La vraie vie

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Le jeune Tommy, adolescent indécis, en manque de confiance et à la recherche de son identité, accompagne ses parents à Djibouti où le père a décroché un poste d’enseignant. Tommy raconte sous forme d’anecdotes piquantes son immersion en terre d’Afrique, sans complaisance mais avec humour et tendresse. Il tente à travers ses aventures et ses rencontres de forger sa personnalité sans jamais se départir d’une autodérision ravageuse. C’est dans ce contexte particulier qu’il nous livre des confidences intimes sur son corps dont l’évolution lui échappe et sur ses premiers émois charnels en Afrique avec le corps d’autrui. Ce récit où le narrateur est le fils, n’est en rien autobiographique mais il n’emprunte pas d’avantage à la fiction.

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2

La vraie vie

3
Yvan Ziegler
La vraie vie
Carnet intime d'un adolescent
français à Djibouti
Écrits intimes
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9904-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748199048 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9905-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748199055 (livre numérique)

6
.






À mes parents, à qui je dois tout,
À ma femme et mes enfants chéris, que j’ai délaissés
un temps pour écrire ce récit,
À Max, mon collègue et ami qui, le premier m’a
persuadé d’écrire ces histoires,
Aux jeunes enragés d’un site Web d’ados, auxquels
il a été permis de lire quelques extraits et qui m’ont
encouragé à poursuivre l’effort d’écriture.
7






Turambar de Paris :
« Vraiment pas mal l’histoire. Je l’ai lue jusqu’au
bout et ça m’a vraiment plu. Tu décris bien tes
sentiments et tout ce qui se passe. J’avais l’impression de
revivre mon dépucelage (à la fin du récit), mais le style
est bon et captivant. Bonne chance pour la suite ! »

Zobinette du Nord :
« Franchement il n’y a pas de mots pour décrire, c’est
super bien écrit, un peu long mais super, continue si c’est
de toi ! »

Radis noir de Seine et Marne :
« La meilleure histoire que j’ai lue jusqu’ici.
Bravo ! »

Cynthia 1 du Québec :
« C’est vraiment bon comme histoire, c’est long mais
c’est bon, publie ton histoire, ça vaudrait la peine. »

IhopeUuBoobsFallOff du Luxembourg :
« Salut, je trouve le style d’écriture très riche et très
bon. Moi-même, j’ai vécu en Afrique et je dois dire que
9 La vraie vie
j’ai adoré, c’est génial comme continent. Ciao et encore
bravo pour tes histoires. »

Kwaio du Nord :
« Si c’est de toi, tu devrais les publier tes histoires.
Ça finit un peu vite mais c’est très réaliste.
Sérieusement, c’est pas mal, même très bien. »

Rochel 493 de l’Essonne :
« Je suis sur les rotules. Le style est vraiment
excellent. »

Nyfazoïde de Namur (Belgique) :
« Il y a un talent certain. Vocabulaire, humour,
apartés… Je ne peux que te féliciter. »

Assel des Côtes d’Armor :
« Sympa ! j’ai beaucoup aimé. »

Yunilov, du Nord :
« Première fois que j’apprends des mots ici,
magnifique ! »

Bbmaria de Tunisie :
« C’est une belle histoire. »

10 Homo sum (je suis un homme)
.
HOMO SUM (JE SUIS UN HOMME)
Mes parents enseignants, habitaient un
confortable appartement dans un petit
immeuble haussmannien de la rue Picpus, dans
un quartier bourgeois du 12° arrondissement de
Paris. Mais c’étaient des nomades, des zingari,
dit ma mère née de l’autre côté des Alpes et,
avec constance, chaque année, mon père
postulait pour un poste à l’étranger dans des
contrées lointaines, Pondichéry, le pays du soleil
Levant, Dakar…
Aussitôt, ma sœur et moi, nous nous
plongions dans le petit Larousse illustré à la
recherche de planches en couleur, nous tentions
de nous familiariser avec des noms étranges à
l’orthographe indéchiffrable et aux sonorités
que nous imaginions bien exotiques.
De tous ses souhaits, seule l’île de
Madagascar avait pu être exaucée par
l’Éducation Nationale, administration contre
laquelle papa tempêtait et s’irritait en
permanence, haussant la voix jusqu’à se
11 La vraie vie
quereller avec maman qui n’y était pour rien.
Mais bien vite, par chance, arrivait l’apaisement
final, favorisant le retour du train-train
quotidien jusqu’à l’inéluctable coup de sang
suivant de mon paternel.
Du séjour à Madagascar, notre quatre pièces
cuisine recelait peu de reliques : quelques
meubles en acajou achetés là bas, des
porcelaines chinoises joufflues très richement
décorées, mais particulièrement encombrantes
et fragiles.
Figés au mur, les différents membres d’une
famille de paysans malgaches finement détaillés
au fusain nous observaient du haut de leurs
cadres. Leur présence chez nous semblait
incongrue, mais la trombine du père
Ravalomanaka, de la mère au patronyme tout
aussi difficile à porter, celle du fiston et de sa
frangine chacune dans son support, finit avec le
temps par appartenir à notre clan.
J’étais pour ma part fasciné par l’imposante
collection de 2 CV Citroën, des miniatures
qu’avait accumulées mon père, intarissable sur
ce véhicule emblématique de son « ancien »
temps, qu’il décrivait avec émotion. Jadis, dans
sa jeunesse, il en avait possédé un modèle, une
grise dotée d’appuis têtes à l’avant, option peu
courante à l’époque et il nous en racontait
l’histoire, doctement.
12 Homo sum (je suis un homme)
J’étais notamment intrigué par leur
fabrication sur fond de boîtes de conserve et de
cannettes recyclées grossièrement travaillées,
des reliques bien frêles aux couleurs vives
presque criardes. Des petites mains malgaches,
probablement des enfants, avaient pérennisé ce
véhicule, symbole d’une époque et d’un
continent qui n’était pourtant pas le leur. Mon
père en détenait jalousement une bonne
trentaine, disséminée sur des étagères de la
chambre nuptiale, des modèles différents, avec
ou sans coffre, phares ronds ou rectangulaires
et même des versions break. Gare à celui qui les
manipulait sans son accord.
– On touche avec les yeux, menaçait-il.

Quelques photos aussi, non classées et sans
légende, découvertes par hasard dans une boîte
à biscuits de Pont-Aven, depuis longtemps
consommés, illustraient des scènes de la vie.
Mes parents épanouis, posaient
nonchalamment (sans doute la moiteur du
climat), assis sur un large divan en rotin, mon
père aspirant une bouffée de Craven A, les yeux
levés au ciel, ma mère, un regard tendre dans sa
direction. Une autre photo, d’extérieur celle-ci,
les représentait appuyés sur le capot d’une Super
cinq bleue garée dans une ruelle en pente, leur
première voiture achetée en commun sur le
territoire africain.
13 La vraie vie
Bien qu’impliqué activement dans la
tourmente de mai soixante-huit, du moins
prétendait-il l’avoir été, (participer à un sit-in
sur les marches du lycée Voltaire n’est pas
suffisant pour s’improviser révolutionnaire),
mon père appliqua pour l’éducation de ses
enfants, des règles que je jugeais à l’époque
guère libérales. Les conversations peu prolixes
faisaient partie du quotidien, les oukases
constituaient le socle intangible de ses principes
éducatifs et il était dans son esprit recommandé
d’interdire, à l’inverse des slogans déclamés
pourtant vingt ans plus tôt sur, ou « sous les
pavés de Paris… »
Ma mère en revanche, adepte critique des
idées progressistes qui ont également baigné ses
années universitaires à Milan, redressait la barre
lorsqu’il le fallait.
Ma grande sœur Elena n’avait cure de la
sémantique idéologique et elle vivait sa vie sans
se poser de question. Elle raflait tout ce qui se
présentait, le bon comme le mauvais. Je
l’admirais pour cette philosophie de vie, tout en
la mettant en garde, surtout plus tard lorsqu’elle
ramenait à la maison en secret et avec ma
complicité, des garçons d’un jour ou d’un soir,
peu recommandables.
Elena a toujours été présente pour combler
mon enfance de petit garçon. De confidences
en trahisons et de rigolades en disputes, les
14 Homo sum (je suis un homme)
premières années furent riches de grandes
complicités.
Au fait, moi c’est Tommy. Bien sûr ce n’est
pas mon vrai nom, mais j’aime bien et c’est plus
cool que Bernard, Ferdinand ou Marcel…
Pour tout dire, ma sœur et moi n’étions guère
loquaces sur l’aventure malgache de nos parents
et peu de questions fusaient à leur endroit. Eux-
mêmes d’ailleurs ne s’épanchaient pas sur les
détails de leur trois années passées là bas,
manifestant sans doute un certain malaise de
nous avoir « abandonnés », heu… mille regrets,
« confiés », au pensionnat de Louveciennes,
couvés le week-end et les jours fériés par papi et
mamie, témoins distants de l’évolution de nos
corps et du mal-être dans nos p’tites têtes
fragiles d’adolescents.
Elena avait quinze ans et moi presque treize,
lorsque nos parents mirent pied à terre à Tana
et à leur retour, ils ont découvert des « grands »,
comme ils dirent.
Bien que nos parents aient tenté de nous
préparer à cette nouvelle vie d’interne,
expliquant les bienfaits que la situation
génèrerait sur nos études, en occultant d’avance
les protestations et autres lamentations chassées
d’un revers de la main, la décision fut
traumatisante, elle marqua la première grande
épreuve de ma vie.
15 La vraie vie
Mes débuts au pensionnat de Louveciennes
furent un véritable parcours d’obstacles qu’il
fallut franchir les uns après les autres.
Coupé ainsi du milieu familial, de la
protection de mes parents et de la connivence
de ma sœur, installée avec les filles dans un
bâtiment annexe, je maudis alors mon caractère
taciturne et enviais terriblement l’apparente
facilité avec laquelle Elena s’intégrait dans cet
univers aux milles contraintes qu’elle accepta de
bon gré.
Le premier obstacle qu’il fallut affronter fut
la promiscuité pesante tout à fait incongrue, aux
antipodes du carré intime que constituait
jusqu’alors ma chambrette du 12°.
Des dortoirs bavards et agencés en série, des
lits alignés sur plusieurs rangs et du mobilier
uniforme façon IKEA, humanisé par des
posters perso pas toujours de bon goût, des
longs néons sans âme courant sur les murs,
épiant de leur clarté éblouissante, le moindre de
nos faits et gestes, les occupations quotidiennes
rythmées au son d’un métronome, rien, non
vraiment rien ne trouvait grâce à mes yeux.
Par bonheur, le pensionnat ne nous avait pas
affublé d’un habit militaire et nous étions
dispensés de marcher au pas…
Vers treize ans, j’étais bien sûr un être en
devenir. Enfant doté d’une voix fluette, hésitant
entre ténor et soprano, petit et malingre, un
16 Homo sum (je suis un homme)
visage ovale surplombant un menton en
galoche agrémenté de boutons disgracieux qui
achevaient de me défigurer, un léger duvet
naissant au dessus de lèvres pincées, tout mon
être m’inspirait à l’époque la réflexion : ni
homme ni bête.
Me confronter à tant de garçons, dont
beaucoup s’épanouissaient déjà dans une
puberté assumée et un développement
harmonieux, me complexait et j’avais honte de
mon corps. Cassé le Tommy, cassé…
Les douches collectives de cet établissement
constituèrent le lendemain même de mon
arrivée, le châtiment suprême. Chaque matin au
réveil, dans la précipitation et dans un créneau
horaire si court qu’il rendait inévitable la
promiscuité déjà évoquée, la nudité des garçons
s’exposait indécente dès le vestiaire et je
compris rapidement (au pensionnat, mieux vaut
reproduire à l’identique pour ne pas se faire
remarquer) qu’il serait malvenu de conserver
mon « cache misère » autour de la taille. Le
choc fut rude, car jusqu’à présent, seul le miroir
de la salle de bain de la rue Picpus avait reçu
l’indicible privilège de partager ma nudité.
Bien que déjà éveillé aux délices sans pareil
de l’onanisme, « je me faisais plaisir, je me faisais
dormir, je m’inventais un monde rempli de femmes aux
cheveux roux… », comme le fredonnait les poings
rageurs le Sardou des années paillettes,
17 La vraie vie
j’abhorrais grave à l’époque mon vermicelle au
look enfantin, pendouillant d’un pubis
vaguement gazonné que d’aucuns
dénommeraient « sexe ». Je n’avais pas encore
connu ce que les copains nommaient
« pollutions nocturnes », thèmes récurrents de
leurs plaisanteries grivoises et j’avais hâte de
savoir comment c’était.

Toutes ces réflexions que je marmonnais
mentalement, pendant que ruisselait l’eau tiède
sur ce corps dont je souhaitais m’extraire au
plus vite, j’étais persuadé que les garçons les
surprenaient comme si je parlais à voix haute.
C’était comme si le frôlement de nos épidermes
ingénus dans la vapeur opaque, les savonnettes
qui glissent, les murmures et les interjections
qui fusent d’une paroi carrelée à l’autre
n’avaient qu’un seul but : faire connaître à tous
que j’étais encore « puceau », terme assurément
impropre mais galvaudé et utilisé à tous propos
par les adolescents de l’établissement.
À mon grand étonnement, je découvris que
l’extension ductile de mes copains de chambre
ne présentait pas le même profil. Elle dissonait
dans sa diversité, de Fabrice à Olivier et de Loïc
à Stéphane, ce qui distingue du reste, l’homo
sapiens de l’espèce animale, j’enrage… Les
placides baudets qui broutent nos verts
pâturages possèdent le même appendice
18 Homo sum (je suis un homme)
érectile, avantageusement uniforme et
standardisé, c’est bien plus équitable, pourquoi
pas nous ? Le « nous » est l’archétype de ceux
pour qui dame nature ne s’est guère montrée
généreuse…
J’avais coutume d’observer à la dérobée le
corps dénudé de ma grande sœur sous la
douche, elle s’en amusait d’ailleurs, avec ses
petits seins joliment galbés et son triangle
isocèle parfaitement dessiné, mais je connaissais
mal la morphologie d’un adolescent, hormis la
mienne naturellement…
Je pensais par exemple que le sexe, pour
mériter l’appellation « d’homme » devait comme
celui de mon père (le seul exemplaire de la
maison), arborer un gland dégagé de son
enveloppe, telle une banane à peine épluchée. Je
sais, c’est « ballot » comme dit ma mamie.
Et bien je fus surpris et dans le même temps
rassuré, de voir ces zigounettes qui, chaque
matin, affichaient sans ostentation leur prépuce
protecteur, dissimulant pudiquement une
extrémité renflée, enfouie aux tréfonds de
l’intime. Je m’honorais, sur ce détail physique
en tout cas, de correspondre à la norme en
vigueur dans l’établissement…
Nos nombreuses douches en commun
devenant au cours du temps banales, je
parvenais à identifier sans risque d’erreur, « le
p’tit bout » de chacun de mes copains, doté de
19 La vraie vie
ses caractéristiques propres, un engin ludique
qui pour certains, représentait déjà un objet de
plaisir à l’affût de délicieuses opportunités.
Des verges fines et effilées côtoyaient des
courtes et massives, la plupart d’entre elles
rentraient, frileuses et habillées pour l’hiver,
d’autres plus rarement, déployaient un cône
joufflu débarrassé de tout capuchon.
Les figures exécutées par ces « bâtons de
berger » noyés dans la rouquette consommée en
salade ou pour les plus minots, isolés dans une
assiette sans garniture, étaient devenues si
conformes à l’ordre des choses qu’elles
n’excitaient plus ma curiosité.
J’en ai vu des membres peu vaillants qui
subissaient pesamment la force de la
gravitation, des intimités s’avançant à
l’horizontal telles des lances prêtes au combat,
des tours Eiffel enfin, plus conquérantes
s’élevant vers les cieux, probablement mues par
une poussée incontrôlée de testostérone, des
engins gonflés, droits comme un I ou dans une
variante moins aboutie, penchés sur le côté, à la
pisane.
C’était surtout au réveil que le phénomène se
produisait.
– C’est moi qui ai la gaule ce matin, se
plaisait à clamer le garçon du jour, s’étirant de
tout son long, révélant au travers du caleçon la
réalité de sa virilité dressée, ou plus rarement s’il
20 Homo sum (je suis un homme)
appartenait aux plus libérés de la chambrée,
exhibant fièrement un phallus nu, impatient,
dessinant dans un dernier barouf d’honneur, un
ou deux légers mouvements de balancier avant
d’amorcer un inexorable déclin. Le phénomène
hormonal touchant chacun d’entre nous à tour
de rôle, on s’en amusait, complices de nos
évolutions respectives.

Finalement le pensionnat m’aura instruit sur
l’homme.
De son enveloppe même intime, comme de
ses états d’âme, je m’en étais repu, mais dans le
même temps je ne parvenais pas à adhérer à
l’un ou l’autre des textes psalmodiés par deux
chanteurs de variétés (dont les vinyles étaient
précieusement conservés parmi des centaines
d’autres par mon paternel), l’un péremptoire de
Pierre Perret « Vous saurez tout, vous saurez tout
sur le zizi… zizi ! », l’autre plus prudent du
grand Jean Gabin, « je sais, je sais, je sais qu’on ne
sait jamais… ».
Les premières douches pourtant heurtèrent
ma sensibilité, même si elles ne furent pas à
mon grand soulagement, sujettes de sarcasmes à
mon égard. Aussi, dès les premiers mois de
pensionnat, je repérais bien vite un garçon au
développement pubère naissant comparable au
mien, que j’entourais de mes familiarités, du
vestiaire aux douches et des douches au
21 La vraie vie
vestiaire, tentant ainsi de gommer nos
différences communes aux yeux des autres
pensionnaires. Ce garçon s’appelait Sylvain.

Sylvain était tout le contraire de moi. Il
attirait d’emblée la sympathie.
Sa tête formait un cercle presque parfait,
surmontée de fins cheveux blonds savamment
coiffés en bataille qui se prolongeaient en
pointe sur des tempes imberbes. Sur le haut du
front, s’enroulaient des boucles rousses de
façon anarchique, tandis qu’elles tombaient en
cascade sur sa nuque.
On l’appelait boucles d’or. De grosses joues
encadraient une bouche joviale découvrant des
dents d’une blancheur que je trouvais
exceptionnelle. L’œil sombre et pénétrant
exprimait sans pudeur ses émotions, ses
pensées et tranchait avec la dorure de sa
chevelure. Ce garçon d’un an mon cadet, était
comme on dit, un beau bébé joufflu qui ne se la
pétait pas.
Son âme était à l’avenant. Aussi transparente
qu’une eau minérale, on pouvait y lire comme
dans un livre ouvert sans décryptage
inutilement compliqué. Particulièrement
volubile, il faisait simultanément les questions et
les réponses, parlant de tout et de rien sans que
vous n’ayez à intervenir.
22 Homo sum (je suis un homme)
D’humeur égale et particulièrement sociable,
Sylvain était de bonne compagnie, toujours à
consoler les copains dans la peine et à
réconcilier les ennemis d’un jour. Il prenait ce
qui venait sans trop se poser de questions (je
l’aurais bien présenté à Elena, mais les
circonstances ne l’ont pas permis), c’était notre
mascotte et j’étais fier de compter parmi ses
amis. Au terme de deux années de cohabitation,
je m’interrogeais encore sur les raisons de cette
amitié, que pouvais-je bien lui apporter ?
Certes, cette amitié n’était pas exclusive, j’en
étais conscient, tant ce garçon était attractif
pour ses semblables. Pourtant, une grande
connivence nous unit soudain alors que je
venais de fêter mes quinze ans, s’imposant sans
crier gare et je me considérais alors un temps,
comme le primus inter pares.
Il nous arrivait en effet d’être consignés le
week-end au pensionnat, pour écart de conduite
ou pour résultats scolaires insuffisants.
– La discipline n’est pas très stricte dans cet
établissement, répétait le conseiller principal
d’éducation, alors, accommodez vous-en !
Les pensionnaires pour la plupart s’en
accommodaient.

C’était un huit mai cette année là, l’année du
brevet. Je m’en souviens car l’une des fenêtres
du couloir donnait sur le parcours du bus qui
23 La vraie vie
ramenait Elena et moi d’ordinaire chez nos
grands-parents à l’autre bout de
l’agglomération. Ce jour là, les bus de la ville
étaient pavoisés de deux pavillons tricolores
harnachés sur le toit du véhicule.
Sylvain et moi étions consignés pour des
raisons différentes.
Après le repas du midi, de retour en
chambre, nous nous étendions sur nos lits
respectifs, rassasiés du rabiot de nouilles que
ces journées de peu d’affluence avaient permis
de grappiller.
La chaleur était lourde et Sylvain s’était
dénudé, ne gardant pour sous vêtement qu’un
boxer blanc, port plutôt inhabituel chez lui,
adepte en principe du caleçon bigarré aux
motifs extravagants.
Nous parlions, ou plutôt lui parlait et d’un
geste tout naturel il activa une main cajoleuse
sur sa courbure encasernée. Je n’en fus pas
surpris, habitué par la désinvolture qui le
caractérisait.
Mais bientôt, il se massa à travers son boxer,
lentement, puis plus franchement, imprimant
un rythme régulier et soutenu à ses
mouvements. De toute évidence, il prenait du
plaisir à se lustrer le zizi. Et le membre durci,
moulé dans son boxer me déstabilisa, un sacré
engin !
24 Homo sum (je suis un homme)
Sylvain m’invita à l’imiter. J’étais embarrassé,
car j’étais parvenu jusqu’ici à éviter les
challenges assez courants dans mon dortoir, de
la plus longue queue en phase ascensionnelle et
je n’étais pas déterminé à commencer
aujourd’hui.
Pourtant ça boursouflait grave déjà dans mon
bermuda visiblement chamboulé. C’était trop
tard, la situation devenait incontrôlable et à
l’évidence, une manipe d’apaisement
s’imposait…
Sylvain, rasséréné par mes bonnes
dispositions et lucide sur nos points de non
retour réciproques, retira prestement son boxer.
Son sémillant soldat au garde à vous isolé au
beau milieu d’une clairière herbeuse, s’imposa à
moi, chaussé de deux lourds godillots rompus
aux déplacements stratégiques, parés pour la
manœuvre d’assaut, un organe déjà bien excité
en vérité.
Je fis de même avec mon short, par défi et
pour tenter une analogie de galbe qui, au
bénéfice de l’âge, devait en toute logique
m’avantager, mais la puissance de son anatomie
plaida sans conteste en sa faveur… et je me
penchai indiscret et voyeur sur ce corps allongé,
bientôt agité de tremblements. Chaud, il était
chaud le gaillard…
Malgré ma position indécente, offrant ainsi à
son regard une intimité sans limite, mon
25 La vraie vie
érection ne faiblit pas, elle était même
particulièrement intense.
Chacun se caressait à vue, d’abord dans un
silence de cathédrale, puis vinrent des soupirs et
des gémissements, lui, alternant de façon
démente position assise et position allongée au
rythme de ses câlineries bien ciblées, la bouche
haletante et les lèvres sèches fréquemment
humectées de sa langue, pour une fois peu
diserte et moi debout à ses côtés, tentant à tout
prix d’éviter une jouissance précipitée, la
transgression de l’instant présent décuplant au
centuple, le plaisir des sens…
Je cassais l’ambiance en lançant :
– La porte est bien verrouillée de l’intérieur,
au moins ?
Sylvain me répondit d’un grognement qui
valait affirmation.
Bien vite, le tempo imprimé fit rougir nos
deux brandons enflammés, je sentais mes
bourses durcir et se serrer contre la hampe mue
par de perpétuels vas et viens savamment dosés.
J’étais soudain préoccupé à l’idée de dévoiler à
un copain de même âge, mon désordre refoulé,
un orgasme stérile spolié de sa sève, comme
c’était encore le cas à l’apogée de mes plaisirs
solitaires. Tant pis, c’est trop bien, on
continue…
Sylvain me prit de cours et je vis jaillir en
saccades de longs filaments de sperme laiteux,
26

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