Rapport fait à la Société de médecine de Bordeaux, le 29 octobre 1866 / par M. le Dr Augte Bonnet,...

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impr. de E. Crugy (Bordeaux). 1866. 10 p. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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RAPPORT
FAIT
A LA SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX
le 29 octobre 1866
PAR M. LE D' AUG»« BONNET
Cktnlitr U II Ufloi l'Hoiacir,
iBtiti (r«r«ts<v <c p iiMitli iitirne i \'t<ol« i* 1Utt\tt <« IsrJtaoj, etc.
M. le Dr Brioîs73ésirant être admis au nombre do vos membres cor-
respondants, vous a envoyé dans co but un ouvrage, en trois volumes
in-8°, intitulé : la Tour Sainl-Jacqv.es de Paris. Je viens, au nom d'une
commission, composée de MM. Pemn, Flornoy et Bonnet, vous rendre
compte de ce travail.
L'ouvrage de M. Briois sort un peu de la sphère de ceux que nous
avons pour l'ordinaire à examiner ici, car il est essentiellement litté-
raire : mais, outre qu'on peut le considérer comme l'une des plus remar-
quables productions de l'esprit que l'année 1864 ait vues naître, les lettres
et la médecine marchent très-bien ensemble; s'il y a quelque chose de
démontré au monde, c'est qu'elles se sont toujours prêté un appui mu-
tuel.
L'utilité des lettres pour celui qui se livre à l'étude de l'homme a é\\
de tout temps reconnue ; et sans rappeler l'ingénieuse fiction d'Apollon,
dieu de la poésie et de la médecine, vivant sur le Parnasse, au milieu
des neuf Muses, il est certain que, depuis les siècles les plus reculés jus-
qu'à nos jours, on s'est généralement accordé à penser qu'elles exercent
une puissante influence sur la marche et l'avancement des sciences. Les
lettres, on ne saurait trop le redire, développent et rectifient le jugement,
le goût, le coup-d'oeil, le tact, le talent ; elles nous permettent d'apprécier
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tout ce qui échappe au calcul, et, en réalité, elles sont, pour ce qui a trait
au sentiment, ce que les mathématiques sont pour les sciences exactes.
On objecto à cela, je le sais, que les travaux littéraires et do cabinet ne
• forment que des hommes do cabinet; mais ce reproche banal émane
presque toujours de gens illettrés et qui ne savent pas écrire. Pour le 'ré-
duire, d'ailleurs, à sa juste valeur, il no faut que faire observer que les
meilleurs praticiens do l'antiquité et dos temps modernes nous ont
transmis eux-mêmes les résultats de leurs recherches et do leur expé-
rience : Hippocrate, Galion, Arétéo, Sydcnham, Bnérhaavc, Stoll,
Portai', Pinel, Corvisart, Richerand, Broussais, et une foule d'autres mé-
decins, qui font autr.rité dans notre art, étaient à la fois do grands pra-
ticiens et de grands écrivains.
On ne peut donc qu'applaudir au zèle et aux efforts des médecins
qui, sans négliger les intérêts de la science, consacrent les loisirs
qu'elle leur laisso à la culture des lettres. C'est la une manière de
concourir aux progrès de l'art, qu'on ne saurait trop louer; et quand
M. Briois n'aurait pas étayé sa demande d'une oeuvre aussi importante
que celle qu'il nous a envoyée, ses goûts et ses travaux habituels lui
donneraient des droits incontestables à votre bienveillance.
L'auteur s'est proposé, en publiant son livre, de populariser en
France le goût de l'archéologie nationale, et de diriger l'attention
publique vers l'étude d'une science trop négligée jusqu'à présent. Mais
ce qu'il a voulu avant tout, c'est que la physionomie du vieux Paris,
du Paris moyen âge, survécût à la destruction de ses anciens édifices,
qui s'en vont peu à peu, s'écroulant pierre à pierre, remplacés qu'ils
sont par d'autres, qui ne rappellent ni la simplicité souvent pleine de
charme de leurs devanciers, ni l'aspect légendaire de quelques-uns
d'entre eux.
Il y avait, pour arriver à ce résultat, deux manières qui étaient : — la
première, d'écrire un travail plus ou moins volumineux, plus ou moins
bourré d'érudition, do notes, de titres, de pièces à l'appui, etc. ; — la
seconde, d'instruire en amusant, et de faire passer, par l'agrément de
la forme, la sécheresse du fond.
31. le Dr Briois a préféré la dernière ; c'est ce qui l'a déterminé à
tracer, dans un cadre composé de souvenirs historiques, l'élégante et
gracieuse broderie d'une fiction, offrant les scènes pathétiques ou di-
vertissantes du drame et du roman.
On ne saurait se le dissimuler, Messieurs, le vent souffle au roman
depuis quelques années : les lettres, les arts, les sciences, l'histoire
elle-même, passent maintenant par la filière du roman; c'est le goût
du jour, c'est le goût de l'époque ; notre confrère, en adoptant cette
forme, n'a fait, à proprement parler, que suivre le torrent.
En procédant ainsi, du resto, il n'a pas seulement abouti à élaborer
un beau livre, il est parvenu à donrfor un pendant au magnifique
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ouvrage de notre grand poète : Notre-Dame de Paris. Il y a, en effet,
beaucoup d'analogie entre ces deux ouvrages; M. Victor Hugo a été le
premier à lo reconnaître, car dans deux lettres adressées à l'auteur do
la Tour Saint-Jacques, avec cette précision vigoureuse qui sait for-
muler en quelques mots une appréciation complète, l'illustre réclu-
sionnaire do Jersey a caractérisé le livre de M. Briois comme « une
oeuvre forte, approfondie, vaillante, d'un vif intérêt, d'un stylo
excellent. »
Tous ceux qui liront co livre souscriront à ce jugement. M. Briois,
nous le répétons, a emprunté à l'histoire et à l'archéologie le fond de
son roman, vaste drame où toute une époque, et une époque des plus
agitées et des plus sombres, se déroule avec ses idées, ses moeurs, ses
passions, ses scènes populaires, tour à tour joyeuses et sanglantes.
Les faits racontés se passent sous le règne si tristement célèbre de
Charles VI, en 1414, quatre années après le pillage et les massacres
commis dans Paris par Caboche et ses sicaires, surnommés les
êcorcheurs, et à la veille presque do la funeste bataille d'Azincourt.
Paris, délivré momentanément des horreurs de la guerre civile,
respire, en assistant à l'inauguration de l'église Saint-Jacques de la
Boucherie , qui avait été fixée au samedi 24 mars , veille de l'Annon-
ciation.
L'action se circonscrit en quelque sorte autour de la nouvelle église;
elle s'étend un peu dans son voisinage, le cimetière des Innocents,
la place de Grève, voire même jusqu'à l'hôtel Saint-Pol. C'est dans cet
étroit espace que dès le début nous voyons apparaître, avec les prin-
cipaux personnages de l'époque, tous les héros du drame que M. Briois
conduit à travers trois volumes, san3 que l'intérêt soit un seul moment
suspendu.
Nous ne suivrons pas dans leurs fortunes diverses des figures aussi
fortement burinées que celles de l'archiprétre de l'église, dom Pierre
Candrin, et de la douairière de Tarenne, aussi délicatement tracées que
celles de M 11» de Champ-Rosé et d'Orfano, aussi coquettement dégagées
que celles de Nanine, la jolie mercière, et du fringant vicomte Anténor
Chamerobley.
Un pareil travail dépasserait par trop les limites ordinaires de nos
comptes-rendus ; il répugnerait peut-être à des hommes habitués à ne
parler et à n'entendre que le langage austère de la science. C'est ce qui
nous détermine à nous borner à vous dire sur ce point que, pour
peindre l'amour coupable, l'amour pur et profond, l'amour léger,
■ M. Briois trouve des couleurs qui s'harmonisent sans effort, et con-
courent à l'effet de l'ensemble ; tous ces personnages, groupés autour du
monument dont il évoque l'histoire, portent un cachet qui leur est
propre et semble les rendre inséparables du grand tableau de moeurs
que l'auteur a pris à tâche de tracer.

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