Récit de la guérison miraculeuse de la soeur Langerfeld, membre de l'église des Frères de l'unité [racontée par elle-même]

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impr. de M. Ducloux (Paris). 1853. Langerfeld. In-12, 11 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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RECIT
SE LA
GUÉRÏSON ilRACULEUSE
DE LA
SOEUR LANGERFELD,
RE DE L'ÉGLISE DES FRÈRES DE L'UNITÉ.
Je naquis en 1733 à Asweiler en Lorraine, où mon
père était marchand de blé. Dès ma septième année
j'entrai en service chez le frère de ma mère à Kirch-
weiler en Alsace, pour soigner ses enfants. Il me
traita, ainsi que ma tante, avec la plus grande dureté,
parce que je ne pouvais pas faire tout ce qu'on exi-
geait de moi. Je n'eus que très peu de nourriture et
fus toujours maltraitée de coups, sans qu'on eût la
moindre pitié de moi. A dix ans, lorsqu'on était à ca-
cher les blés et les fruits, il survint un orage, et mon
oncle me surchargea tellement, qu'il me fut impos-
sible de porter le poids du fardeau. Après quelques
pas je succombai, jusqu'à ce qu'enfin m'étant traînée
jusqu'à la grange, les forces me manquèrent, et je ne
pus me relever. Mon oncle étant survenu, se mit dans
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une colère si terrible contre moi, qu'il me foula aux
pieds ; et me jetant comme une paume, il s'en alla,
et me laissa exposée à une pluie très forte. J'avais
presque perdu connaissance; et la douleur du côté où
il m'avait frappée, ne me permettait pas de me lever.
Cependant, au bout d'une demi-heure, je parvins à
une écurie, me traînant sur les pieds et les mains. Je
m'appuyai sur une botte de paille, qui céda, et tout le
tas tombant sur moi, me couvrit entièrement; je pou-
vais pourtant respirer. Dans cette situation je passai
quarante-huit heures, depuis le lundi jusqu'au mer-
credi. Enfin, ma bonne grand'mère, âgée de quatre-
vingts ans, qui me cherchait, et se lamentait à cause
de moi, passa près de là. Je pus encore frapper du
pied, et d'une main remuer tin peu la paille, ce qu:
l'engagea à voir ce qu'il y avait dessous. C'est ainsi
qu'elle me trouva dans des habits mouillés et presque
morte; elle fut si touchée de ma misère, qu'elle
s'assit, pleurant longtemps avec moi, sans penser à
me procurer du soulagement; ensuite, prenant son
bâton d'une main, et moi de l'autre, elle me con-
duisit à son fils, lui disant, en me remettant à lui :
Je me suis tant donné de peine avec toi, et je vois que
j'ai élevé un meurtrier. Il ne fit aucune réponse ; mais
sa femme répondit d'un ton moqueur : Ne suffit-il
pas qu'on ait retrouvé la dragme qui était perdue?
Les quatre premières semaines, je ne pus proférer un
mot, et je devins percluse. Comme personne ne me
soignait, mon corps devint si raide qu'à peine pou-
vais-je remuer un membre, et on continuait de me
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maltraiter cruellement, et de me faire endurer la faim
et la soif. J'en serais morte sans le secours d'un petit
garçon, le premier enfant que j'avais soigné, qui, par
pitié, partageait secrètement son pain avec moi. On
aurait été touché de voir cet enfant me nourrir,
comme un pigeon nourrit ses petits. Comme on croyait
que chaque jour serait le dernier de ma vie, on me
mettait devant la porte à la rue, afin que les voisins
ne crussent pas que j'étais morte. Mais en hiver, on
me mettait dans une caisse derrière le fourneau, sou-
vent d'un soir à l'autre, sans m'en sortir; mais si,
cédant à mes prières, ma tante daignait me mettre au
large, c'était en m'arrachant de là par mon bras per-
clus. C'est dans cet état de misère qu'on ne peut dé-
crire que. je restai quatre ans sans aucune espérance
de secours humain; ce qui me porta enfin à implorer
l'assistance de Dieu, et à chercher la seule chose né-
cessaire: je devins en peine de mon salut; je pleurai,
je sollicitai souvent le Seigneur Jésus de mettre fin
à mes peines, et de me retirer heureusement à lui.
Mon désir d'avoir les consolations du Sauveur deve-
nait chaque jour plus fort ; je priai souvent le petit
garçon de me lire la Bible, surtout l'histoire de la
passion de notre Seigneur, qui, en me faisant répan-
dre bien des larmes, me remplit de nouvelles forces.
Le 23 avril 1747, jour que je n'oublierai de ma vie,
j'étais placée à la porte comme à l'ordinaire; mon
coeur était plus que jamais rempli d'amertume, et je
soupirais après ma délivrance. Le coeur ainsi op-
pressé, je priai le petit garçon de me lire encore dans
la Bible, pour me consoler. Par la direction du Sei.
gneur, il me lut des passages des évangiles sur les
miracles du Sauveur; comment, dans les jours de sa
chair, il rendit la vue aux aveugles, fit marcher les
boiteux, et guérit toutes sortes de maladies. Je fus
surtout frappée de l'histoire de l'homme qui avait la
main sèche, et ce fut cette guérison qui jeta dans mon
coeur la première lueur d'espérance et de consolation.
J'eus l'assurance que Jésus regardait ma misère, puis-
que, ainsi que ce pauvre homme, j'étais dénuée de tout
secours humain. En m'enfonçant dans cette méditation,
mon espérance et ma confiance dans le Sauveur s'aug-
mentaient d'un moment à l'autre. N'ayant d'abord dé-
siré et soupiré que dans le fond du coeur, ma prière
devint plus forte, et je fis cette exclamation : Ahl
mon Jésus, si Tu veux m'aider, je ne vivrai que pour
Toi! Je ne pouvais cesser de prier, parce que je
sentais un bien-être intérieur, et comme si le Sauveur
eût fait retentir dans mon âme qu'il m'avait exaucée.
En priant ainsi à haute voix, je sentis derechef,
comme la première fois, une joie ineffable, que je ne
pourrais décrire. Il m'arriva comme à un homme
dont les membres sont engourdis, et qui sent ensuite
certains mouvements dans son corps. Peu à peu
ces sensations parcoururent tout mon être, et des sen-
timents d'une félicité ineffable pénétrèrent toute mon
âme. Il me semblait que le Sauveur était devant moi,
!a main étendue pour me guérir. J'essayai de mettre
,en mouvement mes membres engourdis l'un après
l'autre, premièrement la main droite, qui reposait

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