Rapport fait à la société des amis de la liberté et de l'égalité, sur cette question importante : Le pays de Liége doit-il demander d'être réuni à la république française ?

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J.-A. Latour (Liége). 1793. Paris (France) (1789-1799, Révolution). In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1793
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RAPPORT
TAIT
A LA SOCIÉTÉ
ÀWÏNS DE LA LIBERTÉ
IZ, ,
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\5- t>Ê L'ÉGALITÉ,
5u7r~TrrfTT E QUESTION D!l'ORT.
Le Pays de Liege doit-il deman-
der d'être réuni à la République
Françoife ?
A LIEGE,
De rirnpumcrtc d'U r b a i n L e r u t T i i; ,
chez 1. A Latouu, Imprimeur - Lioi^irt; ,
sur le Poiit-ci'Iblf.
1 7 9 3
Lan second d. la h-^'i/blnjuc lr/\mc<. Lie.
A a
RAPPORT
*
FAIT A LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA
LIBERTÉ ET DE L'ÉGALITÉ,
Sur cette Question importante :
Le Pays de Liege doit - il demander d'être
réuni à 14 République Fraaçoife ?
LE Pays de Liège doit-il émettre son voeu de réu-
nion à la République Françoise-7. Cette grande.,
cette importante question est sans doute déja pré-
jugée dans le coeur de tous ceux qui aiment la
Liberté, et qui desirent de la conserver , après l'a-
voir enfin acquise, par tant de malheurs, à tra-
vers tant d'orages; mais plus il paroît essentiel,
nécessaire d'émettre ce voeu, plus il est intéres-
sant que cette nécessité soit démontrée par une
discussion réfléchie des avantages et des inconvo-
nient qui peuvent en résulter. Il faut se garder
de l'enthousiasme, qui souvent trompe et séduit,
quand il précède la réflexion ; il faut que le mou-
vement qui dirigera le Peuple liégeois dans
cette circonstance solemnelle , soit l'effet de cette
réflexion qui conduit à la vérité, et non de cet
enthousiasme que le nom de la. France inspire
§ 4 f
à toutes les ames sensibles et élevées : rra's qui pour.
roit, après la manifestation du voeu , laisser renaî-
tre des doutes sur les suites de cette manifestation.
Le premier objet qui doit fixer notre atten-
tion, est le Pays de Liege, seul, considéré comme
République indépendante entre les Puissances qui
l'environnent ; et considéré dans sa position mo-
rale , ou dans les rapports intérieurs du passage
d'un état de servitude à un état de Liberté. Il
est certain que dans sa situation politique, le ci-
devant évêclié de Liege n'a _ni les forces, ni lea
ressources suffisantes pour maintenir son indé-
pendance contre les tyrans qui voudroient y met-
tre des bornes ou l'anéantir. En supposant même
qu'il pût conserver cette indépendance , n'est - il
pas évident qu'elle seroit influencée par les Puis-
sances voisines, qui nous laisseroient le mot de
Liberté quand nous aurions perdu la chose ? Tel
fut presque dans tous les tems l'état de la Pologne;
tel est l'état de la Hollande. On les décore du
beau nom de République : et dans le fait, la Ré-
publique Polonoise en fut-elle moins le jouet cons-
tant de l'ambition capricieuse des Puissances voi-
sines ; en est-elle moins maintenant plongée dans
les fers du despotisme Russe ?|L'aristocratie , étayée
du Stadhoudérat, en a-t-elle moins banni la Li-
berté de la Hollande ? les bayonnettes Prus-
siennes n'ont-elles pas volé à leur aide, lorsque I&
Peuple a voulu se relever ? n'ont-elles pas appris à
ce peuple, en l'écrasant, que son indépendance n'é-
toit qu'un mot? Nous pourrions citer encore Ge-
5 S S
A S
neve , a qui, tout en reeonnoîssant sa Liberté
on n'a jusqu'à présent jamais permis d'arranger son
gouvernement intérieur, selon la volonté , selon
les désirs du Peuple. Là, nous pourrions montrer
l'aristocratie de Berne , coalisée avec les tyrans
de Turin et de Versailles, pour lui donner des
loix. Mais ne cherchons pas au loin des- exem-
ples ; ne les avons-nous pas en nous-mêmes? Ne
démontrons-nous pas , par une suite de siecles ,
par les événemens à peine passés au milieu de
nous, ces vérités de la maniere la plus évidente ?
Le Pays de Liege , membre de l'association Ger-
manique , devoit former- au milieu d'elle, e.
même sous sa garantie , -un état libre. Il étoit le
maître de faire ses loix , de former , réformer
son gouvernement intérieur ; enfin son organisa-
tion politique ne devoit dépendre que de lui
eeul. Ces droits sacrés avoient été expressément
de nouveau reconnus lors de son incorporation
au Cercle de Westphalie. Les traités les plus
solemnels, les loix, les capitulations , les ser-
mens des Empereurs, de l'Empire; les premiers
dèvoirs de ses Tribunaux suprêmes étoient lés
gages de ces droits , et les principales Puissances-
de l'Europe en étoient les garantes. Il ne faut pas
demander quels en furent pour ce pays les fruits.
Il est inutile de remettre ici sous les yeux des
Liégeois, les tableaux glorieux pour eux , mais
douloureux, mais sanglants, des guerres acharnées
que des Evêques ambitieux , cupides, sanguinai-
res , que des chanoines haineux et vindieatifs,
1 S" fi s
ne respirant en tout que le plus vil, le plus lâ-
che égoïsme, ne cessèrent de leur faire pendant des
tiiecles, pour leur ravir la Liberté, que leur mâle
énergie savoit si bien défeaidre. Ces traits, qui
marquent chaque, page de notre histoire , sont
connus de tous les Citoyens ; et l'Empire , qui se
disoit , qui .devoit être notre appui, ne fut ja-
mais que celui de nos bourreaux; toujours il leur
prêta la main , pour nous jetter , pour nous re-
tenir dans l'esclavage. Qu'est, en effet , pour le*
Peuples, cette confédération Germanique, tant
vantée par des pédans stipendiés des Cours ?
C'est une ligue bizarre , monstrueuse, d'une foule
de tyrans , qui-, coalisés pour leur intérêt com-
mun , ne font servir cette coalition qu'à mainte-
nir leur indépendance politique contre les Etran-
gers , et la tyrannie qu'ils exercent sur .leurs Peu-
ples- C'est une chaîne de soi-disants Souverains,
qui, presque tous esclaves eux-mêmes, n'ont que
Je triste avantage d'être distingués dans leur ser-
vitude , par la facilité qu'ils ont d'exercer , en
fcous-ordre , les vexations auxquelles ils sont les
premiers en but. Eb ! tout récemment encore ,
qui plus que nous, -Liégeois , sentit l'influence
op.pressive de cette association de despotes de
tout rang , de toute espèce ? Réunis pour proté-
ger , qu'ont-ils fait que nous enchaîner ? En-vain
réclamions-nous les droits les plus évidens, les
plus sacrés, non seulement sur les titres imprescrip-
tibles que la Nature donne à tous les Peuples , à
tous les hommes , mais les loix positives , niais
$7 S
A 4 -
leurs propres loix à la main : des Tribunaux
dévastateurs , vendus à ces mêmes despotes , son-
nent le tocsin d'à llarme ; les justes plaintes des
opprimés sont pour eux des cris de sédition ;
l'orage à leur voix s'épaissit sur nos têtes ; les
forces de lEmpire entier se rassemblent ; on
nous apporte le fer et la flamme : et le résultat
des plus évidentes réclamatipns, est de voir res-
terer de plus en plus les odieux liens où l'asso-
ciation protectrice de la Germanie a voit résolu
de nous plonger. Il est donc démontré que le
premier acte du Liégeois doit être de secouçr
ces fers , en se séparant à jamais de cette ligue
de tvrans , en rompant à jamais toute liaison
avec elle.
Restera-t-il seul , sous l'alliance de la magnanime
IN a ion qui a brisé ses fers? S'étayera-t-il de cellt:
des Bjelges, ou autres voisins qui sauroient s'éle-
ver à 1a Liberté ? Se fondra-t-il dans la Répu-
blique Belgique ? Nous n'examinerons pas ici si
l'idéç de petites Républiques fédératives autour de
la vastg République Françoise, n'est pas une con-
ception bizare et inepte : nous n'examinerons pas
si la France libre auroit un véritable intérêt à
troubler son repos, pour préserver tel petit Etat
des insultes que des voisins ambitieux et jaloux
pourvoient lui faire ; si les Belges, par les princi-
pes qu ils développent, annoncent la possibilité d'une
fusion avec les .Liégeois , pour ne faire qu'un tout ;
si d'autres obstacles encore ne rendent pas cette
fusion impossible ; si enfin les Belges, une fois rap-
§ « s
pellés aux vrais principes, ne trouveroient pas eaï-
mâmes leur grand intérêt dans une réunion à la
Fiance ; mais nous dirons que dans la situation
actuelle des choses , que même dans une situation
éventuelle quelconque, cette réunion à la France
nous paroit être le premier intérêt des Liégeois,
et la grande mesure qui, sagement employée , doit
assurer leur salut, leur tranquillité, leur bonheur.
Ne répétons pas ce que nous avons dit plus haut
de l'influence étrangère sur les petits Etats ; mais
ajoutons à ces considérations, les inconvéniens de
notre organisation intérieure, lorsque nous serions,
de notre propre volonté , laissés à nous-mêmes.
Que de secousses nouvelles et non interrompues ,
frapperoient ce coin de terre sans appui î car très-
certainement la France ne nous accorderoit le sien,
qu'autant que notre Gouvernement auroit pris une
assiette fixe et stable. Et quand auroit-il cette as-
siette fixe et stable ? Bientôt l'aristocratie , pâlissant
au nom François , nous voyant isolés, reléveroit
sa tête hideuse et rassurée. Appellant à elle l'in-
trigue , les cabales , la calomnie, elle jetteroit le
pays au milieu d'une mer de factions orageuses et
prolongées. L'incertitude , la terreur accableroient
les esprits ; une tiédeur", une stagnation funeste
paraijseroient les ames; l'anarchie, l'inévitable et'
désastreuse anarchie , nous assiégeront, nous inon-
deroit de tous les maux. Un Clergé. nullement à
craindre , sur-tout si, en anéantissant à jamais la
corporation, les individus tranquilles et honnêtes
( ainsi que la justice sans doute le leur promet) ne
I 9 §
se voyent pas voués à une vie malheureuse : et
Clergé, dirigé -alors par des intrigans, recouvrant
l'espérance dans les divisions qu'il feroit naître , par
les immenses relations qui l'attachent à une foule
de familles ; coalisé même avec- le Clergé Belge ,
si puissant, si actif, entraveroit; par mille ressorts,
la marche des affaires, multiplieroit à l'infini les
obstacles. Joignez à cela les rivalités pour les pla-
ces sur ce théâtre resserré , les prétentions de
l'amour-propre; enfin la difficulté de parvenir à
l'extinction de notre dette , sur - tout qu'outre la.
dette générale, les dettes particulières et commu-
nales forment dans cette partie un chaos qu'âne
grande et salutaire opération peut seule dévelop-
per , et que rendroient de long-tems impossible"
les retards incalculables qu'éprouver oit la vente
des biens nationaux ; retards résultans néces-
sairement du peu de confiance qu'inspireroife
un Etat naissant , sans consistance : mille au-
tres considérations morales et politiques s'unis-
sent pour faire rejetter l'idée de former une Ré-
publique isolée, qui ne le seroit que de nom , et
seroit d'ailleurs, par la nature des choses, domi-
née réellement par la France ; ayant aiusi tous les
inconvéïiiens d'une toute-puissante influence , sans
eucun des avantages qu'offre la réunion.
- Liege , isolée, devra se donner une Constitution 1
ch ! si cela étoit, que pourroit-elle faire de mieux
que d'appeller à elle les Condorcet Í les^Syeyes ,
et les Kommes de cette trempe? Eh bien ! ces hom-
mes, ils travaillent à la Constitution Françoise j
S 10 §
ils la donneroient donc aux Liégeois. Ceux-ci vou-
droient-ils en faire une autre? Pardonnez-nous,
Citoyens, cette supposition ; nous ne vous ferons
pas assurément l'injure de vous croire cette pré-
tention : mais admettons un moment, que quelques-
uns de nous ayent conçu cette idée : assurément,
produire un meilleur ouvrage que celui qui va
être donné à la Fiance par ces hommes dont l'é-
loquence mâle et sublime , dont les vastes et har-
dies conceptions sont accoutumées à exercer sur les
peuples le seul despotisme que la nature avoue,
celui des lumieres, des talens , joints à l'amour de
l'humanité qui leur donne le plus rapide essor ;
assurément, surpasser ceux qui depuis quarante ans ,
méditent dans le silence sur le perfectionnement de
l'ordre social, sur les grands objets de la politi-
que et de la morale ; qui depuis quarante ans ob-
servent , épient sans cesse les mouvemens du coeur
humain, et soumettent aux calculs exacts et pro-
fonds de l'analyse, toutes les questions dont la
solution intéresse le bonheur de l'espece humaine:
les surpasser, disons-nous, ne seroit un ouvrage
ni facile, ni prompt; et ceux qui se proposeroient
parmi nous de l'accomplir , pourroient ne pas
avoir mesuré leurs projets d'après leurs moyens ,
et laisser de grands doutes sur leurs succès. Dans
l'entretems , et avant que l'expression de la volonté
générale ait pu sanctionner leur ouvrage, ce qui
suppose encore qu'elle Vauroit comparé et reconnu
supérieur au modele qu'on prépare à la France;
quel immense intervalle ! quel espace ouvert à la
t
t i Ils
désorganisation , aux inquiétudes , aux troubles !
Les passions humaines , en apparence anéanties,
ne vont-elles pas en profiter pour se réveiller avec
violence, et occasionner les désordres qui font ta
seule espérance , la seule ressource de l'intérêt per-
sonnel opposé à l'intérêt général ? Ne peut-on pai)
avec raison craindre des insurrections dangereux
ses? L'ambition, la rage de jouer un rôle, le désir
dévorant de s'attribuer une partie de l'autorité,
les vues cupides , les considérations privées, agis-
sant sur les uns , influant sur les autres ; mille mou-
vemens se heurtant , se choquant en sens con-
traire , ne peuvent - ils pas , par des discordes
intestines , qu'exciteroit la perversité veillant sans
cesse, sans cesse couvant des yeux sa proie, nous
conduire d'abymes en azymes, et nous faire abou-
tir à une guerre civile , à des massacres : peut-
être à épouvanter notre terre par le renou-
vellement des horreurs qui .tracent, en lettres de
sang , un souvenir éternel aux plaines d'Avi-
gnon? Citoyens, c'est au moment où toute auto-
rité est ou suspendue, ou du moins sans force
réelle, pour faire place à l'exercice de la souve-
raineté du Peuple : c'est au moment d'une réorgani.
sation sociale, que les partis, les factions ont des
dangers extrêmes. Lorsque, les pouvoirs n'étant pas
organisés , lesloix se taisent, qae la marche de l'or-
dre est interrompue , il ne faut qu'un ambitieux,
qui ose se mettre à la tête de l'autorité publique di-
visée et incertaine , pour substituer les hommes aux
choses , lancer le vaisseau de l'Etat dans un océan
5 12 s �
de confusion établir une lutte fatale et destructive
entre les parties ae l'autorité divisée : et de cette
anarchie, fruit des passions criminelles qui ne se
masquent:que trop souvent sous le nom sacré d'a-
mour du Peuple ; de cette anarchie au despotisme, le
chemin est court et rapide. Dans ces orageuses
époques , chacun ne voit plus le bien public , ne le
cherche plus que dans le succès, dans le triom-
phe du parti sous la banniere duquel il s'est
rangé, dans lequel il à été entraîné peut-être à
■ la bonne foi, par l'amour de la félicité générale.
D'ailleurs, quelle action peut exister dans des au-
torités qui se heurtent ? le résultat en est un T
il est infaillible. De ceux qui dirigent cette lutte.
il faut qu'un parti parvienne à opprimer l'autre,
et le vainqueur finit par opprimer le tout.
Ne nous y trompons pas, Citoyens : on ne
change pas les hommes en un moment. Les mots
de Vérité, de Liberté, de Raison, sont loin de par-
ler encore à tous les coeurs. L'ancien régime à con-
servé , il conservera long-tems des partisans ; les
uns obscurs et rampans , les autres audacieux cons-
pirateurs : les uns et les autres ne désirant que le
renversement du nouvel édifice qu'on veut cons-
truire. Les vi vans d'abus , les sang sues qui se
gorgeoient du sang du Peuple , cette nuée d'in-
sectes voraces infectant les campagnes, plus fa-
tale à la tranquillité, à la paix des bons habi-
tans de ces campagnes, de ces vénérables nourriciers
des hommes, que les orages ne le sont aux mois-
sons fécondées par leurs mains laborieuses, en-vain

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