Il était une fois la Nouvelle-France

248 lecture(s)
Le 3 juillet 1608, remontant un fleuve majestueux, un Français du nom de Samuel de Champlain accostait au pied d'une falaise avec 27 compagnons. Ce grand fleuve, nous le nommons maintenant le Saint-Laurent, et cette falaise verra bientôt à ses pieds l'établissement d'un village, puis d'une ville appelée Québec. Ainsi commence, il y a 400 ans, l'épopée québécoise, ces quelques Français, partis des côtes normandes vers une "Terra incognita" à la recherche d'aventures et de richesses dans un Nouveau Monde. Ce livre raconte les débuts de l'histoire de ce peuple français dans une Amérique du Nord anglaise et sa volonté de survivre, aujourd'hui encore accroché, au pied de cette falaise et sur les rives de ce grand fleuve.

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Il était une fois la Nouvelle-France

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2 Titre

Il était une fois
la Nouvelle-France

3Titre
Jacques Magny
Il était une fois
la Nouvelle-France
Une histoire du Québec, des origines
à 1760 : les années françaises.
Tome 1
Essai historique
Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01478-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304014785 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01479-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304014792 (livre numérique)

6 8 Dédicace

DEDICACE
À Lily,
petite-fille née en France,
d’un père québécois et d’une mère allemande,
pour qu’elle se souvienne comme « Je me souviens ».

9 Avant-propos

AVANT-PROPOS
C’est une brève histoire du Québec ; elle es-
quisse à grands traits les événements qui ont
contribué à former ce coin du continent améri-
cain un peu particulier puisque on y parle en-
core ce français des origines, alors que le reste
du territoire baigne dans une mer anglophone,
témoignage des succès de la Grande-Bretagne.
Cette brève histoire raconte avec simplicité
dans un ordre chronologique les événements
politiques et sociaux d’importance qui se sont
déroulés dans cette partie du territoire améri-
cain et qui ont contribué à façonner le Québec
d’aujourd’hui. Elle est d’abord et avant tout une
narration qui se veut agréable à lire, je l’espère.
Elle ne s’adresse pas aux universitaires et intel-
lectuels, spécialistes de l’histoire du Québec,
mais à un public qui souhaite se faire une cer-
taine idée du sujet. Elle est écrite aussi pour mes
amis français qui n’ont du Québec que des ima-
ges de grands espaces et de longs hivers.
Ce livre est le premier d’une série de trois. Il
décrit la période allant des origines à la fin des
11 Il était une fois la Nouvelle-France
années françaises en 1760. C’est le récit de la
naissance et de la chute de l’Empire français en
Amérique.
Le second livre portera sur la période qui va
de 1760 à 1867, année de la naissance de la
Confédération canadienne. Elle est habituelle-
ment désignée sous le vocable de « Régime an-
glais ». Ce sont les années anglaises.
Et enfin, un troisième livre sera consacré à la
période débutant en 1867 jusqu’à nos jours et
qui sont les années canadiennes.
Des encadrés émaillent le texte, notes qui ex-
plicitent certains événements ou encore élabo-
rent quelque peu la biographie de ces hommes
et de ces femmes qui ont fait cette histoire de la
Nouvelle-France.

Castelnau de Guers
Décembre 2006
12
LES GRANDS ESPACES
Il est grand, le Québec, très grand. Et comme
on aimait l’écrire dans les livres de géographie
des années cinquante, et d’ailleurs encore au-
jourd’hui, sa superficie fait trois fois celle de la
France. Il est souvent difficile pour un Euro-
péen d’imaginer ces distances et ces espaces à
peu près totalement inhabités et très souvent
monotones. « Vous, au Québec, vous avez de
l’espace, » qu’il dit souvent, cet Européen. Et
quand il fait le trajet en voiture entre la ville de
Québec et le lac Saint-Jean, situé à près de
300 kilomètres au nord, il est tout de même
étonné de ne pas rencontrer âme qui vive pen-
dant les quatre heures que dure le voyage, scé-
nario tout à fait impossible dans un pays
d’Europe.
Quelques chiffres…
Puisqu’il le faut, voici pour commencer quel-
ques données élémentaires avec, entre paren-
thèses, les mêmes pour la France.
13 Il était une fois la Nouvelle-France
2– Superficie du Québec : 1 540 681 km
2(551 602 km )
– Population (2005) du Québec :
7 574 000 habitants (62 614 000 habitants)
– Densité de population du Québec :
2 24,9 hab/km (113,5 hab/km )

Le Québec constitue la pointe nord-est du
continent nord-américain. Il est situé entre le
45 e et le 62 e degré de latitude nord. Montréal
et Bordeaux sont situés sous la même latitude,
soit environ au 50 e degré nord. Il est bordé par
les grandes îles de l’Océan arctique et la baie
d’Hudson au nord, à l’est par l’Atlantique et les
provinces maritimes du Canada, au sud, par sa
frontière avec les États-Unis, et à l’ouest, par la
province canadienne de l’Ontario. Dans la par-
tie nord-est, face au Groenland, se situe le La-
brador. Rattaché géographiquement au Québec,
le Labrador fait partie de la province de Terre-
Neuve, détaché du Québec en 1927 par une dé-
cision du Conseil privé de Londres. Le Labra-
dor n’est donc pas inclus dans les chiffres de
superficie ou de population.
« Mon pays, c’est l’hiver… »
Il fait froid aussi au Québec, très froid. Par
contre, pour ce qui est du sud du territoire, dans
sa partie habitée, les étés sont aussi chauds, si-
14 Les grands espaces
non plus, que ceux de la France, mais en plus
court. À Montréal en juillet, la moyenne maxi-
male est de 26,1 °C, alors qu’à Paris elle est de
24,0 °C. Pour le même mois, la moyenne mini-
male est de 17,4 °C à Montréal et de 15,0 °C à
Paris. Mais alors, en janvier, on peut sentir une
différence marquée entre les deux villes ; à Pa-
ris, la moyenne mensuelle maximale est de
6,5 °C, alors qu’à Montréal, elle est de -5,2 °C.
Pour les minimales, à Paris, on se situe à 2,0 °C,
et à Montréal, à -12,1 °C. Ce sont là les caracté-
ristiques propres d’un climat continental.
Dans la partie nordique du territoire, au-delà
du 55 e parallèle, les étés sont frais et courts et
les hivers longs et très froids. Le sol est souvent
gelé de neuf à douze mois (permafrost) par an-
née. C’est un climat subarctique et arctique.
L’hiver est une caractéristique fondamentale
du Québec ; c’est en quelque sorte un héritage
que les Québécois reçoivent à leur naissance.
Dans les conversations, on discute rarement de
l’été québécois, mais très souvent de son hiver.
À juste raison, car il dure longtemps. À partir
du mois de décembre, souvent de la mi-
novembre, jusqu’au mois d’avril, le sol se cou-
vre de ce grand manteau blanc si souvent chan-
té par les poètes. La vie quotidienne est rythmée
par les chutes de neige et la température ; la vie
en famille, le travail, les loisirs, la vie sociale et
évidemment le calendrier scolaire, tout est fonc-
15 Il était une fois la Nouvelle-France
tion du temps qu’il fait pendant ces longs mois.
Certains jours en hiver, simplement sortir de la
maison constitue une véritable expédition ;
s’habiller convenablement, chaudement comme
disent les Québécois, faire démarrer la voiture
et la laisser se réchauffer, pelleter la neige ac-
cumulée devant l’entrée du garage, tous ces ges-
tes font partie de la vie quotidienne en hiver. Le
touriste français remarque souvent ce petit bout
de fil électrique sortant de la grille avant des
voitures et que le Québécois branche l’hiver sur
une prise extérieure tous les soirs quand il re-
vient à la maison.
« Depuis quand avez-vous des voitures élec-
triques au Québec ? » , demande-t-il, étonné et
curieux. Et le Français d’apprendre que ce ne
sont pas des voitures électriques, mais des
chauffe-moteurs installés sous le capot pour ai-
der au démarrage les matins froids d’hiver.
Vers la fin du mois de février et au début de
mars, les Québécois ressentent souvent une
sorte de « blues » , un cafard, une déprime pas-
sagère attribuée à l’hiver trop long, à l’absence
du soleil, à cet isolement forcé dans les maisons.
Arrivent le printemps et la chaleur, les souri-
res reviennent sur les lèvres. Tout se bouscule
rapidement, les bourgeons aux arbres, les fleurs
dans les parcs et les tables aux terrasses des ca-
fés. La vie redémarre, à la ville comme à la
campagne.
16 Les grands espaces
C’est aussi le temps des sucres, cette activité
typique au Québec, qui consiste à prendre un
repas dans une de ces nombreuses « cabanes à
sucre » , situées à la campagne et à déguster le
sirop d’érable, la sève très sucrée de l’arbre re-
cueillie au printemps, bouillie et servie comme
un sirop. Souvent, on le sert très chaud sur de la
neige, ce qui le transforme en une « tire »
épaisse comme du miel, que l’on tourne autour
d’un petit bâtonnet de bois, et que l’on suçote.
L’été est court, chaud et humide. C’est le
temps des festivals et des manifestations de tou-
tes sortes, culturelles et sportives. C’est aussi
l’époque des moustiques, « maringouins et
mouches noires » ; de mai à juillet, ils pullulent
dans les Laurentides, s’invitant à toutes les acti-
vités extérieures des Québécois.
Au mois d’août, arrive le temps des
« épluchettes de blé d’Inde » , fête pendant la-
quelle on épluche les épis de maïs, on les met à
bouillir et on les déguste, cadeau que nous ont
fait les Amérindiens.
Et déjà, très vite, c’est l’automne, magnifique
de couleurs qui se termine par l’été indien, une
période de dix à quinze jours qui rappelle par sa
température les beaux jours de juillet.
Et puis, c’est l’hiver qui revient pour cinq
longs mois. Le poète l’a chanté, « Mon pays, ce
n’est pas un pays, c’est l’hiver… »
17 Il était une fois la Nouvelle-France
Morphologie du territoire
Le territoire du Québec est composé de trois
parties aux dimensions fort inégales. Au nord,
le Bouclier canadien occupe près de 80 % de la
superficie. Au sud, se trouve la région des Ap-
palaches et entre les deux, la vallée du Saint-
Laurent, cet immense fleuve qui coule du sud-
ouest au nord-est.
Le Saint-Laurent prend sa source dans les
Grands Lacs, mais il devient fleuve à partir du
lac Ontario, véritable mer intérieure, située dans
la province de l’Ontario, à la limite de la fron-
tière américaine. Le fleuve fait plus de 1500 km
du lac Ontario à l’Atlantique, avec un débit de
3quelques 8500 m/sec à Montréal, ce qui le
place sur la liste des plus grandes rivières
d’Amérique du Nord. Si on veut comparer, la
Seine à Paris s’écoule à un débit moyen de
3250 m /sec.
Il pénètre au Québec à quelques kilomètres
au sud de Montréal et poursuit sa route vers la
mer en arrosant la partie la plus habitée du terri-
toire. À la hauteur de Sept-Îles sur la Côte nord,
il fait plus de 100 km de large. Il est profond de
plus de 350 mètres à la hauteur de Mont-Joli.
Cette tranchée gigantesque dans le territoire
du Québec permet de distinguer ce qu’il est
convenu d’appeler la Rive nord et la Rive sud.
En aval de Québec, changement de vocabulaire,
18 Les grands espaces
la Rive nord devient la Côte nord, comme pour
indiquer ainsi la largeur considérable du fleuve.
D’ailleurs les habitants des rives du fleuve au-
delà de Québec le nomment fréquemment la
mer.
La très grande majorité de la population du
Québec, au delà de 80 %, habite la vallée du
Saint-Laurent. C’est aussi dans la vallée que l’on
retrouve la plus grande partie des terres arables.
Quelques collines isolées, les Montérégiennes,
parsèment cette partie du territoire, telles le
Mont Saint-Hilaire dans l’Estrie et le Mont-
Royal à Montréal.
De très nombreuses rivières se jettent dans le
Saint-Laurent. Parmi les plus importantes sur la
Rive nord, citons l’Outaouais, qui s’étend sur
plus de 1000 km, le Saint-Maurice, qui fait plus
de 500 km et le Saguenay, qui prend sa source
au lac Saint-Jean et qui coule sur plus de
700 km. Sur la Rive sud, se trouve principale-
ment le Richelieu, qui prend sa source dans le
lac Champlain.
Au nord de la vallée, se déploie l’immense
Bouclier canadien, ainsi nommé parce qu’il est
situé en fer à cheval autour de la baie d’Hudson.
Il occupe la plus grande partie du Québec, mais
se déploie très largement au-delà en territoire
canadien. Il est formé de très vieilles monta-
gnes, très érodées par les glaciers qui les ont
arasées lors de leur passage. On les dit les plus
19 Il était une fois la Nouvelle-France
vieilles montagnes de la planète. Le plus haut
sommet situé au Québec est à 1100 mètres. Ce
territoire presque inhabité est constellé d’une
myriade de lacs et de rivières qui en fait un pa-
radis pour les chasseurs et les pêcheurs, mais
peu propice à l’agriculture.
Au sud de la vallée, une autre chaîne de mon-
tagnes, les Appalaches, beaucoup plus jeune,
s’étend le long du fleuve de l’État de New York
à la Gaspésie. En fait, la partie québécoise des
Appalaches n’est que le prolongement de la
chaîne américaine. Les plus hauts sommets en
territoire québécois se situent au nord, à
1200 mètres. Caractérisée par des plateaux peu
élevés, de jolies collines boisées, de vertes val-
lées, cette région, qui couvre environ 15 % de
territoire, a permis l’établissement d’une agri-
culture prospère.
La flore et la faune
Les zones climatiques conditionnent évi-
demment la flore et la faune du territoire. Au
sud, prédomine la grande forêt laurentienne,
composée de feuillus à bois durs (érables, chê-
nes, frênes) et de conifères (épinettes, sapins,
thuyas). Source de grandes richesses (bois
d’œuvre et pâte à papier), elle est habitée par
une riche faune d’animaux sauvages (castors,
20 Les grands espaces
visons, loutres, martres, cerfs, ours, etc.) et de
gibiers à plumes (canards, oies, faisans, etc.).
À mesure que l’on remonte vers le nord, la
forêt laurentienne devient forêt boréale, com-
posée à perte de vue de conifères. La faune aus-
si se transforme ; le loup, le caribou, l’élan font
leur apparition. Et au-delà du 55 e parallèle,
c’est la toundra, faite de mousses et de lichens
et habitée par une faune nordique, comme
l’ours polaire, le phoque et le renard arctique.
LES GRANDES VILLES DU QUEBEC
À l’origine, le Québec est un pays de villages,
tous situés en bordure du Saint-Laurent ou
d’une rivière. Mais aujourd’hui, près de 70 % de
la population habite des villes de plus de
100 000 habitants. C’est d’abord Montréal sur
son île, avec plus de 3 600 000 habitants, jadis
métropole du Canada, déclassée aujourd’hui par
Toronto, l’Ontarienne. La moitié de la popula-
tion du Québec vit sur l’île de Montréal. Puis
c’est Québec, la capitale, juchée sur son cap
Diamant et dominant le fleuve qui coule dou-
21 Il était une fois la Nouvelle-France
cement à ses pieds, Québec, la toute belle, ré-
pertoriée au patrimoine universel de
l’UNESCO depuis 1985, compte plus de
700 000 habitants. Gatineau, sur l’Outaouais au
confluent de la rivière Gatineau, face à Ottawa,
la capitale fédérale, compte environ
277 000 habitants. Puis vient Sherbrooke, en
Estrie, fondée par les Loyalistes anglais, et qui
compte aujourd’hui quelques 162 000 habitants.
Et ensuite, la ville de Saguenay, située autour du
Lac Saint-Jean et à la source de la rivière Sague-
nay, occupe un territoire immense et compte
environ 154 000 habitants. Puis finalement, la
ville de Trois-Rivières, la seconde ville fondée
au Québec, après la ville de Québec, est située
sur le Saint-Laurent au confluent de la rivière
Saint-Maurice. Elle compte 140 000 habitants.

En bref, ces grands espaces sont peu peu-
plés. Il suffit de rouler quelques heures en voi-
ture, à partir du centre-ville de Montréal, pour
se retrouver seul au milieu des bois ou sur le
bord d’un lac, loin de toute « civilisation ». Mais
voilà, à moins de préférer la compagnie des
moustiques, des ours et des loups, la majorité
de la population occupe le sud du territoire, sur
les rives du Saint-Laurent, dans des villes plus
ou moins importantes, au sein d’une « civilisa-
tion nord-américaine ».
22
LE QUEBEC AVANT LE QUEBEC
Si l’histoire commence avec l’écriture, on
pourrait dès lors affirmer que l’histoire du Qué-
bec ne commence qu’avec l’arrivée des Euro-
péens en Amérique du Nord. Et pourtant, le
territoire du Québec, comme d’ailleurs de tou-
tes les Amériques, est déjà habité lors de sa dé-
couverte par les Européens et il a aussi une his-
toire, que l’on commence à peine à déchiffrer.
Une immigration asiatique
Selon les plus récentes études, ces peuples
qui occupent les Amériques avant leur
« découverte » par les Européens, ont certaine-
ment une origine asiatique. Ils sont arrivés par
l’ouest, alors que les Européens arriveront
beaucoup plus tard par l’est.
On estime avec une assez grande certitude
que les premiers habitants des Amériques arri-
vèrent d’Asie en passant par le détroit de Be-
hring, alors totalement gelé ou même asséché, le
niveau des mers étant beaucoup plus bas. Une
23 Il était une fois la Nouvelle-France
gigantesque calotte glaciaire recouvrait à cette
époque une grande partie des continents nord-
américain et asiatique. Cette énorme quantité
d’eau gelée maintenait le niveau des mers et
océans très bas, de sorte que le détroit de Be-
hring pouvait être emprunté à pied. De même,
les énormes mammifères de l’époque, mam-
mouths, rhinocéros et bisons géants, ont utilisé
ce passage. Cette langue de terre reliant l’Asie à
l’Amérique du Nord a reçu le nom de Béringie.
Avec le réchauffement des températures, le ni-
veau des eaux remonte et le passage disparaît,
séparant définitivement les deux continents et,
du même coup, isolant pour longtemps ces
premiers habitants d’Amérique du reste de
l’humanité.
Les raisons de cette migration d’ouest vers
l’est ne peuvent être que conjecturales ; la re-
cherche de terres plus fertiles ou la poussée de
populations guerrières, on ne peut que spéculer
dans l’état actuel des recherches. Quant à la pé-
riode, trois écoles s’affrontent ; il y d’abord celle
situant cette migration vers 70 000 ans avant
l’ère chrétienne ; une seconde théorie croit plu-
tôt à l’arrivée des premiers peuples entre
30 000 et 25 000 ans avant J. -C. Puis enfin, une
dernière école défend la thèse d’une migration
plus récente, entre 25 000 et 15 000 ans. Sans
faire l’unanimité, cette dernière théorie semble
24 Le Québec avant le Québec
être celle qui rallie le plus grand nombre de spé-
cialistes.
Longeant d’abord la côte du Pacifique vers le
sud, les premiers habitants se sont installés en
Amérique centrale et en Amérique du Sud, où
ils formèrent au fil des siècles de puissantes
civilisations. C’est là que Christophe Colomb
les découvrit.
En Amérique du Nord, de petits groupes
d’Asiatiques s’installèrent de façon très dissémi-
née sur le territoire. On estime à environ un
million la population totale du continent nord-
américain. À la suite du retrait des glaciers, il y a
environ 8000 ans, les Amérindiens se répandi-
rent sur la côte est, le long du littoral atlantique
et dans la basse vallée du Saint-Laurent, vivant
de chasse, de pèche et de cueillette. Environ
1000 ans avant J. -C. , il y eut un début de sé-
dentarisation ; tout en maintenant les modes
traditionnels de vie, les Amérindiens avaient
appris la culture, particulièrement celle du maïs,
probablement suite à des contacts avec leurs
cousins d’Amérique centrale. À l’arrivée des
premiers européens, toute la vallée du Saint-
Laurent est occupée, de même que les territoi-
res au nord et au sud du fleuve. La péninsule
gaspésienne est peuplée de plusieurs tribus.
25 Il était une fois la Nouvelle-France
LES CIVILISATIONS PRECOLOMBIENNES
Il y a avant et après Christophe Colomb.
Avant, ce sont ces immenses continents, le Sud
et le Nord, rattachés par une étroite bande de
terre, habités par des peuples dont l’histoire
nous est encore presque inconnue. Et après Co-
lomb, c’est le grand bouleversement, une révo-
lution à l’échelle planétaire, en bref, un véritable
choc des civilisations. Car, avant Colomb, la ci-
vilisation ne se limitait pas à l’Europe, quoi-
qu’en pensaient les Européens de l’époque.
Sous le vocable de civilisations précolombien-
nes, on distingue habituellement quatre grou-
pements de peuples, aux cultures fort différen-
tes. Ce sont d’abord les peuples des Antilles,
habitants pour la plupart les îles du Golfe du
Mexique et vivant surtout de pèche et de cueil-
lette. Ce furent les premiers hommes et femmes
rencontrés par Colomb et qu’il nomma « In-
diens » , c’est-à-dire habitants des Indes, là où il
croyait se trouver, erreur de dimension histo-
rique. On distingue généralement les Arawaks
et les Karibs, peuples différents, mais aux
mœurs semblables. Puis, occupant principale-
ment cette étroite bande de terre qui relie
l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud, les
Mayas développent une brillante civilisation,
construisent des villes, des temples et mettent
26 Le Québec avant le Québec
au point une écriture hiéroglyphique et un ca-
lendrier solaire de 365 jours. Mais plusieurs siè-
cles avant Colomb, ils sont conquis par un peu-
ple guerrier, les Toltèques et se réfugient fina-
lement dans la péninsule du Yucatan. À l’arrivée
de Colomb, les Mayas sont en pleine décadence.
Puis succédant aux Mayas et aux Toltèques,
vinrent les Aztèques, autre peuple guerrier, qui
occupèrent les riches terres du Mexique et fon-
dèrent Tenochtitlan, la belle ville de Mexico que
Cortès a tant admirée. Sur la côte ouest du
continent sud, tout le long de la Cordillère des
Andes, le peuple Inca a développé une riche ci-
vilisation fortement structurée et hiérarchisée.
ePar conquêtes militaires, à partir du XV siècle,
sur une période de moins de deux siècles,
l’Empire inca s’est constitué au nord et au sud
de Cuzco, capitale politique et religieuse, situé
au cœur de la Cordillère. Quand les Espagnols
de Pizarro arrivèrent en 1531, il ne leur fallut
que quelques mois pour s’emparer de tout
l’Empire et de ses richesses. Le dernier Inca, fils
du Soleil, fut assassiné en 1533 et l’Empire
s’écroula définitivement. Dans la partie nord du
Nouveau Monde, vivent en tribus de nombreux
peuples d’Amérindiens, qui, sans avoir atteint le
degré de culture de leurs cousins du sud, ont
développé un mode de vie parfaitement adapté
aux conditions climatiques plus rudes. D’abord
chasseurs de gros gibiers, bisons et mam-
27 Il était une fois la Nouvelle-France
mouths, ils se sont mis à la culture du maïs, de
la courge et des haricots, suite à la disparition
progressive des grands animaux. Ils se sont aus-
si rabattus sur des animaux plus petits qui en
feront d’excellents pourvoyeurs de peaux pour
les commerçants européens. Quand les pre-
miers pêcheurs basques et bretons les décou-
evrent au cours du XV siècle, ils en sont à ce
stade de développement. Leur mode de vie tra-
ditionnel sera évidemment complètement bou-
leversé par les Européens. Puis, il y a 5500 ans
environ, les Inuits, un autre groupe d’asiatiques,
s’installent, dans des conditions difficiles, dans
le nord du continent, vivant exclusivement de
chasse aux animaux polaires et développant un
mode de vie tout à fait particulier.
Les populations amérindiennes au Québec
Au moment de l’arrivée des premiers explo-
rateurs d’Europe, on estime la population amé-
rindienne installée sur le territoire actuel du
Québec à quelques 150 000 personnes. Vivant
de chasse et de pèche et de cultures élémentai-
res, cette population en était encore à l’âge de la
pierre polie (néolithique). Elle ne connaissait ni
la roue, ni la charrue, ni les animaux domesti-
ques, à l’exception du chien.
Regroupée en tribus assez bien identifiées, un
commerce élémentaire existait entre elles. On
28 Le Québec avant le Québec
échangeait des produits de la chasse et de la pê-
che, mais aussi quelques produits cultivés.
Cependant, en règle générale, les Amérin-
diens ne cherchaient pas à accumuler des biens
ou à amasser des richesses, comportement pro-
pre à l’Européen. La notion de propriété indivi-
duelle, telle que comprise en Europe, leur était
totalement inconnue. Par contre, les tribus, plus
particulièrement les sédentaires, occupaient un
territoire qu’elles revendiquaient comme une
sorte de propriété collective, ce qui souvent
était cause de conflits entre elles, et plus tard
avec les Européens.
Physiquement, l’Amérindien du Québec est
grand et fort, bien fait de sa personne. Il est
d’une endurance exceptionnelle, pouvant mar-
cher en forêt sur de très grandes distances et
dans des conditions particulièrement difficiles.
Basé de façon un peu arbitraire sur des critè-
res linguistiques et culturels, on distingue trois
grands groupes parmi la quinzaine de tribus du
Québec : les Inuits, aussi appelés Esquimaux,
les Algonquiens et les Iroquoiens.
Les Inuits n’ont pas joué de rôle significatif,
sauf très récemment, dans l’histoire du Québec.
Trop peu nombreux et très isolés dans les terri-
toires subarctique et arctique du Québec, ils
n’ont eu que des contacts sporadiques avec les
Européens. Pendant l’exploration de la baie
d’Hudson et de la baie de l’Ungava, alors que
29 Il était une fois la Nouvelle-France
l’on recherche le passage du Nord-ouest vers
l’Asie, des rencontres ont probablement eu lieu
eavec ces explorateurs au cours du XVI siècle.
Mais ce ne fut pas suffisant pour qu’ils puissent
exercer une influence quelconque sur le dérou-
lement des événements.
Les Algonquiens occupent principalement la
rive nord du fleuve. Cette famille se subdivise
en plusieurs sous-groupes :
– Les Algonquins, qui ont donné leur nom à
la famille, habitent toute la région depuis Mon-
tréal jusqu’en Abitibi. Ils contrôlent la rivière
Outaouais, future voie de pasage vers les
« Pays d’en Haut ».
– Les Montagnais, la tribu la plus nombreuse,
occupent le centre du Québec, les pourtours du
lac Saint-Jean jusque sur la Côte nord du Qué-
bec.
– Les Outaouais vivent autour de la rivière
Outaouais et de la Gatineau, un affluent de
l’Outaouais.
– Les Micmacs sont établis en Gaspésie, à
l’embouchure du Saint-Laurent et au Nouveau-
Brunswick.
– Les Cris forment une grande famille autour
de la baie James et jusqu’aux Rocheuses.
– Les Abénaquis occupent le sud du Québec
jusqu’en Nouvelle-Angleterre.
30 Le Québec avant le Québec
– Les Malécites, petite tribu, sont dispersés le
long de la Rive nord du fleuve, entre Montréal
et Québec.
Dans l’ensemble, au moment de l’arrivée des
Européens, cette grande famille algonquine vit
en nomade, se déplaçant continuellement en
petit groupe à l’intérieur d’un territoire. Subsis-
tant essentiellement de chasse et pèche, habitant
en famille dans des « wigwams » , sorte d’abri
temporaire de forme conique et recouvert de
peaux, les Algonquins, l’hiver arrivé, établissent
un campement de plusieurs familles et parta-
gent ainsi les ressources accumulées pendant
l’été. On ne leur connait aucune structure hié-
rarchique, la famille naturelle étant l’élément
prédominant.
Le troisième grand groupe d’Amérindiens, les
Iroquoiens, comprend deux familles :
– Les Hurons-Wendat, localisés principale-
ment au sud de l’Outaouais, autour du lac Hu-
ron.
– Les Iroquois, sur la rive sud du Saint-
Laurent, occupent une grande partie de la Nou-
velle-Angleterre.
Contrairement aux autres familles amérin-
diennes, les Iroquois s’étaient donnés une struc-
ture politique souple, appelée la Confédération
des Cinq-Nations. Cette Confédération était
composée des Agniers (Mohawks), des On-
neiouts, des Onnontagués, des Goyogouins et
31 Il était une fois la Nouvelle-France
des Tsonnontouans. Formée semble-t-il au
ecours du XV siècle, cette structure, basée sur
des similitudes linguistiques, servait surtout à
permettre des prises de décisions communes
pouvant intéresser l’ensemble de la famille, ce
qui n’empêchait pas quelques affrontements en-
tre deux nations.
Les nations iroquoises sont sédentaires et ti-
rent la plus grande partie de leurs ressources
alimentaires de la culture du maïs, des haricots
et de la courge. La chasse et la pêche aussi
continuent de faire partie de leurs us et coutu-
mes. Contrairement aux Algonquins qui habi-
tent des wigwams, les Iroquois se logent à plu-
sieurs familles dans de longues maisons, fabri-
quées en bois et recouvertes d’écorces. Souvent
d’une longueur de plus de 25 mètres et large de
7 à 8 mètres, chaque maison abrite 5 ou
6 familles partageant un même foyer au centre
de la maison.
L’ensemble des familles algonquiennes et
iroquoiennes a été étroitement lié à l’histoire de
la colonisation européenne, avec les Français de
la vallée du Saint-Laurent, et avec les Anglais et
les Hollandais de la côte est américaine. Leur
rôle a été primordial.
Lors du premier voyage de Jacques Cartier en
1534, celui-ci rencontre, d’abord à Gaspé, puis à
Stadacona (Québec), des Agniers de la famille
des Iroquois. Les fils de Donnacona qu’il em-
32 Le Québec avant le Québec
mène avec lui en France sont des Agniers. En-
tre l’embouchure du Saint-Laurent et Stadaco-
na, sont établis sur les deux rives de nombreux
villages iroquois. Quelques 50 ans plus tard, lors
de l’établissement de Champlain à Québec en
1608, ces villages ont tous disparus ; il ne restait
plus d’Iroquois sur les rives du fleuve. Que
s’est-il passé pendant cette période ? Nous n’en
savons rien et les spécialistes débattent toujours
la question. La meilleure hypothèse serait pro-
bablement des guerres entre les Iroquois et
leurs ennemis de toujours, les Algonquins et les
Hurons.
33
LES PRECURSEURS
Pour les francophones d’Amérique et
d’Europe, Jacques Cartier est le découvreur of-
ficiel du Canada en 1534. Mais bien avant cette
date, des Européens se sont aventurés dans
l’estuaire du Saint-Laurent et y ont laissé des
traces. Traces qui ne sont pas toujours faciles à
identifier et à interpréter, mais suffisantes pour
conclure à une présence certaine. Quelquefois
aussi, ce sont des légendes qui racontent les tri-
bulations « d’hommes blancs » en Amérique,
comme ces Phéniciens qui auraient remonté le
Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs, il y a de
cela 2500 ans. Ou bien ces moines irlandais, au
eIX siècle de notre ère qui, fuyant les invasions
normandes, se seraient installés au Cap-Breton.
Mais laissons les légendes et examinons les
découvertes de quelques précurseurs de Jacques
Cartier.
35 Il était une fois la Nouvelle-France
Les Vikings débarquent
Puisque nous parlions des invasions nor-
emandes, c’est au début du IX siècle, qu’elles
débutent en Europe. Ces Normands (Norman
ou Hommes du Nord), peuples du Nord, hardis
navigateurs, qui se nommaient eux-mêmes Vi-
kings, appartiennent à de farouches tribus qui
occupent la Scandinavie actuelle, le Danemark,
la Norvège et la Suède. Poussés, semble-t-il, par
une démographie galopante, les Vikings « sué-
dois » se dirigent vers l’est et atteignent même
Constantinople, où ils sont utilisés comme
soldats. Les peuples slaves qu’ils rencontrent les
nomment les « Rüs » (roux), et ce sera l’origine
du nom de la Russie actuelle.
Enfin, d’autres Vikings, partis du Danemark
et de la Norvège en direction de l’ouest, enva-
hissent la plupart de leurs voisins. Ils se sont
installés en Angleterre, dans le nord de la
France, en Normandie plus particulièrement, et
ils ont même fondé un royaume en Sicile.
Grâce à leurs navires, ces drakkars beaucoup
plus rapides et manœuvrables que ceux qui exis-
tent chez les autres peuples à l’époque, peu pro-
fonds, ce qui leur permet de remonter les riviè-
res, ils acquièrent facilement la maîtrise de la
mer. Naviguant ainsi vers l’ouest, ils arrivent à
ela fin du IX siècle en Islande, alors inhabité,
qu’ils colonisent. Et à partir de l’Islande, des
36 Les précurseurs
groupes de Vikings abordent le Groenland et
fondent là aussi de petites colonies. C’est la saga
fameuse d’Éric le Rouge.
LA SAGA D’ÉRIC LE ROUGE
Les sagas sont des récits en prose écrits pour
ela plupart au cours du XIII siècle. Elles ra-
content les exploits, mi-historiques, mi-
légendaires, des explorateurs vikings partis co-
loniser l’Islande. Une de ces sagas, la plus
connue, est celle d’Éric le Rouge, un viking
chassé de Norvège parce qu’il y avait commis
deux meurtres et qui s’installa en Islande vers
975. Éric le Rouge, surnom qu’on lui donne à
cause de la couleur de ses cheveux, s’établit
dans une ferme sur la côte sud de l’ile. Mais il a
un caractère violent, et à la suite d’un autre
meurtre, il doit fuir. Avec quelques compa-
gnons, vers 985, il met le cap vers l’ouest et fi-
nalement aborde une terre, qu’il trouve accueil-
lante et nomme « Greenland » , Groenland au-
jourd’hui. Il revient en Islande, et discrètement
se met à recruter des familles de colons pour le
37 Il était une fois la Nouvelle-France
suivre vers cette nouvelle terre qu’il disait para-
disiaque. En quelque mois, il réussit à réunir
près de 600 personnes et sur 25 navires, il em-
mène cette extraordinaire expédition vers le
Groenland. Selon la saga, seulement 14 navires
arrivèrent à destination. La colonie s’établit tout
de même sur la côte sud et prospéra, vivant de
l’élevage, de la culture et de la pêche. Mais
l’histoire se poursuit et on croit que le fils
d’Éric le Rouge, Leif Eriksson, aurait abordé
une côte de l’Amérique, selon toute vraisem-
blance sur l’île de Terre-Neuve.

La population normande au Groenland at-
eteint quelques 6000 personnes au XV siècle,
dispersée dans des villages le long de la côte et
vivant surtout de pêche.
Ce serait le fils d’Éric le Rouge, Leif Eriks-
son, dit « le chanceux » , qui découvrit
l’Amérique, aux alentours de l’an 1000. Parti du
Groenland, vers l’ouest, il aborda presque cer-
tainement à Terre-Neuve, et au Labrador pro-
bablement. C’est à l’Anse-aux-Meadows à
Terre-Neuve, petit port de pêche, que l’on dé-
couvrit les vestiges d’un village viking et d’un
drakkar. De là à penser que les Vikings ont pu
remonter le Saint-Laurent, beaucoup de spécia-
listes en font l’hypothèse sans pouvoir en ap-
porter de preuves concluantes. Mais cette pre-
38 Les précurseurs
mière colonisation du continent américain par
des Européens fut finalement abandonnée et
n’eut pas de suite pour les cinq siècles subsé-
quents.
Ce qui attirait les Vikings le long des côtes de
l’Amérique du Nord, c’était évidemment
l’abondance du poisson sur les Grands Bancs
de Terre-Neuve. Ces Grands Bancs sont des
hauts-fonds situés au sud-est de Terre-Neuve et
traversés par le courant froid du Labrador et
par l’extrémité du Gulf Stream, courant chaud
de l’Atlantique, ce qui en fait la zone la plus
poissonneuse du globe. Cette richesse attirera
d’autres pêcheurs, plus particulièrement les Bre-
etons qui, dès le début du XV siècle, vinrent pê-
cher dans les eaux de Terre-neuve. Partant
principalement de Saint-Malo, ils venaient y
remplir leurs bateaux de poissons et retour-
naient les décharger dans leur port d’attache. Ils
ont presque certainement accosté alors sur les
côtes de l’Amérique du Nord, pour faire provi-
sion de gibiers et d’eau douce.
Les premières explorations européennes
eAu milieu du XV siècle, se produisit aux
confins de l’Europe un événement aux consé-
quences multiples et considérables, la chute de
l’Empire romain d’Orient. Le 29 mai 1453,
Constantinople tombe aux mains des Turcs ot-
39 Il était une fois la Nouvelle-France
tomans et la route de l’Asie et de ses épices se
trouve ainsi coupée de l’Europe. Tout le com-
merce européen avec les Pays de l’Est ne pou-
vait s’effectuer dorénavant qu’au prix
d’énormes difficultés, faisant ainsi monter con-
sidérablement le coût des produits importés.
LA RENAISSANCE
La chute de l’Empire romain d’Orient coïn-
cide aussi en Europe avec la fin d’une période,
celle du Moyen-âge et le début d’un temps nou-
veau, qui sera appelé Renaissance par les histo-
riens. Parti des riches cités du nord de la pénin-
sule italienne, Milan, Venise, Florence, un souf-
fle nouveau s’empare de tout l’Occident, une
passion de liberté et un désir de connaître, de
voir et de jouir qui font de cette époque une
charnière dans l’histoire de l’Europe. Sous pré-
texte de retour aux sources de l’Antiquité, facili-
té par l’arrivée d’érudits de Constantinople
fuyant les Turcs, de grands esprits, dans tous les
domaines de l’activité humaine, les arts, les
sciences, la littérature, l’économie, remettent en
40 Les précurseurs
question les idées, qui jusqu’à maintenant cons-
tituaient des certitudes pour tous. C’est l’époque
de Donatello et d’Alberti, de l’Arioste et de Ma-
chiavel. Mais c’est aussi Copernic, un peu plus
tard, qui révolutionne la cosmologie antique.
Également, la lourde chape morale et religieuse
de l’Église commence à s’effriter, libérant les
âmes et les corps. L’exemple vient de haut ; le
pape Alexandre VI Borgia, occupant le trône de
Saint-Pierre de 1492 à 1503, n’a rien d’un saint
homme et tout d’un grand prince de cette Re-
naissance. Un esprit nouveau, une conjoncture
économique, mais aussi des progrès techniques
dans l’art de la navigation astronomique incitent
donc les marins des pays riverains de
l’Atlantique à tenter des aventures insolites pour
l’époque. Il s’agit de contourner cet obstacle
que constitue dorénavant l’Empire turc et
d’atteindre l’Asie et ses richesses.

Puisque l’Empire ottoman est désormais un
obstacle, contournons-le. C’est le Portugal qui
lancera les premiers navires.
Dès 1487, sous le commandement de Barto-
lomeu Dias, des Portugais contournent
l’Afrique en passant au sud par le Cap de
Bonne-Espérance. On commence à peine à
prendre conscience de l’immensité de ce conti-
41 Il était une fois la Nouvelle-France
nent que l’on connaît si peu. Dias n’atteindra
pas les Indes.
C’est alors qu’un certain Christophe Colomb,
un Génois, propose au roi du Portugal
d’aborder aux Indes, mais en naviguant vers
l’ouest plutôt que vers l’est. À la cour de Lis-
bonne, on ne croit pas la chose possible et Co-
lomb essuie un refus. Il se tourne alors vers les
souverains espagnols, qui acceptent de tenter
l’aventure. Ainsi en 1492, sous la bannière de la
couronne d’Espagne, naviguant vers l’ouest
pendant 6 semaines, Christophe Colomb
aborde aux îles Bahamas, premières terres amé-
ricaines qu’il rencontre. Il croit alors se trouver
aux Indes. Il reconnaîtra son erreur. C’est le dé-
but de la grande aventure des Amériques.
L’histoire universelle vient de prendre un tour-
nant.
En 1498, un autre Portugais, Vasco de Ga-
ma, fidèle à la route des Indes par l’est, con-
tourne aussi l’Afrique et atteint bien cette fois le
continent indien.
L’Angleterre entre en jeu
Mais l’Angleterre aussi est un pays à vocation
maritime. Dès 1496, Henri VII Tudor donne
l’autorisation à un Vénitien, Giovanni Caboto,
de prendre possession au nom de la couronne
anglaise des terres qu’il découvrira à l’ouest. Ce
42 Les précurseurs
Giovanni Caboto deviendra John Cabot pour
les Anglais et Jean Cabot pour les Français.
En mai 1497, Cabot, à bord du Matthew,
quitte Bristol en direction de l’ouest. Il aborde
une terre le 24 juin 1497 et prend possession du
territoire au nom du roi d’Angleterre. Puis,
pendant 30 jours, il longe la côte, revient en
Angleterre vers le milieu du mois d’août et rend
compte au roi de ses découvertes. Il affirme
avoir trouvé la route de l’Asie et abordé au pays
du « Grand Khan ». Il a confondu les Amérin-
diens avec les Chinois.
Mais qu’en est-il en réalité ? Pendant
30 jours, il a exploré la côte est de l’Amérique
du Nord, mais sans que l’on puisse préciser les
endroits exacts qu’il a reconnus. Il a pris pos-
session de terres nouvelles au nom de la cou-
ronne anglaise. Mais lesquelles ? Était-il à Terre-
Neuve, au Labrador, au Cap-Breton, ou même
plus au sud, sur la côte est américaine. Nous
n’en savons rien.
Cependant, nous savons qu’il a fait une forte
impression sur le roi anglais, car, dès l’année
suivante, il quitte Bristol pour une nouvelle ex-
pédition. Il n’est jamais revenu.
Quelques années plus tard, en 1508, son fils,
Sébastien, partira lui aussi d’Angleterre et explo-
rera selon toute vraisemblance le détroit
d’Hudson. L’arrivée de l’hiver le fera revenir.
43 Il était une fois la Nouvelle-France
Il faudra attendre Martin Frobisher en
1576 pour que les Anglais s’intéressent à nou-
veau à l’Amérique du Nord, mais on sait d’ores
et déjà que cette masse continentale n’est pas le
pays du Grand Khan et qu’il faudra plutôt trou-
ver un passage navigable vers l’ouest pour
l’atteindre.
Le Portugal se tourne vers l’ouest
La route des Indes qui contourne l’Afrique
par le sud est décidemment trop longue. Au
Portugal, on commence à s’apercevoir qu’on a
fait une bêtise en refusant les premières offres
de Colomb. Le roi du Portugal charge donc un
de ses sujets, Gaspar Corte-Real, marin et gou-
verneur d’une île des Açores, de trouver un pas-
sage vers les Indes, mais plus au nord que Co-
lomb, qui a tout de même échoué dans sa tenta-
tive. Aussi en l’année 1500, Corte-Real quitte le
Portugal pour atteindre une terre froide, stérile
et couverte de neige. Il s’agit vraisemblablement
du Groenland. Tout probable aussi, Corte-Real
explore la côte nord de Terre-Neuve. Mais la
présence des glaces l’empêche d’accoster et il
revient au Portugal cette même année.
L’année suivante, c’est avec trois navires qu’il
quitte le Portugal en direction des mêmes ter-
res. Mais ne reviendront que deux navires, celui
de Corte-Real ayant disparu. Dans les cales des
44 Les précurseurs
deux navires, les Portugais ramènent une cin-
quantaine d’Amérindiens, vraisemblablement
des Béothuks vivant sur les côtes du Labrador.
Ils ne survivront pas aux maladies européennes.
L’année suivante, le frère de Gaspar, Miguel, se
met à sa recherche. Il ne reviendra jamais.
Pour le Portugal, le bilan de ces expéditions
est plutôt mince. Et ce sera pratiquement la fin
des espoirs portugais en Amérique du Nord. En
revanche, l’Amérique du Sud les verra arriver
sur ses côtes, au Brésil, dès l’année 1500, où il y
aura une forte colonisation.
Et la France…
Jusqu’à ce jour, la France ne s’est pas intéres-
sée outre mesure aux découvertes de ces nou-
velles terres par les Espagnols, les Portugais ou
les Anglais. Quelques initiatives vers l’Amérique
du Sud ont lieu, mais sans lendemain. En re-
vanche, les explorations de Cabot et de Corte-
Real et leurs descriptions des énormes ressour-
ces de poissons de Terre-Neuve suscitent pres-
que une ruée vers les Grands Bancs de
l’Atlantique Nord. Ainsi des pêcheurs basques
et malouins, de même que des Anglais et des
Espagnols, se mettent à faire le voyage vers
Terre-Neuve pour en exploiter les ressources en
poissons.
45 Il était une fois la Nouvelle-France
Mais la découverte de la route des Indes par
l’ouest continue de fasciner. On sait maintenant
de façon certaine qu’ils se trouvent des terres
inconnues entre l’Europe et l’Asie et Fernand
de Magellan, encore un Portugais, les contourne
par le sud en 1520.
Or, en France, plus particulièrement à Lyon
et Rouen, s’est implantée depuis les guerres
d’Italie une forte et riche communauté italienne.
En 1523, quelques membres de cette commu-
nauté, des banquiers, avec le soutien de Fran-
çois Ier, roi de France depuis 1515, organisent
une expédition d’exploration vers les Indes,
mais cette fois par le nord, espérant que cette
voie soit moins périlleuse que celle empruntée
par Magellan.
C’est Giovanni de Verrazzano, un navigateur
italien, qui reçoit le commandement de la Dau-
phine, avec pour mission de trouver ce fameux
passage vers les Indes. Le départ se fait des
Açores en janvier 1524, avec une cinquantaine
d’hommes à bord.
Verrazzano aborde d’abord en Floride, mais
malheureusement la place est déjà occupée par
l’Espagne. Il remonte la côte vers le nord, iden-
tifiant quelques fleuves et de nombreuses baies,
mais sans jamais trouver le passage du Nord-
ouest. Il atteint finalement Terre-Neuve et re-
vient en France. Il entre à Dieppe en juillet
46

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