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Regards et dérives

De
150 pages
« Lettres d’amour », la nouvelle d’ouverture de ce recueil de Réal Ouellet, est un concentré du livre : une grand-mère qui rédige les lettres des amoureux transis du voisinage initie par là son petit-fils aux subtilités de l’amour à distance, mais aussi aux mystères et à la puissance de l’écriture.
Ce sont ces deux grands axes qui traversent « Regards et dérives » et souvent se croisent : les relations amoureuses et le désarroi dans lequel elles peuvent plonger les protagonistes, et l’acte même d’écriture dont les officiants n’échappent pas à l’ironie de l’auteur, notamment dans la section intitulée justement « Écritures ».
Avec pour toile de fond le fleuve, ses rives et ses îles, « Regards et dérives » est l’œuvre d’un écrivain passionné par les relations que tissent entre eux les êtres humains.
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REGARDS ET DÉRIVES
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Du même auteur : L’Aventurier du hasard. Le baron de Lahontan, roman, Septentrion, 1996. Les Relations humaines dans l’œuvre de Saint-Exupér,yessai, Minard, 1971. L’Univers du roman(avec Roland Bourneuf), PUF, 1972. Lettres persanes(avec Hélène Vachon), Hachette, 1976. L’Univers du théâtre(avec Gilles Girard et Claude Rigault), PUF, 1978.
Éditions de textes : Le Nouveau Roman et les critiques de notre temps, Garnier, 1972. Sur Lahontan : comptes rendus et critiques (1702-1711), l’Hêtrière/Touzot, 1983. Dictionnaire de la Nouvelle-France, Isles et autres colonies françaises, de Saugrain, l’Hêtrière/Touzot, 1984 Le Grand Voyage du pays des Huronsde Sagard, texte établi par R. Ouellet, introduction et notes par R. Ouellet et J. Warwick, Leméac, coll«. B.Q.», 1990. Œuvres complètesde Lahontan, édition critique par R. Ouellet, avec la collaboration d’A. Beaulieu, PUM, 1990. Des Sauvagesde Champlain, texte établi, présenté et annoté par A. Beaulieu et R. Ouellet, L’Hexagone, coll.«Typo», 1993.
Ouvrages collectifs : Sous la direction de R. Ouellet,Rhétorique et conquête missionnaire : le jésuite Paul Lejeune, Septentrion, 1993. Sous la direction de J. Lintvelt, R. Ouellet et H. Hermans,Culture et colonisation en Amérique du Nord, Septentrion, 1994. Sous la direction de L. Turgeon, D. Delâge et R. Ouellet,Canadian Folklore o Canadien,«Amérindiens»1, 1995., vol. 17, n Sous la direction de L. Turgeon, R. Ouellet et D. DelâgeT,ransferts culturels e e et métissages. Amérique- Europe,XVI-XXsiècle, PUL, 1996.
RÉAL OUELLET
Regards et dérives
nouvelles traduites de l’anglais par Stéphane Brault
^ L’ins ant meme
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Maquette de la couverture
: Anne-Marie Guérineau
Photographies de la couverture
Photocomposition
: Réal Ouellet et Hélène Vachon
: CompoMagny enr.
Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Saint-Laurent (Québec) H4N 1S2 Pour la France : La Librairie du Québec 30, rue Gay-Lussac 75005 Paris Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés © Les éditions de L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 e Dépôt légal — 3 trimestre 1997
Données de catalogage avant publication (Canada)
Ouellet, Réal Regards et dérives ISBNpapier 978-2-921197-92-2  ISBN PDF 978-2-89502-818-5 1. Kamouraska, Région de (Québec) – Romans, nouvelles, etc. I. Titre. PS8579.U384R43 1997 C843'.54 C97-941121-1 PS9579.U384R43 1997 PQ3919.2.O93R43 1997
Nous remercions le Conseil des Arts du Canada de l’aide accordée à notre programme de publication, ainsi que la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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Enfances
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Lettres d’amour
ous vivions dans un petit village du Kamouraska, loin plusNjeunes, chez notre grand-mère maternelle. Elle habitait la du fleuve et de la ville. Chaque fois que ma mère de-vait accoucher, mon père nous amenait, les enfants les plus belle maison du village, toute blanche, avec de grosses colonnes rondes entre les portes du rez-de-chaussée. Dès que nous arrivions, elle nous accueillait avec des galettes à l’anis et du sucre à la crème. Chaque matin, elle lisait dans un livre, à son bout de la table, pendant que nous avalions un lait au chocolat. Je buvais lente-ment, presque goutte à goutte, parce que j’aimais la regarder lire par-dessus ma tasse en même temps que le liquide tiède glissait sur ma langue, le long de mes dents. Même si l’on sen-tait fort sa présence, je voyais bien qu’elle était aussi ailleurs : parfois, elle plissait le front ou avait un sourire que mon frère et mes sœurs ne voyaient pas parce qu’il était caché dans les plis de ses yeux. Ma sœur Lucille (qui écoutait souvent une chanson de Jean Lumière, je crois :
L’amour est un jardin plein de roses Mais pour l’avoir il faut oser
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Regards et dérives
Cueillez, cueillez, Mesdemoiselles, Des provisions pour l’avenir...),
ma sœur Lucille disait que notre grand-mère composait des lettres d’amour pour les hommes du village qui ne savaient pas écrire, et même pour M. Salvail qui était tellement vieux avec ses cheveux gris et qui avait dit à ma grand-mère :
— C’est pour Célanire, tu comprends.
Je comprenais : comment ne pas écrire de belles lettres d’amour à une femme qui s’appelle Célanire ? En revanche, je ne sai-sissais pas pourquoi il voulait tellement, à son âge, parler d’amour. Elle n’écrivait pas sur du papier à lettres ordinaire : elle en avait du beige, du bleu pâle et du rose avec de petites fleurs blanches, qu’elle pliait de plusieurs manières, selon la person-nalité de la personne aimée. J’ai compris à la longue qu’elle connaissait toutes les amours possibles et j’ai même fini par savoir quelle couleur et quel pliage il fallait pour chaque lettre. Parfois, j’avais beaucoup de peine parce que la femme aimée ne répondait pas ou répondait mal. Ce qui m’intriguait le plus, c’était M. Tanguay. Grand-mère disait qu’elle rédigeait des lettres pour lui depuis vingt ans, toujours à la même femme. À l’époque, je me demandais comment on peut écrire autant de lettres à la même personne sans lui parler ; depuis, je me suis rendu compte qu’on peut presque tout mettre dans une lettre, mais qu’on ne dit pas à une femme :«Vous êtes belle comme une marguerite», ou encore«gracieuse comme un papillon». Grand-mère essayait de m’expliquer les choses : — Tu sais, Ludovic Tanguay, il l’aime, sa Gilberte, mais il n’est pas capable de le lui dire. Il l’aime tellement qu’il en mourrait d’apoplexie s’il se retrouvait avec elle sur la causeuse
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