Auto-biographie

De
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Bernard Bitu nous invite ici à partager
sa passion pour l’automobile. Il nous raconte
son parcours, de ses premiers souvenirs de
conducteur à la pratique du sport automobile
en amateur, en passant par la précision des
réparations techniques. Entrecoupée de billets d’humeur
et d’humour, la route se poursuit, riche en anecdotes et en
souvenirs. Dans ces pages, les vedettes sont les voitures
mythiques qui ont traversé nos rêves ou emprunté nos
chemins.
Prenez place et préparez-vous à sourire :
vous êtes sur le circuit à grande vitesse de la vie.
Publié le : mercredi 15 juillet 2015
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EAN13 : 9782372860239
Nombre de pages : 496
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© Éditions Bergame, 2014

 

Pour tout contact  :

Éditions Bergame — 9 rue du Quatre-Septembre — 75002 Paris

www.editions-bergame.com

 

À mes proches,

 

À mon frère Michel, à mes parents, à mes chers disparus,

 

À toutes celles et ceux qui ont joué leur petite note dans cette partition,

 

À tous les membres de mon Assistance, ils m’ont permis ce parcours

 

« Si c’est la raison qui mène l’Homme,
c’est la passion qui le conduit. »

 

J-J. Rousseau

 

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Bernard Bitu à la troisième rencontre du modélisme et de
l’automobile du Mesnil Saint Denis le 23 septembre 2012

 

 

D’un ami d’enfance

 

L’auteur veut faire partager son expérience de la pratique du sport automobile amateur. Expérience difficile et enrichissante pour un passionné disposant de peu de moyens mais de beaucoup de volonté.

 

Avant d’arriver à ce moment fort de sa vie, il décrit depuis sa plus tendre enfance jusqu’à son arrêt de la course ses différents rapports à l’automobile. Il n’a pas négligé les autres aspects de sa vie qui ont participé à développer son amour de la mécanique et son envie de pratiquer ce sport.

 

Son récit est constitué d’anecdotes relatées avec son humour et son amour des mots, de leurs jeux, des devinettes, de ses coups de cœur et de gueule !

Il s’est forgé en autodidacte sa culture et son humanisme grâce à sa volonté. Il veut faire découvrir ses joies et ses bonheurs, ses succès et ses échecs à ses lecteurs…

 

 

Avant que l’automobile ne soit plus un plaisir…

ou quand l’automobile était mécanique.

Remerciements

 

 

 

Merci à Roger, le lecteur de la première version, coulée brute de fonderie, pour ses conseils ponctués de bonnes intentions, et à Benjamin pour avoir pris le relais et tenu le rôle du « candide » de cette épopée.

 

Merci à Alain pour la rédaction de la préface et l’aide apportée pour extraire à coups de points et de majuscules les pépites que recèle, peut-être, ma gangue textuelle… et pour en avoir assuré l’ingrate correction.

 

Merci à Pascal, Président de l’AvenirCup, pour ses dépannages en tout genre et pour le portrait fidèle de l’amateur passionné que j’étais.

 

Merci à AvenirCup pour leur promotion.

 

Merci à Jean-François d’avoir mis à ma disposition le local de Guyancourt pour héberger l’ARC et son plateau.

 

Merci particulier à celle qui a relu et assuré la mise en page et la correction finales de tous les récits même de ceux non partagés… Jacqueline a également réalisé le portrait qui accompagné « Terminus ».

 

Merci à Patrick, il est l’auteur des aquarelles originales reproduites dans ce récit.

 

Et bien sur merci à Jean-Claude, l’imprimeur des premières versions, il a mis ses machines et son temps à ma disposition pour que ce projet d’écriture devienne une réalité présentable pour le mettre sur les rails d’autres voies.

 

Nanar ? Un cas !

 

 

 

Voilà quelqu’un qui est parti du bas de l’échelle, quittant l’école assez jeune, comme souvent à l’époque, apprenti puis ouvrier puis technicien puis ingénieur, toute cette ascension à la force de sa volonté. Marié, père de deux enfants, une fille un garçon (la cible idéale des sondeurs), un pavillon dans une ville nouvelle en région parisienne, l’archétype du français moyen des trente glorieuses comme les dirigeants auraient voulu que tout le monde soit.

 

Mais pour se démarquer, entre autres passions, plus encombrante, plus polluante, pouvant s’avérer ruineuse à tout point vue (financier et familial), l’assaille depuis son jeune âge : les engins motorisés, peu importe le nombre de roues.

 

C’est à travers cette passion commune que nous avons été appelés à nous rencontrer dans la deuxième moitié des années 80 sur les circuits français dans le cadre de la Coupe de l’Avenir.

 

Alors là, passionné mais amateur ou plutôt faisant avec le temps et les moyens dont il disposait : camping car démodé pour tirer une remorque manquant d’entretien, surmontée d’une barquette préparée à la va-vite et hâtivement déchargée, cela pour participer à la séance d’essais dans quelques minutes qu’il n’est d’ailleurs pas sûr de mener à son terme n’ayant pas remis d’essence ou fait la purge des freins…

 

Voila le Nanar que l’on a côtoyé pendant quelques saisons et qui mettait l’ambiance dans les parcs, dévoré par sa passion qu’il avait beaucoup de mal à assumer.

 

Sa nouvelle passion pour l’écriture est bien la preuve de sa volonté et de sa détermination d’aboutir même sans prédispositions particulières.

On l’imagine mal finir sa vie en jouant aux boulles avec ses collègues de la maison de retraite sauf s’il peut étudier une nouvelle implantation du terrain en fonction de la direction du vent, de la position du soleil, et que sais-je encore. Mais Nanar, quel sera le prochain challenge ?

 

 

 

Pascal Hosotte

 

Président de l’AvenirCup, dépanneur tout temps,

pilote, préparateur de Sports Prototypes

Préface

 

 

 

J’ai eu le privilège de partager quelques moments de la vie de Bernard Bitu, cela depuis le CM2. Mes souvenirs les plus anciens remontent aux jeux que nous partagions avec Gérard, notre ami commun. C’est à ce moment que notre trio s’est formé. Il est difficile d’expliquer pourquoi des liens aussi forts se sont créés et ont duré jusqu’à maintenant. Un élément parmi d’autres a du y participer : mon père nous emmenait tous les dimanche matin à la piscine d’Alésia pour nous apprendre à nager. Nous avions alors une dizaine d’années.

Puis il y avait ces moments de bonheur lorsque chaque matin je passais chez Bernard pour aller au collège. J’entrais dans la cuisine où le bol de café chaud et odorant attendait Bernard … Nous devions ensuite courir pour ne pas arriver en retard ! Nous avons fait notre communion solennelle la même année. Je me souviens que les quelques jours de préparation que nous devions faire (cela s’appelait une retraite) nous ont fait manquer l’école, ce qui a donné lieu à des remarques acerbes de certains de nos professeurs. Il faut dire que nous habitions Malakoff, une ville fortement communiste de la « ceinture rouge » autour de Paris.

Pendant notre adolescence, nous allions à la messe le dimanche pour rencontrer des filles… Nous nous retrouvions ensuite au foyer (catholique) du 149. Nous avons alors vécu les sorties au cinéma, en boîte, dans les bals de mairie, les week-end à Nargis où les parents de Gérard avaient une caravane. C’est à cette époque que notre réseau d’amitié s’est agrandi autour du 149 et de Nargis. Puis nous sommes partis en vacances en Espagne tous les trois dans deux voitures. Nous avions alors 22 ans. Bernard et Gérard travaillaient et j’étais étudiant. Ce furent des moments épiques dont quelques uns sont évoqués par Bernard dans ce livre.

 

 

Tout cela explique pourquoi, lorsque Bernard me l’a demandé, je n’ai pas hésité à l’aider dans la relecture de son livre et à rédiger cette préface.

Nous n’étions pas toujours tous les trois ensemble. Nous n’étions pas jaloux parce que deux d’entre nous se retrouvaient pour une activité particulière. Avec le temps, j’ai l’impression que nous étions inséparables. En fait nous avions, comme maintenant, notre vie propre et un regard différent sur nos relations. La vie nous a éloignés, mais chaque fois que nous nous retrouvons, c’est toujours avec le même plaisir. Je n’ai pas participé, de près ou de loin à cette passion de la course automobile de Bernard et après avoir lu son livre, je le regrette. C’est aussi la vision de Bernard sur notre jeunesse qui m’a ému.

J’ai du mal à parler de quelqu’un que je considère, de même que Gérard, comme un frère que je n’ai pas eu. C’est avec surprise que j’ai découvert les nombreuses autres facettes de sa vie qu’il nous raconte dans ce livre. Je n’avais jamais imaginé qu’il ait pu vivre et faire tout cela… Lire son livre, c’est le découvrir. Il ne fait pas partie de ces gens qui se cachent derrière leur parole, écrite ou parlée.

 

Si je devais le décrire de façon objective, voici ce que je dirais :

J’avais toujours eu la vision d’un garçon qui savait entraîner notre groupe de jeunes adultes. Sa présence était un gage de réussite des journées et des soirées que nous passions ensemble à cette époque. Je l’ai vu courageux, car il a réalisé ce que peu de personnes ont fait : mener de front travail le jour et études le soir au moment où les jeunes pensent plutôt à s’amuser. Il a obtenu ainsi un diplôme d’ingénieur. J’ai aussi souvent pesté au sujet de son manque de ponctualité lors de nos rendez-vous…

Mon point de vue est bien-sûr partial (l’amitié, comme l’amour, rend aveugle !) et aussi partiel (fort heureusement !).

 

Au cours des relectures que nous avons faites, j’ai pu voir qu’à chaque fois qu’il en lisait une partie devant moi, il en revivait les scènes comme s’il y était encore. Bernard a parsemé son récit des idées ou jugements qu’il a sur la vie en relation avec les événements qu’il décrit. Ce sont des idées de révolte contre l’injustice et de générosité qu’il a toujours eues. On ne peut comprendre Bernard si on n’accepte pas son amour des mots et de leurs jeux, ainsi que son goût de la devinette, clin d’œil à ses connaissances culturelles (musique, cinéma, littérature, … ) qu’il utilise de façon plus ou moins cachée. C’est toujours par pudeur qu’il évoque certaines parties de sa vie à demi-mots. Bernard a remanié et complété la deuxième partie et je ne l’ai découverte que récemment. Il s’en dégage une force et une émotion qui m’ont touché profondément. Je souhaite seulement aux lecteurs de le ressentir aussi…

 

C’est maintenant à vous de découvrir le monde « auto » biographique de Bernard…

 

 

 

Alain Boufflet

 

 

 

Préambule

 

 

 

Il faut vous prévenir.

 

Avant de boucler définitivement nos ceintures pour l’ère de l’automobile entièrement assistée par l’électronique, j’ai souhaité contribuer à la mémoire collective en évoquant mes aventures liées à la conduite de tout véhicule motorisé et ainsi à sa Grande École d’Auto-nomie. À la demande de plusieurs amis qui me disaient : « tu devrais en faire un livre », j’ai enfin donné suite. J’espère qu’ils ne seront pas déçus.

Il y a déjà plus de quinze ans j’ai tenté d’écrire, mais d’autres occupations ont justifié mon désengagement. L’environnement routier actuel ne permettant plus les fantaisies d’antan, je repars sur cette piste émaillée de quelques éclats (ou de crevaisons) de rires…

J’ai choisi d’être le plus exhaustif possible en reprenant l’historique des aventures d’un modeste auto-mobiliste m’auto-risant quelques déviations périphériques… et puis j’ai usé et peut être abusé de jeux de mots signalés quelquefois pour éviter de les passer au rouge.

Que de souvenirs reviennent lorsque j’égrène les kilomètres et les parcours dans les différents véhicules, de la 4 CV Renault à la Subaru de la Gendarmerie en passant par des voitures mythiques telles les 2 CV, Morris, Dauphine, NSU, Rallye 2, Fiat 500, R5, Samba Rallye, Ford Transit, et la barquette Coupe de l’Avenir ARC Alfa Roméo !

D’aucuns s’étonneront de la présence d’images de mon service militaire. Je les ai réunies à dessein, elles font parties des souvenirs qui se rattachent à la connaissance d’amis à l’origine de ma découverte du sport automobile… Et puis c’est une façon de visionner sa vie en 3 D sans lunettes spéciales, un simple rétroviseur fait l’affaire.

 

Avant d’embrayer sur ces anecdotes, quelques éclairages sont nécessaires pour rester sur la route que je vous propose d’emprunter et voyager en ma compagnie. Pour que vous viviez la promenade pleinement, le récit narratif est accompagné de la photo de l’automobile, objet du récit, pour rappeler son allure, sa silhouette au lecteur intéressé.

Les photographies tirées d’épreuves sportives où je suis en scène, sont reproduites avec l’autorisation des professionnels signalés au chapitre « Crédits photographiques ».

Le récit de mes aventures ne commence qu’au chapitre « La vie à deux… roues », ce serait dommage d’ignorer celui titré « À l’origine », elles fournissent des clés pour entrer dans ma vie… automobile.

Un complément d’explication des termes de mécanique annotés est donné dans le glossaire en fin d’ouvrage pour que le néophyte ne reste ni sur le pavé, ni sur la plage, ni au bord de la route.

Le livre est découpé en chapitres liés à un type de véhicule commun à différentes anecdotes picaresques dont les acteurs et les périodes sont précisés en tête de paragraphe.

Quelques coups de griffe décochés dans ce texte pourraient froisser la susceptibilité de certaines personnes citées. Les propos tenus ne veulent en aucun cas être source à polémique. Ce sont des dires qui correspondent à ce que j’ai pu ressentir à ce moment-là et donc ne peuvent être considérés comme une vérité intangible. Ils se présentent comme un éclairage des événements relatés. Il s’agit ici d’une narration et non d’une provocation ! Dans le souci d’éviter toute autre interprétation, et pour conserver le caractère « auto-biographique » de ce récit, j’ai choisi de masquer les patronymes des personnes rencontrées, acteurs de ces saynètes.

 

 

 

À l’origine

 

 

La mobylette bleue : où l’on voit une Mobylette Peugeot et une motocyclette « Paloma »

Mon père, des collégiens, vers 1960

 

 

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Pour moi, un moteur qui ronronne apporte la sérénité. Tout comme Obi, le chat de la maison, qui délaisse la souris sans fil et voudrait bien mettre sa patte dans ce récit, ou tout au moins sur le clavier de l’ordinateur. Il sera le complice de soirées d’écriture où il m’accompagnera par des ronronnements en basse continue. Sans m’allonger sur le divan, une petite anecdote pourrait éclairer cette remarque.

Mon père, imprimeur, travailleur contraint d’être en équipe, revenait de son service de nuit. Je devais veiller pour préparer mes cours, le silence faisait résonance au moindre bruit. Couché, mais non endormi, j’attendais la mobylette Peugeot bleue dont le bruit caractéristique me signalait que papa était en approche finale. Encore deux virages et bientôt ce serait la soupe, préparée par ma mère, qu’il réchaufferait pendant la lecture du journal. Le plus dur était fait, et pour moi, l’essentiel c’est qu’il était là. Je pouvais dormir tranquille ou faire semblant quand, à son tour, il allait rectifier mes draps. Le bonheur, tout simplement !

 

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Mes premières images liées au moteur, gravées dans ma mémoire, datent de la fin des années 50. Ce sont celles d’une « Paloma », motocyclette très prisée des collégiens nantis, à l’allure d’une moto de course, au bruit de criquet, terme traduisant le besoin de frimer. La « Paloma » avait des couleurs déjà flash : rouge, orange, violette… impériales, conduite par des pilotes d’opérettes tapageurs, « Violettes Impériales » était une opérette chère à mon père. La frime, vous dis-je ! Soit, pour paraphraser Shakespeare, « Beaucoup de bruit pour rien ! ». Ces images n’étaient pas miennes. J’ai dû attendre quelques années encore avant de mettre les gaz. Pourtant, une mobylette, un soir au début des années 60, s’est retrouvée dans le couloir du 14 passage Michelin à Malakoff. Elle avait la couleur de la bicyclette de Régine Desforges et était de facture plus simple qu’une « Paloma ». Cela représentait une belle somme pour un salaire d’ouvrier ! C’était un investissement, elle remplaçait les vélomoteurs « antédiluviens » que mon père avait eus auparavant pour assurer son trajet-travail. C’était aussi et surtout l’instrument de ses nombreuses courses pour rendre service à untel ou unetelle, répartitions de ses périodes de « repos syndical » orchestrées par maman.

 

 

Marraine de toujours : où l’on évoque une motocyclette BSA 500 cm3

Mes parents, mon oncle, mon cousin, vers 1940

 

Mon père a dû, comme ma mère, étouffer son goût pour les motos, une BSA 500 cm3 en l’occurrence, qu’ils ont dû revendre quand j’ai pointé mon nez en 1948. Cette vente aurait été une façon de récupérer la mise de fonds, si les acheteurs l’avaient payée à mes parents. Même s’il y a prescription, ne pas rembourser son dû à une famille d’ouvrier, ça ne se pardonne pas. C’est pourquoi je règle maintenant mes comptes, même si c’est sans intérêts pour le quidam, c’est capital pour moi. Mes parents ont dû accepter que je me mette en danger par la pratique du sport automobile : de toute façon c’était mon choix. Cependant, je n’ai jamais succombé au chant des sirènes (à trois tons) du deux-roues.

Pourquoi donc cette passion ne m’a-t’elle pas envahi ? La réponse est simple à deviner : elle est reliée à l’accident mortel de mon oncle, sur une moto qu’il ne conduisait pas ! Il s’est trouvé éjecté sur les pavés de Paris. Mes parents ont été prévenus de l’accident par les gendarmes qui ont frappé au volet de leur appartement ! Épisode d’autant plus douloureux qu’ils apprenaient que mon oncle allait être père en consultant une lettre qu’il avait sur lui. Cet enfant portera le même prénom que son père : Raymond. Mes parents ont alors fait le maximum pour que la maman et l’enfant ne manquent de rien. C’est pourquoi ma mère est devenue « Marraine de toujours » pour mon cousin Raymond. J’aurais bien aimé connaître son père, mon oncle. Son fils a pris le relais. Il était invité à toutes les fêtes de famille, et plus tard, il habitera au deuxième étage de l’immeuble où nous occupions une bonne partie du rez-de-chaussée.

Mon cousin sera présent plusieurs fois dans ce récit. Notamment, c’est lui le propriétaire d’une 4 CV qu’il me proposera en argumentant en ma faveur, auprès de mes parents, mais n’anticipons pas…

 

 

Comme au 14… Passage Michelin à Malakoff

Les habitants du 14, les voisins du dessus, Roger et Monique,

Maurice et Denise, vers 1950-1960

 

C’est le lieu où j’ai vu le jour ce 4 janvier 1948, à Malakoff, dans le département de la Seine, aujourd’hui dans le 92.

Le 14 passage Michelin était un microcosme où les événements familiaux étaient vécus collectivement. Les appartements se transmettaient de génération en génération. Les crêpes que ma mère faisait alimentaient tout l’immeuble, le tout proposé avec de la frênette[18] que mon père concoctait et que l’on ne pouvait refuser. Les communions étaient l’occasion d’assembler les tables de différentes origines. Le locataire du dessus, le premier possesseur d’un récepteur de télévision de l’immeuble nous en faisait profiter avant de partir en retraite, du dépôt SNCF de Montrouge, dans sa Bretagne natale, pareil à beaucoup d’anciens marins. Le cérémonial était théâtral : notre voisin jouait du brigadier en frappant les trois coups avec le tabouret. De notre rez-de-chaussée, nous faisions silence pour ne pas couvrir le bruit attendu tel le sésame pour aller nous installer devant son petit écran noir et blanc comme pour libérer le rideau rouge cher à Gilbert Bécaud. C’était un plaisir simple partagé avec nos voisins grâce à qui nous pouvions nous abreuver des images des « 36 Chandelles » de Jean Nohain à la « Boîte à Sel » de Pierre Tchernia, en délaissant, hélas, « Lecture pour Tous », émission jugée par les voisins trop « tardive »…

Ces émissions de variétés ne prenaient pas le public pour un pigeon : elles lui présentaient de nouveaux artistes dénichés dans les cabarets. Les rires n’étaient pas faisandés et semblaient être pris sur le vif. « Jaboune » jouait son rôle et mettait sa scène à la disposition des jeunes talents. Il fallait oser faire appel aux duettistes Poiret et Serrault, aux Frères Jacques, à Ricet Barrier récemment disparu de la Grande Scène de la Vie et à Raymond Devos. Mais dans cette France « francement » réactionnaire, je n’ai pas souvenir d’un passage de Georges Brassens.

Pourtant je revois Léo Ferré à son piano et Colette Renard, notre Irma la Douce. Grâce au petit écran des voisins, à nous les retransmissions des Six Jours de Paris ou des matches de catch mis en scène par Claude Darget ou Roger Couderc !

Ce voisin n’hésitait pas à descendre son pick-up du premier étage pour sonoriser la petite communauté et esquisser des pas de valse au cri de ralliement d’« en voiture Simone ! ». Il n’en n’avait pas, de voiture, et en ces circonstances cela valait mieux… Plus tard, ce sera le tirage des photos, les reliures des livres que mon père rapportait non brochés, les coupes de cheveux gominés en échange de tabac gris : un SEL (Système d’Échange Local) avant régime. Puis viendront les bricolages plus ou moins professionnels, les réparations automobiles d’amateur et les rodages des moteurs pour mes avions sans oublier les tournois de pétanque et de ping-pong en nocturne : une autre facette du bonheur. Les voisins, partis en Bretagne vers 1957, nous n’avons eu la télévision qu’en 1974 !

Sans téléviseur, nous n’étions pas en demande pour autant, mes parents écoutaient Radio Luxembourg le soir. Nous avions accès au théâtre : la radio prenait le relais avec les pièces, financées par une lessive. Elle nous offrait comme « cadeau Bonux » le feuilleton « Ça va bouillir ! », dans lequel on retrouvait Zappy Max qui animait aussi le jeu « Quitte ou Double ? ». D’autres émissions étaient remarquables : « les Inconnus célèbres » ou encore les émissions culturelles de Max-Pol Fouchet. Le billet d’humeur satirique quotidien, soupape de décharge d’une pression trop forte, était donné par « la famille Duraton ».Cette famille de Français moyens mais lucides reprenait l’actualité nationale à chaud. Coup de chapeau à tous ces comédiens en direct : chansonniers Pierre-Jean Vaillard sectaire mais fin lettré ou Ded Rysel plus populaire, sans oublier Jean Carmet et Jacqueline Cartier. Citons encore « Vous avez vécu cela », ou le jeu « Seul contre tous ». Cette station était moins polluée de publicités qu’aujourd’hui. Quelques années plus tard cette même station périphérique accueillait deux animateurs de renom : Jacques Martin pour les samedis après-midi, et Jean Yanne pour les dimanches matin. France Inter diffusait « l’Oreille en coin », pendant que Europe 1 abritait Pierre Dac et Francis Blanche, concurrence déloyale à l’heure de l’office en latin même pas sous-titrée… Dur, dur de faire un choix !

Je prendrai mon indépendance lorsque je me brancherai sur France Inter avec « Les Maîtres du Mystère » et ses Ondes Martenot, les invitations au voyage dans « Marche ou Rêve » de Claude Villers, « le théâtre de l’Étrange » du dimanche soir et le « Pop Club » de José Arthur et cela bien après minuit pour m’accompagner dans la rédaction de mes devoirs.

Le jeudi, jour du repos hebdomadaire, notre mère emmenait la famille et quelques fois les enfants des voisins pour visiter le Jardin d’Acclimatation, le zoo de Vincennes ou encore le musée du Louvres, et celui qui pour moi, présentait la plus grande diversité : le musée des Colonies. Il me vient le souvenir de mes parents racontant l’Exposition Universelle des Arts et Techniques de 1937 et servant de guides aux provinciaux attirés par le Pavillon des Colonies. Le dépaysement était garanti pour ceux qui n’ayant pu visiter l’Exposition Coloniale de 1931, exposition qui depuis a fait polémique, venaient voir et toucher les richesses de LEUR pays. Ce miroir déformait le réel, voulant montrer la richesse de « l’Empire Français ». Tout le monde se déguisait ! Cette poudre aux yeux masquait la réalité à la lueur des feux du Front Populaire, à l’aube de la deuxième guerre mondiale. Ces lointaines populations d’indigènes n’ont été intégrées que pour fournir de la chair à canon pas chère dès 1914-1918.

La victoire du Front Populaire de 1936 n’a pas suffi pour les faire considérer par le monde ouvrier. Depuis, ces colonies qui fournissaient minéraux et végétaux exotiques pour la pharmacologie et des ressources du sous-sol, mais aussi de la main d’œuvre bon marché, ont obtenu leur indépendance légitime mais elles sont loin aujourd’hui d’être autonomes. En effet, lors d’une mission d’évaluation au Sénégal sur les compétences locales à adapter des structures ferroviaires, j’ai pu constater le maintien des colons, éminences grises qui occupent les postes de direction d’organismes locaux et prennent les décisions. Ce poste opératif assuré par l’européen est doublé par un autochtone qui joue la représentation.

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