Récit populaire de la peste de 1720 à Marseille

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Impr. de Samat (Marseille). 1867. Marseille (France). 12 p. ; 24 cm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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RÉGIT POPULAIRE
DE LA
PESTE DE 1720
A! MARSEILLE
MARSEILLE
IMPRIMERIE S A MAT
Quai du Canal, 9.
1809.
RÉCIT POPULAIRE
*
DE LA
PESTE DIE 1*720
A MARSEILLE
La pesto fut apportée à Marseille par un navire venu de Seyde, le
3i janvier 1720, avec patenta nette.
Le 25 mai, le Grand Saint-Antoine, commandé par le capitaine
Chataud, arriva en face du ChAteau d'If, après avoir fait éclielleà
Tripoli, à Chypre et à Livourne. Six hommes étaient morts dans les
quatre mois de la traversée. En arrivant à Marseille, le capitaine Cha-
taud produisit un certificat constatant que les hommes de son équi-
page étaient morts d'une fièvre maligne pestilentielle. Néanmoins on
lui permit de débarquer ses marchandises au Lazaret au lieu de les
renvoyer selon l'usage à l'île de Jarre.
Le 27 mai, la mort d'un matelotobligealesintendants à prolonger
la quarantaine , mais le rapport du médecin Gueirara qui ne
reconnut ce cas de peste, laissa les employés de l'intendance dans une
fausse sécurité. Cependant le fléau sévit à bord du Grand Saint-
Antoine. Le 12 juin, le garde de la quarantaine succombe. Le 23 du
même mois, un des mousses tombe malade. Les intendants de la santé
commencent à s'émouvoir et font transporter les marchandises à l'île
de Jarre,pour y être soumises à la désinfection. Les portefaix chargés
de ce travail, sont atteints par le fléau et visités par le médecin Guei-
rard, qui s'obstine à nier la maladie. Les intendant, se défiant avec
raison de la science de ce docteur, font appeler Croiset, chirurgien
major des galères, et Bouzon, voyageur levantin. Ces derniers,
dans leur rapport officiel du 8 juillet, déclarent les malades atteints de
la peste. Les marchandises envoyées à l'île de Jarre y sont brûlées
par ordre de la cour. Mais depuis le 14 juin les passagers du Grand
Saint-Antoine avaient eu la permission d'entrer dans la ville, après
une quarantaine de quinze à vingt jours; il n'en fallait pas d'avantage
pour répandre le fléau dans les vieux quartiers de la cité. En effet le
20 juin, dans la rue Belle-Table, Marguerite Dauptane, dite la Jugesse
tombe malade et meurt sans que le médecin appelé à la soigner, ait
reconnu la peste. Le 28 du même mois le tailleur Creps' et sa famille
ont le même sort. La femme Eigazière et Tanouse, à la rue l'Échelle,
les suivent de près. MM. Peissonel père et fils dénoncent aux éche-
vins la mort d'un enfant, Eyssalène et les siens, atteints à la place de
Lenche, vont mourir aux infirmeries. Le 11 juillet, le nommé Boyal,
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venu du Levant, tombe malade et meurt de la peste, bientôt on
compte de nombreuses victimes du fléau dans la rue do l'Oratoire et
alaplaco des Prêcheurs. Le 18 juillet, Sicard, fils, médecin do la
Miséricorde et Bouzon attribuent les cas do pesto à des fièvres vermi-
neuSes. Celto erreur contribuo à la propagation do la contagion,
enfin la maladie prend des proportions inquiétantes. On isole les rues
infectées et on transporte la nuit, dans un profond silence, les malades
aux infirmeries. Les échevins demandent au syndic du Collège un
médecin qui sera chargé de visiter les pestiférés. Le docteur Michel,
désigné parle sort, va s'enfermer au Lazaret.
Déjà le fils du docteur Peissonel, sans refléchir aux conséquences
de son indiscrétion, avait répandu le bruit que la peste était dans nos
murs. Cette fatalo nouvelle s'est bien vite répandue dans les villes
voisines, et le parlement d'Aix, par son arrêt rendu le 2 juillet, défend
toute communication entre Marseille et le reste de la Province. Sur la
demande des échevins, quatre médecins et quatre chirurgiens avec
des aides et des pharmaciens, sont envoyés par le syndic du Collégo et
le corps chirurgical pour faire le service médical dans la ville. MM.
les docteurs Bertrand, Raymond, Audon et Robert, sont unanimes i\
constater la présence du fléau pestilentiel,mais on no croit pas à leurs
déclarations. Les échevins, pour rassurer la population, font publier
que le rapport des médecins conclut à une fièvre causée par les mau-
vais aliments et la misère. Mais les médecins proclament bien haut
que la peste est a. Marseille. C'est alors qu'na officier municipal les
accuse de vouloir se faire de celte maladie imaginaire un nouveau
Mississipi; ce mot injuste et imprudent soulève la population contre
les médecins et accroît l'irritation dec?s derniers contre les échevins.
La terreur a mis en fuite les riches et les fonctionnaires publics.
Le viguier et les échevins restent seuls en face du danger avec quel-
ques centaines de francs dans la caisse municipale. Bientôt la disette
commence à se^faire sentir. Le 3 août, M. le Marquis de Pille.gouver-
r.eur de la ville, averti de l'effervescence populaire, se montre avec
Moustiers, et parvient à calmer les esprits. Les échevins obtiennent
d« M. Lebret, intendant de la Province, et de Messieurs les Consuls
delà ville d'Aix, que des marchés soient établis entre les deux cités
pour l'approvisionnement de Marseille. M. le Marquis de Yauvenar-
gues, premier procureur de la Province, accompagné de quelques
gentils hommes et d'une escorte se rendit à Notre-Dame, à deux
lieues de Marseille, pour s'aboucher avec l'échevin Estelle 2t Capus,
secrétaire delà ville.
On convint qu'on établirait un marché aux deux avenues de Mar-
seille, et un troisième au quartier de l'Estaque. Le concordat, homo-
logué par arrêt du parlement, fui publié dans toute la Province, et en
peu de temps, les denrées affluèrent sur les trois marchés.
Cependant la disette atteignait aussi les citadelles; les officiers
demandèrent impérieusement des vivres, menaçant de laisser les
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«
soldats furieux se pourvoir eux-mêmes si on ne venait a leur secours.
Il fallut toute l'activité de M. Rigord, subdélégué de M. l'intendant,
pour tenir tête à toutes ces difficultés, car le fléau s'introduisit aussi
dans les forts.
M. Audibert, chirurgien des galères , sauva quelques soldats
à l'aide d'un violent émétique qu'on appelait son furet.
Grâce à l'ordre et à la discipline, la maladie fit moins de victimes
quo dans la ville. Dèf qu'un cas de peste se déclarait, on transpor-
tait le malade dans un hôpital spécial a quelque distance des forts.
Des mesures énergiques furent aussi pi ises pour garantir les galè-
res de l'invasion du fléau. Elles furent dirigées du côté de l'Arsenal,
et séparées par une barrière de l'entrée du port. On pourvut ensuite
à leur subsistance.
Plusieurs tartanes allaient à Toulon et à Bouc s'approvisionner ré-
gulièrement. On éleva aussi un hospice provisoire à la Corderie où
l'on portait les personnes soupçonnées d'être atteintes de la peste.
Depuis le 31 juillet, le fléau avait envahi les chiourmes et l'arse-
nal ; mais les ravages y fuient moins sensibles qu'en ville. C'est
vers la même époque que, sur la proposition du médecin Sicard, les
habitants de la ville allumèrent do grands feux avec du soufre, pen-
dant trois jours consécutifs, pour purifier l'air des miasmes pestilen-
tiels. Mais ces feux multipliés dans une saison brûlante fournirent un
aliment nouveau à la contagion.
La fuite devint alors générale. Les uns allèrent camper sur le pla-
teau Si-Michel ; les autres se répandirent dans la campagne et sur
les collines environnantes ; les marins s'embarquèrent et se tinrent au
large.
En présence de tant de malheurs, de désordres et de difficultés de
tout genre, le dévouement ne fait défaut ni aux échevins ni au
clergé du diocèse, ni aux religieux des divers ordres. Monseigneur
de Belzunce, par son inépuisable charité, s'élève jusqu'à lhéroïsme,
il donne l'exemple de l'abnégation la plus complète, et se porte par-
tout où il y a des malades à secourir, des mourants à consoler et à
fortifier contre les horreurs de la mort. Tous, prêtres et religieux,
courent auprès des pestiférés et se disputent la gloire de mourir dons
l'exercice de leur saint ministère. A l'horreur et à la frayeur qu'ins-
pirent les coups multipliés de la mort, se joignent le denûment, la
misère et l'abandon des malades. Les échevins ont à surmonter des
difficultés innombrables que l'effrayant accroissement des malades et %
des victimes accumule tous les jours devant eux. Ils rendent diver-
ses ordonnances de police fort sages mais d'une exécution difficile vu
le petit nombre d'hommes dont ils peuvent disposer. Toute fois ils
mettent sur pied quatre compagnies de milice, des gardes à l'flôtel-
de-Ville et des commissaires dans chaque quartier. Ils s'occupent avec
activité de la subsistance des indigents nombreux qu'a créés la ces-
sation du travail.

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