Reflexions d'un franciscain, avec une lettre préliminaire, adressées a monsieur *** auteur en partie du Dictionnaire encyclopédique.

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[Paris, Marc Bordelet] M. DCC. LII. 1752. [4]-X-60 p., front. ; in-12.
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Publié le : samedi 1 janvier 1752
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(t.
REFLEXIONS
D'UN
FRANCISCAIN.
REFLEXIONS
D'U N
FRANCISCAIN,
AVEC
UNE LETTRE PRÉLIMINAIRE,
ADRESSÉE
A MONSIEUR**?*^
AUTEUR en Partie du Didionnaire
Encyclopédique.
Ej1 itiam yohis Francifil à/une cavtndum. Buch.
M. D C C. L I I,
..à.
"i
a 1
LETT RE
D'UN FRANCISCAIN.
PE R 31E TTEZ , MonsieUr , quja-
i. qu'a-
vant de vo its commun i quer mes re1 -
flexions , je raconté en peu de mots
ce qui les a fait naître. Dans L'un
de ces petits voyages évangeliques f
, qu'il nous ejl ordinaire d'entrepren-
qu'il nous efl ordina i re d"entrep ren-
dre avec les feules ressources de saint
François, j'allai cet Automne cher
un Seigneur de Village , Bourgeois
à Paris j & Gentilhomme à la Cam-
pagne. -',C
Quelquès personnes font à notre
*
égard un mélange bisarre d'humanité,
iv
& d'impolitesse , & se payent sur
notre patience de l'hospitalité qu'elles-
nous accordent. Tel étoit mon nouvel
Hôte. Il crut qufavec le mérite d'être
charitable y il pouvoit allier le plaisir
malin de me livrer aux bons mots de
sa compagnie & de me voir en de-
fense contre vingt langues que com-
mandoit la sienne. Le combat s'en-
gagea par une décharge bruyante de
tous ces contes usés , qu'un amour-
propre adroit a imaginé au déshon-
neur des Moines, pour se soulager
parle mépris de quelques - uns des
Miniflres de la Religion , du-respect
qu'on efl forcé de lui porter à elle-
même, Les attaques Je. multiplièrent,
& quoique la vivacité dè l'entretien
ne m'en ôtâtpoint l'ennui je tâchai
v
de faire face à tout de la meilleure
grace qu'il me fut possible.
Les armes manquoient enfin à mes
adversaires. Je touchois au moment,
de respirer, lorsque le Seigneur Châ-
telain me remit aux prises : c étoit
pour lui U amujement du jour. Quel-
ques-unes de vos plaisanteries sur
Scot * qui ne pense point du tout,
& sur Us Franciscains qui ne pensent
que comme lui, revinrent à sa me-
moire. Tout fert au besoin : il les ré-
* Jean Dunz, Cordelier, surnommé Scot,
du nom de l'Ecosse, sa patrie, comme on
l'apprend de cette Epitaphe :
Scotia me gcnuit, Anglia me suscepit,
Galliame docuit ,Colonia me tenet.
Les trois Royaumes de la grande Bretagne
se font disputés l'honneur d'avoir produir cet
homme célébre, chef de l'Ecole de faine
François.
VJ
péta , rit le premier, & ordonna de
rire. Mais quel fut son étonnement!
Au milieu de gens assez peu déli-
cats , toujours prêts à l'applaudir,
& que le passage facile de la raillerie
à l'ojffenfe n avoit pas effrayé juf*
ques-là, il se vit réduit à s'applau-
dir lui-même. L'esprit est dans tous
ks hommes le côté fcnfible s e,. une
critique dont les coups portent de ce
coté - là , efl toujours insultante.
Qu'efl-ce donc que de réfuser l'usage
de l'esprit à l'Ordre entier de faijit
François, vis-à-vis d'un F rancif-
cain? Je ne Jçaisji j'en parus cho-
qué ; mais on jugea que je devois
L'être-, & le sérieux gagna tout le
monde. Mon railleur déconcerté, ne
tarda pas à sentir que d'après l'En-
Vit
cyclopèdie une chose pouvoit être mal
dite , & finit par des excuses.
Je ne lirai plus, s'écria-t'il, les
, cri a-1 il, les
livres de ce temps-ci ; on n'en retient
rien de bon. Sur la foi d'un Prof-
pe&us j'ai souscrit pour ce nouvel
Ouvrage , qui parcourt toutes les
Scitnces, & ne fait point fonir ses
Lecleurs de l' Alphabet : j'en ouvre
le premier volume 9 & je dis des im-
pertinences. Oulier-les, mon Pere,
avec l'Encyclopédie, & n'en par-
Ions plus.
Mais il avoit piqué ma curiosité.
Je le priai de m'apprendre au moins
comment l'on avoit rendu possible
Uexécution d'un projet immense qui
dem-ande des Briarées Auteurs. Rien
de si aisé , répondit-il, plusieurs tra-
viij
vaillent sur plujieurs : c efl un Otf-
vrage commun, il vouloit dire que
le nouveau Dictionnaire est l'Ou- :
vrage d'une Société. Les traits fa-
lyriques qu'il en avoit empruntés,
me parurent si déplacés dans un écrit
de cette nature , que je soupçon-
nai dès ce moment leur écho de les
avoir imaginés lui-même. Il s'en ap"
percut : j'ai ici, dit-il avec chaleur,
de quoi détruire votre injurieux soup-
çon: Voyez le mot Ariflotélifme dans
ce prernier volume que vos yeux
vous convainquent. Ou plûtôt, évi-
tons une recherche ennuyeuse. Ce pre-
mier volume efl à vous en attendant
les autres : emportez-le, vous le par-
coureref à loiflr.
Puisse cette aumône vous dédom.-
ix.
mager de la mauvaise réception qu'on
vous a faite.
Des Cafuijîes décident que parmi
nous un particulier doit recevoir tout
ce que la charité lui offre , dès que
dans la Communauté cela peut être
Don à quelque chose. J'acceptai donc,
t'tl en prenant congé du Maître dit
Château, je le remerciai de ce qu'il
si défaisoit en ma faveur de sa Bi-
bliothèque de campagne.
- De retour ci Paris, j'ai jetté les
yeux sur l'Aristotélisme. On cherche
dans un Diclionnaire à s'injlruire
brièvement r & sur ce mot, je trouve
un livre pre/qu' c:ntiérelnellt pris du
deuxième tome de l'Histoire Cri tique
de la Philosophie ; je me presse de
feuilleter pour arriver à quelque trait
x
singulier qui fut de votre plume. Les
Franciscains se présentent , je in a-
rête, & je lis. Chaque phrase du
long morceau qui les regarde me parut
fournir plus d'une réflexion ; car ,
Monsieur, vous êtes de ces Ecrivains
qui pensent bien de leurs Lecteurs , &
leur laissènt toujours les réflexions à
faire. J'ai donc l'honneur de vous
communiquer les miennes } par les-
quelles je ne prétends que me mon-
trer * assez bon Citoyen pour pren-
dre intérêt à votre Ouvrage.
)
J'ai l'honneur d'être , &c.
'i Le i. Novembre 17 ji, 1
* Discours préliminaire page xviij.
A
REFLEXIONS
D'UN
FRANCISCAIN.
, I.
L
'ORDRE desaint François a eu
des Scholafiiques fort célébrés ;
le premier de tous est fameux:
Scot, surnommé le Docteur subtil
1°. Tomberiez-vous, Monsieur, dès
le premier pas dans l'anachronisme, ou
démentiriez-vous le plan que vous vous
êtes trace ? Rappellez-vous qu'à la page
précédente, vous avez exclus du nom-
bre des Scholafiiques dont vous vous
proposiez de parler, Pierre Lombard ,
2.
saint Thomas, c'est-à-dire, les Anciens.
Vous vous êtes borné à ceux ,, qui
,,vivoient vers le temps tÚ la célébration;
du concile de Trente „ .Suivant ce projet, ¡
vous ne deviez pas, ce semble, remon- 1
ter au-delà du seiziéme siécle. Comment
donc Scot qui brilloit à Paris au com-
mencement du quatorzième, trouve-t'il
place dans votre lifte ? Il faut de :
deux choses l'une ; ou que vous con-
fondiez le temps auquel il a vécu avec :
celui du Concile de Trente, par une ?
erreur de plus de 200 ans, ou que pour i
le plaisir de maltraiter cet homme 'il- *
1 .istrè vous passiez délibérément les bor- 1
nés que vous vous êtes preferites, & ne ;
toiiez pas votre parole: choisissez. Un (J
galant homme que prefferoit une pareille 1
alternative aimeroit mieux, je crois, se
décider pour l'ignorance. Or le choix
qui vous convient, Monsieur, n'cft-il
, pas celui d'un galant homme ? , 1
j
3
A i
2° L'éclat d'une réputation égaler
ment répandue en Angleterre, en Fraa-
ce & en Allemagne ; le mérite d'être
Auteur de fyfthêmes qui ont eu , &
ont encore des partisans , l'honneur
d'avoir donné son nom à l'une des Ecou-
les Catholiques, les talens que tout cela
suppose, exigent, sans doute pour Scot
un rang plus diflingu4 parmi les Scho-
lastiques de l'Ordre de saint François :
mais , Monsieur , vous l'appeliez sim-
plement le premier de tous.En quel sens,je
vous prie, voulez-vous qu'on l'entende?
Ce ne peut être H raison d'ancienneté,
qu'il vous doive ce beau titre ; car
vous paroifTez le croire plus moderne
qifil ne feR: en effet, & d'ailleurs avant
lui plusieurs Franciscains s'étoient -il-
lustrés dans le même genre. On remar-
que fuitout Alexandre d'Halés , & fài-nt
Bonaventure son éléve. Ce ne peut être
aufli à la supériorité de son génie que
4
vous accordiez cette préférence. Vous
en faites si peu d'estime, que vous pla-
ceriez dès - lors au-dessous de rien les
autres Scholastiques du même Ordre ,
qui, de votre aveu, en a eu de fort cé-
lébres. Cependant , à parler exacte-
ment , le titre de premier de tous ne con-
viendroit qu'au droit d'aînesse, ou à
l'excellence du côté de l'esprit, & des
lumieres. Vous voilà donc encore dans
l'embarras de vous concilier avec vous
même, & avec l'Hifloire. Eh! Mon-
sieur, Scot au moins parloitconféquem-
ment, n'est-il pas de bienséance pour
ses Critiques d'imiter d'abord sa jufteife.
Il n'y a qu'un sçavoir mal alïiiré qui
cherche à. dérober ses incertitudes fous
des expressions équivoques.
3°. Scot fut surnommé le Docteur
subtil, & il semble qu'on ne présente
plus ce surnom que comme un ridicule.
L'est-il dans son origine ?
t f -
A 3
Vers l'an 1300, les disputes sur 1 im-
maculée Conception étoient fort vives
entres les FF. Mineurs, & les FF. Prê-
cheurs- Le Pape ordonna sur cefujet des
Conférences publiques à Paris , ausquel-
les préfideroient des députés du Saint
Siège. Scot y fut appellé d'Oxfort , ou
il professoit la Théologie avec la plus
grande célébrité , & prit sur lui la dé-
fense de l'honneur de la Mere de Dieu.
Un Athléte du parti contraire, parut
dans la lice, armé d'argumens rédouta-
bles au moins par leur nombre. * Scot
après les avoir écouté tranquillement,
en reprit la suite, & donna sur chacun
.d'eux des réponses aussi solides qu'el-
les étoient subtiles. Pour en consacrer
le souvenir par un titre qui caractérisât
plus particulièrement son mérite , on ne
l'appella plus dès-lors que le Dotteur
subtil. A peine a voit-il atteint sa tren-
: * L'Historien de la vie de Scot en compte aco.
6
tiéme année, lorsqu'il assuroit ainsi à la
vérité son triomphe, & qu'il faisoit ad-
mirer avec son zéle le prodige de sa mé-
moire , de son sçavoir & de son esprit.
Cet événement sans doute est très-ho-
norable à Scot" mais telle est la frivo-
lité de notre siécle, en tout genre ; on
détache du sérieux ce qui paroît plai-
sant, & on s'y arrête.
I I.
Il faisoit confiflerfon mérite à contredire
en tout S. Thomas. Voilà un Laconisme
singulier .Deux faussetés dans une ligne.
Il n'est point vrai que Scot fasTe conr.
sifler son mérite à contredire saint Tho-
mas , ni qu'il le contredise en tout.
1°. Dès qu'il n'est pas question de la
foi, ou de quelque point de doctrine
évidemment prouvé, pourquoi, Mon-
sieur, félon vous-même, penseroit-on
i
t
7
comme saint Thomas, si d'ailleurs on
ne cesse point de le respecter ? Or, per-
sonne ne l'a peut-être refuté plus mo-r
defiement que l'a fait Scot. Pour éviter
tout ce qui auroit l'air de rivalité , ou
d'orgueil, il a l'attention de ne nom-
mer point l'Auteur des opinions qu'il
combat. Il les fait envisager comme des
problêmes sur lcfquels il est libre en effet
de prendre dans les Ecoles des partis
différens ; il expose avec vérité , il dis-
cute sans aigreur ; il met simplement ses
preuves en paralelles , & se détermine
pour ce qui lui paroît alors le plus-
croyable. L'autorité même d'un saint
Docteur de fonOrdre ne lefoumet point
en aveugle ; il ne s'accorde avec saint
Bonaventure, qu'autant qu'en sa faveur
le poids des raisons fait pancher la ba-
lence. Que dis-je ? Aristote qui régnoit
dans le double empire , & de la Philo-
sophie dont il étoit le tyran, & de la
9
Théologie ou ses loix s'étoient introdat-
tes , Aristote n'avoit dans Scot qu'un
sujet assez sensé pour garder les bien-
séances : mais d'ailleurs assez fier pour
n'être pas son efciave. Il éleva ses yeux
jusques sur le Thrône, au pied duquel
des adulateurs prosternés rendoient fer-
vilement leur hommage, & fçut partager
habilement les honneurs du Souverain,
sans lui paroître rebelle. Un homme de
ce caractere peut-il être accusé de faire
consister son mérite à contredire saint
Thomas ? 20. Ce n'cft guéres que sur la
premiere partie de la somme du Docteur
Angélique , que Scot n'est pas ordinai-
rement de son avis , & il n'est pas le
seus qui en ait rejetté quelques senti-
mens. Mais s'il avoit eu seul la noble
hardiesse de secouer le joug , il n'en
mériteroit que davantage vos éloges.
Ne feroit-ce que lorsqu'il s'agit de Scot,
que vous estimeriez moins cette liberté
9
courageuse cette force d'ame qui élève
au-dessus de l'autorité, & ne respecte
dans des choses de pure opinion que les
droits de la raison, & de la vraisem-
blance. Scot au milieu d'une multitude
qui juroit sur la parole du maître , a osé
donner Vejfor à son génie , & penser au-
trement que la multitude. Il a suivi d'â-
vance vos principes ; les abandonneriez-
vous pour le blâmer ? Cet homme qu'en
nouveau Diogêne vous vantez ? & vous
cherchez aujourd'hui, ce Héros de la
liberté de l'esprit, ce Philosophe que
les préjugés établis n'asservissent pas ;
Scot vous le présente, & ce personnage
realisé n'attire plus que vos mépris.
Eh, Monsieur, ne vaut-il pas mieux
contredire quelquefois S. Thomas, qite
de se contredire si souvent foi-même ?
III.
On ne trouve chez lui que de vaines [tfb.
tilités ;
10
On y en trouve : c'était le goût du
temps, & les plus célébres Auteurs y
sacrifient. Epuiser sur nos mysteres les
questions incidentes , prévoir, se pro-
poser, & résoudre des difficultés trop
abstraites pour être naturelles., donner
au moins à sa maniere de développenles
objets simples & invariables de la Re-
ligion , un air de rafinement , & de
nouveauté ; tout cela étoit un mérite
de Scholaflique. Croirons-nous Scot ab-
folumentinfenfible à la gloire propre de
son état, & le blâmerons-nous d'avoir
mieux aimé renoncer peut-être à une
partie de sa réputation chez les races
futures, que de ne pas jouir d'une répu-
tation présente. Combien d'hommes cé-
lébres que cette façon de penser philo-
sophique , régie même de nos jours !
La postérité ne distinguera-t'elle point
dans leurs ouvrages ce qui appartient
au goût de leur siécle ? Elle ne feroitni
juste > ni éclairée ?
IX
Mais vous faites pis à l'égard de Scot*
Non-seulement vous lui reprochez des
défauts qu'aulorifoit la mode , vous ne
trouvez en lui que ces défauts. Une
critique sévére , dès qu'elle feroit équi-
table , ne lui refuferoit pas, malgré
quelques vaines subtilités , une con-
noissance réfléchie de l'Ecriture & des
Peres , une facilité fingtiliere à manier
le raisonnement, un esprit pénétrant
& capable d'inventer , & un de ces
grands caracteres qui frappent les peu-
ples , les entraînent, & commandent
les suffrages. Elle verroit dans les écrits
des Dogmes établis, des points impor-
tans discutés, des opinions rendues pro-
bables, & dont quelques-unes font en-
core aujourd'hui adoptées par le plus
grand nombre. Elle remarqueroit enfin
que la plupart de ces questions qui
nous paroissent frivoles , étoient re-
gardées de son temps , comme propres
11
à exercer la sagacité des éléves, & à
prouver celle des maîtres. Quiconque
juge de bonne foi, rapproche les cir-
confiances. Quand le mauvais goût est
général dans une nation, il excuse un
particulier de suivre quelquefois le tor-
rent. Comptez vous donc , Monsieur,
n'avoir jamais besoin d'une pareille in-
dulgence chez la pofiérité, vous, &
quelques autres Auteurs de l'Encyclo-
pédie ? Si, sur ce qui vous est proprè
dans cet ouvrage , vous trouvez des
Panegyristes, ne les devez-vous point
en partie au goût présent? La régie des
jugemens n'est pas toûjours la même ,
& dans cinquante ans peut-être on ne
dira pas comme aujourd'hui :
Air décisif, &: dent cynique ,
Style libre, & ton peu Chrétien ,
Du clair obscur philosophique :
Tout cela fait qu'un livre est bien.
IV.
H
B
l V.
Et une Métaphysique que tout homme
de bon fins rejette.
Des Ecrivains de ce siécle-ci ont-
ils bonne grâce, de faire le procès à
Scot, sur sa Métaphysique ? En quoi
differe la leur : des expressions recher-
chées y remplacent des termes bar-
bares. Est-elle plus raisonnable, ou
plus claire ? On peut bien avoir perdu
la clef de la Métaphysique de Scot:
mais l'on ne nous a pas encore donné
celle de la Métaphysique d'aujour-
d'hui. L'on m'annonce * xtn de vos
Associés comme » un Métaphysicien
profond, & ce qui est encore plus
» rare, d'une extrême clarté». L'on me
renvoie pour m'en convaincre , sur-
tout, a l'article agir.
Je consulte , & je trouve: „ Disons
* A la fin du Discours Préliminaire.
14 !
5, ce que l'on peut répondre d'intel- i
ligible à la quefiion , qu'elt- ce agir ? |
,;Je dis que par rapport aux creatures, ï-
» agir , est en général la disposition
yi d'un être , en tant que par son en-
tremise il arrive actuellement quel-
>, que changement „. Cela efl un effet
fort intelligible? Si c'est,* là cette Méta-
phylique faine, & prêcise que vous
vantez ; allez , Meisseurs, vous êtes
autant de Scots vous-mêmes.
Mais que dis-je ? fâché de n'avoir
pas plus d'esprit que ces personnes du
monde , qui trouvent de l'obscurité
dans l'article Art, je m'adresse à Scot
pour me consoler; si je réussis à l'en,
tendre lui-même. Il me définit l'Art,
une çonnoissance vraiement prati-
„ que qui dirige dans un Ouvrage „. Je
fuis tout surpris que cela me paroisse
plus clair qu'un ,, fyflême d'instrumens,
„ & de régies tendant à un rnêwe
1;
B z
but,, , lequel but, comme on l'explique
après, „ est d'imprimer certaines formes
« déterminées sur une bafe donnée par
la nature". Ainsi parlent les Oracles.
1 Oh ! que la réflexion de l'Auteur
du Discours préliminaire me paroît
judicieuse? „ Le titre de Métaphy-
sicien , dit-il, & même de grand Mé-
taphyficien est encore assez commun
«dans notre siécle , car nous aimons à
«tout prodiguer. Mais qu'il y a peu
) de personnes véritablement dignes de
« ce nom ! Combien y en a-t'il qui
» ne le méritent que par le malheureux
talent d'obicurcir avec beaucoup
'» de subtilites des idées claires , & de
«préferer dans les notions qu'ils se for-
« ment, l'extraordinaire au vrai qui
-,)Iet f toujours simple. Il ne faut pas
"s'étonner après cela, si la plupart de
« ceux qu'on appelle Métaphyiiciens >
» font si peu de cas les uns des au-
1.6
très. Pour moi je ne regrette qu'unç
chose : c'est que vos Messieurs n'ayent
pas voulu qu'il fût de leur plan de
faire des articles séparés sur les Sçar
vans. Car pour .ce qui cil de leur plan *
ils sçavent si bien s'aider de tous les
Dictionnaires , qu'ils nous auroient
probablement parlé de Sc.ot d'après
Moreri. Or Moreri le loue ; & il n'etf
pas le seul. * Les plus habiles Théo-
logiens qui se font donnés la peine de
* Parmi les témoignages en faveur de Scot , que
Wading a recueillis , un des plus détaillés, & des
plus raisonnablesest celui qu'il rapporte deJeanLefley
Evêque de Rochester.Le voici : Tanto fuit (Scotus) in-
genii acumine,& judicii in doctrin cognitione ut Theolo-
giam illam reconditiorem quam Scholaflicam vocant,mul-'
itis subtilitatibus cxqusitis felicissime auxerit in quibus ?
uod multa qftx in obfcvro pofita latebant tenebris acer-
rimâ ingenii perfpicientiâ eruerit, qui ejus vitam , ac
doctrnam avidius confeciantur , immo qui quastionis
alicujus intimam rationem ad vivum refecant, ac ftib-
tilius perserutantur Scqtistce Jimlma tanti ingenii laude
vocantur ; quasi nihil fit aut tantâ difficultate inter-
ceptum , aut tam denfâ caligine involutum, quod Scott
ingenium non potuerit penitùs inspicere, ac clarè ape-
lire. Vtrum hoc ilius gloriam ahquantulum imminuit t
iV
B 3
lire Scot, & de l'entendre, en ont fait
fiiccefllvemertt l'éloge. Qui croirons-
nous, d'eux, ou de vous. Devant Tes
pairs on est interrogé, par Cassini. L'Af-
îronorrfe efî jugé*
tronome en: jugé.
; V.
Il efl pourtant à la tête de l'Ecole de
saint François. Scot chez les Cordeliers efl
une autorité. refpeclable, Il y a plus , il
n'efl pas permis de penser autrement que
lui.
Si l'on rapproche de ces paroles
celles qui les précédent ; que dans
Scot ton ne trouve que de vaines sub-
tilités , & une l'rfétaplzyjiqltt que tout
homme de bonfens rejette ; la conclu-
sion feroit aufii facile à tirer qu'elle
quod que investigavit fapienter non ita osa.'ionls cultil
illustravit : quod timen puto non tam hominis quart
atatis, qttx culiionm loquendi formam ajpzrnatj 41 »
viûo accidisse.

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