Rapport par M. Biou sur les "Histoires et légendes bretonnes", du comte de Saint-Jean

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impr. de Vve C. Mellinet (Nantes). 1873. 12 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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±>U COMTE DE SAINT-JEAN.
MESSIEUKS,
L'apparition d'un nouveau livre cause toujours quelque
émotion dans le monde littéraire; mais l'intérêt grandit
quand le livre se recommande par un nom sympathique,
et déjà connu et considéré.
Aussi avons-nous pris connaissance avec empressement du
recueil de poésies qui vient de paraître sous le titre de :
Histoires et Légendes bretonnes,par le comte de Saint-Jean.
Le môme auteur a, depuis quelques années, publié plu-
sieurs volumes en prose et en vers. Il me suffirait de
rappeler les Zouaves et Mobiles, ce drame d'hier et qui
pourrait revivre demain, si vrai et si émouvant, animé par
les affections les plus saintes de la famille et par les ins-
pirations les plus généreuses d'un patriotisme ardent.
Vous n'avez pas, d'ailleurs, oublié le rapport tout récent
sur le poème de Merlin, d'un de nos collègues les plus
autorisés, parce que, lui-même, il a conquis dans le centre
fî\ 1S73
intellectuel qui rayonne, une place déjà grande et que
l'avenir élargira, sans nul doute; et sa critique raisonnée
et impartiale vous a permis d'apprécier la valeur de cet
ouvrage de longue haleine.
Le nouveau livre est conçu sur un autre plan, ou plutôt
il est venu suivant les caprices ou les préoccupations du
poète.
Histoires et Légendes bretonnes ! C'est un signal ! C'est
un appel ! Tout ce qui respire une émanation du sol natal
nous intéresse et nous attire. Dans une Etude sur la poésie
bretonne qui sert d'introduction, une plume exercée et
habile a bien défini ces sentiments, je dirai presque ces
instincts, qui nous font rechercher et aimer les plus vagues
et les plus lointaines rêveries qui s'épanchaient autour de
notre berceau.
Ecoutons donc ces récils ; quelques-uns sont marqués à
des dates précises ; d'autres remontent à des époques
incertaines et ne vivent que dans la mémoire ; il en est
qui sont de tous les temps, et j'oserai dire, malgré le titre
du livre, de tous lés pays ; car ils reflètent des impressions
et des passions intimes, plutôt qu'ils ne se rapportent à
des lieux déterminés.
Ce n'est pas un mal. L'étude du coeur humain ne doit
point finir; elle présente toujours des nuances et des aper-
çus nouveaux, et se prête à des interprétations qui se
modifient selon le point de vue, et auxquelles leur variété
même donne un puissant attrait.
Tout le monde connaît la légende du Lac de Grand-
Lieu; c'est à peu près l'histoire de Sodome et de Gomorrhe.
Dieu a condamné la cité iïHerbauges ou Herbadilla,
où sa loi était méconnue, où son nom était blaspîiêmé.
— 3 —
Avant de frapper la ville coupable, il a voulu encore une
fois recourir à la clémence :
A Yertou, dans son monastère,
Reposait le bon saint Martin.
Se levant à la voix du Père,
De la ville il prend le chemin.
Comme un parfum dans la campagne,
Se répandait sa sainteté.
On venait de Rome et d'Espagne
Lui demander vie et santé.
Devant le peuple, en arbre immense
Son bâton s'était transformé ;
11 faisait croître l'abondance
Où l'homme n'avait rien semé.
« Accorde, dit le divin Maître,
» A la ville d'Herbadilla
» Douze heures pour se reconnaître ;
» Au bout de ce temps, détruis-la ! »
A l'appel tout-puissant le saint avait obéi... Il marche,
il pénètre dans la cité maudite; son coeur est attristé par
le spectacle des plus effroyables désordres. Il parle ; sa
voix est méprisée. Cependant il invoque encore la miséri-
corde divine. C'est en vain, l'arrêt est irrévocable ; une
seule famille peut être sauvée, celle qui seule l'a écouté,
et s'est montrée hospitalière.
Saint Martin commande à l'homme de prendre la fuite,
et lui-même emporte dans ses bras la'femme mourante;
mais l'enfant unique, entraîné par les flots mouvants de
la foule épouvantée, est, sans doute, resté englouti dans
le déluge, des eaux qui montent, montent, et vont bientôt
recouvrir la ville entière :
_ 4 —
« Tout-à-coup, malgré la distance,
» La mère dans l'air étouffant,
» Est-ce sortilège ou démence ?
» Croit reconnaître un cri d'enfant.
» Mais au cours du sort ordinaire,
» Ne voyons pas là de défis,
» Puisque, dans l'absence, une mère
» Croit toujours entendre son fils. »
La pauvre mère, en effet, résiste, se retourne en tendant
les bras, et appelle toujours son enfant. Mais voilà que les
muscles de son corps s'engourdissent, que sa chair devient
froide et livide... En vain le saint abbé la conjure :
« A vous punir, voyez vous-même,
» Si les cieux semblent résolus. »
La mère dit dans un blasphème :
« Tant mieux ! Je ne souffrirai plus ! »
A ces mots, perdant la pensée,
Elle durcit subitement,
Et, comme une tombe glacée,
Elle attend, là son jugement... »
Telle serait, suivant la tradition, l'origine d'une longue
pierre debout, que l'on dit exister près de Pont-Saint-
Martin, sur le bord du lac de Grand-Lieu.
Peut-être retrouverait-on quelque part, sur la rive gauche
de la Loire, à peu de distance du Pellerin, des vestiges
de l'antique manoir de Malnoë; je ne sais, mais toujours
est-il que le comte de Saint-Jean en a constaté et en fera
conserver le souvenir.
Son petit poème imprime aux anciens Maîtres un carac-
tère de fierté et un cachet d'héroïsme bien en rapport
avec les moeurs du temps.

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