Récit fidèle et complet de tout ce qui a précédé et suivi la découverte du testament de la Reine... par M. Montjoye,...

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Vve Lepetit (Paris). 1816. In-8° , 24 p., fac-sim..
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Publié le : lundi 1 janvier 1816
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RECIT
FIDÈLE ET COMPLET
DE TOUT CE QUI A PRÉCÉDÉ ET SUIVI LA DÉCOUVERTE
TESTAMENT DE LA REINE.
IMPRIMERIE DE Mme. Ve. PERRONNEAU,
QUAI DES AUGUSTINS, N° 39.
RECIT
FIDÈLE ET COMPLET
DE TOUT CE QUI A PRECEDE ET SUIVI LA DECOUVERTE
DU
TESTAMENT DE LA REINE,
Avec le fac simile de ce Testament, beaucoup plus correct
que tous ceux qui ont paru jusqu'à présent ;
PAR M. MONTJOYE,
Auteur de I'HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE.
A PARIS,
Chez Madame Ve LEPETIT, Libraire, rue Pavée-
Saint-André-des-Arts, n° 2.
1816.
TESTAMENT DE LA REINE,
ET
Récit de ce qui a précédé et suivi la découverte
de cette pièce.
L'HISTOIRE de la Reine Marie-Antoinette ,
était le seul monument élevé à la mémoire
de cette auguste princesse. Aucun des faits
dont cette Histoire se compose, n'avait excité
la plus légère réclamation. Les personnes
les plus difficiles à convaincre , soit qu'elles
tinssent trop à des préventions légèrement
conçues, soit qu'intérieurement elles eussent
des reproches à se faire , n'osaient cependant
inculper ouvertement la véracité de l'auteur.
Une seconde édition de son ouvrage, donna
un nouveau degré de force à la foi qui lui.
était due; car cette seconde édition fut faite
sous les yeux de Mme la princesse de Chimay,
un tel témoin était irrécusable : chacun savait
que Mme de Chimay, attachée trente ans à la
feue Reine, par un service particulier et ho-
norable , en donnant dans la première cour
de l'Europe, l'exemple de toutes les vertus ,
(6)
s'y était sur-tout distinguée par une horreur
invincible pour ce qui avait même l'apparence
du mensonge ; et, comme on l'a vu , ce fut
quelques heures avant sa mort, qu'elle attesta
la vérité des faits qui honoraient la mémoire
de l'auguste et digne épouse de Louis XVI.
Qu'opposer à une telle déposition qui tire du
moment où elle a été faite , un caractère re-
ligieux ?
Aujourd'hui , un témoignage plus éclatant
encore confirme le récit de l'historien, et ne
laissé plus à la calomnie d'autre ressource que
de se taire ou de se rétracter. Ce témoignage
est celui de la Reine elle-même. L'écrit, jus-
tement appelé son Testament, puisqu'il pré-
sente ses derniers voeux, sanctionne l'opinion
que la lecture de son Histoire avait donnée de
la bonté de son coeur, de la magnanimité de
son âme, de la force de son courage, de son
héroïque résignation, de son angélique indul-
gence.
Quel malheur pour les contemporains, pour
la postérité, pour l'univers entier, si une telle
pièce eût été perdue , anéantie ! C'est par un
miracle tout particulier de la Providence que
nous possédons ce lugubre et douloureux mo-
nument, cette preuve terrible des forfaits où
peuvent entraîner les passions déchaînées par
( 7 )
l'impiété. Et ce qui ajoute au bienfait de la
Providence , c'est qu'elle a permis que ceux-là
même qui avaient égorgé la victime , gar-
dassent religieusement, et laissassent ensuite
échapper de leurs mains l'écrit qui devait dé-
voiler toute leur férocité. Avant d'en donner
le texte , on croit devoir faire connaître au
lecteur de quelle manière on est parvenu à sa
découverte.
La Reine, descendue du tribunal, ou plutôt
de l'antre où sa mort avait été résolue , et
n'ignorant pas que les tigres altérés de son sang,
étaient impatiens de le répandre, voulut profiter
du peu d'instans que lui laissaient les préparatifs
de son martyre, pour consigner dans un écrit
ses dernières pensées, ses dernières volontés :
elle crut devoir adresser cet écrit à la princesse
Elisabeth , imaginant que cette princesse sur-
vivrait aux orages révolutionnaires-: c'était une
illusion digne de sa belle âme. Comment les
misérables qui n'avaient pas épargné le saint
Roi son époux , auraient-ils pu épargner sa
belle-soeur ? comment les monstres qui ne res-
pectaient pas même la divinité, auraient-ils pu
respecter l'ange Elisabeth ? Eh ! n'avons-nous
pas entendu ces mêmes hommes , ou du moins
les héritiers de leur rage , crier comme des for-
cenés , en se pressant sur les pas de l'échappé
( 8)
de l'île d'Elbe : Vive la Mort ! à bas Dieu !
vive l'Enfer ! La postérité voudra-t-elle le croire
qu'il se soit trouvé parmi nous une classe
d'hommes qui ait proféré des blasphêmes jus-
qu'alors inouis ? L'idée d'un Dieu les impor-
tunait ; ils desiraient la mort pour tous ceux
qui ne partageaient pas leur sacrilège fanatisme ;
et se rendant justice, ils invoquaient pour eux-
mêmes l'enfer.
La princesse Elisabeth pouvait-elle ne pas être
dévorée à son tour par de telles bêtes féroces ?
Hélas ! elle fut même privée de la seule con-
solation qu'elle eût pu encore goûter; les adieux
de sa belle-soeur ne lui parvinrent pas. Ceux
qui surveillaient la Reine, dépités, impatiens
de son imperturbable présence d'esprit, ne lui
laissèrent le tems ni d'achever ni de signer la
lettre qu'elle écrivait; ils la lui arrachèrent bru-
talement. Ainsi la fille des Césars , qui, comme
l'héritier de Henri IV, devait souffrir toutes les
sortes de douleurs, eut en périssant la déchi-
rante conviction que sa soeur, que son amie
ne recevrait pas la dernière preuve d'affection
que dans l'épouvantable dénûment où une in-
justice et une cruauté sans exemple l'avaient
jetée, il eût été en son pouvoir de lui donner.
Munis de cet écrit sacré, ceux qui s'en étaient
emparés le portèrent comme une conquête
(9)
digne d'eux , à Fouquier-Tainville , que les
maîtres du jour avaient travesti en accusateur
public, et qui était pour ses subordonnés ce
qu'était le vieux de la Montagne pour ses es-
claves. Mais le tigre Fouquier-Tainville était
lui-même subordonné à un chef non moins
puissant que lui en méchanceté , mais plus
puissant encore en autorité. Ce fut à ce chef,
à Robespierre, que l'on ne peut nommer sans
frisonner d'horreur , que Fouquier remit la
lettre de la Reine.
Robespierre, par un juste châtiment de Dieu,
ayant péri sur le même échafaud qu'il avait
arrosé du plus pur sang de la France , l'as-
semblée qui s'était emparée du gouvernement,
nomma des commissaires pour visiter les papiers
de cet antropophage , et y mettre le scellé.
Le conventionnel Courtois fut un de ces com-
missaires. Le royal testament tomba entre ses
mains ; il sentit toute l'importance de cette
découverte, n'en parla à personne, et conserva
religieusement cette pièce. On dit que lors de
la première arrivée du Roi, il informa à di-
verses fois deux ministres , qu'il était dépositaire
d'une lettre de la feue Reine , et que les deux
ministres, par des motifs qu'il devient inutile
de discuter , ne tinrent aucun compte de la
confidence qu'il leur faisait.

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