nous sommes si heureux
d'avoir; celle enfin de ce Monarque
illustré par trente-deux Rois de
son auguste famille, tous Français,
et par huit cents ans de royauté
dans sa dynastie.
Je crois, dis-je, que tout bon
Français doit compté de ses
moyens au maintien du triomphe
de la bonne cause. Je mets d'après
cela les miens à la presse pour
payer mon tribut.
QUELS SONT LES FRUITS
DE LA RÉVOLTE
ET
QUELS SONT LES FRUITS DE LA SÉDITION ;
DE LA RÉVOLTE ET DE L'USURPATION ?
Je le cherche dans l'histoire, et voici ce
que je trouve.
PREMIERE PARTIE.
ARTEVELLE.
LES Flamands, soulevés tumultnairement,
chassèrent le comte de Flandre, leur sou-
verain , et mirent à leur tête un artisan sédi-
tieux, Jacques Artevelle, brasseur de bière
à Gand. Passés d'un gouvernement légi-
time , sous la brutale tyrannie d'un chef de
rebelles, les Flamands eurent long-temps à
gémir.
De riches habitans furent bannis, d'autres
1337.
1382.
(6)
furent assommés; les biens des uns et des
autres furent confisqués au profit de ce chef
et de ses créatures. Quand on fait le métier
de brigand, c'est pour soi-même et pour les
siens. Artevelle en laissoit seulement une
part aux Veuves et aux enfans des victimes.
Au premier signe fait par ce chef de bri-
gands aux gardes dont il s'entouroit, pendant
qu'on étoit entouré de ses espions, on tom-
boit aux pieds des meurtriers à ses gages. Il
suffisoit de lui déplaire ou de lui causer de
l'ombrage. Sa tyrannie dura jusqu'en 1345,
qu'il fut massacré par le peuple.
Philippe Artevelle, son fils, le remplaça.
Les Flamands étoient encore dans un état
ignominieux d'oppression. Le comte de
Flandre eut recours au jeûne roi de France
Charles VI. Il marcha contre les rebelles ,
et gagna eut eux la bataille de Rosebecq.
Vingt-cinq mille hommes, et Philippe Arte-
velle, qui les commandait, restèrent sur le
champ de bataille. Les villes de Flandre se
soumirent : leur duc rentra dans ses états.
L'ouvrage de là force n'a qu'un temps,
lorsqu'il n'est pas légitime.
RIENZL
NICOLAS RIENZI, né dans la classé, du
peuple à Rome, a voit fait de bonnes, études.
Il avoit puisé le goût des républiques dans
les auteurs latins. La ville d'Avignon étoit
alors la résidence du pape. Rienzi harangua
le peuple et lui promit la liberté, l'abondance
(7)
et l'égalité. Il y a long-temps qu'on a fait,
pour la première fois, des révolutions avec
ces mots ; il en sera fait encore, dans un
siècle ou dans un autre, avec ces mêmes
mots.
Des séditieux attroupés nommèrent Rienzi
tribun du peuple et souverain de Rome.
Rienzi prit le titre de sévère et clément
libérateur de Rome, zélateur de l'Italie,
amateur de l'Univers, et tribun auguste. Ces
titres sont ridicules, extravagans ; mais ce
qui devroit faire mettre un homme aux
Petites-Maisons, plaît souvent à la populace.
Rienzi fit publier dans les rues, au son
des trompettes, que chacun eût à se trouver,
sans armes, dans l'église du château Saint-
Ange. L'hypocrite y fit dire trente messes
du Saint-Esprit, et conduisit ensuite-le
peuple au Capitule.
Il y arbora trois étendards, sur lesquels
étoient peints les symboles de la liberté, de
la justice et de la paix. Il fit lire quinze
réglemens, dressés pour parvenir au bon
état.
Ce charlatan créa un nouveau conseil ,
qu'il nomma la chambre de justice et de
paix. Il purgea Rome des malfaiteurs et des
gens décriés. Son nom répandit la terreur;
il en profita pour asservir Rome.. Il leva une
armée de vingt mille hommes, et assembla
un parlement général.
Il envoya des courriers aux républiques
et aux seigneurs, pour les solliciter à entrer
dans la ligue du bon état, faute de quoi l'on
1347.
procéderoit selon les formes de droit et les
inspirations du Saint-Esprit. Il osa citer à son
tribunal les électeurs de l'Empire. On lui
posa, l'une sur l'autre, sept couronnes, par
allusion aux sept dons du Saint-Esprit.
Rienzi poussoit l'effronterie jusqu'à se
vanter d'affermir l'autorité du souverain
pontife, lors même qu'il la renversoit. Dans
tous les temps, on a vu des exemples d'une
pareille tactique.
Il étoit le tyran de cette patrie dont il
vouloit être, disoit-il, le libérateur. Le
peuple ouvrit les yeux. Le fourbe abdiqua
le pouvoir, et s'en alla dans le voisinage de
Rome. Il y fut déguisé deux ans sous l'habit
d'ermite.
Il rentra secrètement dans Rome, y excita
une sédition , fut obligé de se sauver à
Prague, y fut arrêté, fut conduit au Saint-
Père, et mis en prison. Un nouveau pape,
trop indulgent, lui rendit la liberté.
Rome étoit en proie aux divisions. Fran-
çois Baroncelli, notaire, prétendit rendre à
sa patrie la liberté, le repos et le bonheur.
Il fut proclamé tribun de Rome. Il fit couler
tant de sang, qu'il provoqua le peuple à faire
couler le sien. Il avoit gouverné quatre mois.
L'impudent et coupable Rienzi se vanta
de nouveau de faire le bonheur de Rome.
Il fut conduit en triomphe au Capilole. Le
sang des habitans ne cessoit pas de couler. Sa
conduite étoit extravagante autant que san-
guinaire ; il périt percé de coups, aux cris
de vive le peuple ! meure le tyran!
(9)
Le gouvernement du Saint-Siège fut ré-
tabli. Le désordre cessa. L'on vécut en paix.
GABRINO-FUNDULO.
JEAN, duc de Milan, étoit mort. La fa-
mille de Cavalcabo, puissante à Crémone,
ville du Milanais, s'en rendit maîtresse. Sans
doute qu'elle fit aussi de belles promesses.
Ceux qui veulent usurper ne manquent pas
de promettre monts et merveilles.
Un nommé Gabrino fut un des plus chauds
partisans de cette coupable famille, et les
servit. Il aspira lui-même, dans la suite, au
pouvoir souverain; il débaucha du monde,
et se fit un parti, si toutesfois une pareille
association peut s'appeler un parti.
Le grand moyen, pour parvenir à son
but, étoit de se défaire de la famille qui s'é-
toit emparée du gouvernement. Il falloit un
grand crime,; mais que coûte le crime à un
scélérat qui conspire pour usurper et gou-
verner?
Gabrino invite Charles Cavalcabo, chef
de sa famille, et neuf ou dix de ses parens
à venir dîner à sa maison de campagne. Les
invités s'y rendent. Le perfide et barbare
Gabrino les fait tous assassiner.
Maître du gouvernement, après cette
horrible exécution, il travaille à s'y main-
tenir. On n'usurpe que par un attentat ; on
ne se maintient que par la terreur. Gabrino
l'inspire en exerçant toutes sortes de cruautés.
Que faisoient alors les honnêtes gens, qui
1411.

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