Recherches nouvelles sur le principe actif de la ciguë (conicine) et de son mode d'application aux maladies cancéreuses et aux engorgements réfractaires, par le Dr Francis Devay,... et M. A. Guilliermond,...

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C. Savy (Lyon). 1852. In-8° , XVI-98 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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, RECHERCHES NOUVELLES
SUR LK PRINCIPE ACTIl'
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ci aux
ENGORGEMENTS RÉFRACTA1RES
PAR
LE DOCTEUR FRANCIS DE VA Y,
el M.-A. GUlLLlliRMOND,pharmacien,
LYON
€J2»aE'ïcs SAVÏ, Miti'àire-éditcur .
Place lîcllccour, •!'<.
MONTPELLIER
SAVY , libraire, GrandVue, 5.
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RECHERCHES NOUVELLES
SUR US PRINCIPE ACTIF
DE LA CIGUË (CONICINE)
TRAVAUX DE H. LE DOCTEUR F. DEVAY.
Note relative à la préexistence dans le sang de certains
principes immédiats des sécrétions. (Gazette médicale de
Paris, 1842. ) — Rrochure in-8 de 16 pages.
Recherches et observations cliniques sur l'a nature et le
traitement des fièvres graves (de la malignité). (Revue
médicale de Paris, 1843. ) — Brochure de 80 pages.
Mémoire sur le valérianate de zinc ; de son mode de pré-
paration et de son application aux névralgies et aux
migraines. ( Gazette médicale de Paris , 1844. ) — Bro-
chure de 19 pages.
Mémoire sur le valérianate de quinine, etc.; de son em-
ploi thérapeutique dans les fièvres et les névralgies
intermittentes. (Gazette médicale de Paris, 1844.)
Brochure de 20 pages.
Observations et réflexions sur l'empoisonnement par l'aco-
nit-napel, (relation d'un cas grave suivi deguérison). —
Paris, 1844 ; brochure d'une feuille.
Note et observations sur le diabète sucré. ( Gazette médi-
cale de Paris, 1849. ) — Brochure de 1 feuille..i/.2~.
Etudes sur les prodromes des affections graves dû cèrvèâù
considérés sous le rapport clinique, physiologique <t
médico-légal. (Gazette médicale de Paris, 1851.j;^ 1
Brochure de 24 pages. . .'^ S
De la transfusion du sang, à propos d'uti nouveau cas
suivi de guérison (en collaboration avec le docteur Des-
granges. ) — Paris, 1852 ; brochure de 2 feuilles.
De la physiologie humaine et de la médecine dans leurs
rapports avec la morale et la société. — Paris, Pitois-
Levraut, 1840. ( Epuisé. )
IMPRIMERIE DE CHANOINE A LYON.
RECHERCHES NOUVELLES
SUR LE PRINCIPE ACTIF
BE JLA CIGUË (CONICINE)
ET DE SON MODE D APPLICATION AUX
MALADIES CANCÉREUSES
et aux
ENGORGEMENTS RÉFRACTAIRES
PAR
'\ LE DOCTEUR FRANCIS DEVAY,
^. J MÉDECIN T1TIILAIKE t)E L'HOTEL-DIEU DE LYON',
>s iLpp\ûsM { iit\fui ) a l'Erata preparalolra do Médecine, Membre de 1J NITI.-IU iMiluaak du UMeclui:
J J si du Conseil do Salubrité du dep.irlomeni du nliùne , cic-,
et M.-A. GUILLIERMOND, pharmacien,
Membre lllulalra do la Sodelo do Médecine
et du Cooiell it'lljelèoe cl Ae Salubrité publique» , etc.
Elil ci eu la , n a poilus veneua tint, Unien airnt rernin naluralluni specJei, et h LCD
crsila per le lionie et ad mundl porfeillomim abtulrandani et coiiipteudniii pertinent,
habentqnc Ipsz procul dublo etlaw aille* no bis lires, sed qui; la li.'ic nimili
tinmans lmbectllliais nobli Isnom «uni.
JACOBI WKPVEM . Illalorla clculas aqoallci, fie, cap. SS11I, p. SHS. r,"..
LYON
Charles SAVST, lfbraire-éditeur,
Place Bellecour, M..
MONTPELLIER
SÀVY, libraire, Grand'rue, 5.
185»
INTRODUCTION.
Ce petit livre ne renferme que des détails
purement pratiques sur une question limitée
de l'art de guérir. C'est l'appréciation expéri-
mentale d'une substance que, les premiers ,
nous avons appliquée aux travaux de la théra-
peutique. Nous avons laissé de côté toutes les
questions théoriques qui se rattachent à la na-
ture de l'affection redoutable contre laquelle
nous proposons le nouveau remède. Ces consi-
dérations , quelque intéressantes qu'elles puis-
sent être, étaient inutiles pour nous, dans une
circonstance où nous n'avons pour but que de
rechercher les meilleures conditions de trai-
tement. Dans un ouvrage ex professo sur l'af-
fection cancéreuse, il eût été sans doute im-
portant de s'arrêter sur la recherche des causes
d'une maladie qui, d'année en année, semble
prendre des proportions formidables, sur ses
rapports avec d'autres états morbides géné-
raux, tels que les diathèses scrofuleuses et sy-
philitiques, etc., enfin sur ses caractères ana-
tomiques et microscopiques. Sous ce dernier
aspect, l'histoire du cancer est de nos jours
très-avancée} nous ajouterions même, si nous
l'osions, trop avancée. En effet, l'étude mi-
nutieuse des altérations organiques, des mé-
tamorphoses plastiques, des cellules de nou-
velle formation, etc., absorbant l'attention du
médecin, la fixant sur une fatalité organique,
l'a détournée des voies de l'observation des
qualités virtuelles et dynamiques des médica-
ments. On dirait, en effet, que plus le méde-
cin se complaît dans l'investigation des faits
matériels, des détails anatomiques, — faits
sans doute précieux à connaître, — plus il perd
II!
de vue ce que nous nommerions en médecine
Yunumnecessarium, l'indispensable, les moyens
de guérison. il est d'expérience vulgaire que les
médecins qui font profession de foi d'anatomo-
pathologisme, d'organicisme, qui sont les plus
savants dans l'art de décrire les dégradations
matérielles, sont les plus pauvres dans leurs res-
sources médicamenteuses. II n'est pas d'écolier
qui, suivant au lit du malade un grand maître de
la science, au point de vue de l'anatomie patho-
logique, n'ait constaté la faiblesse de ses moyens
d'action, et, en dernière analyse, un.pro-
fond scepticisme en matière de thérapeutique.
'La doctrine explique tout cela : donnez, dans
l'ordre pathologique, la suprématie aux lésions
matérielles, placez-les au ra.pg de causes, vous
êtes saisi d'un incurable découragement. A quoi
bon engager une lutte avec la destruction elle
même? à quoi bon l'essai de médicaments? Ne
le voyez-vous pas? le fait est accompli
Par contre, les médecins vitalistes, ceux qui
disent comme Bordeu : « Ce que les anato-
mistes démontrent n'est, pour ainsi dire, que la
charpente et le squelette :, les médecins vont
plus loin », sont ceux qui font le plus de cas
IV
des agents de la matière médicale. Pénétrés
de l'idée d'une cause active, qui n'est, dans le
corps humain, qu'une parcelle de la providence
universelle, voyant dans la maladie une sorte
de fonction propre à l'état pathologique, ils re-
connaissent la possibilité d'imprimer aux forces
elles-mêmes une direction déterminée. Un pro-
duit morbide est pour eux quelque chose de
surmonlable. Aussi ne nous étonnons point si
une faculté célèbre, accusée à tort de donner
aux théories la plus large part, a été précisé-
ment celle où les agents actifs de la matière
médicale ont toujours été le plus en honneur.
Autant les praticiens qu'elle a formés saventt
respecter les déterminations salutaires de la
nature, autant ils savent dans le danger pres-
sant s'armer d'instruments éprouvés, faire agir
des médicaments à grands effets. C'est chez eux
le résultat d'une conviction. Bien des années
avant .l'apparition d'un hardi novateur en mé-
decine , l'école de Montpellier enseignait que
les maladies n'étaient que des altérations dyna-
miques de l'état de notre organisme \ qu'il fallait
pour les anéantir, des agents qui soient capa-
bles de produire des modifications dynamiques.
Y
En d'autres termes, les médicaments guérissent
les maladies d'une manière virtuelle et dyna-
mique.
Un des besoins les plus impérieux de nos
jours, c'est de pénétrer, si l'on peut s'expri-
mer ainsi, dans les entrailles de la thérapeu-
tique, de faire donner à la matière médicale
tout ce qu'elle peut donner. Grâce aux perfec-
tionnements des éludes cliniques, la nature des
maladies est mieux connue , l'indication est
mieux saisie, mais l'excellence de l'agent cura-
teur n'existe pas en proportion. De sorte que
souvent le praticien qui épie le mieux le génie
morbide, qui voit le plus sûrement les moyens
d'en triompher, est quelquefois frappé d'im-
puissance au moment décisif} l'instrument a
fait défaut. Le médicament peut échouer de
deux manières : ou parce qu'il est mal préparé,
ou bien, ce qui a lieu le plus souvent, parce
que sa relation avec tel ou tel mode morbide
est inconnue. C'est là que réside la plus grande
lacune, c'est là que sont les plus importants
desiderata de la science médicale élevée au
rang de science positive. Un grand maître dans
l'aride l'expérience, Bacon, mettait déjà de
VI
son temps le doigt sur la partie vulnérable de
la médecine et donnait à cet égard des conseils
qui sont encore écrits pour notre temps.
«Quant aux remèdes particuliers, dit-il, qui,
en vertu d'une certaine propriété spécifique,
conviennent à telle ou telle maladie, ou les mé-
decins ne les connaissent pas assez, ou ils ne s'y
attachent pas assez scrupuleusement, car ces
derniers, grâce à leurs décisions magistrales,
nous ont fait perdre tout le fruit des traditions
et de l'expérience bien constatée, ajoutant une
chose, en retranchant une autre, et changeant
tout par rapport aux remèdes, sans autre règle
que leur caprice , et faisant des espèces de
quiproquos d'apothicaire. Mais en commandant
si orgueilleusement à la médecine, ils ont fait
que la médecine ne commande plus à la mala-
die. Si vous ôtez lathériaque, le mithridale ,
peut-être encore le diascordium, la confection
de l'alkermès et quelques autres remèdes en
petit nombre, il n'est presque point de médi-
cament auquel ils s'astreignent avec assez de
scrupule et de sévérité j car ces médicaments
que l'on vend dans les boutiques sont plutôt
faits pourles directions générales qu'appropriés
VII
aux cures particulières , et ils ne se rapportent
spécialement à aucune maladie, mais seule-
ment à certains effets généraux... Voilà pour-
quoi nous voyons des empiriques et des vieilles
femmes réussir mieux dans les cures que les
plus savants médecins, par cela qu'ils se sont
attachés avec plus de scrupule et de fidélité à
la composition de remèdes bien éprouvés. »
(Dignité et accroissement des Sciences, liv. h.)
Ce langage est sévère, mais il frappe à pro-
pos. Il est certain que la direction imprimée à
nos études nous distrait de l'appréciation, re-
cueillie et dégagée, de prévention de ce qu'un
médecin d'un grand renom appelle l'esprit in-
dividuel qui anime chaque médicament et le
rend propre à guérir des étals morbides parti-
culiers. Cet esprit ne peut être touché du bout
des doigts \ il ne se fait connaître que par les
effets qu'il détermine dans le corps vivant. La
médecine hippocratique possède en elle-même
le pouvoir d'avoir aussi sa matière médicale
pure. Les médecins qui la mettent en pratiqué
peuvent faire fructueusement, à un point de
vue plus rationnel, ce que Hahnemann a fait
avec une incontestable habileté. En mettant de
VIII
côté l'action des doses infinitésimales, et la théo-
rie qui établit un rapport de ressemblance entre
l'action que les médicaments déterminent sur
l'homme sain et les accidents morbides qu'ils
sont appelés à conjurer, nous devrions, comme
lui, expérimenter l'action dynamique des sub-
stances prises isolément et avec toutes les ga-
ranties de bonne préparation. Comme lui, nous
devrions, mais allopathiquement, noter les
changements particuliers, les symptômes, les
modifications diverses qui résultent de leur ac-
tion chez un malade atteint d'une affection chro-
nique. De cette manière d'agir résulterait une
connaissance plus précise des vertus médi-
cinales des agents de la matière médicale, et
de temps à autre peut-être la découverte d'un
spécifique.
Les acquisitions de la thérapeutique sur la
matière médicale, c'est-à-dire l'art de tirer
parti des agents naturels contre la maladie,
cet opiniâtre ennemi du corps humain, sont
bien inférieures à celles de l'industrie. Tandis
que celle dernière tend à établir sur les forces
de la nature son incontestable domination ,
qu'elle en fait à son gré des instruments de
IX
richesse, d'agrément, de confort, les médecins
en sont encore à attendre un spécifique depuis
le quinquina. Tandis que les autres sciences
nous ont habitués à des merveilles sans nombre,
telles que la possibilité de fixer sur le papier
les rayons du soleil, de faire parcourir à notre
pensée les plus grandes dislances avec la rapi-
dité de la foudre, d'éclairer de la manière la
plus brillante des villes entières avec des lam-
pes sans flamme, sans feu, nous en sommes
réduits à tourner dans le même cercle pour le
traitement des maladies chroniques. Si parfois,
parmi ces dernières, quelques cures éclatantes
sont obtenues, elles sont dues moins à la ten-
dance générale de l'art, qu'au génie particulier
du médecin qui, véritable artiste , a su alors
faire concourir à son but les modificateurs hy-
giéniques et manier avec habileté une sub-
stance héroïque. C'est cependant la cure des
affections chroniques qui est le véritable triom-
phe du médecin. Dans les maladies aiguës,
épier et soutenir les mouvements naturels,
prévenir et combattre les complications, telle
est la mission importante, sans doute, de
l'homme de l'art. Mais dans les maladies chro-
niques, il faut faire plus, il faut déterminer
dans le système vivant des mutations radicales,
soit en changeant le mode de ses détermina-
tions vicieuses et invétérées y soit en! provo-
quant la disparition d'une production patholo-
gique} dans les affections chroniques, il faut
en quelque sorte créer des efforts curateurs.
C'est moins peut-être la recherche de médi-
caments nouveaux qu'une révision éclairée du
mode d'action de ceux que nous possédons déjà
qui constituera le plus grand perfectionnement
de la médecine. Comme l'a dit, un de nos com-
patriotes, Sainte-Marie, celui des médecins
lyonnais qui a laissé la plus forte empreinte à
la postérité : la thérapeutique n'est pas seule-
ment une science nouvelle par l'espace im-
mense qui s'ouvre devant nous quand nous
examinons les découvertes à faire , et que
l'état actuel des choses rend possibles ou pré-
sumables} cette considération s'augmente en-
core de l'incertitude qui règne dans les règles
déjà établies, et que nous avons la présomption
de croire les plus fixes, les plus invariables ,
les plus infaillibles.
C'est dans cette direction conforme au pro-
XI
grès que cette petite monographie a été conçue.
Nous traçons l'histoire d'une substance active,
nous constatons expérimentalement ses effets
physiologiques sur les animaux, puis enfin
nous étudions ses effets thérapeutiques. Les
faits consolants qui résultent de ceux-ci, quoi-
que encore peu nombreux, nous permettent
de présenter les nouvelles préparations de ci
guë, non comme un spécifique, mais comme le
remède offrant jusqu'à ce jour le plus de chance
contre une affection que la chirurgie seule
attaque par le fer et le feu, mais seulement
dans ses effets. Le traitement du cancer est,
quant à présent, ce qu'est la répression d'une
émeute dans l'ordre politique. Lorsqu'un bras
de fer a châtié les rebelles et les a fait rentrer
dans l'ombre, il a sans doute rendu à la société
un service temporaire. Mais a-t-il, du même
coup , remontant aux causes génératrices de la
guerre civile, effacé les idées malsaines, sou-
lagé les souffrances , satisfait les besoins légiti-
mes? C'est là, cependant, q.ue couve le foyer
où s'alimentent les conditions de récidive. Dans
l'ordre physique, comme dans l'ordre moral,
le pouvoir de réalisation, ou autrement dit
XII
la pratique exige qu'on aille au fond des
choses.
La thérapeutique du cancer est donc, de-
nos jours, moins avancée qu'elle ne l'était à la
fin du siècle dernier, lorsqu'un illustre méde-
cin de la grande école de Vienne, opéra, en
face de ses contemporains, sous les yeux de
ses collègues, les cures les plus remarquables.
Après lui ses travaux ne furent pas fécondés}
s'il désigna la plante salutaire, on peut dire du
moins qu'il emporta avec lui, dans la tombe ,
le secret de la faire agir. Après lui, la ciguë
jouit, en thérapeutique, d'une renommée
qu'elle dût plutôt à l'opinion qu'à la réalité de
ses effets. Il était d'un grand intérêt prati-
que de réviser les litres que peut avoir cetle
plante à la guérison d'une des maladies les plus
tristes et les plus douloureuses de l'espèce hu-
maine } d'étudier le principe auquel elle doit
son activité, enfin de donner à celle substance
un mode uniforme et invariable de prépara-
tion. C'est ce que nous nous sommes efforcé
de faire, mais, comme nous le disons, dans le
cours de notre travail, de nombreux perfec-
tionnements de détail pourront être apportés à
XIII
l'administration du remède. 11 deviendra peut-
être possible d'administrer directement la co
nicine, chose que nous n'avons pu faire fruc-
tueusement encore.
Des expériences toxicologiques faites sur les
animaux vivants avec la conicine, dans le but
d'éclairer nos études thérapeutiques, nous ont
fourni l'occasion d'étudier les effets physiolo-
giques de cet alcaloïde végétal. Nous avons
cru devoir meltre cette circonstance à profit et
présenter au lecteur la relation exacte des faits
qui se sont passés sous nos yeux. Ce fait cons-
tant de la paralysie du train postérieur, comme
effet primitif du poison, intéressera sans doute
le physiologiste. L'administration du tannin,
comme antidote, pourra servir de rapproche-
ment par rapport aux contre-poisons d'autres
substances vénéneuses plus répandues.
Il y a plus, il résulte de nos expériences que
la conicine, substance redoutable sans doute,
ne l'est point à un degré égal à celui de l'acide
prussique, par exemple. Elle le doit à son
extrême volatilité. L'expérience détaillée que
nous citons démontre que l'animal, après avoir
éprouvé les accidents convulsifs les plus vio-
XIV
lents, a pu néanmoins surmonter ce terrible
assaut : il a survécu. Pour le détruire, il a fallu
recourir à une dose plus forte. Ce fait ne peut
s'expliquer que par l'élimination, par les sur-
faces respiratoires, d'une grande partie de l'al-
caloïde. Une conclusion rassurante en découle
encore :'c'est que, employée d'une manière pru-
dente et graduée, la poudre de fruits de ciguë
ne peut, chez un adulte, déterminer des acci-
dents fâcheux. On a le tetiips de surveiller le
remède et'd'abaisser la dose au moindre indice
d'action violente.
En faisant part à nos confrères de ces re-
cherches , nous leur adresserons en terminant
ces simples et honnêtes 'paroles de Storck, qu'il
adressait, aux médecms de son temps} elles
sont aussi l'expression de notre pensée et de
nos espérances :
* Après ce que je viens de dire, je prie
tous, et un chacun des médecins, d'employer
et d'essayer ce remède toutes les fois qu'ils en
trouveront l'occasion. Mais je les prie en même
temps de quitter toute sorte de prévention et
de jalousie, qu'ils pensent que tout cela regarde
la santé du prochain. S'il arrivait quelque chose
XV
de sinistre dans l'usage, qu'ils recherchent at-
tentivement si cela provient de la trop grande
violence du mal ou de quelque faute de la part
du malade ou des assistants, ou enfin si cela
provient du médicament même. Qu'ils ne con-
damnent pas d'abord , sans des précautions et
des recherches, le remède comme nuisible ou
ne procurant aucun bien. Mais s'ils en connais-
sent de meilleurs, je ne voudrais pas qu'ils les
négligeassent en faveur de celui-ci. »
NOUVELLES RECHERCHES
SUR LE PRINCIPE ACTIF
DE LA CIGUË (CONICINE)
(CHAPITRE PREMIER.
DE L INCURABILITÉ DES MALADIES EN GENERAL-.
Si l'on veut bien y réfléchir, une des plus grandes
causes de la défaveur qui depuis quelque temps s'at-
tache à l'art de guérir, c'est, de la part des médecins,
la répétition trop fréquente du dogme del'incurabilité.
Cette doctrine du statu quo, ce parti pris de considérer
certaines affections comme au-dessus des ressources
de l'art présent et à venir affaisse le génie pratique.
Beaucoup de médecins subissent à leur insu cette
influence doctrinale, et leur pratique, malgré un
talent réel, se trouve empreinte d'hésitation et d'un
défaut de persévérance et de suite. 11 faut sans doute,
se garder de l'esprit aventureux des innovations, mais
il faut aussi ne point se dépouiller de cette hardiesse
salutaire fondée sur cette vue, savoir : que la méde-
cine est un art éminemment progressif, el que bien des
2
méthodes de traitement sont encore à trouver. 11 faut
que les jeunes gens sortent des écoles avec des vues
d'avenir, qu'ils ne s'asservissent point à des dogmes
stériles, à de banales formules; il faut qu'ils soient
convaincus qu'il entre dans leur mission, non pas seu-
lement de perpétuer les traditions de l'école, mais de
les féconder, de découvrir des indications nouvelles,
et surtout de les remplir. Et puis, il faut bien le dire,
la médecine traditionnelle, régulière si l'on veut, est
contrainte, de par un public intraitable, de payer son
tribut aux innovations. Le vulgaire n'a point une foi
bien vive dans le dogme de Pincurabilité. Si une mala-
die , quelle qu'elle soit, ne guérit pas, il impute cette
issue plutôt à l'inertie, à l'insuffisance de l'art officiel
qu'à la nature même de l'affection. On dirait alors qu'il
pressent l'existence de ressources méconnues et que
mettent en jeu certains praticiens de carrefour, dépour-
vus d'instruction , mais auxquels le succès ne fait pas
toujours défaut. Naguère, à l'occasion d'un concours
devant une faculté célèbre, où un compétiteur, ayant
à disserter sur le traitement applicable à un malade
atteint d'une affection cancéreuse, n'entrevoyait autre
chose qu'un pronostic sommaire et désolant, nous
lisions dans un journal les lignes suivantes, écrites par
son savant rédacteur en chef :
« En conséquence de cet arrêt, il n'y a plus rien à
tenter, si ce n'est de la médecine morale et palliative.
A cette occasion, nous avons entendu citer des exem-
ples de cancers guéris par les charlatans. N'est-ce pas
3
le cas de répéter avec un homme d'esprit qu'il vaut
mieux guérir de la main du charlatan que de mourir
par ordonnance de l'école? Dans les positions déses-
pérées, en effet, l'enseignement de l'empirisme n'est
pas toujours à dédaigner *. »
Nous ne pouvons nous le dissimuler, ces paroles
sont pleines de justesse. Le public se rit de nos nomen-
clatures et de nos théories ; il court au plus pressé, et
va demander assistance à des hommes pauvres d'idées
scientifiques, mais hardis et entreprenants. Le vul-
gaire est disposé à sacrifier sur les autels du dieu
inconnu de la médecine, qu'il se nomme Hahnemann
ou Priessnitz.
Lorsqu'on jette un regard indépendant et philoso-
phique sur l'ensemble de la pratique médicale , sur
l'exercice actuel de la médecine, on reconnaît sans
peine que cette déchéance dont le médecin se plaint
journellement est en partie son ouvrage. Il a contracté
une trop grande facilité d'abdication dans les cas graves
et difficiles qui se présentent à lui. Son amour-propre
cherche instinctivement hors de lui-même des motifs ca-
pables d'expliquer son insuccès; il consent peu à mettre
son habileté en cause et est toujours disposé à accuser
le malade et la maladie. De là une déplorable facilité
à proclamer incurables et à abandonner comme tels
des individus qui , mieux traités , pourraient cepen-
dant recouvrer la plénitude de leur santé. Si, moins
* Gazette Médicale, VI, p. M2.
présomptueux , dit un sage professeur de Montpellier,
le médecin se défiait plus souvent du pronostic funeste
qu'il s'est cru fondé à établir, et qu'au lieu d'aban-
donner le malade, il s'attachât à employer des ressour-
ces que ses préventions lui font dédaigner, il aurait
quelquefois le bonheur de combattre efficacement des
maladies qu'il a, avec trop de certitude, regardées
comme incurables, et d'arracher ainsi quelques vic-
times à la mort. Combien de fois, dans de pareilles
conjonctures, un malade étant abandonné, n'a-t-on
pas vu la nature déterminer des crises inattendues et
suivies de guérison , sur lesquelles il semblait qu'on
ne pouvait plus compter? Et dans des cas analogues,
où tout annonce l'impuissance absolue de la nature à
se livrer aux actes curateurs nécessaires, combien de
fois aussi les malades n'auraient-ils pas succombé si
l'art n'était venu leur tendre une main secourable *?
Ainsi, pour leurs succès aussi bien que pour leur
gloire, les médecins doivent se dépouiller de cet esprit
de pessimisme que Bacon leur reprochait déjà de son
temps **. Il ne leur est point permis d'engager l'avenir
* Golfin, Etudes thérapeutiques sur lapharmaco-dynamie, p. 243.
** Dignité et Accroissement des Sciences, liv. 4, chap. 2.
L'illustre chancelier, familiarisé avec toutes les sciences, ajoute ce qui
suit : « En sorte que les proscriptions de Sylla et des triumvirs
n'étaient rien auprès de celles des médecins qui, par leurs très-iniques
arrêts, dévouent à la mort un si grand nombre d'hommes, dont la plu-
part, en dépit des docteurs, échappent plus aisément que ne le firent
autrefois les proscrits de Rome. Je ne balancerai donc pas à ranger
parmi les choses à créer un ouvrage sur la cure des maladies réputées
en proclamant que l'incurabilité est l'attribut néces-
saire de certaines espèces morbides. L'histoire du passé
leur fournirait d'ailleurs de consolants démentis. Est-ce
que les acquisitions faites par la matière médicale dans
le cours des âges : mercure, quinquina, iode, or, etc.,
n'ont pas réduit le chiffre des maladies auparavant
réputées incurables ? Est-ce que les travaux de quelques
grands maîtres de l'art, tels que Sydenham , Stoll, ont
été sans profit pour le perfectionnement des méthodes
thérapeutiques ? Celles - ci n'ont-elles pas diminué ,
grâce au premier, la léthalitédes exanthèmes fébriles,
et celle des maladies bilieuses, grâce au second? L'af-
firmation, d'ailleurs, du dogme de l'incurabilité repose
sur une idée peu philosophique. Si l'on fait allusion
à tel fait morbide donné, il existe des maladies néces-
sairement incurables. Mais veut-on que certaines
espèces nosologiques décrites abstractivement dans nos
ouvrages classiques soient toujours marquées fatale-
ment comme la porte de l'enfer du Dante ? Le vrai pra-
ticien n'hésitera pas à condamner une semblable asser-
tion. Il n'existe pas dans ce sens de maladies incurables,
mais il y a malheureusement beaucoup de malades
qu'on ne peut pas guérir. Prenons des maladies dont
l'incurabilité est réputée constante : cancer, phlhisie,
incurables, afin d'évoquer en quelque manière des médecins distingués
et d'une âme élevée, et de les exeiter à entreprendre sérieusement cet
ouvrage, autant que le comporte la nature des choses; car déclarer
incurables les maladies, cela même est sanctionner par une sorte de loi
la négligence et l'incurie »
6
épilepsie, etc. Osera-t-on affirmer qu'il suffit de leur
présence pour que tout espoir de guérison soit absolu-
ment interdit? Des faits nombreux s'élèveraient contre
cette assertion. Il est inutile de citer ici des exemples
que tout le monde connaît. La curabilité complète des
maladies les moins curables est donc une chose incon-
testable *. L'adage si ancien et si souvent vrai, Dùm
vita superesl, spes supersit, doit autoriser de nou-
velles entreprises, doit encourager pour parvenir à
combattre certaines affections graves qui ont échappé
aux modes de médicamentation ordinaires, à tenter
l'essai de nouveaux agents pharmaco-dynamiques.
Les considérations qui précèdent nous ont conduits
à essayer pour des affections réputées incurables l'appli-
cation d'une substance active dont on a beaucoup parlé
dans ces derniers temps , mais dont la thérapeutique
n'a point fait encore d'emploi direct. Nous nous sommes
efforcés, après bien des recherches , d'élever les pré-
parations de ciguë à leur plus haute puissance d'effets
curatifs , et nous pensons y être parvenus. Ce travail
se fonde sur la révision des procédés employés jusqu'à
ce jour pour l'application de la ciguë , sur des données
pharmaceutiques, et enfin , ce qui est plus.important,
sur des résultats obtenus au lit des malades.
* Ces idées sont très-habilement présentées dans une dissertation de
concours de notre savant ami le professeur Jaunies, de Montpellier : Des
maladiis réputées incurables, etc. Ce travail atteste un esprit aussi élevé
que pratique.
CHAPITRE II.
DES PRÉPARATIONS ORDINAIRES DE CIGUË ; PE LEUB
INSUFFISANCE.
Lorsqu'on lit attentivement et sans prévention les
observations des praticiens du siècle dernier qui ont
publié des cas de cancer guéris par l'emploi de la ciguë,
on ne saurait contester à cette substance une valeur
thérapeutique réelle. Rien n'est dès lors plus encou-
rageant que le bilan fourni par Storck, Locher,
Frédéric Hoffmann, Collin , Cullen, etc. Ce bilan offre
un total de soixante-quinze observations, sur lesquelles
on trouve quarante-sept cas de guérison et vingt-huit
cas d'amélioration. Il est. très-probable, comme le fait
remarquer judicieusement l'auteur de la Bibliothèque
thérapeutique, que, sur le nombre total de ces faits sui-
vis de guérison ou d'amélioration, il y en avait plus
d'un où la maladie n'était point véritablement de nature
cancéreuse ; mais la lecture de ces observations ne per-
met point d'admettre qu'il en fût ainsi de tous et même
du plus grand nombre. Il faut donc conclure de ce qui
8
précède qu'un certain nombre de tumeurs squirrheuses
ou cancéreuses ont été véritablement guéries par l'em-
ploi de la ciguë, et, dans le cas où le diagnostic a été
erroné, que des tumeurs d'une autre nature, mais
ayant de l'analogie avec le cancer, ont été également
résolues par le même moyen *. Qu'on ne répète point
que c'étaient des cas légers, que ces guérisons se sont
obtenues à l'ombre, qu'il leur manque ce sévère con-
trôle que les modernes sont en droit de réclamer. Tout
cela n'est qu'un subterfuge : des médecins comme Van
Swieten, Cullen , étaient aptes , je pense, à établir le
diagnostic médical d'une affection qui n'existe point
seulement depuis la découverte de la cellule cancé-
reuse **. En un mot, la ciguë a guéri des cancers;
voilà un fait. Un second fait est celui-ci : depuis le
* Bayle, BibliotMque thérapeutique, t. 3, p. 619.
** Nous prenons au hasard une des observations de Storçk, et nous
constatons les garanties d'authenticité qu'il lui donne : « Une femme âgée
de soixante-sept ans avait dans la mamelle gauche un cancer ulcéré
très-vilain et qui était si grand que son bord supérieur atteignait pour
ainsi dire la mâchoire inférieure, et le bord inférieur descendait jus-
qu'au ventre Toute la mamelle était d'un brun noir, avec des tuber-
ules; la sanie sentait puissamment mauvais L'illustrissime baron de
Van Swieten, le respectable M. Dietmann, doyen, M. Gasser, très-
célèbre professeur d'anatomie, M. Jean, professeur de chirurgie, et
d'autres qui se trouvèrent à l'examen chirurgical de cette misérable
femme à l'université, me l'adressèrent le 20 juin 1756 Plus tard, les
mêmes médecins éminents constatèrent l'amélioration et furent surpris
des grands effets et du prompt changement de la maladie. » — Storck ,
Dissertation sur l'usage de la Ciguë, p. 71, Vienne, 1761.
Cullen. — « J'ai vu, dit cet observateur, deux cas désespérés, l'un de
cancer à la lèvre, l'autre au sein, qui touchaient à leur guérison par le
moyen de la ciguë, a
9
commencement de ce siècle, des expérimentations cli-
niques nombreuses ont été faites à l'aide de la ciguë
appliquée au traitement du cancer, et elles n'ont point
produit de résultats aussi heureux. La ciguë est pres-
que tombée en désuétude ; sa vertu résolutive même
est un peu contestée'*. Des résultats si contradictoires
ne peuvent s'expliquer que par deux causes : ou un
défaut de persévérance de la part du praticien dans
remploi du remède, ou l'infidélité de la préparation
pharmaceutique. Nous pensons pour notre part que
ce n'est point à la première cause que les résultats
négatifs dans le traitement du cancer doivent être
imputés. Que de médecins se sont livrés avec confiance
aux illusions que ce remède avait inspirées! Qu'il leur
a fallu de temps pour être désabusés ! Quant à nous,
nous avons eu long-temps confiance dans les prépara-
tions ordinaires de ciguë, et nous les avons appliquées
avec une persévérance à toute épreuve, pendant des
mois entiers, dans divers cas de cancer, soit de l'es-
tomac , soit du foie, soit de l'utérus etc. Nos résultats,
au sein d'observations multipliées, ont été nuls. Dès lors
nous avons été en droit d'accuser d'infidélité les pré-
parations officinales ordinaires. Ceci d'ailleurs s'ex-
plique facilement par les considérations qui suivent.
Rarement les plantes médicinales s'offrent à nous
sous la forme convenable à leur administration. On est
* Alibert a appliqué l'extrait de ciguë dans une centaine de cas de
cancer, et il n'a eu que des insuccès.
10
obligé de leur faire subir des préparations appropriées
à leur emploi et en rapport avec la nature de leurs
principes. Il est des végétaux tellement connus par
l'analyse chimique et les expériences thérapeutiques,
que l'on est bientôt fixé sur la forme que l'on doit
leur donner. Mais il en est d'autres qui, quoique doués
de propriétés très-actives, semblent échapper aux
observations par la nature instable de leurs éléments.
Pour les appliquer avec succès, il faut, quand on les
récolte, avoir égard aux circonstances de temps et de
lieux , les prendre pour ainsi dire sur le fait de la plus
grande élaboration de leurs principes. Ces plantes
redoutent surtout les manipulations pharmaceutiques ;
une foule d'influences étrangères sont capables d'alté-
rer leurs propriétés. L'art du pharmacien doit s'exercer
à représenter en tout temps et sous des formes variées
les produits tirés du règne végétal avec l'activité dont
la nature les a doués. Parmi les plantes de cette caté-
gorie , la ciguë (conium maculaium) occupe bien cer-
tainement le premier rang, soit par l'altérabilité de ses
principes, soit par l'importance qu'elle doit prendre
dans l'art de guérir, lorsqu'on aura trouvé le moyen
d'appliquer efficacement son action, qui ne peut être
contestée. En effet, vantée et connue depuis un temps
immémorial, la ciguë, qui a été dotée d'un principe
dont l'énergie ne trouve son égal que dans l'acide
prussique, la ciguë, disons-nous, n'a que bien rarement
répondu aux espérances qu'on devait en attendre. Beau-
coup de praticiens n'accordent leur confiance à cette
11
plante qu'autant qu'elle est appliquée en herbe et à l'état
frais. Mais comme on ne peut la rencontrer dans cette
condition pendant toute l'année, on est bien obligé
d'avoir recours aux préparations pharmaceutiques,.
sur la valeur desquelles on est loin d'être fixé.
On administre la ciguë à l'état de poudre, tantôt en
prises, tantôt en pilules. On en fait un extrait soit avec
le suc de la plante fraîche non dépuré, soit avec le suc
dépuré. On prépare un extrait aqueux ou alcoolique
en traitant la poudre sèche par l'eau ou par l'alcool.
L'emplâtre de ciguë, la teinture alcoolique, la teinture
élhérée complètent enfin l'arsenal des préparations
officinales clans lesquelles on fait entrer la ciguë. En
dernier lieu, on a proposé l'emploi d'une alcoolature
de ciguë.
On le voit, ce n'est point la variété des préparations
pharmaceutiques qui manque, mais c'est l'énergie
thérapeutique qui fait défaut. Nous avons vu admi-
nistrer et nous avons administré nous-même des doses
considérables d'extrait de ciguë, sans avoir vu résulter
des effets appréciables. M. Deschamps d'Avallon dé-
clare en avoir fait avaler quinze grammes à un chien ,
sans que cet animal en fût incommodé. M. Réveil,
pharmacien des hôpitaux de Paris, nous a dit avoir
vu administrer à l'hôpital des Enfants-Malades l'extrait
de ciguë à la dose de quatre grammes chez un enfant,
et que les effets physiologiques du médicament furent
nuls chez ce sujet. Une autre raison suffirait pour faire
rejeter tout à fait les préparations de ciguë employées
12
jusqu'à ce jour, c'est qu'il est presque impossible de
rencontrer dans les différentes pharmacies des prépa-
rations de ciguë qui soient identiques. Cependant il
n'est pas de jour que la ciguë ne soit prescrite. Il
semble que les médecins ne puissent se décider à en
abandonner l'emploi, soupçonnant que tout n'est pas
dit sur cette plante et qu'on ne doit attribuer tant d'in-
succès qu'à l'infidélité des préparations. Les causes
de cette dernière nous seront mieux révélées lorsque
nous aurons étudié les caractères de l'alcaloïde sin-
gulier renfermé dans la plante.
CHAPITRE III.
DE LA CONICINE , DE SES CARACTERES , DE SON MODE
DE PRÉPARATION.
Le principe qui imprime à la ciguë la puissance de
ses effets toxiques avait longtemps échappé à l'investi-
gation des chimistes, lorsque les travaux importants
de Giseck, Giesen , Christison et Boutron vinrent nous
en démontrer la nature et nous en apprendre l'histoire.
Brandes le premier découvrit que la semence de ciguë
contenait un principe alcalin qu'il nomma cicutine. En.
1827, Giseck, en distillant les semences fraîches de
ciguë avec de la magnésie caustique ou de la potasse,
obtint également un produit très-alcalin qui, combiné
avec de l'acide sulfurique et concentré par l'évapo-
ration , donnait la mort aux animaux à très-petite dose
et très-rapidement. En 1832 , Geiger , professeur à
l'université de Heidelberg, isola cette substance et la
nomma conéine. La conéine de Geiger est un alcaloïde
volatil d'une odeur extrêmement pénétrante, piquante,
14
désagréable, et qui rappelle l'odeur de souris. Lorsqu'on
en approche des vapeurs acides , il se forme , comme
avec l'ammoniaque, des nuages blancs. Cet alcaloïde se
décompose très-facilement , et au lieu d'affecter la
forme de cristaux solides, comme la morphine et la
strychnine, etc., conserve toujours une consistance
oléagineuse.
La conicine se transformant très-facilement en
ammoniaque, plusieurs auteurs contestèrent son exis-
tence, prétendant que les produits alcalins qu'on en
avait obtenus n'étaient dus qu'à la présence de cette
base. Cependant Christison d'Edimbourg et plus tard
MM. Henry et Boutron, dans un excellent rapport fait
à la société de pharmacie de Paris , parvinrent à lever
tous les doutes sur la vraie nature de la conicine,
et prouvèrent par des expériences irrécusables que
c'était bien un véritable alcaloïde , auquel ils recon-
nurent toutes les propriétés qui lui avaient été attri-
buées par Geiger. C'est en distillant avec de la potasse
les semences sèches de ciguë que ces chimistes par-
vinrent à obtenir l'alcaloïde en quantité suffisante.
Dix-huit kilogrammes de semences prises dans leur
état complet de maturité fournirent au professeur
Christison cent grammes d'hydrate de conicine. Cet
alcaloïde paraît avoir pour formule, selon Ortisoga,
C 16, H 16 , A1 ; il ne contient pas d'oxygène.
M. Orfila , dans ces derniers temps, a étudié la coni-
cine , comparativement à un autre alcaloïde végétal
devenu célèbre dans les annales criminelles, la nico-
15
line. Ce savant a constaté qu'elle avait une odeur forte
d'urine de souris , se rapprochant de celle du céleri,
qu'elle était très-soluble dans l'élher et peu soluble
dans l'eau; lorsqu'on cherche à la mêler avec ce
liquide, même après l'avoir agitée, elle vient à sa sur-
face , en formant une couche plus légère que l'eau,
tandis que la nicotine se dissout à l'instant même dans
ce liquide. Nous avons constaté dans nos recherches
particulières la justesse de ces assertions.
Nous avons remarqué de plus que cet alcaloïde
énergique avait avec l'ammoniaque les plus grands
rapports ; qu'il était très-altérable à l'air, et se colorait
en brun ; qu'on ne pouvait le distiller sans qu'il ne se
décomposât en partie, donnant ainsi naissance à de
l'ammoniaque et à une matière résineuse. La conicine
sature les acides, forme des sels cristallisables avec
les acides sulfurique, phosphorique, oxalique et nitri-
que. Ces sels sont inodores, mais quand ils sont
humides ils répandent l'odeur de la conicine ; à l'air
ils éprouvent le même genre d'altération que leur
alcaloïde ; le tannin les précipite ; quand on les évapore,
ils perdent une partie de leur base, qui se volatilise
comme font les sels ammoniacaux. Nous avons trouvé
depa conicine dans toutes les parties de la plante, mais
en proportion bien plus considérable dans les fruits.
Les produits cicutiques que nous avons obtenus à
diverses reprises avaient bien les caractères de la coni-
cine , c'est-à-dire qu'ils étaient très-alcalins, mais
jamais nous n'avons pu les obtenir absolument sem-
16.
blables entre eux; ils diffèrent souvent de couleur et
d'odeur ; celle-ci était plus ou moins herbacée, plus ou
moins cicutique suivant l'origine de la ciguë. Nous
attachons une très-grande importance à ces résultats,
sur lesquels nous reviendrons du reste, pour la déter-
mination du mode suivant lequel on doit administrer
la conicine.
Connaissant les propriétés de la conicine, qui est
bien l'élément actif de la ciguë, il ne sera pas difficile
de démontrer qu'il est presque impossible de conser-
ver , dans les préparations ordinaires de ciguë, un prin-
cipe qui se décompose avec tant de facilité, puisque
pour l'obtenir on est obligé de soumettre la plante à
tous les agents qui le détruisent si rapidement, telles
que la dessicalion, la préparation de l'extrait à l'aide de
la chaleur et des évaporations. Geiger et Christison ont
observé que les feuilles sèches de ciguë et quelques
extraits de cette plante ne contenaient pas de conicine ;
Liebig affirme les mêmes résultats. Ce fait est facile à
expliquer et donne la clef des mécomptes thérapeuti-
ques : les extraits en général et les préparations de
ciguë, lorsqu'ils sont soumis à l'action de la chaleur,
perdent leur conicine, qui se décompose en ammo-
niaque et en matière résineuse. Le phénomène se pro-
duit aussitôt que l'extrait est arrivé à la consistance
de sirop bien cuit. D'un autre côté, les extraits bien
préparés, même ceux qui sont évaporés sous le vide,
perdent au bout de quelque temps toute leur conicine
et par conséquent leurs propriétés actives. Le peu que
17
nous savons touchant les procédés de Slorck dans les
préparations de ciguë dont il faisait emploi, nous
apprend qu'il préparait lui-même ses extraits à l'aide
d'une très-douce chaleur, et qu'il les administrait tou-
jours à l'étal récent. Ces trois conditions remplies
pourraient rendre compte, entre ses mains, de l'énergie
thérapeutique de ses préparations, dont si peu de pra-
ticiens depuis ont eu à se louer.
Ces résultats amèneraient à penser qu'il serait avan-
tageux de n'employer que la conicine, c'est-à-dire lé
principe héroïque et à grands effets de la plante,
comme on le fait pour la digitale. Mais nous venons de
voir que la préparation de cet alcaloïde est très-diffi-
cile, qu'il se transforme avec la plus grande facilité
en ammoniaque, et que , pour le conserver, on est
obligé de le mettre à l'abri du contact de l'air et de la
lumière. C'est pour obvier à ces inconvénients qu'un
jeune chimiste distingué, M. Ville, avaitproposé un pro-
cédé pour obtenir promptement et facilement de la coni-
cine assez pure pour être employée à l'usage médical.
Nous>-même avons expérimenté ce procédé; nous
avons cherché par l'intermédiaire du sucre à conserver
et à doser la conicine, mais nous n'avons jamais pu
réussir d'une manière satisfaisante, et nous avons été
conduit à penser avec M. Soubeiran que la difficulté
de la doser convenablement et surtout son altérabi-
lité seront toujours un obstacle insurmontable à son
' ..'^nrpî^K
J'^tNns''çk™Lalives pour introduire ce produit dans la
18
thérapeutique datent de 1847. Nous avons d'abord
essayé de le préparer eu distillant la ciguë contusée et
mêlée avec de la potasse caustique. Nous avons obtenu
une eau distillée très-alcaline et douée d'une odeur
particulière. Nous l'avons saturée par l'acide sulfurique
et mise à évaporer; mais à mesure que Pévaporation
se faisait, la liqueur devenait rose, et il se formait un
dépôt brun. Cette liqueur, évaporée convenablement,
a été mêlée avec de l'alcool pour en séparer le sulfate
d'ammoniaque qui se forme aux dépens de la conicine.
Filtrée et distillée avec de la potasse caustique, nous
n'avons obtenu qu'un produit fortement empyreuma-
tique et se rapprochant de l'esprit volatil de corne de
cerf. Enfin nous avons eu recours au procédé indiqué
par M. Ville. Nous avons pris la ciguë au moment où
elle allait fleurir. Cette ciguë a étépilée; son suc a
été séparé et mêlé avec de l'acide sulfurique. Il a été
porté à l'ébullition et filtré pour le séparer de son coa-
gulum. Il a été ensuite évaporé à moitié, traité avec
de la potasse caustique et introduit dans un flacon
bouché à l'émeri pour y être soumis à l'action de
l'éther sulfurique. Celui-ci, après quelques heures de
contact, a été reçu dans une cornue de verre pour être
distillé à la chaleur de l'eau bouillante. Le résidu qui
se trouvait dans la cornue , après l'évaporation de
l'éther, était un liquide jaune, huileux, et répandait
l'odeur caractéristique de la conicine. Cette opération
a été faite un grand nombre de fois. Nous n'avons
remarqué que dans deux circonstances un des carac-
19
tères dislinctifs assignés par les auteurs à la conicine ,
c'est-à-dire la couleur rouge de sang qu'y fait naître
le contact de l'acide azotique. Ceci conduirait à penser
que le produit n'est pas toujours identique; cependant
sa réaction était fortement alcaline, et il saturait bien
les acides. Dans cet état, M. Ville pense que la coni-
cine est suffisamment pure pour l'usage médical. Mais
comme elle ne peut pas être dosée, ce chimiste con-
seille de l'employer à l'état salin. Il a choisi à cet effet
le sulfate, qu'il incorpore dans du sucre et qu'il fait
sécher ensuite pour en connaître le poids. Mais le sel
de conicine qu'on obtient étant- en si petite quantité,
surtout par rapport au sucre qu'on est obligé d'y intro-
duire, il devient presque impossible d'en reconnaître
le poids d'une manière absolue, comme nous avons
pu nous en convaincre.
Trois grammes de ce produit huileux, acidulé et
séché avec du sucre n'ont pas donné en poids un excès
de plus de cinq centigrammes de sel. Nous avons admi-
nistré cette dose à un chien de moyenne taille. Il était
mort au bout de six minutes , après avoir présenté les
signes d'une paralysie complète du train postérieur.
La préparation saline qui correspondait à la même
quantité de conicine impure, et qui n'avait pas donné
plus de cinquante centigrammes après avoir été séchée
au milieu du sucre, ne produisit aucun effet sur un
chien de même taille.
Une goutte de conicine impure introduite dans le
bec d'un moineau le fit immédiatement périr. Il fallut
20
cinquante centigrammes de sucre ciculé, qui corres-
pondaient à peu près à un gramme de produit impur,
pour empoisonner un oiseau de plus forte taille, un
tiercelet. Ces expériences, faites dans le courant d'août
1847 à l'école vétérinaire de Lyon, achèvent de démon-
trer la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité d'ad-
ministrer directement la conicine. Nous avons dû y
renoncer et chercher une voie détournée pour intro-
duire dans la thérapeutique ce puissant alcaloïde.
CHAPITRE IV.
DES FRUITS DE LA CIGUË CONSIDERES COMME LE RECEPTACLE
DE LA CONICINE; NOUVELLES PRÉPARATIONS
PHARMACEUTIQUES.
Ne désespérant pas de remplacer les préparations
de ciguë employées jusqu'à ce jour, et dont l'insuffi-
sance est justement reconnue, par un produit qui fût
identique et d'une conservation indéfinie, nous avons
jeté lés yeux sur les fruits de la ciguë. C'est là en effet
que, d'après les expérimentateurs, le principe actif
de la ciguë est concentré et en quelque sorte embaumé.
C'est au moment de son entier développement, alors
que la plante entre en floraison, qu'elle contient la
plus grande quantité de conicine et que le principe est
le mieux élaboré. Plus tard il disparait et vient se
fixer sur la semence, où il se concentre en grande
quantité : il semble qu'il est destiné à présider au
phénomène de la fructification ; il se développe avec
la fleur, et son réceptacle final, c'est la graine. C'est
dans la graine que nous allons le chercher pour l'ex-
22
traire, c'est dans la graine que nous devons le trouver
pour l'usage médical. Non - seulement la conicine
abonde dans la semence de ciguë, mais encore elle
s'y trouve pour ainsi dire dans un état régulier et
indélébile. Dans le resté de la plante elle varie très-
souvent d'activité et de quantité, suivant une multitude
de circonstances. La nature, dans l'intérêt de la repro-
duction , a voulu que la semence fût entourée d'agents
conservateurs ; la conicine qui l'accompagne doit en
subir l'influence. Geiger, que nous pouvons citer à
l'appui, en a trouvé dans des semences qui avaient plus
de seize ans. Une de celles sur lesquelles nous avons
opéré nous-mème avait été récoltée depuis plusieurs
années. Il est sans doute difficile de déterminer par
l'analyse la quantité de conicine que contiennent les
fruits, mais il est aisé de constater qu'ils en contien-
nent plus que la plante elle-même. L'odeur des pré-
parations pharmaceutiques obtenues avec les fruits est
tout à fait différente de celle qui se dégage des extraits
ordinaires, de la décoction des feuilles , etc. Tandis
que les premières exhalent une odeur pénétrante de
chair rôtie et de céleri, les secondes ne fournissent
qu'une odeur vireuse et herbacée. Les fruits de ciguë
exposés à l'humidité et qui commencent à entrer en dé-
composition répandent des torrents d'ammoniaque, et
l'on sait que la conicine en renferme les éléments. En
faisantla même expérience avec les feuilles et les autres
parties de la plante, nous n'avons point remarqué le
même phénomène. La conicine étant volatile se ma-
23
nifesle à l'instant lorsqu'on met en contact avec la
potasse caustique un produit qui en contient. Ce réactif
est le plus sûr pour constater sa présence et faire recon-
naître si une préparation a été bien ou mal faite. Il
sera facile de comparer parce moyen et démettre en
rapport avec les fruits les préparations de feuilles de
ciguë réputées les meilleures, et on pourra voir la
différence qui existe entre elles et qui nous a paru
incontestablement à l'avantage des premières. Voici
d'ailleurs le résultat d'une expérience que nous venons
de pratiquer et qui nous semble péremptoire.
Quarante à cinquante grammes de poudre de fruits
de ciguë ont été épuisés par l'alcool pour préparer une
pommade. Le marc a été traité par l'eau acidulée avec
de l'acide sulfurique. On a ensuite séparé l'acide par
un excès de potasse caustique, et on a fait macérer
avec l'éther. L'éther a été décanté, évaporé à siccilé.
Il est resté dans le fond de la capsule un extrait rou-
geâtre à odeur prononcée de céleri et de chair rôtie.
Une goutte de cet extrait, qu'on avait ramolli avec un
peu d'alcool, a produit la mort d'un petit cochon d'Inde
au bout de quatre.minutes. L'animal, après une minute
de stupeur, a été saisi de quelques légers mouvements
convulsifs , d'une émission involontaire des urines ,
puis s'est traîné deux ou trois minutes avec ses pattes
de devant ( le]train [de derrière était complètement
paralysé) ; enfin la mort a eu lieu, et l'animal est.
tombé sur le côté gauche. En examinant les organes,
nous avons pu constater une odeur de conicine ana-
24
logue à celle de la substance déposée sur la langue.
Ceci était particulièrement sensible après l'incision de
l'abdomen et en flairant les parties. Le foie était
ramolli, violacé, ainsi que les intestins ; les poumons
étaient complètement dégorgés j tandis que le coeur
était distendu sur des caillots. Ainsi il résulte bien de
celte expérience que de la conicine a pu être encore
extraite d'un résidu de fruits qui avaient servi à la
composition d'un produit pharmaceutique.
Nous avons plusieurs fois constaté sur nous-mème
combien l'odeur de cet extrait était pénétrante. Après
nous être exposé pendant quelques minutes aux vapeurs
de cette substance échauffée, nous avons ressenti un
alourdissement de la tête, puis une sensation d'âcrelé
dans l'arrière-gorge. Celte sensation était presque
toujours suivie de la perception d'une saveur et d'une
odeur de céleri, comme si la salive eût été imprégnée
de cette substance. Si nous séjournions davantage dans
le laboratoire, nous étions presque sûr d'être atteint
d'une forte migraine le reste de la journée.
A. Expériences pharmacologiques sur les fruits
de la ciguë.
Nous avons fait de nombreuses expériences sur les
fruits de la ciguë ; cependant nous n'avons point la
prétention de présenter un travail d'analyse chimique.
Nous nous sommes attaché à l'utilité immédiate, à la
manière de traiter celte substance et de l'appliquer à
20
la pratique/Nous l'avons soumise à l'action de l'eau ,
de l'alcool et de l'éther. Nous pouvons dire que l'al-
cool est le meilleur dissolvant des semences de ciguë,
et que, pour les épuiser de leur principe actif, il en faut
une bien moins grande quantité qu'en employant un
autre véhicule. L'alcool a de plus la propriété de con-
server la conicine et de la mettre à l'abri de toute
décomposition , tandis que les décoctions ou infusions
aqueuses répandent l'odeur de cet alcaloïde qui parait
tendre à s'en séparer *. Les teintures alcooliques ne
répandent nullement l'odeur de la ciguë; elles ont, au
contraire, une réaction très-acide. Si on en fait éva-
porer quelques gouttes sur une capsule de porcelaine,
leur extrait prend alors une odeur vireuse particulière.
Si on en mélange une petite quantité avec de la potasse
caustique, celle-ci développe en lui une couleur jaune
et lui fait acquérir immédiatement l'odeur caractéris-
tique de la conicine. La chaux caustique produit le
même résultat; elle fait paraître la matière colorante
d'un jaune plus intense et la rend insoluble.
Nous, avons fait évaporer en consistance de sirop la
teinture alcoolique provenant de l'épuisement complet
de 500 grammes de fruits de ciguë, et nous l'avons
reprise par une petite quantité d'eau. Celle-ci a laissé
indissoute une huile verte très-épaisse, soluble entiè-
* La conicine éprouve une forte tendance à se séparer des liens qui la
retiennent. Ceci rappellerait une observation singulière que M. Guillier-
monrt père avait entendu faire à l'illustre Vauquelin, qui disait qu'il
fallait se défier des plantes alcalines.
26
rement dans l'éther, et dont la quantité s'est élevée au
poids de 30 grammes. Après avoir séparé cette huile
verte, si on lave avec de l'éther le produit des évapo-
rations alcooliques , on en retire encore une substance
résineuse jaune, qui n'a pas d'action sur le papier
tournesol, et qui a une forte odeur suî generis, diffé-
rente de celle que répand la conicine.
Après avoir fait subir aux eaux-mères de l'extrait
alcoolique ce traitement préalable, nous les avons in-
troduites dans un flacon d'une capacité trois fois supé-
rieure à leur volume, et nous les avons traitées par
une dissolution concentrée de potasse caustique et
successivement par l'éther sulfurique rectifié. Aussitôt
après l'addition de la potasse, une odeur très-pro-
noncée de conicine s'est manifestée dans le mélange,
et l'éther a pris une forte réaction alcaline. Nous avons
laissé le même éther (100 grammes environ) en rap-
port avec le mélange pendant douze heures, en agi-
tant très-souvent. Enfin on l'a décanté et remplacé par
de l'éther nouveau, et nous avons continué ainsi jus-
qu'à ce que l'éther fût devenu presque insensible au
papier tournesol. Nous avons remarqué que les
100 grammes d'éther mis en premier lieu s'étaient
chargés de presque toute la partie alcaline. 500 gr.
d'éther bien rectifié ont suffi pour épuiser presque
entièrement de son alcaloïde le mélange extraclif et
alcalinisé des 500 grammes de fruits de ciguë.
L'éther, ayant élé décanté complètement, a été mis
en macération sur du chlorure de calcium pendant
27
douze heures ; au bout de ce temps, il a été séparé et
mis à évaporer à la vapeur de l'eau bouillante jusqu'à
réduction d'un dixième de son poids. C'est là que réside
la conicine. Cet éther est jaune d'or, très-alcalin ; si
on en projette quelques gouttes sur une capsule de
porcelaine, il se volatilise et laisse pour résidu des
gouttelettes jaunes, huileuses , d'une odeur très-forte
ayant beaucoup de rapport avec l'urine de chat ; elles
rougissent si on les laisse en contact avec l'air; l'addi-
tion de l'acide sulfurique leur fait subir la même mo-
dification. Elle est excessivement vénéneuse, comme
nous l'avons prouvé. Enfin tous ces caractères nous
l'ont fait reconnaître pour de la conicine pure, mais
sans doute à l'état d'hydrate *.
Ce produit avait tous les caractères assignés par les
auteurs à la conicine ; il rougissait avec l'acide sulfu-
rique ; le tannin et l'eau iodurée le précipitaient abon-
damment; l'acide oxalique y formait un précipité cris-
tallin qui se redissolvail dans l'eau ; enfin il répandait
des vapeurs blanches comme l'ammoniaque quand on
faisait passer à sa surface une barbe de plume imbibée
d'acide acétique. Cette conicine prenait rapidement
une couleur foncée, et au bout de quelques jours
passait entièrement au rouge. Dans ce dernier état,
* La couleur jaune de la conicine ne paraît point lui être propre; nous
la croyons incolore. Nous pensons qu'elle est due à la matière résineuse,
soluble dans l'éther, que nous avons signalée plus haut. En elTet, si, au
lieu de traiter l'extrait alcoolique par de la potasse caustique, on le traite
par la chaux, l'éther reste incolore.

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