Questions constitutionelles sur le commerce et l'industrie, et projet d'un impôt direct sur les commerçans & gens à industrie, en remplacement des impôts quelconques sur le commerce & industrie : proposés à l'Assemblée nationale par des négocians françois ([Reprod.]) / réd. par Joseph-Jean-Chrysostôme Farcot,...

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chez Le Clere (Paris). 1790. 3 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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QUE St IONS
CONSTITUTIONELLES
SUR LE COMMERCE
ET L' INDUSTRIE,
ET PROJET D'UN IMPOT DIRECT;
SUR les commerçans & gens induftrie, en
remplacement des impâts- quelconques fur lç
commerce & l'induftrie
Proposés
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PAR DES NÉGOCIANS FRANÇOIS,
MÈDiGÉs par Joseph- JEAN Chrysostoms
FAJR.COT négociant EUâeur de ty8$ il fuppléan4
Chez C«Î»G€e ». E Libraire, rue S. Martin
près celle aux Ours, N°. 154,
i IJ 9O*
Ai
QUESTION $
CONSTITUTION ELLES.
Première Question,
Le commerce & VinduJlrU ,.dans leurs relations
avec l'étranger ) doivent-ils être fournis au régime
prohibitif, ou déclarés à perpétuité parfaite-
ment libres, & affranchis des entraves de et
régime?
CHAPITRE PREMIER.
La loi concernant cette première quejîion cfl
conjîitutionclle.
CENTRE les queftions dont rAfTemblée Na-
tionale doit s'occuper pour la profpérité publique,
il en eft peu d'aufli importante que celles qui
être aflajcti. Comme les actes en font purement
civils, nullement liés aux pouvoirs politiques;
on eft aflez porté à en regarder la légiflation
comme du reflbrt d'une pure législature
lement d'une afTemblée conftituanre. S'ileft vrai
cependant que les ne ponr-
ront touche^ k la «mftitution de l'État quans
il doit
être vrai auifi, qu'elles ne. doivent point pou-
voir toucher à certaines loix fondamentales aux-
quelles la profpérité de Ja nation eft tellement
liée que fi elles étoient aflujéties à la mobi-
lité de ces légiflaturcs la profpétité nationale
/pourroient lui éwe que très-funeftes. Ç'eft nécef-
(âiremem fous ce point de vue que |'AiTembîée
Nationale décrétera certaines loix qui concer-
jaent rinduftrie & le commerce.
Tous les objets de l'i nduitriè étrangère feront-
ils admis aufli facilement dans nos échanges que
ceux d'induftrie nationale ou en feront ils écar-
tés, & même exclus ? Notre commerce avec
l'étranger continuera t il à être afïujéti un
régime prohihkif- quelconque ou ^fa-fril de
gagé de toutes entraves & déclaré parfaitement
Jibrè ?.. G'eft là une.. ces queftions dont
XM
Al
tMîOtt doit faire prendre à. ftrwiuftrie frânçoîà
des routes f différentes {Æavoir une tçlie in-
fluence fut fa profpérité cpie l'on doit regarder
comme une des loix fondamentales prononcer
par l'Aflemblée., celle qui déclarera que le coni-
merce doit être à. jamais afiujétî an joug du
régime des prohibitions ou celle .qui. repourTanc
pour toujours ce régime & ces prineipes., décla-
rera le commerce lilore, & affranchi à, perpétuité
des entravec des loix fifcâies & des codes pé-
naux, efTentiels au maintienne l'efèlavagc de I'in-
CHAPITRE II.
Tdée des deux Sy.fiéma de liberté de prohibition*
1 1 n'eft pas poffible-de difcuter raifonnablement
une 6 importante matière fans fe faire une idée
véritable de la sature & des effets eflentieb de
la liberté on des prohibitions.
Le fyftême de liberté confifte- k ïaîfièr rjrb-,
duire indiftinâement dans une nation, tous
les objets de ïinduftrie., qui peuvent être le
réfultat des talens de fes individus a n'admet-
tre d'autres encouragement à ce fu \u que tes
Idée du fyf-1
tême de U»,
beue,
t'n
îaieJufyf-
ttme de pro-
hibition.
lumière* que les nationaux penvent recevoir deir
l'inftrucYion à admettre indittinclement dans
les échanges, tous les objets de hu
que les réglemens du pays qui les admet, in-
terviennent pour faire donner aucune préfé-
rence les uns fur les autres, foit à ceux du
même pays foit a ceux de pays différents.
Le fyftême prohibitif confifte a modifier,
par des réglemens particuliers les devëloppe-
mens de l'induftrie nationale^ &en conféquence
t° A accorder -des faveurs particulières â.
certains hommes, à, certaines claffes d'hom-
mes, a certains genres d'induftrie, de préfé-
rence à d'autres à reftreindre k prohiber
certains autres genres d'indtiftrîe; & entre les
moyens employés à cet effet, fe fervir princi-
palement des 'fuivans
Rendre la fort je "des objets nationaux, d'au-
tant plus facile, qu'ils ont plus reçu de main-
d'œuvre nationale & d'autant plus' difficile
qu'ils peuvent encore en recevoir davantage
îivant de forrir.
Rendre l'introduêtion des objets étrangers,
fautant plus .facilé qu'ils font Plus
bics de rèççvoif de maîn.-d'«;uvre nationale,
̃^
& qu'ils ont moins reçu de main-d'oeuvre étràtt»
gere v& réciproquement d'autant plus difficile
qu'ils ont plus reçu de mpirt-d'œuvre étrangère
& qu'ils ont moins a recevoir de main-d'oeu-
vre nationale.
z° Ecarter d'autant plus, les objets étrangers,.
que nous avons plus de moyens de les, rempla-
cer par des objets nationaux.
go Prohiber entièrement ceux dont nous pou-
vons nous pafler, & dont l'introduâion nuiroii
à quelques branches actuelles de notre induftrie,.
En un mot, rendre nos rapports avec l'é-r
tranger les plus foibles pofïibles., pour ce que
nous achèterons de lui; & les. plus grands pot-
fibles, pour ce que nous lui vendrons».
Principe» i
fuivrepuurju-
ger ces deu*
lyrtêmea.
Les effets de ces deux fyftêmes néce/Iîtés{
par leur effence nos éclaireront davantage
fur la préférence qu'il faut leur accorder, que
mille faits de détail auffi favorables, ou aufl»
oppofés en apparence k l'un qu'à l'autre def-
quelles néanmoins on ne conclut que trop-
contre les plus (impies règles du rationnement r
du particulier à funiverfel toutes les fois qua
l'intérêt privé, ou la pare/Te de l'intelligence
déterminent à précipiter des jugemens.
:M+::
Za nation qui fuit le fyfiéme dë liberté, fait
toujours fes la manière la plus
tu
matchs
j^E premier effet, qae nous devons regarder
comme une conféquence nccefîaire de leur na-
ture, c'eft que, dans-le fyftême de liberté'* les
nations libres font tous leurs échanges avec les
autres nations au. plus avantageux polîible. Ainfi
elles vendent les.produits de leur induftrie au
plus cher pénible elles achètent les produits
de l'induitrie étrangère au meilleur marché pef-
Jlble ce qui devient évident d'après les plus
légères réflexions. «
Soit quswà
elle tire fes
*narcliandifef
én dehort.
Une nation libre n'ayant aucun obftâcle dans
les échanges avec les étrangers n'ayant Befoin
d'aucun intermédiaire pour traiter avec eux,
n'étant gênée par aucun traité de cpaimerce qui
favoriferôit une claliè d'étrangers plutôt qu'une
autre, fe détermine néceffairtment à prendre
les marchandifes étrangères par-tout Ou on lui
demande en retaur la plus petite portion pôf-
fible de fon indulîtie. Il-feroit akflifde de fup-
tt)
|w?fer que fes négocians achèteront plus cher,
ce qu'ils ont la-. facilité de fe procurer à plus
bas prix. Ils iivùnt puifer directement aux foui ces
& comme aucuns objets d'échange ne leur font
interdites, ils ne fe tromperont point dans leur
choix; ainfi leurs opérations peifonnelles4es con-
duiront toujours au meilleur marché pofîible,
Quand même la nation libre ne fe donneroit
aucun mouvement pour fe procurer ce bon mar-
ché, la permifliion qu'elle donne indiltinâement
& fans faveur quelconque a toutes les nations
lui procure chez elle-même cet avantage.
Les Ruffes les Danois, les Américains lui
apporteront, àl'enyi des bois de confîruction &
la préférence ne fera qu'en. faveur du marché le
plus avantageux. Elle choîfifa fes porcelaines
entre celles de la Chine & celles de l'Europe;
& ^n'accordera jamais à cette dernïere ce que
la première lui proçureroit à meilleur compte.
Tout ceci eit trop évident pour s'y arrêter da-
vantage.
Un rcfultat encore néceflâire -eft que la na.
tion libre vend elle-même au plus cher pofiible -t j
car vendre an plus cher pbflible c'eft donner'
la plus petite portion poflible dé fa propriété
pour la propriété d'autrui. Or, nous venons de
voir qu'elle recevoit la^phis grande portion
Soie quitta aa
•tu apporte
chez elle tes
uurdiandifej ̃•̃-•̃"̃̃
cirjngetct.
f.l!« v«nd a* '̃?;
plus cher |>of-
JJbte.i". parce-
«}«'elltac>«e
au meitl^a
marché»
̃»*. caufe
-du concours
des étran-
¡eu.
poflîble de la propriété d'autrui pour ce qu'elle
donne de la fierine. Elle donne donc alors là
plus.petite portion pofïïble de la (ienne elle
vend donc au plus cher poflible,
• Une autre maniere de rendre cela plus--
•fible, c'eft de confîdérer, chez cette nation
l'affluence des étrangers que la liberté lui attire.
Cette liberté multiplie à l'infini les enchéri
aux marchés de fon industrie. Plus il y-a d'ache-
teurs à un encan plus les marchandifes s'y ven-
dent. Donc, par la feule raifon de la liberté ac-
cordée aux autres nations de trafiquer chez elle j
la nation libre vend les produits de fon induftrie
au plus cher pénible.
C H A P I T RE I V.
Les nations prohibitrices ne font point leurs échan-
ges avec les étrangers de la maniere la plus
avantageujè.
au contraire chez la nation
entravée par les prohibitions ? Premièrement les-
f'erangers font écartés de chez elle ils ne peu-
vent préfente^que !rès-peu dé produits de leur
induftrie leur rareté diminuant les entherifleurs»
r»)
|1 y a moins de valeur donnée aux objets k
vendre,
La nation prohibitrice,. écartant l'étranger
eft obligée davantage à voyager chez lui a le
tenter directement pour les objets^de fon in-
duftrie. Elle perd par cela même un premier
bénéfice très-corifîdérable.
Elle ne vend
nierc'la plus
avantageuie
p^rce qu'elle
{¡oigne. les
urungei\s.
Ceux qui font inftruits de ce que coûtent aux
maifons de commerce ce* qu'on appelle voyageurs
en pays étrangers favent combien cette première
dépende diminue les profits & comme ces
voyageurs ne peuvent faire autre chofe chez l'é-
tranger qu'offrir leurs marchandifes, fans pouvoir
acheter celles de l'étranger il s'enfuit que tous
leurs frais; font fupportés par la marchandife de
la nation à laquelle ils appartiennent. Chez
l'étranger, ils font en concurrence avec toutes
les autres nations & font pour cela même obli-
gés de baifTer d'autant plus leurs bénéfice. De
forte que de toute maniere & par caufe de
frais, & pour caufe de moindre affluence d'a-
cheteurs la nation prohibitrice ne vend jamais
les produits de fon induftrie de la maniere la
plus avantageufe, i
caufe <k s
frais
commit.
Elle n'acheté pas plus favorablement les
produits de l'induftrie d'autrui car toutes les
natiqns étrangères, éprouvant chez elles plus
Elle n'acheté
pas favorable-
ment, par dé-
faut de vent
deurs.
Par faux frais
«le «mreban-
Par détour-de
toute des mac-
phmdiies.
X>u moins d'entraves ne lui prëfentent plus 4&
eoncours qui les met d'autant plus à portée
ne donner que le plus foible pris poffible
qu'il y a plus de vendeurs accourus dansâtes
ports ou dans Ces foires. Elle s'ifole de Tetra»-
ger l'étranger s'ifole d'elle, & en conféquerice
elle acïïête le plus fouvént beaucoup plus ché-v
renient qu'elle ne le feroit par la liberté.
La nation prohibitrice eft de plus prefquè
toujours forcée d'ajouter au prix de la mar-
chandife étrangere l'afluranee du contrebandier
étranger aflurance qui va quelquefois à 8 ou
io pour cent,°& même davantage. Ainfi elle
paye non-feulement l'indufrrie légitime mais.
encore l'induftrie illégitime de fes voifins.
Ce n'en: pas tout. La nation prohibitrice efl
obligée de fixer certains ports certaines routes
par lesquelles font obligée de pafler les mar-
chandifes foumifes k fon régime. De-là au-
gmentation de frais fouvent très-confidërables^
gui par les détours occafionnés chez l'étran-
ger, lui font payer l'induflrie étrangere d'autant
plus cher, qu'à caufe de ces détours non-feu-
lement elle paye l'industrie de la nation pro-
duârice mais encore celle des nations inter-
médiaires, fouvent mçme les droits des Sou-
verains étrangers par lefquel[s la marchandise eft
( n).
Obligée de paiïer pour lui parvenir de fort*
.que toutes les {péculations économiques des ne.
gociansfurle transport, étant presque toujours
·dérangées par les rcglemens prohibitoires ils
Surpayent la marchandife de tous les faux frais
Qccafionnés par les prohibitions.
CoiuMW
ci deux char
pitres ,préeéa
tiens.
Ainfi de toute manière la nation prohibir
trice eft léfée dans fes achats eft léfée dans
fes ventes. La nation libre au contraire eft
,toujours favorifée & avantagée dans fes achats,
toujours favorifée & avantagée dans fes ventes.
.Le premier avantage incontestable du commerce
libre fur le prohibitif eft donc la plus grande
fupériorité pollible dans les échanges avec l'é-
tranger.
C H APITRE'V..
;¡ecommerce libre prejente à Findufirie nationale
la plus grande qtiantité pojjîble d'objets &
fuit naître de nouveaux arts, & ériger de nou-
velles fabriques le régime prohibitif s'oppofe
a ces bons effets.
UN du commerce libre fur
Je prohibitif c'eft qu'il préfente à. Pinduftrie
^ationale la plus grande quantité pollible d'ob-
(hT
Première
preuve tirée
des principes
des probibi-
leur..
Différence à
ce fujet entre
la liberté & la
prohibition.
Erreurs des
piohibiteurs
fur la matière
premiere des
imprimeries
en «oilc gcin·
jets fur lefquels elle puifle s'exercer,
naître en conféquence de nouveaux arts &
élever de nouvelles fabriques..
Les principes du fyftême prohibitif viennent
eux mêmes ici à l'appui de hotre aflêrtioiik,
touchant cet avantage que nous regardons
comme appartenant bien plus fpécialement au
commerce libre; car il eft de principe chez
les prohibiteurs de donner des faveurs aux ma-
tieres premières, pour en procurer l'abondance
aux fabriques.
Mais la différence eflêntielle entre le com-
merce libre & le régime prohibitif, c'eft que
dans le premier -,les fabriques, plus inftruites
que les réglementaires fur ce qui leur convient,
favent choiür elles-mêmes ce qui eft matière
première pour elles au lieu que les prohibiteurs
donnant ce titre à leur fàntaifie réprouvent
fouvent les matieres les plus ncceflàires aux
fabriques parce qu'il ne leur a pas plu d'appeler
matière premiere ce qui eft la bâfe réelle d'une.
fabrique très-importante.
Un des plus grands obstacles qu'aient éprouvé
chez nous les imprimeries de toiles de coton
eft provenu. ce que la matière premiere 4<!
leur travail n'a pas été confidérée comme telfe
par les prohibiteurs. Nos voifuis, qui n.'étoie»|
|O£ entravés comme nous par les prohibitions
Bous ont précèdes dans ces fabriques par l'étendue
de leurs (accès* J'en trouve la preuve, page 29
du plaidoyer fait k l'Aflemblée Nationale pat
MM, Gaudan & de Fpntenay, en faveur du pro-
hibitifme. Les toiles peintes de SuifTe ayoient,
à la faveur du commerce libre, tant de fupc-
riorité fur les nôtres qu'il a fallu un droit pro-
hibitif de Kv, par quintal pour ,mettre nos
imprimeries d'indienne en concurrence avec celles
de ce pays fi voifin du nôtre.,
Que les fabriques des Indes, & celles de
Suifle euflent eu au contraire chez nous
la franchife du commerce libre le goût de nos
artiftes. eût donné aux deffins de nos imprimeries
une telle fupériorité que nos toiles peintes fe-
rpientï devenues depuis long-temps les premières
du monde, & nous aurions eu l'avantage de
Revendre aux 5»^, aux
Tqdiens ces propres toiles qui auroient été déV
çprées chez
A combien de pi^nufaâures la liberté générale
du commerce ne pourroit-elle pas^dpnner naif-
fance Que toutes les gommes de la zone torride
(oient libres & exemptes de droits, nous pourrons
avec nos eaux-rde-yie procurer à l'Europe les
yernis les plus abondansj & tandis que, pour
Cette erreu»
évitée fi le
commerce eût
été libr;.
Exemples de
manufaâures
auxquelles l,
commerce
poucroic
donner naif-
fance. Ma-
nufaâuret de
vernis Fta»-
fois.
(t6 y
des ouvrages moins recherchés nous atironl
ouvert ces nouveaux débouchés k nos vignobles j
nos aitiftes reçoivent les vernis de la Chiné
exempts de droits, ils les combineront de toute
maniere fur les plus jolis meubles que Pinduftrte
Françoife pui1fe produire. Les vernis François
iront peindre toutes les boiferies de l'Europe;
& les vernis de la Chine, fous les doigts de nos
artiftes en peindront les meubles les plus re-
cherchés. Aux greffiers magots de la Chine ils
fubftitucront ces chefs-d'œuvre de goût fi com-i
muns parmi nous les plus riches citoyens de
l'Europe & toutes les Cours feront les tribu-
taires de leur induftrie.
goudron
d'Ecoffe.
Si nous euflions joui d'un commerce vraiment
libre un vernis plus commun mais bien plus
précieux que ceux de l'Afie, feroit depuis plui
iïeurs années la richeffe de la France. Ce gou-
dron auroit été employé, dès fa naiffance à
donner à une multitude de fubftances une m-
corruptibilité infiniment précieufe. Cè commerça
nous l'eût prodigué des le moment des la décou-
verte & depuis 4>lufieurs années nous aurions
difpenfé nos vaiffeaux du doublage en cuivre dans
les voyages de l'Inde leurs cordages, des périls
des gelées dans les navigations boréales dé&
millions de valeur en charpente en bois expoféfc
̃̃( *7 )
B
a. Pair en bâtimens euflent été préserves )
chez nous, de l'intempérie des faifons 'de
l'activité penchante de ces fluides qui décompufent
tout.
Avec cette découverte, nos caves recevroienc
des fermetures éternelles; les vailfeaux qu'elles
contiennent ne feraient plus expofés a cette
pourriture deflxuclive à cette perméabilité dilfi-
patrice. Aux dépenfes énormes de nos bouteilles,
nous aurions fubftitué utilement des tonneaux
incorruptibles, tant pour les fuis que pour les
cerclages; & auffi imperméables aux efprits vi-
neux, que les meilleures vitrifications; & tandis
que depuis ans l'Angleterre jouit de cette
admirable découverte que la Hollande en or-
donne l'emploi dans tous (es ouvrages maritimes,
dans toutes fes digues nous ne ferions pas réduits
a en ignorer Pcxiitence ou a ne la connoître qu'à
l'Académie, parce que le commerce n'a ofé
introduire chez nous les objets fur lesquels le
regne prohibitif arrête fesfpéculations & bientôt
apres Pintroduétion .de ce goudron par le com-
merce étranger il fe feroit établi dans nos
mines de charbon de terre des fabriques multi-
pliées de ce goudron; & nous ne ferions pas
encore à attendre que M. Faujas de Saint-Fond
eût commencé l'exploitation du privilège qui lui
fabrication.
«le coij.i îcrce
ou ina:ieit:
la p'.iipare- .'e
nos' niauutûc-
Uu es. **̃
Et ̃ pourquoi
X'tlt-ce pas aux
l'introduction des objets étrangers que nous fom-
jnes redev.ibles de la plupart
ibie de coton
entroic tous les jours,
avec l'aveu même des'prohibiteurs? Nos propres
des ma-
tières étrangères. Sedan., Louviers & toutes nos
chapelleries mettent a contribution l'étranger
pour les laines Saint-Quentin, le Maine, l'An-
jou, la Bretagne & la Normandie, pour (es
Uns. le régime prohibitif s'accords avec
les défendeurs du commerce libre pour accouder-
la liberté fur ces 'points chaque degré de liberté
qu'il donne à l'introduction de ces objets eft
un honnn.-ge qu'il eH forcé de rendre aux défen-
ï'eurs de laJibprté*, maïs fitôt qu'il s'arrête, fîtôt
qu'il obfhue la liberté, il s'oppofe au fuccès de
nos manufactures actuelles & à l'érection des
nouvelles..
le prolùbi.
tifme a, fait]
piller en A,n-
g!tfrrr les.
manufe'ftutes
C'eft ainfi que dans ces dernieres années, le
régime prohibitif a empêché la mamifaclnre de
Javel d'employer, au profit de nos manufaâtires,
fro )
B z
Ja lùblïme découverte de M. Bertholec parce
que, d'un côté l'impôt fir le ièl rendoit une'
des I ùL'à de cette, découverte inaccelfible au
Commerce & qug, d'tin autre côte, Je privilège
exclufif des régies à poudre fur le commerce]
des.falpètres s'oppofoit a ce que le fabêtre'
fût acheté pour la m î:i inclure de Javel cent
pour cent meilleur marche chez les Anglois que
chez nous. Il en eft: réuitc cet découverte
eft pajTce les -Anglais 0 q;i\in de entre-
preneurs as Javd a Liverpool
une manufacture que les prohibitions ont tenue
en France dans un étac dj grande fôib'lcjTe.
lur ic uldiKln-
ebez. nous.
Certaines manufactures s'cleveni: méuie en dépit
du prohibitive, par la (tule portion de liberté que f
le prohibitiime lai/Te à des objets
tout fabriqués. Il en exifte des exemples
Tout le monde connok la fupérioiité des An-
glois dans les ouvrages d'acier poli il y a ce-
pendant a Paris des fabriques de bon tons qui
combinant les petits doux poin que les Angiois"
leur fourniflent avec les platines de boutons
qu'elles fabriquent, viennent à bout de fo-urntr
aux Allemands, un bouton total à meillear mar-
ché que les Angiois eux mêmes. Cependant
il faut que l'ouvrage de ces boutonniers fup-
ni .1..11
(*o)
O I.icles .lu
prohibiiirn.?
au <}ivt!'>p[/e
ment des ta-
ie ns.
porte pour cent de droits
la partie étrange re.
il faut être dans une parfaite ignorance fur
l'étendue des combiiuifaus de l'induftne pour
ne pas s'appeicevo;i- combien le commerce libre
peut lui donner d'eflbr & dans quelles entraves
elle eft refî'errée par les prohibitions. L'cfpric
de Tartifte en pays de commerce libre eft a
̃i'efprit de l'artifle en pays prohibitif, ce qu'eft
l'eiprit des auteurs en puys d'inquifition ce qu'eft
ce même efprir en pays où cet odieux tribunal
cfù inconnu ou fans exercice.
CHAPIT RE V I.
Le commerce libre par introduction des produits
des fabriques étrangères contribuc à la perfection
des navires & à la multiplication de leurs
travaux.
CE n'eft pas feulement par la fimple fôur-
niture des matières étrangères quc le commerce
libre favorife les fabriques ceft: encore par. Fap-
pat des objets que les étrangers préfentent à nos
échanges.
Prendre
p-"Uvc iir-ï
îles pri.cpcs.
B 3
trie, que le defir des jouiïïances dans lefqueî-
les l'homme fait confiiter fon bonheur. Tant
que ces objets de jotziffajices font éloignés ou/
inconnus, nul effort de fa part pour fe les pro-
curer. Sont-ils mis à la -.portée ? peut-il le les
approprier moyennant le don de quelque choie
qu'il- elUme moins que ces jouifTances > auiïï-t6t,
il en fait le facrifice, & propofe Inchangé. N'a-
t-il rien à présenter ? fes bras, {on induftrie fes
talens,& l'exercice qu'il en fait, lui procurent
l'objet de lès deîîrs.
Ce qui eft vrai des particuliers eft vrai des
peuples qui ne font que l'ehfemble des particu-
liers, que rien ne raffafie Se qui ambitionnent
la plus grande variété la plus grande étendu?
dans leurs jouiflances.. Delà vient que préfenter,
à un peuple une nouvelle jouiiïance c'eft le pro-
voquer à un nouveau travail & ce nouveau tra-
vail excite un nouveau développement d'in-
duitrie.
En effet l'étranger ne lui donne rien pour
rien, ce n'eft que pour recevoir qae l'étranger.
apporte. Que peut recevoir l'étranger?, un réful-
tat quelconque d'induftric nationale. Que péut-il
apporter ? un réfuïtat quelconque d'induflrie
étrangère. Tout appel d'induftrie étrangère chez
une nation eft donc une provocation de Y'm-
(. il. )
dufrrie nationale & le
dufhie eft- toujours-. -au plus haut
'chez la naMon qui a appelé chez. elle le plus
d'induftrie étrangère.
Deuxième
yrejve A ii:ve
du divéloo
pement de
Sr. laltrie eu
optïnije.
I/Europs n'avoit ni or ni argent pour fe pro-
curer toutes les richt fie des deux ri <i?s c'eft
en les cht-7. elle qur dm rruLflrie
s'eft élèves a cc'hsvit point $̃> ptrfeâion qui
cr r-TTTder les h1' ̃̃. ̃ dans le refte du
,d\in' > s1 .• {iipf^riiro à cr'Ue
des cures rations. Si l'in.1: ïr'e étranger excite
l'inûM'lrie p.ir r.nfait de l'initation
par FamNition de jou'r, née fiitc d'échanger pour
jouir, la nécellité de travailler pour échanger
plus exacte par la nécefTù: l'étrangère,
poiir prévenir fa propre
Troificme
preuve :nve
de lutter con.
treTindulttie.
Chez les peuples iiblcs du relie du monde,
le,, arts relent un état d'itnperfec-
̃ tion humiliant ponr l'humanité. Chez: ceux au
contraire q.ii fe communiquent le plus ils re-
çoivent tous les jours de nouveau degrés de per-
feâion.
Heureux ef
fets de cette
lutte.
Lorfque le commerce eft entièrement libre
il s'cleve une lutte heureuse entre l'adivite du
peuple libre & celle de tous les autres peuples.
Un genre d'indujdrie étrangère arrive- fil chez lui
c «î )
avec un degré de
tôt fe multiplient l®s eiForts pour atteindre cette.
en font l'objet de
leur commerce particulier, recommande m ans
ouvriers qui les fo.urnifle.-it, plus de recherches,
plus de travaux, plus d'induflrie pour égaler au
moins l'étranger. L'effet naturel &;prsmicr de
cette fupériorité de fabrique étrangère étant de
faire baiffer le prix de la fabrique nationale y
l'ouvrier qui Cent que fon' prix diminuera d'au-
tant plus que fon ouvrage approchera moins de
l'ouvrage étranger, fait de nouveaux efforts pour
l'égaler. Au lieu de l'égaler plus Couvent il le-
furpaffe.
Rien n'eft plus actif plus induftrieux que le
befoin. Pour un étranger qui a penfc une mé-
thode qui lui .donne pour un inftant de la fu-
périoritc fur les nationaux du pays libre on y
trouve cent mille nationaux qui commencent par
vifer à Fimkation, & qui de limitation pafTant
à l'invention ont bientôt pris le pas fur leurs
émules, .& ils n'ont qu'il fe féliciter de ce que
les fuccès de l'étranger n'ont fait que le conduira
à des fuccès encore plus grande
Rien ne rend une nation auffi inventrice que
cette lutte continuelle qu'elle eft obligée de faire
contre Finduiîne -y eft
exercée fi elle fuccombe quelquefois parce
qu'elle ne peut deviner le fecret de l'étranger,
elle eft cent fois vidorieufe dans mille procédés
heureux q^e cette lutte lui fait découvrir.
CHAPITRE
le prah b t f
A ces heureux eiets da commerce libre, f
nous opjpoions cqjx du prohibitif me fur .notre
induit rie, no^s ne venons à fa iuite qde priva-
tior.s de ^ôiuilances imperfections &c même
nullité des travaux les piits utiles.
Premi:re-
m-nt par les
piiva.ioiis
auxquelles il
foLiiuct les
uaiioiiî.
Premièrement, le règne prohibitif, en écar-
tant l'induilrie étrangère, ioumeties nations a.
des privations qui, loin de les rendre plus in-
̃ duiirieufes ne font que les conduire à une plus
grande i ereie.
CTeft ainfi.q'ue FEipagnol n'étant point excite
a la propreté par les iecours que i'éîranger lui
'OïFrirolt en grande abondance, fi le.rigime pro-
hibitif ne s'y oppofoit il, Le laiiTe eiMpurer de
vermine & fon indolence en d'autant m\>ins
réveillée dans cet état d'abjedion gu'il n'eh en-
̃X-M •̃̃)'̃
Mure que d'êtres avilis, comme lui, par des pro-
hibitions fifcal.es.
Ce feroit ainfi que, il nous n'euflions été épris
des produits de Tinduftrie asiatique & (î le ré-
gime prohibitif, fidèle à fes principes, eut eftimé
que pour faire valoir les manufactures de bure &
de filafTe de nos pères il eût fallu écarter de
nous les fabriques des deux mondes nous fe-
rions encore revêtus nationalement, de toutes
les étoffes monacales des capucins, dés cordeliers
& des chartreux. L'étain brilleroit encore fur nos
tables, en place de la. fayance, & nous regarde-
rions comme un luxe le linge qui couvre celles
de no*s cluifines.
Secoue-
n eut j [iac
l'ir.cflic 'ju'il
fit pe «Uns
Us atiiitjs.
Mais il eft bien d'autres maximes humiliantes
par lefquelles le régime prohitif arrête les progrès
de nos arts. L'indaftrie nationale ou plutôt
l'ineptie nationale étant aflfurée d'une protection,
perpétuelle, fe repofe fur les routines du temps
parlé. On fabrique toujours les coutelleries grof-
fieres du Forez parce qu'on fait q îe le; prolm-
bitiuns s'oppofent à la concurrence des belles
coutelleries angloifes. On n'emploie pas des
machines utiles qui donneroient l'avantage'fur
nos voifins parce qu'on fe repofe fur un règle-
ment prohibitif, qui nous permettra de broyer
le bled fous nos dents au lieu d'employer la
( 2.6 )
force décernons pour .le rendre plus conve-
nable à notre n>;v,! riiurc ou fi cet exemple
paroit trop du àp?; acLiel de nos arts
on ne s'empt'. liera pa- ùc •anfportcr (dans nos
attelier-, ) les bal ti;e ii. rs & les machines a feu
parce que,- s'il frmrcj'U pour cent d'impôt poïir
éloigner les produits de ces machines qui font
des miracles chez nos voifins, on eft afïyré que
le régime prohibitif, appui perpétuel de notre
engovrdiilement, nous fera payer plutôt cinquante
millions d'impôts, nous entourera d'une double
rangée de commis, afin que de cupides artiftes
continuent leurs grofliers travaux dans des atte-
licrs dignes de leurs protecteurs. Qu'en rélulte-
f-il C'efl que nos atteliers toujours imparfaits
peuvent bien il eft vrai continuer de nous
donner des ferrures qui ne ferment pas, des
ïbufflets qui ne foufflént pas des limes qui ne
liment pas des couteaux qui ne coupent pas
& cette multitude d'ouvrages deflinés a tromper
les nationaux & les étrangers qui n'ont que la
figure des chofes vraiment "utiles & font dignes
d'être repoufles également par-tout. Mais fous
ce régime prohitif bien conféquent dans fes
principes Ils ne nous donneront jamais ces
chefs d'œuvre excités par la vue de tous fes
arts étrangers, provoqués par le concours qui
itxrterdit tout ouvrage médiocre & mal fait à I»
nation aflez fenfée pour aimer les chefs-d'ceuvre;
étrangers comme les fiens.
En effet foulFririons-nous dans nos fabriques
de fayance cette gtoffiéreté cette pefa.ntenr
cette incorre&ion cette mal cuiflbn qui s'y
trouvent fi nous étions accoutumes à la légèreté
des terres angloifes à la propreté de celles de
la Chine? Nos verreries concinueroient elles à
nous donner ces verres mal cuits, ces bouteillers
mal contournées ces carabes où la matière
abonde en fupplcment de la furrne ou bien
qui font également deftituées de forme & de ma-
tiere, fi le régime prohibitif ne leur accord6it
une prime d'incapacité pour les empêcher de
compenser, par leurs talents directs la fut-taxe
dont il grève les fabriques étrangères?. Qu'importe
au fayancier, qu'importe au verrier, que les fa-
briques vol fines furpafTcnt la leur en perfection,
pourvu qu'ils vendent. Jamais ils ne fortiront de
leurs routines, tant qu'il fera prouvé par leurs
comptes que la routine eft bonne. Mais quand
au contraire le prohibiteur ne les confirmant
plus dans leur groffiere routine ils feront fans
cefle HImulés par les artifles étrangers, alors ils
en foutiendront les afîauts & de fréquentes vic-
toires leur démontreront qu'ils n'avoient pas de
plus mortels ennemis que ceux qui fous pré-
texte de les protéger, rétrécifloiènt leur génie,
rapétiflbient leurs âmes & éteignoient leurs
talens parce qu'ils ne mppofoknt pas à nos ar-
tifles plus de capacité pour le développement
de l'induftrie, qu'ils n'en emploient eux-mêmes
pour dreifer les tarifs infenfes qui la détr.uifent.
Ixemple tic é
de l'imperfec-
lion des atte-
Jiers ciu gou-
vernement.
Ce n'eu: pas feulement dans les manufactures
qui ont pour objet l'utilité des particuliers, que
le régime prohibitif empêche nos artifles d'adop-
ter les bons procédés des étrangers. Dans les
gtteliers mêmes du gouvernement il perpétue
le tréfor public. C'eiî a ce régime que nous fom-
mes redevables de l'imperfection de nos corderies
maritimes. Depuis long-temps, la Hollande fait
réunir, dans les cables les plus forts la fou-
plefie & la mollefle avec la plus grande téna-
cité. Chez nous les cordages prennent à peine
le nom de cables qu'ils reffemblent plutôt à des
bûches un peu flexib-les qu'à des cordages. Ils
MefTent Couvent les matelots dans les manœuvres^
& les accablent toujours de fatignes. Si les Hol-
landois enflent pu avoir chez. nous le débit des
leurs^ croit-on que nos corderies le fuflentfi long-
temps opiniatrées dans leurs mauvais procédés de
.gaudronnage & qu'elles fe fufTent refuses a une
(V)
îmmerfion pfatiquée depuis û long temps par
celle de Hollande en vertn de laquelle on réu-
nit toutes les propriétés d'un bon cordage à la
plus grande économie ?
Je cite un autre exemple bien plus effrayant
pour nous, Se dont nous pourrons être la vie- j
time dans la première guerre. L'Ecofle a fourni j
les flottes angloifes de ces terribles bouches à1
îeu qui fubftituent aux boulets de i$ ? zo 2< >
livres des boulets de éo, 80 loo livres fans
augmenter le poids des canons. La marine hol-
landoife a reçu par le commerce libre les prémices
de cette découverte; & nous autres., en vertu
des prohibitions favorables à nos fonderies nous
allons peut-être voir dans le premier combat nos
plus forts vaifîeaux de' ligne fracaffés par de
'fimple frégates; parce que nos négocians n'ont
pas eu la liberté de dévancer les minières &
de nous apporter des machines par lesquelles.
en égalant nos armes à celles de nose ennemis
nous ne leur aurions pas permis, de compenser
par la fupériorité des leurs tout ce qu'ils ont
redouter de nos marins.
Autre exemJ
pie iiré du pé-
ril où paï
fuite' du pro-
liihiufme, no-
tre marine
peut être ex-
pofée dans la
première
guerre avec
les Aagtoii.
( 30 )
CHAPITRE E VIII.
Le commerce libre appelle tous les hommes à
talens chc^ la nations qai V adopte tandis que
-h' prohibitif me les ou ne les 'ut/ ire
que d'une maniere préjudiciable aux nations.
Premier mo-
tif la liberté
nécelîaira aux
Miens.
|A liberté du commerce fait plus chez une
nations, que d'y appeler lès réfirltats de l'in-
duftrie étrangère elle y appelle encole les
talens qui la prodtiifent. L'amc & la vie des
talens c'eft la liberté. Le génie qui n'eft
étouflé par aucune prohibition, fe livre à fou
effor il s'clcve il plane fur Fenfcmble des
produits des arts & de la nature il les aïlocie
les combine & les applique tous les jours, fous
de nouvelles formes, aux befoins aux ufages
& aux plaifirs de l'homme.
Second rao
•df récom-
penCe de l'es
lilcns.
Mais il aime à trouver la récompense de
fes travaux & où la trouve-t-il plus abon-
damment que chez les. peuples qui peuvent lui
procurer fa récompenfe chez toutes les nations?
Ces peup'es ne font-ils pas ceux qui admet-
tant plus facilement les échanges étrangers a
(p ̃̃̃)̃.
font les plus a portée d'étendre les rapports des
gens à tâlens avec le refte -du monde.
Le commerce libre éloigne les obstacles que
-les prohibitions mettent ordinairement au trans-
port des manufacturiers d'un pays dans un 'autre.
Sous, le régime prohibitif, l'étranger eft tehe-
Le prohiM*-
tifiriè les te-
poiMlepar les V,;
pênes <lll'iï
!e .t occaiiottr-.
ne. ̃̃
ment effrayé par ce régime, qu'il ne pente
feulement pas à changer de- domicile.' 11 lui
faudroit Tiquer des avances défrfpc'rames les
paiemens de gros droits pour l'en s. ré' de fes
marcha ndifes, (cuvent des al-^lucs.
On ne s'expofe pas à des dcpcn;cr> û.éme k
des pertes certaines, par l'e/poir >îj bénéf ces
très-incertains. Ce r ;te cher lui,
& il ne fait aucune tentative en Lveur ô-j pays
prohibitif.
Ou 6ien s'il y eff attiré par le gouverne-
ment, il commence par iè bire aiiurer des
dédommagemens-, des privilèges, qui font la
ruine du pays où on l'attire.
On en a un exemple trop mémorable dans
les dépenfes que la fabriquc,d'Abbeville a occa-
fionnées au gouvernement 6c fnr-tont dans
l'affreux privilège dont elle a joui, de détruire,
à trente lieues à la ronde toutes les fabriques
qui lui fcroicnt femblables.
On il ne le»
arcire que d'u«
ne manière
préjud'ciable
aux Nations
exemple mc-
moraulc à ce
fujet.
En vertu du commerce libre, un manufacturier
Iecon:rn«r-
ce libre rend
C'ï* )
,les frais d'e-
inifrac ori i
pVs. C.ib.es
l'OÏiibicî.
transporte tous fes magafm1:. Il n'a à rifqutff
que fes frais de rrânfport il peut le faire aux»-
moinjres frais poflibles en ne faifinc q-ie chah-
ger de frontieres s'il ne rculîit pas, il-ne fe voit
tout au. plus expofc qu'à qucl.ii.es diminutions
fur tes bénéfices; s'il retint:, au contiaire &
cela eft immanquable, il ne fair qu'raugmenter
le nombre des citoyens du pays libre, i& la
profpéri de fcs habitans. Je ù's qu.: dans
l'hypothefe de la liberté, fon fuccès eit imman-
quable.
11 rend in-
faiilib.'c ̃ b
iranfît-r chez
l.i iMtiun li-
H' ou il
niidîc.
En effet par quelles raifons un manufactu-
rier peut-il paffer de fon pays natal dans
un pays voifin? Cu ne peut être que parce que
^fa manufacture lui fê*-a pins avantageufe chez
le voifin que dans fon propre -pays. Il va ou
le plus gros bénéfice l'appelle. Or en vertu
du commerce libre, ce bénéfice eft infaillible.
Car ou le pays où il fe tranfporte poflede des
ouvriers qu'il peut mettre en œuvre comme les
ficns, ou il n'en pofTede pas.
Dans le iec cas*, en mettant en oeuvre les
ouvriers du pays où il arrive il ajoute à fes
bénéfices ordinaires, tous ceux des transports,
ceux des ma,gafiniers de fon pays, ceux des
magafiniers du pays étranger. Une telle réunion
de bénéfices ne peut manquer de déterminer
des
(h)
c
lies tranfmi grations lorfque la liberté commer*
ciale les favorite. Si le manufacturier a befo'n
des ouvriers de fon propre pays, alors il eft
le premier à les foliieiter à l'émigration au
lieu d'une famille l'Etat en gagne dix; & le bé-
néfice da manufacturier en d'autant plus infail-
lible, que les ouvriers qui l'accompagnent fonc^
plus infirmes & ceux .du nouveau pays qu'il
veut habiter. »
Ainfi, fous l'égide tle la: liberté nombre de
manufacturiers anglois feroient déjà venus chez
nous nous in il mire de leurs pi as ingénieux
procédés fur la trempe* & le- poli de l'acier;
ils auroient établi chez nous leurs méchani-
ques de filature &- de tiiFage les formes de
leurs fourneaux de verrerie leurs fines cryf-
talleries, leur art de peindre les fayances par
la voie de l'impreffion leurs énormes alambics
pour les efprits ardens les immenfes réfervoirs
des fermentations de leurs brafTeries les ap-
plications fublimes des machines à feu à tous
les arts.
Les premiers d'entr'enx arrives chez nous,
étant allures des bénéfices les plus, étendus il
feroit entré dans les fpéculations des fabricans
de leurs pays de réunir aux bénéfices de la
fabrique indigente celui d'une fabrique en
Ce que les
irangers nous
a.;roienc deja
precurcens'é-
ubafi'anichcz
nous Ii le
commerce eût
été libre.
France v & comme
très-éclair,é fur ce qui lui eft utile les famil-
les en pofTeffion des fabriques, ne pouvant
douter que l'imitation ne fait prompte chez
un peuple libre, auraient fait entrer dans leur
combinaifon la conservation de la fabrique
angloife, en faveur d'un
rétablinement d'une pareille fabrique en France
en faveur d'un autre enfant.
Enfin d'une manière quelconque, pour un,
motif, ou pour un autre nous aurions che»
nous tous les procédés des étrangers par les
étrangers eux-mêmes.
Autres okfta-
cles i leur ad-
thiflion, cati-
lés par le pro-
bibnifmc.
Sous le régime prohibitif, mille obftacles
's'y opposeront; à tous ceux qui tiennent au
fifc fe joindront peut-être encore des loix
bizarres qui obligeront l'étranger à s'incorpo-
rer a des claffes d'ignorans, plus jaloux des
l'éloigner que de l'admettre de forte que- ces
cumulations de prohibitions & de loix infen-
fées ne font que repeupler tous les hommes
talens. t
(ir)
Ci
ht, commerce libre vers
les objets les plu* lucratifs _& lu détourne dt
ceux qui le-font le moins.
E.NTRE les avantages du commerce libre, il
en en: pci d'au fil inconreftable que celui de por-
ter l'indiiflrte mtion.le vers les objets qui font
les plus lucratifs & de la détourner de ceux
qui le font moins.
En et£et, quels meilleurs juges de ce qu'il eu
plus avantageux a un peuple de cultiver des ma-
nufactures, quel'enfemble de tout les peuples du
monde? Or en vertu du commerce libre tous
les peuples de L'univers demanderont .certaine-
ment, de préférence ce que le pays libre Cura
leur procurer plus avantageusement que tous les
autres peuples. LTnduft rie de ce peuple, tour-
née vers cet, objet 'général de demande le por-
tera au plus haut degré de perfedion..
Ainli je ne cr.ois pas me tromr^r en affir-
mant que dans un fyftême parfaitement libre
tous les peuples s'accorSeroient a demander à la
France Ces vins, Sa à y mettre le plus haut
les peupîîf
cirargérs l'y
déisniûaçiit»
Us tourue-
>ont 1 iiHuf-
vt*r*)ac;t]ture
la pfrfeâioa
priïfi Ce commerce é/ant
traves extérieures & intérieures bientôt l'art de
faire les vins deviendroit le premier des arts
françois. On ne s'occuperoitpas feulement de la
première culture;
les méthodes de fermentations
roit long-temps qu'elles ne feroient plus aban-
données a ces mains grofïieres qui n'entendent
fouvent qu'à dégrader les produits les plus déli-
cats de la nature; & nous aurions appris de la
cliimie l'arc de combiner dans les corps fermen-
tefcibles ces gaz précieux qui en font la ri;-
cheffe bien avant de nous occuper dans feg
laboratoires de recueillir le fel d'un rofeau de
l'autre hémïfphère qui quelque précieux qu'il
foit, ne peut être pour nous que d'un mérite
égal à celui du neâar de nos coteaux. L'art des
vins, pafle dans des mains éclairées, auroit été
élevé pàr le commerce libre à un, degré de per-
fection plus intéreffant peut-être que toutes les
mines du Chilli du Perrou que toutes les bi-
jouteries métalliques de l'Angleterre Sç de la
France que toutes les manufactures de Lyon
de Rouen de Manchefter,
I.e commer-
re libre porce
J'iiiduttrieveis
l'jgriculcu-e
& les arcs qui
«ndipsudenu
Certaines richeffes des différens climats font
communément exclufives aux peuples qui les ha-
bitent. C'eft toujours a ce genre de richefles
q*
que les étrangers s'attachent de préférence; ai
• comme ces richeffes font ordinairement des pro-
duits de l'agriculture il s'enfuit que le commerce
libre donne à l'agriculture les plus grands en-
couragemens. Lorfque le cultivateur ne fè voii
pas. reflerré dans le cercle étroit qui l'anoure;
qu'il peut efpérer que tout ce qui excédera la con-
fommation de fon pays fera enlevé par les
étrangers il né craint plus de prodiguer fes foiiS
à la terre. On ne le voit plus redouter, comme
un fléau une moiflbn abondante une vendange
de pleine année. Il voit toujours l'acheteur à côté
du produit; & s'il ne fe préfènte pas- de la pare
de l'étranger des acheteurs proportionnément à.
*<̃ fa richefie il fait que les magafîns de fon propre
pays viendront d'autant plus aifément a, fort fe-
cours, qu'ils craindront moins'les oppreffions prc>-
hibitives. Il travaille donc toujours avec aftiduité,
parce qu'il efpere la richefTe de l'étranger, au dé-
faut de celle de fon pays & il enrichit toujours
fon propre pays, dans le temps même qu'il en pru-
cure le plus abondamment les produits à l'étranger.
Nous trouvons des preuves frappantes de cette
vérité chez les peuples les plus prohibiteurs. Car
comme ils ne font jamais que partiellement pro-
hibiteurs, par-tout où ils laiflent un peu de li-
berté k l'induttrie ils multiplient, les preaves.de
Preuve de
cette vérit.
dans la culture
dulincnFUn»
die»
fait en faveur de la liberté du commerce.
Je.ve.ix parler de la culture des lins dans la
Flandre-Autrichienne,
rrsene sYft prefo^.e toujours foutenue libie. mal-
gré lei étions vies ̃ p^rtifans des prohibitions.
Toutes les foi', que le gouvernement de ces pro-
vinecs idées piohi-
bitives, d..s réclamations .ans non.b:e des pro»
prictaiies- Ce des agriculteurs fe lbnt dppolces
aux prohil'i ions en conlequence la fouie des
lins eft toujours re'ice libre*
Suivant les principe.! -le. prohibitions, cela ne
pouvoit être car le lin ctgnt la matière pre-
mière on pourroit prcfque. dire la feulé des ma-
nufactures Flamandes, il auroit fallu, fuivant ces'
principes, ne le la !fer fortir que manufacturé. L'heu-
reufe deiîincede la flandre s'efl ôppofée à cette"
bevue,- le lm brut a toujours été vendu en toute
liberté il l'étranger.- Qu'en eft-ii réfulte ? c'eft que
le laboureur, certain de fa vente, le fournît à fes
compatriotes avec une telle abondance, qu'ils
en vendent annuellement a l'étranger tout ma-
nuf..cturé' pour plus de .cent millions de livres, &
que la Flandre fournit outre cela en lin brut
prefque toutes nos fabriques Franc cifes, Se celles,
¿\¡ne partie de l'turppe.
Une conduite contraire eût "lai{Té: languir la.
̃<3<O
G4
culture du lin. Cette culture eût eu fes famines
comme toute autre. Les fabriques s'en feroiem
ieffenties,& ces provinces Flamandes quLfonç-
les plus riches du monde, feroient- peut-être ab-
folument nulles aujourd'hui dans les rapports com«
merciaux de l'Europe.
On poufroiî citer mille .exemples pareils four
prouver que le commerce libre d'un objet quel-
conque te procure avec
dance au pays qui le produit que ce pays permet
d'avantage aux étrangers de le tirer de fon
fein.
L'induftrie dans un pays libre fe dirige donc
naturellement vers l'agriculturey & cet ar t,:le plus
fécond, le plus, enrichiflant de'tou,s,l fertilife en-
core- tous les autres dont il fournit les bâfes. Et,
comme tous les.arts, qui ont pour bâfe l'agri-
culture d'un pays, font ceux dans lefquels les
indigens peuvent obtenir, & obtiennent réelle-
ment, quand ils le veulent les plus hauts fuc-
ces le commerce libre qui eta fait faite les
demandes les plus abondantes par l'étranger
dirige néceflairement l'induftrie nationale vers ces
arts les plus lucratifs de tous..
Les arts qui
tiennent
l'agriculture
font- les Plus
lucratifs.
Mais en même-temps que L'induftrie nationale,
eft dirigée vers les objets lucratifs, elle eft dé-i
tournée de ceux qui ne le font pas & c'eft en-
Commen c
il eft cjanta-
gr.ix de. dét
tourner I?ia-
duftrietiesoh-
jets .es œoiM
(40)
Exertipie tiré
îe la flan. Ire
Autiichienne.
core là un des grands avantages du commercé
libre. En effet, tout le temps qui eft employé
k des arts moins lucratifs eft autant de con-
fumé à la perte du bénéfice que la nation feroit
fur ceux qui ,le, font davantage ces arts produi-
fant moins à la nation qui s'y que fi-
s'adonnant à ceux dans lefquels èlle excelle, elle
changeoit les réfultats de ceux-ci contre les
réfultats des arts dans lefquels elle eft iiirpaflee
par d'autres nations.
je m'explique; & la Flandre Autrichienne va
me fournir encore mes preuves: Le régime pro-
hibitif étant chez' elle poftérieur à la culture
des lins & aux fabriques qui en dépendent, il
a laine fubfifter ce genre d'induftrie dans une
plefne liberté de forte que ce pays relative-
ment à cette partie peut être regardé comme
un pays de commerce libre. Qu'eil-il rélnlté de
cette liberté? c'eIl que quoique les manufac-
tures de lin font presque les feules qui exiftent
dans ces provinces avec l'agriculture la toile &
les dentelles, ces provinces font les plus riches
de- l'Europe toutes autres manufactures y font
de peu d'importance ou à peu près détruites;
mais en échange des produits de fes manufac-
tures en lin, la Flandre fe procure toutes les
manufactures du monde avec bien plus d'abon-:
U« )
lance que fi eHe quittoit les manufactures de lin
pour d'autres manufa&ures dont les objets lui
feraient étrangers.
Cela deviendra fenfible en comparant l'in-
duftriedes villes de Gand & de Lyon. Si la
première de ces villes, laffe de tirer des étoffes
de foie de Lyon, fe livroit à. des manufactures
de foie elle détruiroit chez elle 1'induftiie en
Un, & ne fe procureroit qu'après bien du
temps, un fuecès peut-être égal à celui de Lyon.
Il en feroit de même à Lyon pour la dentelles
fi détournant les Lyonnois de leurs travaux fur
la foie ôn vouloit les exercer fur les fabriques
G an toiles.
Autre ftcem*
pie tiré fur les
genres d'in-
duftrie des vil-
les de Lyon &
Gand.
Les Lvonnois auroient bien moins de dentelles
en les fabriquant chez eux que les fabriques de
foie ne leur en produiront par l'échange j &
réciproquement les Gantois auront bien moins
d'étoffes de foie que la dentelle ne leur en pro-
cureroit par l'échange. Ces deux villes fe feroient
appauvries en s'exerçant refpeâivement fur un
art où elles excellent le,moins, au préjudice de
celui qu'elles connoiuent le mieux.
Le- commerce libre avec l'étranger empêchera
toujours ces écarts. Tant que les Gantois pour-
ront vendre de la dentelle aux Lyonnois &
ils le pourront toujours en dépit des loix pra-
(4i)
hibitives les Lyonnois ne s'aviferont pas de
fabriquer les dentelles fur lefquellcs ils ne fe-
roient que perdre. Tant que Lyon pourra vendre
des foies aux Gantois, ceux-ci ne s'aviferont pas':
de facrifierdes fabriques utiles, a celles fur lef-»
quelles elles n'auroient que des facrifices a faire»
Ainfi le commerce libre les délivrera toujours de
l'exercice des fabriques les moins lucratives. Je
dis le commerce libre, quoique je-cite ici deux
villes foumifes à un régime prohïbitif parce que
-tout ce que le régime prohibitif ne prohibe pas,
«ft comme je l'ai déjà remarqué, un degré de
liberté, dont les réfultats ne font que fortifier les
preuves en faveur du commerce entièrement libre.
CHAPITRE X.
JLe prohihitifme arrête Vinduflrû nationale fur des
objets peu lucratifs, & tempëche de fi por-
ter vers ceux qui le feroie,nt davantage.
I le commerce libre dirige Tinduftrie natio-
nale vers les objets les plus lucratifs & la dé-
tourne de ceux qui le font ,moins le régime
prohibitif produit un effet' direÔement oppose.
Il entre dans fes principes de fubordonner la
lôrtie des objets nationaux aux degrés de main-
Il attire les mêmes produits au préjudice de
fes propres-cultivateurs, pour lcl'quels il diminue
1 fefpcrance des bénéfices de la vente aux natio-
«fceuvre dont ils font encore fufceptihles chez la
«nation qui les produit ain1i il prohibe, foit
par des droits foie par des jléfenfes abiblues y
la fortie des produits de l'agriculture quand il
les croit néceffaires.
naux, après leur avoir enlevé l'efpoir -de ceux
de la concurrence des étrangers. L'agriculture
le premier, le plus enrichiflant de tous les arts
fe troaveroit fubordonnée contre l'ordre de la
nature à tous ceux dont il eft la bâfe & l'origine.
C'eft en fuivant ces principes, que les nouveaux,
prohibiteurs prefentmt à l'Affemblée Nationale,
le projet de prohiber la fortie des lins, celle
des graines à huile celle des laines foit part
desdéfenfes de fortie abfolue, foit par des droits
éauivalens à ces défenfes par-lk au lieu d'en-
courager de multiplier toutes les fabriques qui
ont ces objets pour bâfe ils les découragent
& en arrêtent les nouveaux établiflerhcns. En
effet ayant le plus grand befoin d'encourager
chez noas la culture des lins inconnue à la plu-
part des cultivateurs franéois fi ceux ci doi-
vent attendre pour s'y livrer qu'il fe foit
établi autour d'eux des milliers de fileufes & de
donnant
Mauvais effets
de cette fu-
bordination
fur les objets
de culaire
dont la fottie
en détendue
particuliéte-
menr fur les
lins.
Comment ces
,,mauvais effets
n'ou[ point
lieu dans le
Mauvais ef.
rets du prohi.
lmifme fur la
culture des
plantes oléa-
gineufes.Bons
effets du coni-
«Jtrcc libre.
tifiérands tant que les étrangers n'auront paî
le droit d'encourager cette culture par leurs
achats jamais on ne la verra dans des cantons
où elle n'eft pas connue.
Lors, au contraire, que l'exportation fera li-
bre, il ne faut que la fpéculation d'un négociant
pour établir le lin dans des cantons où on ny
auroit jamais penfé. Le négociant dira au cultiva-
teur fenfé je vous achete la récolte. Alors fans
tiffèrands, fans fileufes la culture s'entreprend.
Les produits font vendus d'abord fi on veut, k
l'Efpagnol à l'Italien peu importe mais le lin^
une fois cultivé dans ce canton appelle autour de
lui la fileufe le tifferand l'ouvriere en dentel-
les, & voilà de nouvelles manufactures dues à la
liberté du commerce des matieres premieres.
C'eil: avec la même petiteffe de vue qu'on s'op-
pofe à la culture des plantes qui donnent de
l'huile. On ne voit pas qu'il n'y a que le com-
merce libre qui puifTe faire cultiver les col-
fats, la navette les pavots &c. dans des pro-
vinces où il n'exitle pas une feule méchanigue
pour les convertir en huile & où, quand ces
méchaniques s'y établiroient ce feroit fans fuc-
cès, fi des laboureurs ne favent pas d'ailleuis
compenfer leurs frais par des moyens employés
dans les pays où la culture habituelle, tels,
1 par exempte que de convertir en nourriture
pour les beftiaux les mares nourriflans de la plu-
part des 'graines oléagineufes. On ne voit pas
encore que dans les provinces où ces graines
ne font pas actuellement cultivées, il n'y auroic
que des fpéculations étrangères qui exciteroient
les prémices de la culture car, comme ce n'eft
point pour la Flandre françoife que Ce feroient des
demandes de lin dans la Beauce ou l'Orléanois;
ce ne fèroit pas davantage pour le même pays
qu'on feroit des demandes de graines de colfat.
Mais la facilité de tranfporter ces graines en
nature par tout le monde en facilitera la pro-
̃ duâion dans nos provinces où après la cul-
ture, viendront, de refte, les méchaniques propre.s
I les convertir en huile.
Ce n'eft pas ainfi que voyent les auteurs du nou-
veau tarif. Ils veulent absolument la convèrfon
des lins en toiles, la converfion des graines en
huile, avant de les vendre à l'étranger fans s'em-
barraffer fi l'étranger refufera la toile & l'huile,
& açcepteroit le lin ou la graine; &» avec
cette belle méthode, nous ne vendrons à l'é-
tranger, ni lin, ni toile, ni graines ni huile
notre pauvre agriculture & nos pauvres fabri-
• ques refteront toujours dans l'humiliation qui
sa 14 fuite néceflàire de fon efclavage.
un
tions
lainages.
On peut faire les mêmes raifonnemens fur
les obfbcles à la vente de nos laines :il cft
abfurde c'en défendre la {ortie quand elles font
plus ihvres' que celles de l'étranger. Si jamais
elles pouvaient devenir à n.eille .r marche, le
moyen d'encourager a pro.juctiun feroit ue ne
pas donner à ceux qui s'y lisent les debout
chés étrangers. Un des plus br.uix prodiges
de la libeité du commerce feroit cette aoon-
dance de beiliaiu fuffifante pour
portée de n'avoir pas grand betbin de- laines de
nos voifins & de les égaler, tant po ;r Il fineiFe
que ourle prix; & ce prodige on a de
l'attendre du comn.erce libre ? parce que rien
ne fera auffi efficace pour multiplier ces laines,,
que tout ce qui donnera de la valeur aux ani-
maux qui les produifent & cette valeur déjà
confidérable par les engrais qu'ils fournirent à la
culture, devient bien plus forte par le prix qui
cil donné directement par l'ctranger, tant
toutes les parties de ces animaux qu'aux cultures
qu'ils peuvent féconder. Or les cultures dont
la [ortie fera gênée & prohibée -ne donneront
point de valeur aux beftiaux les parties des
produits des-beftiaix tels que peaux, fuifs cor..
nes dont la fortie fera grevée on prohibée»
leur donneront encore d'autant moins de va.,
leur, & les laines feront toujours rares, no$
manufactures toujours hors d'état, de les
ployer, comme trop chères parce que, crainte
de les renchérir on défend à l'étranger
d'en approcher.
On ne peut s'empêcher de remarquer ici les
contradictions des tariffeurs dans l'application]
de leurs principes. Ils veulent favorifer les ma-
nufactures par l'abondance des. iainages & ils
s'oppofent aux fpéculations des négocians qui
peuvent feuls en procurer l'abondance. Car,
comment fe livreront-ils a. ces fpéculations de
la maniere la plus avantageufe lorfque la dé-
fenfe abfolue de la-forcie les empêchera d'en
tirer au-delà, des befoins annuels de la France?
Cont radie*
non des prc*
hibiteurs.
C'eft l'efpérance du gain qui appelle toujours
les vendeurs. Si, en tirant des laines
on peut fe flattex d'en vendre à toute l'Europe
la France en tiendra magaiîn pour toute l'Eu-
rope & le prix le, plus avantageux fera toujours
pour nos manufactures, qui dans le cas d'ex-
traction étrangere n'auroient à fupporter ni le
bénéfice des négocians ni les frais de tranfport.
Si on Me peut en vendre qu'à la France on
n'établit des tnagafins que pour la France les
manufacturiers étrangers ne paflant plus par les
mains des François, en tirent directement ,&
ComtT'cnt
le ploiii-
in C s'oproie
l'ahoiui.-nco
qu'il veui prr–
curer aux Et-
briques.
fe mettent au niveau de nos fabriques, eu métnft
les furpaffent.
CHAPITRE Kl.
Suite du même fujet comment le prohibitifmt
soppofe, à d'autres genres dUnduflrie
cratifs.
11 préfère de
fabriques de
macieteéttan-
gere à der, fa-
briques de mi-
tiete nationa-
le.
V^/UAnd on voit les prohibiteurs préférer
les manufactures à l'agriculture, on ne doit
pas être furpris de les voir dans l'ordre des
manufactures, fubordonner celles qui ont pour
bâfe des matieres étrangeres à celles qui ont
pour bâfe des matieres nationales. Ainfi en
France ce ne font pas des manufactures de Uns,
des fabrications de vins d'eaux-de-vie des
ouvrages fur les laines de nos brebis, des cul-
tures vraiment nationales des matieres 'a fila-
ture, des produits d'utilité première tels que
des befliaux des fourrages des chauffages
qui tiennent le premier rang aux yeux des
prohibiteurs. Tous ces genres d'induftrie ont
toujours été plutôt ecrafes jufqu'k ce jour,
que favorifés par le régime. Mais ils ont attaché
un grand mérite k fabriquer des étoffes de
foie ou de cotton tandis qu'on n'a donné
aucune
D
aucune attention aux lainages & aux toileries
de matière françoife, qui dévoient nous fournir
des richeffes plus abondantes.
Les mains qui d'un bout du royaume a. l'autre
nous auroient fabrique des étoffes indigenes de
bonne qualité, & de haute fineffe ont été
mifes au-defious de celles qui ne pouvoient
habiller que les vampires de la nation. On s'eft
peu embarraffé que le peuple fût vêtu fût
meublé fût même nourri pourvu que les fa-
briques de luxe fervifltnt à Fomentation de ceux
qui s'enrichiffoient de la mifere du peuple. Le
régime prohibitif a donc tourné toutes fes vues
vers la richefTe que ces arts de luxe pouvoient
produire & les a écartées de celle infiniment
plus étendue, que notre fol, nos beitiaux ceux
de nos arts qui nous auroient exclufivement
appartenu, nous amoient plus abondamme-nt
procuré.
Il préfert ait
fàbriijues dé
luxe à celle»
d'utilité etn««
talc.
L'induftrie détournée de fon cours naturel
vers l'agriculture & les arts qui en dépendent,:
ne l'a pas moins été dans les arts que l'on a pré-
tendu favorifer. Ainfi le meilleur moyen de mul-j
tiplier la main-d'œuvre c'eft de multiplier les
filatures qui en exigent le plus, & de ne pas les
Subordonner au tiffage qui en exige fi peu,
au'un feul tifleland peut occuper 40 fileufes.
Il ptéfete dé.
fftbripes de
main d'œuvra
peu ccendue
celles de
luain-d'œuvrç
pius rendue,
(>Q )
Cependant pour favoriser te
prohibiteurs d'aujourd'hui propofent de défendre
la fortie des fils & de les obliger à pafTer par
une main-d'œuvre qui en arrêtant (l'extraiftion
laiiie fans ouvrage des milliers de perfonnes dont
l'ctranger auroit reçu les ouvrages. Ainfi la
riKÙn-d'œuvre commençante étant toujours facri-
fiCe à la main-d'œuvre fmilïànte il en rcfultg
que la main-d'œuvre ne commence pas, parce
eft fubordonncè à une main-d'œuvre trop
contingente, pour aflurer le prix de la main-
d'oeuvre qui auroit commencé.
C'efl encore avec la même mal --adrefle que
l'on voit facrifier des genres de main-d'œuvre
infiniment utiles, & les plus propres à perfec-
tionner l'indu ft rie nationale, à certaines fabrica-
tions, dans lefcluélles nous aurions néanmoins
des fuccès plus étendus fi les mains-d'œuvre, dont
elles ont [1(foin, ne leur étoient fubordonnees.
ïloccuion-
Wààc es pre-
b iq e> iin-
porcances tV
Çiïijilchc !a j
ce za iv.atif-
re; iuce([.iites 1
a ix fabriijac1:
e' eu. pie fur
s ma;:cret
.;es papsts-
fces.
Ce 11 certainement une main-d'œuvre très-pré-
cieufe, que celle de ces hommes qui vont recher-
cher, dans les débris des corps organifés les
précieux matériaux de nos papeteries. Le moyer
de ne perdre aucun de ces matériaux eft que le
claire donne a. ceux qui les ramaient, en empê-
che une perte énorme qui s'em fait journellement
dans nos maiibns. Si retracer fe joint aux na»
ï 'il.
2
tionaux pour apprécier ces matieres, il en rc'ful-
tera une recherche plus étendue & une moiflon
plus abondante. Il y a plus c'eft que rien ne
nous feroit plus utile que quelques degrés de
cherté à ces matieres car il n'en faudroit pas
davantage pour tourner notre agriculture vers
ces plantes filamenteufes dont les écorces, les
feuillages les fibres mêmes pourroient les four-
nir h nos papeteries avec une très-grande abon-<
dance.
Ces confidérations n'entrent pas dans les vues
des prohibiteurs modernes ils s'embanafient peu
de la perte journalière des matières 'a papier-dans
toute l'étendue de la France; ils ne font point
touchés de la richeflfe que nos cultivateurs trou-
seront dans la récolte de matériaux propres a ces
fabriques. Ils ne voyent pas dans la concurrence
des papeteries étrangères un principe de muta-
tion pour les nôtres le prohibitilme ne porte
pas fes vues fi loin. Détendre des introduirions
défendre des forties voilà toute fa fcience; iL.
applique fes défenfes à tort & à travers. Comme
il ne faut que des vues très-courtes pour prohi-
ber, & que les intérêts privés ne demandent que
des privilèges excîufifs, dont les prohibitions lui
femblent les titres on prohibe toujours & comme,
hors les objets manufacturés, au dernier fini il

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