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Récits et dispositifs du fait divers

De
155 pages
Ce numéro spécial regroupe une partie des contributions du colloque de Lyon consacré au "Fait divers dans tous ses états". Les faits divers, qu'il aient fait la Une de la presse ou seulement dix lignes en page quinze, ont souvent une seconde vie dans un nombre conséquent d'ouvrages de grande diffusion. Préambule à ces travaux, l'article de Jean-François Tetu revient sur la notion d'évènement et montre comment les réflexions sur le fait divers s'inscrivent dans un ensemble plus large: celui des médiations de l'accidentelle.
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Médias & Culture
Récits et dispositifs du fait divers
Isabelle Garcin-Marrou, Institut dEtudes Politiques de Lyon Catherine Dessinges, Université Lyon 3

ORGANISATION SCIENTIFIQUE

COMITÉ SCIENTIFIQUE
Annik Dubied

Maître de Conférences à lUniversité de Paris X Nanterre Professeure boursière FNS Professeure adjointe à lUniversité de Genève Professeur à lUniversité Jean-Moulin Lyon 3

Anne-Claude Ambroise-Rendu

Professeur à lInstitut dEtudes Politiques de Lyon Professeur à lUniversité Catholique de Louvain-la-Neuve

Bernard Lamizet Marc Lits

Jean-Pierre Esquenazi

Professeur Emérite à lUniversité Lumière Lyon 2 Maître de conférences à lUniversité Jean-Moulin Lyon 3 Professeur à lUniversité Laval

Jean-François Tétu

Martine Vila-Raimondi

Professeure à lInstitut dEtudes Politiques de Lyon

Isabelle Garcin-Marrou

Thierry Watine

Julien Auboussier

SECRÉTARIAT DE REDACTION

Jean-Pierre Esquenazi

CRÉATEUR

DIRECTION DE PUBLICATION
Equipe ELICO, Université Lyon 3 thiebaut@univ-lyon3.fr

Isabelle Garcin-Marrou Claude Jamet

CORRESPONDANCE

Médias & Culture
Récits et dispositifs du fait divers
Jean-François Tétu 15 De lévénement aux affaires

De la nécessité de dé!nir (ou non)
Annick Dubied 33 Les récits de fait divers et les récits people : norme, intimité, identités « Suicide à lElysée » Une controverse journalistique autour dun impossible fait divers

Bertrand Pirat

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Fait divers, xénophobie et racisme
Patricia Mercader, Annick Houel, Helga Sobota 63 Un Moyen-Âge bien daujourdhui Le vol des réfugiés à la veille de la seconde guerre mondiale Faits divers, nouvelles locales et structures ouvertes Real life-packaged for consumers : the fait divers as a heuristic for scrutinizing the construction of moral panics in the Australian press Appropriation et réécriture : lexploitation des faits divers par les sites Web racistes

Geoffrey Fleuriaud

77

Dominique Hecq, Carolyne Lee

91

Carine Duteil-Mougel, Mathieu Valette

103

Fait divers, dispositif médiatique et médiation démocratique
Jérome Constant 123 La mise en pages des quotidiens français au prisme du fait divers Le fait divers : lévénement froid dune puissance politique à contenir

Nicolas Lavergne

139

Médias & Culture
Les 23 et 24 mars 2006 se tenait, à Lyon, un colloque consacré au « Fait divers dans tous ses états ». Organisé par les équipes de recherches Médias et Identités (Université Lyon 2) et ERSICOM (Université Lyon 3), dans le cadre de leur prochaine réunion au sein dune nouvelle équipe de recherche, ELICO, ce colloque permettait dentendre plus de vingt chercheurs, français et étrangers, et des journalistes spécialisés dans les faits divers. Les contributions à ce colloque paraissent dans trois numéros de revue ; un numéro des Cahiers du Journalisme et deux numéros spéciaux de Médias et Culture. Le présent numéro spécial regroupe les articles consacrés au fait divers dans ses récits et dispositifs ; lautre numéro spécial rassemble les analyses consacrées à la !ction et aux !gures du monstre dans les faits divers. Les articles publiés par les Cahiers du Journalisme sont plus précisément centrés sur lanalyse des pratiques journalistiques face aux faits divers.

PRÉSENTATION Depuis le livre de référence que Georges Auclair lui a consacré en 1970 (Auclair, 1970), la publication douvrages sur le fait divers a connu des fortunes diverses. Une recherche rapide dans les catalogues des bibliothèques universitaires montre ainsi que les études scienti!ques, sans être inexistantes, sont en nombre relativement limité. Cest dailleurs pourquoi nous sommes heureux que quelquesuns des chercheurs qui travaillent la question de façon approfondie depuis des années aient participé à ce colloque ; vous trouverez dans les pages qui suivent les conclusions de leurs dernières recherches et des échos de leurs travaux antérieurs. Parallèlement, une recherche tout aussi rapide douvrages consacrés au même thème mais cette fois-ci dans les catalogues en ligne des bibliothèques pu-

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bliques (par exemple, ceux de la bibliothèque municipale de Lyon) montre que les faits divers, quils aient fait la Une de la presse ou seulement dix lignes en page quinze, ont souvent connu une seconde vie dans un nombre conséquent douvrages de grande diffusion, dont il serait dailleurs intéressant de connaître le taux de consultation. Ce constat banal ne vise pas à raviver on ne sait quelle querelle sur lopposition réelle ou fantasmée entre la culture populaire ou de masse et lélitisme de la recherche universitaire qui ne sintéresserait quà des objets de prestige. Ce débat qui a été dune certaine façon à lorigine des sciences de linformation et de la communication appartient désormais à lhistoire, au moins en ce qui concerne notre discipline (Boure, 2002). Il sagit plutôt de reprendre et dactualiser un !l de recherche qui, bien que jamais interrompu, sétait amenuisé ces dernières années. Préambule à ces travaux autour du fait divers, larticle de Jean-François Tétu revient sur la notion d« événement » et montre comment les ré"exions sur le fait divers sinscrivent dans un ensemble plus large ; celui de lanalyse des médiations de « laccidentel ». Reprenant les liens entre lévénement et la culture, et comparant un événement « ancien » (lattentat de Damiens) et des événements « modernes » (le bombardement dHiroshima, la catastrophe de Liévin et l« affaire » de Troyes), J.-F. Tétu propose de considérer lévénement comme un « nonsavoir radical » que la presse va tenter de combler en organisant le récit. Ce faisant, le récit de lévénement organise le sens et ré-organise la société, que lévénement avait confrontée au « vertige » de « laporie du savoir ».

1 De la nécessité de dé!nir (ou non)
Reprendre, actualiser la recherche, cela signi!e commencer par revisiter la problématique dé!nition du fait divers qui navait guère été revue depuis Barthes

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(Barthes, 1964) et Auclair. Cest ce travail quAnnik Dubied et Marc Lits ont entrepris à la !n des années 90 et dont la première rappelle les conclusions au début de son article. Les critères dé!nitoires retenus ont le mérite de synthétiser les !liations et dinsister sur le lien consubstantiel entre fait divers et médias : il nexiste de fait divers que des médias. Ce constat qui pourrait paraître une banale évidence est en réalité un point dancrage fondamental car il organise autour de lui les limites du territoire à explorer, cadre les types de discours prévisibles, rappelle la place des publics. Cette proposition, ouverte, de critères de dé!nition peut donc aussi se concevoir comme une base relativement consensuelle des travaux menés dans ce colloque. Traçant ainsi les conditions dune analyse du fait divers, cette dé!nition permet aussi de faire apparaître ce qui paraît sen distinguer. Cest la visée principale de larticle dA. Dubied que de confronter fait divers et people et de montrer par exemple comment le renversement des notions dextraordinaire et dordinaire trace une première frontière entre lun et lautre. Cependant, cette frontière nest que dapparence puisque lextraordinaire apparaît travaillé de manière proche ici et là, de même que la répétition semble être une !gure normative dans les deux cas Finalement, il se con!rme que le rôle dévolu à ces genres journalistiques pourtant dépréciés pourrait bien être la négociation des normes sociales. Cependant, sil est possible de dé!nir le fait divers, cette dé!nition, cela nous a été rappelé, reste problématique. Le troisième article (Bertrand Pirat) est à cet égard éloquent. La circulation des récits à propos du suicide de François de Grossouvre dans son bureau du palais de lÉlysée en avril 1994 est loccasion de faire varier la quali!cation de lévénement qui hésite entre affaire dÉtat, fait divers, fait de société Lhésitation sur la quali!cation peut être motivée par bien des raisons qui interdisent, entre autres, la clôture du récit : labsence de lettre posthume explicative, le mystère entretenu autour de lui par le personnage lui-même de son vivant, la dif!culté pour les journalistes de traiter des puissants. Ce qui est le plus

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intéressant, note B. Pirat, cest la rhétorique utilisée pour jouer de ces contraintes. En passant du journal quotidien à la synthèse des « Dossiers et documents » (Le Monde), ou bien de la presse au livre le journaliste fait un « usage critique de la catégorie journalistique » facilité par le "ou de la dé!nition qui, pour une fois, sert la stratégie argumentative mise en uvre.

2 Fait divers, xénophobie et racisme
Un événement construit en fait divers par les médias sinscrit très souvent, cela a été souligné précédemment, dans une logique de la répétition. Cette dernière peut prendre différentes formes et notamment celle de lexploitation dune thématique récurrente. Ainsi de lAutre, étranger à notre monde, à notre microclimat (cet heureux équilibre momentané que lon souhaite, croit, permanent et réservé de toute éternité aux élus localement reconnus et que lon croit garant dune particularité, voire dune perfection, incomparable et donc inviolable) ; lAutre dont lévocation même est synonyme de trouble. LAutre, cest celui par qui peuvent facilement fonctionner quelques-unes des principales !gures de la rhétorique mythologique analysée par R. Barthes (Barthes, 1957) : la privation dHistoire dont on peut trouver de proches équivalents, le déterminisme, le fatalisme, lidenti!cation impossible (« lAutre est un scandale qui attente à lessence », dit Barthes), le constat qui propose des clés toutes prêtes de compréhension du monde car il nest pas « dirigé vers un monde à faire ; il doit couvrir un monde déjà fait ». Cest ce que montrent les trois articles qui suivent et qui explorent, selon des points de vue différents, la thématique de létranger dans des corpus de faits divers. Ainsi il apparaît que si « les traditions moyenâgeuses » sont des principes explicatifs récurrents mobilisés dans les faits divers relatant des crimes conjugaux (Patricia Mercader, Annick Houel, Helga Sobota), largument sert en fait à couvrir

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une réalité sociale où lhomme se voit reconnu le droit dexercer le pouvoir dans le couple à condition de respecter « des formes socialement acceptables ». Sousjacent au discours convenu, le modèle du couple où lhomme exerce le pouvoir reste dominant dans les faits divers et la tradition archaïque appelée à la rescousse cache mal une réalité tout à fait actuelle. Cette tension entre le dit et le non-dit, notent les auteures, revient à nier le désir très profond dadhésion à ce modèle et donc à faire retour sur lHistoire pour en nier aussi la réalité. Une recension des faits divers concernant des vols, relatés dans deux journaux de la PQR de la Vienne entre août 1939 et mai 1940 (Geoffrey Fleuriaud), révèle que ce qui est en jeu, outre latteinte à la propriété, cest le désordre introduit dans la communauté locale par laccueil des réfugiés déplacés en raison des combats qui sannoncent à lEst. La !gure clé du discours relayé par les journalistes, cest le réfugié, lAutre dé!nitivement inassimilable puisquil devrait avoir « la pudeur de se taire », de se fondre dans le milieu qui laccueille jusquà séclipser et que, au contraire, il se manifeste au point dapparaître dans les gazettes locales. Certes le vol est ressenti comme une atteinte grave aux droits dune communauté aux moyens très éloignés de ceux de notre société de consommation mais la relation qui en est faite à travers les faits divers sert surtout à exprimer le rejet par cette communauté de ce que représente lAutre. Ainsi, à travers ses voleurs, note G. Fleuriaud, cest une société qui se dévoile. Ce dévoilement social par le rejet de lAutre est également au cur de larticle consacré au traitement médiatique des émeutes (« riots ») de Cronulla. La presse australienne, analysée par Dominique Hecq et Carolyne Lee, construit le fait divers comme le révélateur dune opposition irréductible entre une communauté « blanche » et des groupes « originaires du Moyen Orient », dont lactivité principale relève du crime et de la déviance. En proposant, en première page, les signes et les lexiques nationalistes, les journaux instituent, par le récit du fait divers, un univers symbolique de « panique morale », dont les victimes sont, comme le

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précisent les deux auteures, les « victimes du racisme ». Renversement dans lidenti!cation des auteurs du désordre, défense dune identité menacée par un Autre et réaf!rmation de la supériorité des valeurs nationales ; telles sont les fonctions du fait divers, dans la presse australienne, dont la survenue dans un lointain ailleurs permet de mesurer luniversalité. Car cest encore cette !gure de lAutre, lAutre exécrable, lennemi social, qui structure les faits divers dont semparent les sites Web racistes (Carine DuteilMougel, Mathieu Valette). Ces sites ont trouvé dans « le patron narratif court » du fait divers un format qui convient à la fois aux contraintes techniques de la page-écran (texte ramassé, lecture fragmentée) et à la visée argumentative. Avec ce patron narratif, il sagit ni plus ni moins que davoir recours à la très ancienne pratique de lexemplum dont lillusion de réalité prétend fonder lobjectivité des faits. Par ailleurs, les sites Web racistes articulent le format du fait divers à la vox populi, ou ce qui est présenté comme telle, mêlant ainsi le fait divers à « la pétition, genre politique populaire par excellence ».

3 Fait divers, dispositif médiatique et médiation démocratique
Cest le rapprochement constaté entre un genre populaire et la reproduction (à lécran) dun « patron », terme qui inclut la structure narrative mais aussi le format (au sens de mise en forme), dont larticle suivant (Jérôme Constant) traque les origines et les évolutions dans la presse écrite, selon lopposition traditionnelle entre presse intellectuelle et presse populaire. Or, selon J. Constant, lidée, qui réserve à cette dernière le fait divers, apparaît désormais comme largement stéréotypée. Si la presse intellectuelle traite le fait divers selon dautres modalités que la presse populaire lauteur le véri!e et en fait une stratégie de la dite presse ce nest pas dans la perspective de locculter mais, au contraire, de le valoriser si nécessaire. Ainsi, les frontières entre presse populaire et presse intellectuelle tendent, de ce

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point de vue, à seffacer ; et lauteur de conclure à une « fait-diversi!cation » de linformation qui touche lensemble de la presse sous la pression exacerbée de la concurrence économique. Cette scission stéréotypée, entre deux types de presse, Nicolas Lavergne lidenti!e à son tour, en analysant le rôle des faits divers dans la PQN et dans la PQR. Selon lui, et par des modalités de rubricage différenciées, la presse écrite, quelle soit nationale ou régionale, construit le fait divers comme la représentation dun social irraisonné, dont le dispositif médiatique indique, de façon dynamique, la nécessité de « prévention, dénonciation, répression et punition ». Le fait divers est ainsi analysé comme la marque de lAltérité, dont la permanence signale, tout à la fois, le retour toujours possible dun peuple institué à létat de multitude hobbesienne et lexistence dun ensemble social démocratique constamment tenté par lécart à la norme. A cet égard, lanalyse de lauteur, selon laquelle les systèmes politiques totalitaires interdisent la médiatisation du fait divers, montre le caractère éminemment paradoxal du fait divers, qui dit, en un même mouvement, la transgression de la norme démocratique et sa réaf!rmation. Isabelle Garcin-Marrou et Claude Jamet

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Bibliographie
BARTHES R., Mythologies, Paris, Seuil, 1957 BARTHES, R., « Structures du fait divers », Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, pp. 1881997 AUCLAIR, G., Le Mana quotidien, Structure et fonctions de la chronique des faits divers, Paris, Anthropos, 1970 BOURE, R. (éd.), Les origines des sciences de linformation et de la communication, Regards croisés, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2002

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«DE LÉVÉNEMENT AUX AFFAIRES »
ARTICLE 2

JEAN-FRANÇOIS TÉTU
PROFESSEUR DUNIVERSITÉ, UNIVERSITÉ LUMIÈRE, LYON 2

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Nos sociétés oscillent entre un mouvement organisationnel et un mouvement événementiel. Lexamen de trois types dévénement, le bombardement dHiroshima, la catastrophe de Liévin (1974) et l« affaire de Troyes » (1976) montre les liens entre individus et institutions, les jeux de savoir dans linformation et lorganisation du retard des réponses.