L'Amour à mort

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À travers cette série d’histoires vraies, Ondine Millot dépeint un univers à la fois familier et obscur : celui du crime passionnel, le seul pour lequel la justice, la société – et parfois même la victime – pardonnent. De sa plume d’écrivain-reporter, Ondine Millot nous entraîne dans un autre monde, un monde terrible mais fascinant, fait de trahisons, manigances, faux-semblants, obsessions… Celui de l’amour, à la vie, à la mort.
Publié le : jeudi 22 mai 2014
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EAN13 : 9791090090545
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L'AMOUR À MORT
 

La collection sans filtre est dirigée par Bertil Scali.

 

Dans la même collection :

La Tête à Toto, Sandra Kollender

Open Bar, Benoît Schmider

Un Prisonnier russe, Mikhaïl Khodorkovski

 

Production de la version numérique : StoryLab Studio (www.storylab-studio.com)

Secrétariat d’édition : Célina Salvador

 

ISBN 979-10-90090-46-0

© Steinkis éditions, 2014.

Steinkis - 31, rue d’Amsterdam - 75008 Paris

www.steinkis.com

 

Ondine Millot est journaliste à Libération. Entrée au quotidien en 2000, elle est depuis six ans chargée des procès et des faits-divers.
L’Amour à mort est son deuxième ouvrage, après Esclavage domestique, avec le photographe Raphaël Dallaporta (Filigranes Éditions).

 

Angelo Di Marco est né à Paris en 1927, de parents immigrés italiens. Dès ses 18 ans, il part faire le tour des rédactions, son carton à dessin sous le bras, et devient rapidement le « maître du fait-divers », que les publications s’arrachent. En 68 années de carrière, impossible de trouver un titre auquel il n’ait pas collaboré. De Détective, dont il a longtemps assuré la couverture, à Libération, en passant par Le Monde, La Vie Parisienne, Radar, L’Événement du Jeudi, Le Figaro, France-Soir...
Son style, reconnaissable entre tous, allie la noirceur luxueuse du lavis à encre au souci perfectionniste, parfois ironique, du détail. Angelo Di Marco a une obsession : l’instant du passage à l’acte, le moment où tout bascule. Jamais de morts, jamais de sang, mais des plans cinématographiques étudiés, où les visages crispés par la rage, les yeux exorbités de terreur, fascinent à l’infini. Ce mélange inédit d’hyperréalisme et de distance laisse le crime en suspens, sondant sans cesse l’insondable intention meurtrière. Angelo Di Marco est également l’auteur de nombreux ouvrages illustrés et bandes dessinées, dans tous les domaines. Plusieurs expositions et rétrospectives ont été consacrées à son œuvre.

Ondine Millot

 
 
L'AMOUR À MORT

Histoires, enquêtes, rencontres et autres crimes passionnels

 
 

Dessins d’Angelo Di Marco

 
 
 
STEINKIS
SANS FILTRE

Préface de Michel Dubec

 
 

Il n’y a ni flics ni voyous chez Ondine. Elle se consacre aux gens, à leur drame, ou à leur peine à travers cinq meurtres, trois tentatives et sept affaires non résolues. Certains n’étaient en rien voués à l’action criminelle, d’autres en revanche sont irascibles, violents et portés à la récidive. Ondine Millot demeure résolument proche des faits et des personnes, sans fioriture, sans romantisme déplacé. Elle restitue l’intensité des amours et des haines qui lient les auteurs et les victimes, et elle n’oublie ni les uns ni les autres. On pourrait dire qu’elle est une journaliste d’investigation de l’âme humaine.

 

Le crime passionnel n’est ni une entité juridique, ni le produit d’une maladie psychiatrique, il ne se prête pas aux grandes théories psychanalytiques, sauf pour ceux de la mythologie antique. Les seuls crimes passionnels qui intéressent les savants sont les crimes romanesques issus de l’âme et non de la réalité.

 

Le roman policier est une frange souvent délaissée de la littérature. Il ne se définit pas par le fond ni par le style. Il se définit par le public auquel il s’est adressé ; les ouvriers portant casquettes penchées et gauloises bleues au coin des lèvres qui, dans le métro 2e classe, se plongeaient dans leur série noire pour passer le temps durant les trajets du matin et du soir, avant les portables.

 

Les crimes passionnels sont nés des gazettes du xixe siècle et suscitent l’intérêt de la population qui lit les faits divers dans les quotidiens et hebdomadaires. Que ce soient les gens qui achètent ces journaux ou ceux qui les lisent dans les salons, pour les dents ou pour les cheveux. Le fait divers, en effet, donne prétexte à toutes les classes intellectuelles de s’y intéresser car on peut y voir le sociodrame des malheurs exceptionnels ou quotidiens. Il reste proche de la réalité, n’est ni un exemple, ni un modèle, pas même une évasion.

 

La chronique judiciaire d’Ondine Millot, par la simplicité de la narration, reste au plus près de l’événement, des acteurs du procès. De manière lapidaire, elle évoque les quelques formules compassées et vides de sens des psychiatres. L’expertise éclaire rarement le sentiment qui anime le geste du criminel. La psychiatrie française, même au temps de son essor, accordait peu d’intérêt au criminel passionnel, si ce n’est pour le catégoriser d’un trait, en paranoïaque jaloux ou en dépressif égoïste, sexiste et insupportable. Au fur et à mesure que la psychiatrie s’est affaiblie, les formules se sont ampoulées jusqu’à décrire un personnage dont la « polarité narcissique quasi exclusive de la relation à l’objet d’amour a pour corollaire le déni d’altérité » (sic).

 

On comprend, avec des formules de ce genre, que les grands avocats pénalistes se soient détournés des psychiatres. Maître Henri Leclerc a coutume de raconter une anecdote qui a failli être cuisante pour son client. Celui-ci avait tué une première fois, par amour déjà, et avait été déresponsabilisé en raison de sa folie. Il récidiva quinze ans plus tard et le même expert tourna casaque pour ne lui accorder aucun défaut de lucidité. Maître Henri Leclerc, qui constata sa psychose dissociative évidente, s’enquit de l’avis des plus hautes sommités psychiatriques pour plaider la demi-folie au moins. Son client fut condamné à vingt ans. Après un pourvoi en cassation (l’appel n’était pas possible à l’époque), il se dit qu’on ne l’y reprendrait pas à deux fois. Au deuxième procès, il ne plaida donc pas la pathologie mais le crime passionnel et obtint un verdict de dix ans.

 

L’ouvrage d’Ondine Millot est également un compte-rendu sociologique, qui comporte les crimes chers à l’époque classique, mais également les « nouveaux crimes », ceux où il n’y a pas la moindre épaisseur de trame sentimentale. La rage est posée à l’orée de la rencontre, l’issue est prévisible, la récidive aussi.

 

Les suspects font également leur coming out, comme c’est le cas de l’amant du sacristain, dont la mort est restée si insupportable qu’il est interdit de l’évoquer devant les paroissiens. L’homosexualité féminine n’est pas plus pacifique quand elle rassemble Stéphanie et Anna : entre le moment de la découverte sur les sites de rencontre lesbiens, et celui de la passion de Stéphanie qui plaque tout pour rejoindre Anna et qui finit par la « tacler », tout s’est déroulé dans l’immédiateté. Elles n’avaient pas pris le temps des sentiments qui s’émoussent pour permettre une séparation progressive.

 

Une chronique judiciaire ne serait pas complète sans les affaires qui resteront à jamais énigmatiques, d’autant plus ardues qu’elles peuvent aboutir à la condamnation d’un homme sans la preuve de sa culpabilité, comme le pompier Chabé. Les enquêteurs, aujourd’hui, n’ont plus la patience et la rouerie de Jules Maigret. Qui a tué l’accroche-cœurs : le mari jaloux ou l’amant avisé ? L’ADN est la clef désormais indispensable pour trouver le criminel, quand il vient à manquer, on ne sait plus enquêter.

 

Heureusement, Ondine Millot n’en reste pas à des histoires qui traduisent la douleur à l’infini. Elle en relate qui sont poétiques et charmantes, comme celle de Jean-Luc Duez qui badigeonne, par centaines, le mot Amour sur les trottoirs. Une érotomanie qui évite le tricycle tragique « de l’espoir, du dépit et de la haine », admirablement décrit par le maître de l’Infirmerie Spéciale, Gaëtan de Clérambault, dont l’élève Jacques Lacan fit sa thèse, « Le cas Aimée », en 1934. Condamné à l’éloignement, Jean-Luc a permis de rendre son amour généreux par le dessin jusqu’à la dilatation picturale. En perdant son caractère ciblé et offensant, le sentiment s’est tourné vers lui. Maintenant il est aimé… des autres.

 

Toutes les histoires contées par Ondine Millot pourraient susciter des commentaires si la place ne manquait. Elles prêtent toutes à réflexion. Il y a ce grand platonique sensitif, « rentré » aux émotions, qui vivait un amour, partagé croyait-il, qu’il fréquentait sur papier, et qui, en dehors des rimes, ratait tout dans la réalité, même son tir, heureusement. Il y a celle au contraire qui se voulait fatale et qui le fut, passant de l’engouement extrême à la dépassion nerveuse. Il y a ce paysan maladroit dont la rudesse des sentiments le plongea, avec son tracteur, dans le fossé et le malheur. Plus léger, il y a ce maire, cocu sur ordonnance, qui fit de son infortune une affaire d’état et fut débouté par le conseil de l’Ordre des Médecins.

 

Ces piécettes rappellent les mutations de la sociologie du crime. On passe de l’époque bourgeoise où l’individu présentait une personnalité à surmoi et à culpabilité, à déchirement entre conscience et inconscience, à l’époque contemporaine où cette structuration se délite et s’efface. L’individu pour lequel il n’y a plus de sens à se placer au point de vue de l’ensemble se déconnecte symboliquement de la citoyenneté. Peu importe que l’impulsion ou la détermination viennent de la conscience ou de l’inconscience. Ce sont la signification et l’orientation de cet agir pathologique qui sont nouveaux, pas forcément les faits par lesquels il se traduit.

 

Nous pensions jusqu’alors que toutes les conduites étaient à déchiffrer comme les expressions d’une intériorité manifestée par ses actes, y compris, et surtout, ceux qui échappent à la maîtrise de soi. Eh bien, nous nous trouvons devant des conduites radicalement déconcertantes, parce que faites en réalité pour produire de la dissemblance avec l’individu qui en constitue le support. On n’a plus affaire à l’expression incontrôlée d’une intériorité, mais à la manifestation d’une passion de se dégager de soi, de se délier de soi ou de se détourner de soi.

 

L’honneur de l’époque classique n’est plus soutenu par un ordre moral et défendu par l’épée au fourreau. Individuel et narcissique, il est offensé par l’échange fugace d’un regard et vengé par une agression réflexe.

 

Dans ces mille-feuilles où se mêlent les crimes de jadis et les violences modernes, il n’y a plus de continuité logique ou inconsciente entre l’acte et l’homme qui le commet. La seule cohérence possible est celle, extérieure, posée par le jugement d’autrui. Cette logique supposée, ou imposée, entre le désir et l’acte, est une reconstruction. Pour être jugeable, il faut donner les raisons du crime selon une rationalité accessible à chacun. Face à un acte insoutenable, on a besoin de mettre du sens et cette quête de sens peut nous aider à supporter l’horrible, pas à l’accepter.

 

Michel Dubec

Psychiatre,
expert agréé par la Cour de cassation

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