Réflexions d'un français sur la conduite que vient de tenir l'Angleterre ; par T***, chef de brigade du génie

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Delaunay (Paris). 1803. France (1799-1804, Consulat). 23 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1803
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REFLEXIONS
D'UN FRANÇAIS.
REFLEXIONS
D'UN FRANCAIS
SUR
LA CONDUITE QUE VIENT DE TENIR
L'ANGLETERRE;
PAR T***., CHEF DE BRIGADE DU GÉNIE.
> -1
DE L'IMPRIMERIE DE H, L. PERRONNEAU.
PARIS.,
! THEODORE WAREE, libraire, quai Malaquais,
n°. 1918.
M O N G i E aîné , cour des Fontaines.
Chez DELAUNAY. }
PIRONHET. F palais du Tribunat.
PETIT.
DESENNE. J
1
Floréal an n. –Juin i8o3.
RÉFLEXIONS
D'UN FRANÇAIS
SUR
LA CONDUITE QUE VIENT DE TENIR
L'ANGLETERRE.
Dans le moment où l'injuste agression de (
l'Angleterre avoit donné lieu à cette étrange
négociation qui vient d'être terminée par l'ou-
verture d'une guerre commencée par la violation
de tous les principes de l'humanité et du droit
des gens ; lorsque le premier Consul doimoit
l'exemple à tous les Français d'une longanimité,
que l'orgueil et la mauvaise foi de l'Angleterre
auroient dû lasser plus d'une fois, aucun d'eux ne
pouvoit et ne devoit, quelle que fût l'indignation
dont il étoit dévoré, se permettre d'en publier
l'expression ; mais aujourd'hui que le gouverne-
ment anglais , rompant toute mesure , a forcé le
nôtre d'exposer aux yeux de la nation française
une conduite aussi révoltante ; lorsque nous avons
pu promener nos regards dans ce vaste dédale
1
(6)
de perfidie et de déloyauté; lorsque nous voyons
nos compatriotes , voyageans et commerçans en
Angleterre sur la foi d'un traité solennel et du
droit des nations , arrêtés et dépouillés ; lors-
qu'enfin nous sommes forcés , par une juste re-
présaille, et pour la conservation de ces malheu-
reuses victimes, de nous- assurer des otages qui
puissent les arracher à l'oppression qu'on leur
prépare, rien ne peut plus contenir les sentimens
dont on est embrasé. On se sent un besoin irré-
sistible de les répandre, afin d' échauffer dans
tous les cœurs la haine que doit inspirer à tous
les Français une nation dirigée par des principes
aussi coupables.
Eh ! quelle est donc cette nation qui ose s'éle-
ver contre les Français les accuser d'ambition,
leur reprocher les erreurs dans lesquelles ils ont
été entraînés, et les fureurs qu'elle a fait naître,
fomentées et nourries parmi eux ? Parcourons les
pages de son histoire , elles sont toutes tachées
de sang : voyez cette foule de monarques tour à
tour renversés par le crime, du trône où le crime
les - avoit placés; le sang le plus illustre coulant
sur les échafauds; la guerre civile étendant par-
tout ses ravages, et l'un de ses rois vendu par une
portion de ses sujets à laquelle il s'étoit confié , à
ceux qui le poursuivoient, et qui ne l'achetoient
que pour faire tomber sa tête.
(7)
Cette dynastie, qui occupe aujourd'hui le
trône d'Angleterre j ne le doit-elle pas à une ré-
volution ?. Sans cette révolution, le monarque
qui osoit nous demander compte du changement
-de notre gouvernement, et sembloit presque
nous prescrire de rappeler les princes de la mai-
son de Bourbon dont la chute étoit son ouvrage;
ce monarque, ignoré dans ses états de Lune-
bourg , n'auroit aucun droit de s'immiscer dans
les affaires de l'Europe , 4e troubler son repos,
et de sacrifier des millions d'hommes à sa cupi-
tlité et à son ambition.
C'est au moment où il tente de consommer
<cet horrible sacrifice, que ce prince veut rejeter
sur la France tout l'odieux de sa propre conduite.
Un court exposé des faits nous mettra à même de
-décider sur qui doit tomber ce reproche.
1- La paix de Lunéville avoit laissé l'Angleterre
sans alliés et sans espoir de s'en procurer de nou-
.veaux; il ne s'agissoit plus de froids calculs sur
la vie des hommes , ni de semer de l'argent pour
obtenir que des étrangers vinssent se battre pouf
faire prospérer le commerce anglais, pendant
- que les Anglais eux-mêmes , paisibles dans leur
lie, ou parcourant les mers qui ne pouvoient
leur offrir d'ennemis, jouissoient du sang qu'ils
iaisoient répandre -' et de l'or qu'ils se procuroient
à ce prix affreux ; il falloit faire tête à une- nation
( 8 )
belliqueuse, accoutumée aux grandes entreprises,
à leurs dangers et -à leurs succès. Le génie de
Bonaparte embrâsoit tout; les côtes de France
se couvroient de troupes et prenoient l'aspect le
plus menaçant ; il falloit que l'Angleterre assem-
blât ses milices à grands frais, qu'elle arrachât,
pour la défense de leurs foyers, le cultivateur à
sa charrue, et l'artisan à ses travaux: Elle avoit
porté la guerre au loin ; ce fléau, qui avoit ravagé
tout le globe et laissé ses rivages en paix, s'en
approchoit à grands pas; elle fit, pour y parer,
des tentatives infructueuses sur nos côtes : un
port sans défense et sans moyens résista victo-
rieusement aux efforts de leur marine. Le mé-
contentement le plus grand et la plus absolue
lassitude de la guerre se manifestoient dans son
intérieur, elle fut obligée de songer à la paix ;
mais avec quelle mauvaise foi se présenta-t-elle
pour la faire : tous les détours et tous les sub-
terfuges furent employés, tEfnt pour la signature
des préliminaires que pour la conclusion du
traité d'Amiens; la fermeté patiente du négocia-
teur français seconda la volonté bienfaisante du
gouvernement, qui vouloit procurer la paix à IJL
France et à l'Europe, et le traité d'Amiens fut
signé.
Cet événement mémorable eut lieu le 4 ger-
minai; les ratifications durent être échangées
C 9 )
dnns le cours de trente jours ; la paix ne fut donc
solidement établie qu'en floréal.
La France évacua le royaume de Naples et
l'Etat ecclésiastique , seule et unique évacuation
qu'elle dût faire conformément au traité; elle
retira ensuite ses troupes de la Suisse, de la
Ligurie et de l'Etrurie : de son côté le traité fut
exécuté avec autant de bonne foi que de prompti-
tude.
Quelle fut la conduite de l'Angleterre? elle
évacua Minorque et Porto - Ferrajo, la Marti-
nique et Tabago ; mais loin de rendre l'Egypte
à la Porte son alliée, elle fomenta les divisions
qui existoient entre elle et les beys rebelles , se-
courut ceux-ci d'armes et de munitions, et les
protégea ouvertement,
Sur la foi des traités les Hollandais envoient
des troupes pour reprendre le cap de Bonne-
Espérance , elles y arrivent au mois de nivose ;
des ordres arrivent en même tems d'Angleterre
pour empêcher cette restitution ; et ces troupes ,
en pleine paix, furent obligées de signer une
capitulation qui laissoit les forts aux Anglais. De
tels ordres, si contraires au traité d'Amiens ,
avoient dû être expédiés d'Angleterre au com-
mencement de vendémiaire ; c'étoit donc environ
cinq mois après la ratification du traité que le
gouvernement anglais en ordgnuoit une infra=c-
( IO )
tion aussi solennelle. Dans le même tems aussi,
il ordonnoit à ses commandans en Afrique de ne
pas restituer à la France Gorée et ses possessions
du Sénégal; il usoit de toutes sortes de prétextes
et de subterfuges pour garder Malte, qu'il auroit
dû évacuer trois mois après la ratification du
traité ; et les troupes napolitaines qui devoient,
d'après l'article IX, former la garnison de cette
île , n'y arrivèrent que pour être refusées; enfin ,
le grand-maître de l'ordre de St.-Jean-de-Jéru-
salem , élu conformément aux conventions faites,
reçut, dans la personne de son ambassadeur,
sous les plus vains prétextes, une nouvelle preuve
de la mauvaise foi de l'Angleterre.
, Elle ne prenoit pas même la peine de dissi-
muler sa haine contre la France ; elle protégeoit
ouvertement les libellistes qui cherchoient à dif-
famer son gouvernement, et les faisoit jouir du
bénéfice des lois anglaises , tandis que l'a lien-act
lui donnoit toute la latitude possible pour exé-
cuter l'article Ier. du traité d'Amiens , qui obli-
geoit les deux puissances contractantes à ne
donner aucun secours ni protection à ceux qui
voudroient porter préjudice à aucunes d'elles^
Loin de se conformer à cette obligation, eMe
protégeoit, soutenoit et stipendioit les assas-
sins , les incendiaires et les libellistes que la
surveillance active du gouvernement et sa juste

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