Regine Lacroix-Neuberth

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Cet ouvrage s'adresse aux comédiens, aux enseignants, à tous ceux qui prennent la parole et qui veulent communiquer avec efficacité auprès d'un public. Il a trait à la personnalité et l'enseignement de Régine Lacroix-Neuberth (1912-2010) qui a consacré sa longue existence à des recherches sur la mise en scène au théâtre et sur les mécanismes de la parole. Elle a animé des centaines de stages auxquels ont participé des milliers de personnes, notamment Fabrice Luchini.
Publié le : lundi 1 septembre 2014
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EAN13 : 9782336356495
Nombre de pages : 168
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Christian REGINE LACROIX-NEUBERTH ROCHE
Le quatrième coup du théâtre
REGINE LACROIX-NEUBERTHCet ouvrage s’adresse aux comédiens, aux gens du spectacle,
aux enseignants, à tous ceux qui prennent la parole et qui
veulent communiquer avec efcacité avec un public. Il a trait à Le quatrième coup du théâtre
la personnalité et à l’enseignement de Régine Lacroix-Neuberth
(1912-2010) d’origine montpelliéraine qui a consacré sa longue
existence à des recherches sur la mise en scène au théâtre et sur
les mécanismes de la parole. En parallèle infuencée par certains
aspects de l’enseignement de Gurdjief, elle a conçu un jeu de
l’Oie original qui fait appel à la loi de l’octave dans le Jeu de la
Vie. L’originalité et l’importance de son œuvre justifent le sous-
titre de cet ouvrage, le quatrième coup du théâtre.
Dotée d’une curiosité inlassable et d’un tempérament très
afrmé qui lui a permis de dominer les aléas d’un handicap
physique, elle a animé des centaines de stages auxquels
ont participé des enseignants et des milliers de personnes
intéressées par son enseignement, notamment des comédiens
dont l’un des plus connus, Fabrice Luchini a pu dire que cette
femme au charisme fabuleux était la puissance absolue de la
recherche sur le mécanisme de la parole. Tout apprenti comédien
et toute personne qui souhaite s’exprimer en public devraient au
moins la connaître. Les centres de formation à la technesthésie
continuent d’organiser des stages en France et à l’étranger.

Christian Roche, ancien inspecteur pédagogique régional dans
l’académie de Montpellier attentif à l’acte de présence des enseignants
devant leurs élèves a suivi plusieurs stages animés par Régine Lacroix-
Neuberth. Devenu un de ses familiers, elle a bien voulu au cours
de plusieurs entretiens lui révéler quelques moments de sa vie et
l’informer sur ses diverses recherches relatives sur l’Art de l’homme.
Illustration de couverture prise dans
le jardin méditerranéen de Régine
Lacroix-Neuberth.
ISBN : 978-2-343-03775-2
16,50 €
REGINE LACROIX-NEUBERTH Christian ROCHEREGINE
LACROIX- NEUBERTH
Le quatrième coup
du théâtre Univers Théâtral
Collection dirigée par Anne-Marie Green
On parle souvent de « crise de théâtre », pourtant le théâtre est un
secteur culturel contemporain vivant qui provoque interrogation et
réflexion. La collection Univers Théâtral est créée pour donner la
parole à tous ceux qui produisent des études tant d’analyse que de
synthèse concernant le domaine théâtral.
Ainsi la collection Univers Théâtral entend proposer un panorama
de la recherche actuelle et promouvoir la diversité des approches et
des méthodes. Les lecteurs pourront cerner au plus près les différents
aspects qui construisent l’ensemble des faits théâtraux contemporains
ou historiquement marqués.
Dernières parutions
Jean VERDEIL, La dramaturgie du quotidien. L’atelier-
théâtre : une microsociété expérimentale, 2014.
Alice GAUDRY, Le théâtre de marionnettes sur eau du Viêt
Nam, 2014.
Alberto GARCIA SANCHEZ, La scène provoquée, 2014.
Marion BOUDIER, Alice CARRE, Sylvain DIAZ et Barbara
METAIS-CHASTENIER, De quoi la dramaturgie est-elle le
nom ?, 2014.
Krystyna MASLOWKI-BETHOUX, Witold Gombrowicz ou la
mise en scène de l’homme relationnel, 2013.
Frédérique DONOVAN, La Lettre, le théâtral et les femmes
dans la fiction d’aujourd’hui. Ken Bugul, Marie Ndiaye et
Pascale Roze, 2013.
Dina MANTCHEVA, La Dramaturgie symboliste de l’Ouest à
l’Est européen, 2013.
Yannick BRESSAN, Le théâtral comme lieu d’expérience des
neurosciences cognitives. À la recherche du principe
d’adhésion, 2013.
Jean-Marc QUILLET, Musique et théâtre. La musique de Jean-
Jacques Lemêtre au Théâtre du Soleil. Entretien délectable et
inachevé avec Jean-Jacques Lemêtre, musicien au Théâtre du
Soleil, 2013.
Anne ROPERS, Folie et politique. Le théâtre de Falk Richter,
2012. KH DQ5RF&KULVWL
REGINE
LACROIX- NEUBERTH
Le quatrième coup
du théâtre



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9??????????trsvPhoto de Jean-Marie Perard, avec l’autorisation de Midi-Libre
En hommage à Régine,
aux formateurs,
et à tous ceux qui pratiquent la technesthésie Introduction
Le 18 août 2010 disparaissait dans sa propriété de
Castelnau-le-Lez, Régine Lacroix- Neuberth, à l’âge de 97
ans. Celle qui fut la créatrice de la technesthésie reçut un
hommage vibrant de son meilleur élève, Fabrice Luchini,
qui déclara au journal Midi Libre : « J’ai connu Régine, il
y a plus de trente-cinq ans avec Jean Laurent Cochet qui
travaillait alors avec Odette Laure. Elle était en relation
avec Régine. J’avais 22-25 ans. Et j’ai suivi ses stages.
Longtemps. J’ai même été président de son association
française de technesthésie. Et nous étions devenus très
amis. Pour moi, oui, Régine est très importante. Elle était
appelée, géniale. Elle avait un charisme fabuleux. Un
1charme total. »
Quelques mois auparavant, lors de l’émission de
Michel Drucker « Vivement dimanche » sur France 2, il
avait affirmé qu’elle était la femme la plus extraordinaire
qu’il ait rencontrée dans son métier de comédien.
Nommé Inspecteur Pédagogique Régional dans
l’académie de Montpellier en 1991, j’accordais une
importance particulière à la présence de l’enseignant dans
sa classe. Or les programmes académiques de formation
continue recommandaient aux volontaires un stage qui
portait le nom peu commun de technesthésie. Intrigué, je
voulus en savoir davantage et m’y inscrivis. Le formateur
François Garcia, un enseignant de Lettres, parvint à me
faire sentir que la communication par la parole, pour être
réussie, devait s’appuyer sur l’esthésie, c’est-à-dire sur la
sensation et qu’en s’appuyant sur des techniques
empruntées notamment au théâtre, on pouvait améliorer
les rapports entre les êtres. Conquis, je sollicitai le nom de
1 Interview de Fabrice Luchini, Midi Libre, 26 août 2010
9

celui ou de de celle qui avait mis au point une telle
méthode.
Je pris alors rendez-vous et Régine me reçut pour la
première fois en 1996 dans le grand bureau de sa maison
du 12, Chemin des Centurions à Castelnau-le-Lez. Assise
derrière sa table de travail, la maîtresse des lieux
m’impressionna tout de suite par sa présence, son regard
pétillant d’intelligence, et par la beauté du timbre de sa
voix qui me rappela celui des actrices Edwige Feuillère,
Delphine Seyrig et Judith Magre. Atteinte dès sa plus
tendre enfance d’une infirmité qui la déhanchait, elle se
déplaçait avec difficulté.
Elle me proposa de faire plus ample connaissance avec
la technesthésie en participant à des stages renouvelés car
ces techniques ne pouvaient pas être maîtrisées par une
simple lecture. « Pour savoir dessiner, skier, danser, parler
correctement, me dit-elle, il faut pratiquer assidûment. »
Pour être réussie, la communication par la parole
relevait de divers exercices. Animatrice des stages, elle
imposait son autorité par le verbe et par le geste. Dotée
d’un tempérament volcanique, elle rudoyait parfois les
stagiaires pour lesquels elle éprouvait cependant de la
tendresse, souffrant de les voir si peu présents à eux-
mêmes.
Elle avait plus de quatre-vingt-dix ans quand je lui fis
entendre une prestation de Luchini, « Un cœur simple » de
Flaubert, enregistrée sur un CD. « C’est bien me dit-elle,
c’est ça, c’est ce que nous avons pratiqué. »
Je devins peu à peu un familier de « la Dame de
Castelnau », comme je l’appelais. Il fallait prendre rendez-
vous pour la rencontrer car elle donnait audience à de très
nombreuses personnes subjuguées par sa personnalité.
10 Pendant plusieurs étés, nous nous sommes entretenus des
sujets les plus divers. Fumant cigarette sur cigarette depuis
l’âge de douze ans, cette comédienne dans l’âme consentit
à se livrer, sa vie étant une représentation permanente de
théâtre et elle accepta de me confier ses souvenirs et ses
réflexions au cours de plusieurs entretiens que j’ai
enregistrés sur un petit magnétophone.
L’objectif de ces pages est de montrer par quels
chemins Régine Lacroix-Neuberth est parvenue à
concevoir ses techniques sur l’utilisation de la parole.
Après avoir parcouru quelques étapes de sa longue vie,
nous aborderons trois aspects de son travail de recherche.
D’abord ses découvertes sur les rapports de la
mécanique humaine avec le théâtre.
Ensuite l’élaboration de son œuvre majeure, la
technesthésie, jeune technique sensorielle et motrice du
langage écrit et parlé qui entra dans le premier
département de l’I.U.T de Montpellier et qui lui permit de
créer l’association française de technesthésie dont le siège
était, de son vivant, installé dans sa propriété de
Castelnau- le- Lez.
Enfin, en parallèle avec le travail sur les lois du théâtre
et de la technesthésie, elle élabora un Jeu de l’Oie
ésotérique représentant la vie humaine réalisé avec les
membres du Centre Expérimental de Recherches de
Psychologie Collective fondé en 1962.
Chacun de ces points sera suivi de propos permettant à
Régine de préciser sa pensée.
« Régine, c’était la puissance absolue de la recherche
sur le mécanisme de la parole. Elle a mis au point une
11 méthode qui fait voir ce mécanisme mystérieux. Sentir ce
qui se passe et vers quoi tout cela tend. Et cette méthode,
où se mélangent les découvertes de Louis Jouvet, a
imprégné ma vie. Car dans les stages de Régine, tout ton
savoir d’acteur est nul. On est réduit au bon sens, à faire
une série d’exercices et cette pratique, dans notre métier,
permet d’éclairer des secrets profonds des textes que l’on
2donne et découvre dans leur fraîcheur organique. »
Voir et entendre Fabrice Luchini dire des textes sur
une scène est l’illustration de son enseignement.
.
2 Ib.
12

Sa vie
Un théâtre permanent
Régine Lacroix naquit à Montpellier le 2 novembre
1912 dans une petite villa, rue Flaugergue, qui donne dans
la rue Boussairolle, pas loin de la place de la Comédie.
Elle était fille unique dans une famille bourgeoise aisée.
Son père agent d’assurances gérait un important cabinet en
association avec le maire de la ville de l’époque, Auguste
Gibert qui a donné son nom à la place de la gare appelée
autrefois place de l’embarcadère.
Lorsqu’elle eut huit mois, ses parents découvrirent
qu’elle était déhanchée et les médecins lui imposèrent un
long séjour dans le plâtre jusqu’à trois ans. Elle souffrit
beaucoup de cette immobilité forcée, se débattant jusqu’à
se mettre en sang. Pour l’apaiser, sa mère chantait à pleine
voix des airs d’opéra extraits de la Tosca, de Lakmé et de
Manon.
Pendant la guerre de 1914-18, ses parents louèrent une
grande maison sur la route de Palavas les Flots afin de lui
faire respirer l’air de la mer. Mobilisé, Pol Lacroix confia
la gestion du cabinet à sa femme pendant que leur fille
restait sous la surveillance de la nourrice et des bonnes.
Son père lui avait déjà appris à lire quand elle fréquenta à
l’âge de quatre ans sa première école primaire, rue
Mareschal, dans le quartier Boussairolle.
Tous les soirs, en rentrant du bureau, Pol Lacroix
prenait sa fille avec lui pour lui apprendre à syllaber dans
un petit manuel qu’il jetait en travers de la pièce quand
Régine ne parvenait pas à comprendre, par exemple,
pourquoi B et U se prononçait [by] alors que O et U se
13
disait?X??X Elle cherchera ainsi toute sa vie à comprendre
le sens des choses.
Sa mère, qui souffrait d’une sorte d’anémie, s’intéressa
à elle quand elle se rendit compte qu’elle devrait vivre
avec son infirmité. Elle fit tout son possible pour l’aider
car l’enfant, dotée d’un caractère affirmé, était bien
décidée à s’en affranchir par une pratique sportive assidue.
Régine, bien que contestataire, éprouva pour ses
parents un amour passionné. Elle avait le pressentiment
que sa mère disparaîtrait jeune. Aussi se levait-elle la nuit
pour l’entendre respirer. Son père très exigeant la
fascinait. Il l’éleva dans le sens du devoir et de la rigueur.
Profondément admirative de ce grand séducteur, avec
lequel elle vécut en symbiose jusqu’à la fin de sa vie, elle
estimait avoir hérité de son tempérament. « Je me
demande bien, ce que je pouvais, toute petite, représenter
pour mon père. Chétive, boiteuse, je ne flattais guère son
orgueil, les attendrissements n’étaient pas de son fait,
férocement préoccupé qu’il était alors par ses affaires et
ses aventures amoureuses. Même en des temps moins
remplis, je ne l’ai jamais vu s’intéresser à des jeunes
enfants que de manière distraite. Pourquoi, seulement avec
moi, a-t-il pris tant de goût à mon éducation ? Ma faiblesse
physique, le besoin de m’aider à compenser ? Avait-il
l’exigence d’une admiration toujours offerte dans le
3constat de « papa sait tout ? »
Elle conserva toute sa vie un timbre de voix grave et un
rire qui lui permettait d’être reconnue sans être vue. C’est
ainsi qu’au lendemain de la guerre de 1939-1945, allant
4visiter la maison du peintre Bazille dans sa propriété de
3 Etudes héraultaises, 2012, N°42, p 4
4
Frédéric Bazille (1841-1870), peintre montpelliérain qui fréquenta
les Impressionnistes.
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