Confession de ma vie

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Les principaux renseignements sur la vie de Sacher-Masoch viennent de sa première femme, qui prit le nom de l'héroïne de la Vénus, Wanda. Le livre de Wanda est fort beau. Gilles Deleuze
Publié le : mercredi 15 janvier 2014
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EAN13 : 9782743626747
Nombre de pages : 415
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Confession de ma vie
Collection dirigée par Lidia Breda
De SacherMasoch chez le même éditeur
La Vénus à la fourrure
Wanda von SacherMasoch
Confession de ma vie
Préface de Maxime Rovere
Rivages poche Petite Bibliothèque
Préface
« Peuton attendre de la vie la réalisation complète de ses rêves ? » Wanda von SacherMasoch, Confession de ma vie.
Leopold von SacherMasoch, romancier populaire de la paysannerie, dramaturge à succès, chantre de la Galicie, est sans conteste le plus grand analyste des fantasmes de domination et de soumission auxquels son nom est resté attaché. Le médecin Richard von Krafft Ebing (18401902), dans un supplément à son traité de pathologie nerveusePsychopathia sexualis, ne sy est pas trompé : SacherMasoch est bel et bien lepèredu « masochisme », ses romans et nouvelles ayant jeté une lumière éblouissante sur le paradoxal plaisir dêtre dominé, physiquement et moralement. « Dans les romans de Masoch, définit KrafftEbing, on trouve des individus qui, comme objet de leur désir sexuel, créent des situations dans lesquelles ils sont soumis sans 1 limites à la volonté et à la puissance dune femme . »
1. Lentrée « masochisme » apparaît en 1890 dans lesNouvelles Recherches dans le domaine de la Psychopathie sexuelle, qui font suite à louvrage fondateur,Psychopathia sexualis, publié à Stuttgart
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On ignore trop souvent que le masochisme a aussi une mère. En effet, larticle de KrafftEbing ne renvoie pas seulement ses lecteurs aux ouvrages les plus célè bres de SacherMasoch. Il fait également référence à sa femme. Aux yeux du psychiatre, un roman signé par Wanda sous le titreLa Véritable Hermine(1879) fait delle une auteure « masochiste » de plein droit. Stu peur devant les remaniements de lhistoire : le maso chisme ne serait pas linvention dun homme seul, mais duncouple. Et de ce couple, Wanda von Sacher Masoch sest chargée ellemême de raconter lamour et les déboires. Pourtant, depuis limportante édition de laConfes sion de ma viedans la collection « Linfini » de la Nou velle Revue Française, réalisée en 1989 sous la direction de Philippe Sollers, ce texte est passé à la trappe de la postérité. Wanda, il est vrai, a beaucoup romancé ses rapports avec son mari. Son autobiographie, écrite en français, la France ayant accordé une immense gloire littéraire à son mari, pourrait aussi bien sappelerLe Roman dune femme vertueuse, selon le titre dun de ses livres publié en 1873. Un an après sa première publi cation en 1907, au Mercure de France, plusieurs affa bulations ont été démasquées grâce aux extraits du journal de SacherMasoch, publiés par CarlFelix von Schlichtegroll dans un ouvrage joliment intitulé 1 Wanda sans masque et sans fourrure. Dans ce texte,
en 1886, établissant la première nomenclature des perversions sexuelles à vocation scientifique. 1. Le texte a été publié en français : CarlFelix von Schlichte groll,Wanda sans masque et sans fourrure, suivi deNouvelles Confessionsde Wanda von SacherMasoch, Paris, Tchou, 1968.
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Schlichtegroll défendait le romancier contre les rema niements opérés par sa femme, tout comme son premier livre,SacherMasoch et le masochisme. Une étude lit téraire, sopposait à la réduction de luvre à la per version repérée par KrafftEbing. Seulement voilà, la vérité du masochisme ne se pré sente jamais autrement que masquée, et en fourrure. Les déguisements et les fétiches lui sont consubstan tiels. Schlichtegroll luimême na jamais été, comme il le prétend, le secrétaire de SacherMasoch, et son nom nest quun pseudonyme transparent, signifiant mot à mot « celui qui apaise les rancurs ». Par conséquent, si lon veut se faire une idée exacte des rapports de SacherMasoch et de sa femme, on ne peut pas se contenter de rechercherseulementla vérité. Il faut écouter toutes les voix, faire place à tous les fantasmes, et prendre la réalité pour ce quelle est : un carambolage halluciné de sensations, un télescopage désordonné de craintes et despérances, une illisible langue des signes.
Au demeurant, lassociation qui devait faire du masochisme une affaire de couple ne va nullement de soi. Par leurs origines, « Wanda » et SacherMasoch viennent lun et lautre dunivers opposés. Née le 14 mars 1845 à Graz dune famille modeste, Aurora Ange lika Rümelin est avant tout une fille du petit peuple. Avec sa mère, séparée de son père pour des raisons obscures, elle a passé ses jeunes années dans la misère et na survécu à la famine et au choléra que par une succession de petits métiers. Les deux femmes ont occasionnellement lavé le linge des soldats, cousu des gants, vendu du tabac Bien quelle nen dise pas un mot, il nest pas impossible que la jeune fille, auPetit
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Tabac du Cirquetenu par sa mère, ait également mon nayé ses faveurs à la manière des « grisettes » et des « cousettes » : dans les manufactures, les ouvrières complétaient souvent leurs salaires misérables en atti rant des hommes dans des intrigues complexes, faites de calculs et de caprices, où la satisfaction sexuelle devait être repoussée le plus longtemps possible afin den tirer le maximum davantages. Pour Aurora, le nombre de ces amants ne fut guère élevé : il naurait pas dépassé quatre. À vingtsix ans, logée avec six autres personnes dans un deuxpièces en souslocation, Aurora, grande lectrice de romans, se résolut à adopter une stratégie plus offen sive. À ladresse de plusieurs écrivains de la ville, elle rédigea des lettres invitant les belles plumes tantôt à la guider, tantôt à partager ses plaisirs. Cest ainsi quen décembre 1871, Aurora, sous le nom dAngélique, commença une correspondance pathétique avec lécri vain Petri K. Rosegger, qui ne donna pas suite, et sous le nom dÉmilie, envoya une lettre aguicheuse à Leo pold von SacherMasoch. Il ne sagissait pas seulement de manuvres de courtisane : Aurora avait naturelle ment lespoir de sortir de la misère, mais aussi de ren contrer un homme assez sensible pour la comprendre et assez puissant pour la protéger. En somme, elle mettait courageusement en uvre  sans doute, comme elle lindique, avec le secours littéraire dune Madame Fris chauer  les moyens daccomplir son rêve. Un rêve de cousette, reflet des espoirs et des déceptions dune jeune femme pauvre. De lautre côté de ce rêve, SacherMasoch était déjà un intellectuel réputé. Né le 27 janvier 1836 à Lemberg (aujourdhui en Ukraine), fils dun préfet de police
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