Récits d'outre-tout

De
Publié par

Lacérer le pantalon et le slip d’un garçon pour voir s’il est circoncis et d’un mouvement d’éclair l’égorger car il l’est ?... Centaure sera-t-il tué uniquement parce qu’il avait une telle envie de monter son cheval venu de l’imaginaire ? Le criminel de guerre qui se cache à l’Occident sous le faux nom sera-t-il découvert ? Trois hommes vont-ils attaquer ce tombeau-sanctuaire et commettre ainsi le crime qui blessera profondément les sentiments religieux des citoyens ? Voilà quelques récits d’outre-tout trempés dans la haine et la cruauté bestiale. Les préjugés ont-ils un poids sur la vérité où les complexes se cachent derrière l’impudence d’une logique tordue ?


Publié le : mercredi 19 août 2015
Lecture(s) : 0
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332936813
Nombre de pages : 50
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93679-0

 

© Edilivre, 2016

Érection
Osman Arnautović

« Le paradis est fait de souffrances. »

Ma mère Timka

Ce que Goran détestait le plus, c’était de faire ses devoirs scolaires. Il aimait dessiner. Même maintenant, pendant qu’il recopiait dans son cahier « 1 x 3 = 3, 2 x 3 = 6, 3 x 3 = 9, etc. » de sa table de multiplication, il avait envie d’interrompre cette série ennuyeuse et de continuer à dessiner le cheval sur la feuille qu’il avait cachée sous le manuel de maths. Aller à l’école, c’était un plaisir pour lui. Il aimait surtout les leçons pendant lesquelles l’institutrice leur racontait les histoires extraordinaires des peuples anciens, des habitants des continents lointains. Il adorait dessiner les animaux, comme les dinosaures, et puis, en donnant libre cours à son imagination, aimait leur inhaler de l’âme et les regarder dans un combat farouche. Pourtant, sortir de l’école avec ses copains et s’abandonner à l’élan juvénile, courir au parc pour ramasser les marrons, rivaliser en vitesse, jouer au foot sous la surveillance vigilante de « Kaiser », le gardien du parc en uniforme vert – qui s’ennuyait évidemment –, c’était le rêve de tous les rêves !

Mais rien n’était plus comme d’habitude. Son institutrice, aimable, souriante, prête à l’aider, à caresser ses cheveux, était devenue tout d’un coup lointaine, sérieuse, étrange. Ses sourires, à vrai dire très rares ces derniers jours, étaient maintenant réservés aux autres enfants. Elle l’ignorait. Pourquoi ? Il ne savait pas. Peut-être ces effervescences dans la ville et à la télévision l’avaient probablement perturbée, l’avaient poussée dans cet abîme de non-sens et elle a côtoyé, elle aussi, le comportement incompréhensible des autres adultes.

Mais pourquoi a-t-elle fait, hier, une nouvelle disposition des élèves de la classe ? Lui, il était à présent sur le même banc que Fatima, la fille discrète, solitaire, pusillanime, qu’il n’aimait pas. Depuis toujours c’était la sainte règle de disposer les meilleurs élèves avec ceux qui avaient besoin d’une aide, les plus turbulents aux premiers rangs. Comment alors comprendre les nouveaux critères de cette disposition ? Lui, il était bon élève, Fatima aussi.

Goran essayait d’établir un contact visuel avec son institutrice, désireux de lire dans ses yeux les raisons de ce changement impétueux et si douloureux. Elle continuait à enseigner, à les interroger, mais c’était différent : son sourire avait été remplacé par des tics spasmodiques au coin gauche de sa lèvre supérieure et elle n’était plus belle. Le garçon avait envie de pleurer. Quand il a dit à son père ce qui s’était passé dans sa classe – la nouvelle disposition, le comportement étrange et réservé de son institutrice –, celui-ci ne montra aucun étonnement. Il grommela une explication vague, mentionnant des « noms différents », des « stupidités nationalistes », et ce fut tout. Lui, pauvre garçon, n’avait rien compris. Dans la classe, son regard suivait avec insistance les mouvements, les gestes, le va-et-vient de Madame et ce qui était évident – Goran était sûr de son raisonnement – : elle était tournée presque tout le temps vers les deux rangs à droite de la nouvelle disposition. Goran commençait à citer dans ses pensées les noms des élèves de l’autre côté : « Jovan, Stevan, Djuja, Pantelija, Savatiye» ; et de « son » côté : « Himzo, Halil, Fatima, Hafiz, Himziya, Goran** ». Mais lui, il ne voyait aucune différence. À quoi son père pensait-il en parlant de « noms différents » ? Un nom, c’est un nom. Pour appeler quelqu’un et pour que tout le monde sache à qui on s’adresse. Cela le troublait énormément.

En sortant de l’école, il rentrait directement à la maison. Les autres enfants ne manifestaient pas non plus leur envie d’aller au parc. En plus, le comportement bizarre et les visages grincheux, sérieux et tendus des adultes, comme en attente, l’intriguaient. Goran comprenait qu’il était arrivé quelque chose de non-naturel, de dangereux, il les écoutait parler en chuchotant « d’un dirigeant charismatique », « du nationalisme », « des Tchetniks », mais il ne connaissait pas du tout la signification de ces mots. Dans son monde de jeux d’enfants, de héros de bandes dessinées, de chimères si séduisantes qui débordaient de sa tête, tout était possible et clair comme le soleil. Au contraire, les adultes, quant à eux, qui ne savaient jamais éviter l’inanité de leur austérité, avaient l’air de noyés qui regimbaient en panique, mais qui ne désiraient pas être sauvés. Le plus souvent embêtants, partiaux, énervés, ils gâchaient tout, comme d’habitude. Ses parents surtout. Ne comprenant pas du tout le monde trop étroit des grandes personnes, il ne pouvait plus respirer normalement. Il rêvait de s’introduire dans leur univers, uniquement pour deviner leurs secrets. Mais pour lui, il était totalement impossible de se dégager de son monde d’insouciance et de voltige, infini et éternel, pour se précipiter dans un autre si limité et si obscur. Tous les soirs, après le souper, ses parents s’installaient devant la télé et regardaient des créatures vêtues de complets foncés, graves, orgueilleux, solennels, autour d’une grande table ronde. Ils les écoutaient attentivement, comme si leur vie dépendait des paroles absurdes et incompréhensibles. Cela dépassait toute l’intelligence du petit.

Le bruit, derrière lui, le fit sursauter. Il cacha vite le dessin et continua son devoir : « 4 x 3 = 12, 5 x 3 = 15, etc. ». Son père entra et s’approcha de la vitrine.

« Tu travailles. C’est bien, dit-il en fouillant dans un tiroir. Zeyna, je ne trouve pas ! cria-t-il.

— Mais comment ? »

...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant