Rabelais a-t-il habité Castres ? A M. Magloire Nayral. Castelnaudary, 18 décembre 1830 . (Signé : de La Bouisse-Rochefort.)

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Impr. de Vidal aîné (Castres). 1830. Rabelais. In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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Castelnaudary, 18 décembre 1830.
Grâce à l'extrême facilité avec laquelle , semblables
aux moutons du marchand Dindenaud, que Panurge fait
se jeter dans la mer, tous les Biographes sautent les
uns après les autres, sans prévoyance, réflexion, ni
discussion, il reste beaucoup de problèmes historiques à
éclaircir. En voici un dont la solution doit vous imporr
ter à voua qui , par une longue patience et les recher-
ches les plus laborieuses, nous préparez des Chroniques
et une Biographie Castraise, dont je me plais d'avance
à vous prédire l'heureux succès.
Dans les Antiquités de Castres , Pierre Borel, médecin,
du Roi, dit, an 1649 : « Il ne faut pas oublier à met-
» tre entre les personnes qui honorent Castres, Fran-
» çois RABELAIS, médecin, qui y a composé une partie
» de ses oeuvres, et y a exercé la médecine. »
Voilà une assertion bien positive, d'autant plus pré-
cieuse et plus intéressante pour vous, que Borel est une
autorité grave. Il a écrit avec tant de mesure et tant
de sagesse , que rarement on infirme son témoignage ;
cependant en rapportant un fait qui avait plus de cent
ans de date, il aurait pu être trompé par une fausse,
tradition, et la chose mérite d'être pesée. Puisque vous
m'engagez à le faire je vais l'essayer, sans trop espérer,
de parvenir à une évidence complète.
Il vient de paraître cette année-ci , en quatre volumes
in-18 , une description historique et géographique de
toute la France , intitulée hardiment : l'Anacharsis ràn-
çais, dans lequel on lit, tome III, page 291 : « Castres.
— 2 —
» — Ce gourmand, ce plaisant Rabelais, qui médisait
» ainsi de Saint Féréol, composa une grande partie de
» ses oeuvres à Castres. » D'après qui l'anonyme a-t-il
avancé ce fait , qui vous fera tressaillir de surprise,
d'aise et de joie ?.... Je cherche, et je ne trouve aucune
preuve formelle dans les Biographes que j'ai consultés;
ils gardent tous, sur ce point, un silence glaçant, sauf
Borel qui, vraisemblablement, aura été l'unique garant du
prétendu voyageur.
Il est d'autant plus urgent de savoir à quoi s'en te-
nir , sur ce chapitre , que le nom de RABELAIS est une
véritable conquête pour un biographe. Cet auteur offre
beaucoup à louer, et aussi des actions à défendre ou à
démentir. Il a été tant calomnié ! Vous savez qu'Antoine
Duverdier en avait dit beaucoup de mal dans sa Biblio-
thèque française. C'était un auteur moqueur de Dieu ef
du monde... Passant les gonds de la modestie et de l'hon-
nêteté... Ayant une vie aussi insolente que ses écrits. Il se
rétracta, dans sa Prosographie, de cette manière : « J'ai
» parlé de RABELAIS, dans ma Bibliothèque, suivant la
» commune voix, et parce qu'on en peut juger par set
TI oeuvres ; mais la fin qu'il a faite , fera juger de lui au-
» trement qu'on en parle communément. » Aveu hono-
rable , plein de franchise et de loyauté , qui prouve que
Duverdier , prévenu d'abord contre lui, par le bruit pu-
blic , étant depuis mieux instruit, et ayant appris qu'il
était mort d'une manière édifiante, changea entièrement
de sentiment à son égard. — La Bruyère s'est exprimé
ainsi sur le même auteur : « RABELAIS est incompréhen-
» sible. Son livre est une énigme , quoiqu'on veuille dire,
» inexplicable : c'est une chimère, c'est le visage d'une
» belle femme avec des pieds et une queue de serpent',
» ou de quelqu'autre bêle plus difforme : c'est un mons-
» trueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse et
» d'une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien.
» au delà du pire , c'est le charme de la canaille ; où il
» est bon, il va jusqu'à l'exquis et à l'excellent, il peut
» être le mets des plus délicats. » La Fontaine l'estimait
beaucoup, et a singulièrement profité , ainsi que Molière,
J. B. Rousseau, et même Racine, de la lecture de ses
piquans ouvrages. En 1711 Dufresny en fit, dans le Mer-
cure galant, un ingénieux parallèle avec Homère , en le
faisant précéder de ces mots, pour s'excuser sur la har-
diesse de son entreprise: «J'adresse ce parallèle à ceux

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