Relation d'un voyage de Paris à Gand en 1815 par M. de Saint-Marcellin... Cet ouvrage est précédé d'une notice de M. de Chateaubriand et suivi de quelques poésies de M. de Fontanes ; publiée par Alfred F**

De
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Mme Seignot (Paris). 1823. France (1815, Cent-Jours). 116 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1823
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-RELATION
1 D'CH TOTJLUi
DE PARIS AGAND,
EN 1815,
Par M. DE SAINT-MARCELLIN, officier supérieur;
CET OCVBAGH BSX PKÉCBDK
D'une Notice de*iyi..DK Chateaobhiahd et suivi de quelques Poésies
de M. M Fo«tah»s
PUBLIÉE PAR Alfred F**<:?
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RELATION
DE PARIS A GAND.
RELATION
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DE PARIS A GAND
EN 1815
Par M. DE
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CET OCYEAGB «St miCSDI L i. I •
D'une Notice de M. db Ghatb^vsbiàkd et suivi de quelques Poésies
de M. de Fokt"awes;
PARIS,
M--SEI6N0T, LIBRAIRE, QUAI SAINT-MICHEL N» i«.
1823.
AVERTISSEMENT
Du
L'Auteur de cette relation était feu
M. DE SAINT-MARCELLIN, jeune homme
doué des plus belles qualités, et qui s'ou-
vrit avec un égal éclat la carrière des armes
et celle des lettres; il fut enlevé soudaine-
(6)
ment son nom est inscrit parmi ceux des
plus touchantes victimes de nos dissenti-
mens publics.
M. de Saint-Marceliin à peine âge
de vingt-huit ans blessé à mort le
premier février (*), expira le 3 de ce
même mois, entre 9 et 10 heures du
soir. Il avait fait l'apprentissage des
armes dans la campagne de 1812 en
Russie. Il donna les premières preuves
de sa valeur dans le combat qui eut
pour résultat la prise du village de Bo-
rodino et de la grande redoute qui cou-
vrait le centre de l'armée russe. Le
rapport du prince Eugène au major-
général sur cette journée, se termine
par cette phrase « Mon aide-de-camp
de Sève ,et le jeune Fontanes de Saint-
(*) 1819. Cette Notice est de M. de Cha-
teaubriand.
( 8 )
» Marcellin méritent d'être cités dans
» ce rapport. »
M. de Saint-Marcellin s'était préci-
pité dans les retranchemens de l'enne-
mi, et avait eu le crâne fendu de trois
coups de sabre.
Après le combat, il se présenta en cet
état à un hôpital encombré de quatre
mille blessés ou il n'y avait que trois
chirurgiens dénués de linge dé médi-
camens et de charpie il ne put même
obtenir d'y être reçu. Il s'en retournait,
baigné dans son sang, lorsqu'il rencon-
tra Bonaparte. «Se vais mourir, lui dit-
» il, raccordez-moi la croix d'honneur,
» non pour me récompenser, mais pour
» consoler ma famille. » Bonaparte lui
donna, sa propre croix.
M. de Saint-Marcellin jeté sur des
fourgons arriva à moitié mort à Mbs-
(9)
cou il y séjourna quel que tems et fuit
assez heureux pour trouver îe moyen
de revenir en France où nous Pavohs
vu pendant plus de dix-huit mois,
porter une large blessure à la tête. l '̃̃•̃
La France ayant rappelé son Roi Il-'
gitime, M. de Saint-Marcellïn fut fidèle
aux nouveaux sermens qti'iï avait Ml ts*P
Il était aide-de-camp du général Du*
pont, à l'époque du 20 mars. lise trou--
vait à Orléans, avec son général. lors-
que les soldats séduits quittèrent la co-
carde blanche. M. de Saint-Marcellin
osa la garder circonstance que peut
avoir connue M. le maréchal Gouvion
de Saint-Cyr qui fit reprendre la co-
carde blanche aux troupes égarées. Ren-
tré a Paris, M. de Saint-Marcellin eut
une altercation politique avec un offi-
cier se battit blessa son adversaire
( 10 )
et partit du champ clos pour aller re-
joindre ceux à qui il avait engagé .sa jpL
Nommé, capitaine à Gand, if sollicita
l'honneur d'accompagner le général
Donnadieu chargé pour le Roi, d'une
mission importante. Débarqué à Bor-
deaux, il fut arrêté et remis aux mains
de deux gendarmes qui devaient le con-
duire à l'armée de la Loire pour y être
fusillé.. En passant par Angoulème il
échappa à ses gardes contribua à un
mouvement royaliste dans la ville et
rentra dans Paris avec le Roi.
M. de Saint-Marcellin fut alors en-
voyé comme chef de bataillon dans un
régiment de ligne à Orléans. Blessé de
nouveau, il fut obligé de revenir à Paris.
Depuis ce moment, il consacra ses loisirs
aux lettres; il avait de quoi tenir il donna
quelques ouvrages à nos différens thé^
( II )
très lyriques. Compris comme chef d'es-
cadron dans la nouvelle organisation
de l'état-major de l'armée, il refusa dé
prendre un service actif qui Peut, éloi-
gné de Paris. La Providence voulait le
rappeler à elle. Pour des raisons faciles
à deviner, l'administration changea dit-
on, subitement en rigueur, sa bienveil-
lance politique. On assure. que M, de
Saint-Marcellin était menacé de perdre
sa place de chef d'escadron quand la
mort est venue épargner aux ennemis
des royalistes une destitution de plus,
et rayer elle-même ce brave militaire
du tableau d'uû elle efface également
et les chefs et les soldats.
M. de Saint-Marcellin n'a point dé-
menti, à ses derniers momens, ce cou-
rage français qui porte traiter la vie
comme la chose la plus indifférente en
( I* )
soi, et l'affaire la moins importante de la
journée. Il ne dit ni à ses parens ni à ses
amis qu'il devait se battre, et il s'occupa
toutlematin d'un bal qui devaitavoirlieu
lesoirchez M. le marquis deFontanes. A
trois heures il se déroba aux apprêts du
plaisir pour aller à la mort. Arrivé sur
le champ de bataille, le sort ayant don-
né le premier feu à son adversaire il
se met tranquillement au blanc, reçoit
le coup mortel et tombe en disant
« Je devais pourtant danser ce soir. »
II fut rapporté sans connaissance chez
M. le marquis deFontanes (on sait qu'il
y rentra à la lueur des flambeaux déjà
allumés pour la fête ). Lorsqu'il revint
à lui, on lui demanda le nom de son ad-
versaire. « Cela ne se dit pas, répon-
)) dit-il en souriant seulement c'est un
homme qui tire bien. M. de Saint-
( 13 )
Marcellin ne se fit jamais d'illusion sur
son état il sentit qu'il était perdu
mais il n'en convenait pas et il ne ces-
sait de dire à ses parens et à ses amis
en pleurs «Soyez tranquilles, ce
« n'est rien. » Il n'a fait entendre au-
cune plainte il n'a témoigné ni regrets
de la vie ni haine, ni même humeur
contre celui qui la lui arrachait. Il est
mort avec le sang froid d'un vieux sol-
dat et la facilité d'un jeune homme.
Ajoutons qu'il est mort en chrétien.
Les lettrés et l'armée ont perdu dans
M. de Saint-Marcellin une de leurs plus
brillantes espérances. On remarque
dans les premiers essais échappés à sa
plume, une gaîté de bon goût appuyée
sur un fonds de raison et sur des senti-
mens nobles. Lorsqu'il parle d'honneur,
on voit qu'il le sent; et quand il rit, on
( 14 )
s'aperçoit qu'il méprise. Sa destinée
aurait été heureuse dans un ordre de
choses différent de celui qui existe au-
jourd'hui. (*).
M. de Saint-Marcellin n'était pas fait
pour vivre dans ces tems d'ingratitude
et d'injustice. Le sang luibouillait dans
les veines, son cœur se révoltait quand
il voyait récompenser la trahison et pu-
nir la fidélité, Son indignation avait l'é-
clat de son courage et il ne faisait pas
plus de difficulté de montrer ses senti-
mens que de tirer son épée.
(*) M. de Chateaubriand a écrit cette Notice
en l8ig.
À droite de ce yaste terrain (*), etsur une som-
injté, qui. domine de jpljsviljajges la, belle avenue,
de Vincennes, un nqir et
(j'une simplicité touchante,, a Kecueilli les restes.
de ce bravç officier, de ce. fidèle sujet du roi. Sa
tombe est placée auprès de celle de M. de Fon-
tanes. Un gazon fin et touffu, comme celui qui
se trouve à la lisière des bois, planté sur une.cir-
conférence de quelques pieds 'de terre .couvre
leurs dépouilles mortelles. Le souvenir 3'une
mutuelle et rare amitié, et pour ainsi dire, Je
souffle des. muses animent cette solitude.
La mission littéraire de M. de Saint-Marcelliri
était loin d'être accomplie; il pouvait plus qu'il
n'a tenu. Toutefois pourtant, les essais qu'il a
laissés sont les jets d'un talent heureux. Ils at-
testent une direction sûre dans les études que
leur jeune auteur était doué d'une grande finesse
(') Mont Louis. ( Champ du Repos. )
(
d'observation, d'une imagination vive ornée, et
qu'il savait rendre dans un langage élégant et
juste, des idées, des aperçus qui avaient la même
justesse et le même bonheur. Ceci était déjà de
la supériorité. M. de Saint -Marcellin aurait été
plus loin? et je l'ai dit, s'il avait été frappé moins
jeune par la mort les années seules amènent la
maturité du talent et quoiqu'on dise, il n'y a
guère d'exemples qu'il se soit montré en nais-
sant élevé original et pur.
L'estime publique s'est attachée à la mémoire
de M. de Saint-Marcellin elle a été la couronne
de sa vie toute consacrée au roi, à la France,
à l'amitié, aux lettres, et terminée sitôt, après
quelques veilles et quelques jours agités.
(L'Éditeur)
RELATION
DU VOYAGE
DE M. DE SAINT -MARCELLIN.
RELATION. (t)
( L'AUTEUR part LE 4 MAI 18 15. )
LE 3 mai) j'étais à Feydeau; on y lut, en
l'honneur de l'empereur, des vers très-
ridicules, que je ne pus m'empêcher d'im-
prouver hautement. Un officier des dra-
gons de la garde trouva singulier que tout
le monde ne partageât pas l'enthousiasme
que lui causait les louanges données à son
maître, et me chercha une querelle qui, lé
lendemain matin, nous conduisit au bois de
(i) Une femme, modèle de grâce et de bien-
veillance, l'une des meilleures et des plus spiri-
tuelles qui aient orné ce monde (*) remarquait
très-judicieusement après avoir lu le manuscrit
de cette Relation, « Qu'il y avait là du héros et
» du jeune homme. Je ne conseille pas d'y rien
» changer, ajoutait-elle; ce style naturel est celui
qui convient. »
(*) Auteur anonyme de quelques ouvrages charmaiis.
( 20 )
Boulogne. Nous nous battîmes au pistolet
et à six pas; nous tirâmes ensemble; il
me manqua, et ma balle alla le frapper au
cou. Craignant que les opinions que, dans
la chaleur de la dispute, j'avais manifestées
la veille, au milieu du spectacle, n'eussent
attiré sur moi l'attention de la police, et
qu'elle ne trouvât pas bon qu'un royaliste
déhonté eût eu l'audace de blesser un im-
périaliste, je crus devoir hâter mon dé-
part. J'ai su depuis que j'avais fait prudem-
ment car un Journal, intitulé le Patriote
de 89 me signala comme un très-mauvais
patriote. Je m'étais battu à six heures du
matin, et à huit heures, j'étais hors de Pa-
ris n'ayant pas de passeport, je repris
mon uniforme, mis une cocarde tricolore;
et, voyageant sur mes chevaux, à petites
journées, je me donnai sur la route, tantôt
pour un aide-de-camp du comte Reille
tantôt pour un aide-de-camp du comte
Durutte, généraux que je savais comman-
der dans le nord j'arrivai ainsi à Saint-
{•21)
Quentin. Là, je ne crus pas devoir me
diriger du côté de Cambrai et de Valen-
ciennes, parce que, dans une place forte,
M. l'aide-de-carap de contrebande courait
le risque de trouver quelque commandant
de place plus fin que lui, qui l'aurait beau-
coup embarrassé, en lui demandant ses
ordres et ses brevets. Ce fut donc en pre-
nant la traverse du Cateau que j'allai jus-
qu'à Engle-Fontaine petit bourg à huit
ou dix lieues de la frontière; j'évitai égale-
ment Bavay et Doisirès où je savais ren-
contrer de la troupe. Suivant ainsi de petits
chemins, je tombai sur un village nommé
Miauring, dans lequel, à ce que m'apprit
un paysan, il y avait un poste dé dragons-
lanciers j'étais bien sûr de passer au mi-
lieu d'eux de ma personne mais mon do-
mestique, conduisant un cheval chargé de
deux porte -manteaux, aurait pu éveiller
le soupçon, et m'embarrassait un peu. Je
ne me décourageai pourtant pas et le fis
cacher dans un taillis à une portée de fusil
( 22 )
du hameau cela fait, j'y entrai tout droit
et demandai audacieusement le comman-
dant du poste. Arrive un brigadier.-
Brigadier, combien avez-vous d'hommes
ici? Cinq, mon officier. Vous allez
sur le champ les faire monter à cheval.
Ah! Allons, dépêchez-vous, je suis chargé
par le général commandant la division de
vous donnner une autre destination; arri-
vez vite. Oui, mon capitaine. Là des-
sus, il rassemble ses lanciers et au bout de
dix minutes arrive à cheval, lui sixième;
je lui indique une petite route sur la gau-
che, que d'après ma carte j'avais jugé con-
duire à Flammersgrie, village à un quart
de lieue de Miauring; je leur commande,
de la part du général, de s'y rendre sur le
champ, d'y rester jusdu'à nouvel ordre, et
leur souhaite bon voyage. Après les avoir
vu partir, j'allai chercher mon domestique
qui traversa tranquillement Miauring lui,
son cheval et ses porte-manteaux.
Depuis la, je ne rencontrai plus un seul
( 23 )
soldat, jusqu'au moment où ayant dépassé
le village d'Hélonge, j'aperçus les védettes
hanovriennes. Un petit ruisseau sert de
ligne de démarcation entre l'une et l'autre
frontière le passage de ce ruisseau était
pour moi le passage du Rubicon, et j'a-
voue que, prêt à le traverser, l'idée que
j'abandonnais ma patrie me fit balancer
un instant Les Français étaient derrière
moi, les étrangers devant moi! L'hon-
neur me permettait-il de quitter les uns
pour aller trouver les autres?. Mais la'
France gémissait sous un gouvernement
usurpateur: l'homme qui pendant douze
ans l'avait gouvernée revenait, après
une solennelle abdication, pour la livrer à
de nouveaux désastres; servir sous lui était
se rendre complice des calamités qu'il allait
attirer sur elle. Un roi, qu'une infâme
trahison avait pu éloigner, mais non pas
priver des droits que lui donnaient au trône
et sa naissance et le vœu unanime de la
nation, appelait auprès de lui ses sujets
( *4)
fidèles; il les appelait au nom de l'honneur
et de la foi jurée! Cette dernière pensée
me décide le ruisseau est déjà loin de moi,
et voyant ma patrie auprès de mon souve-
rain, j'entre hardiment sur le territoire
étranger. Depuis; je ne me suis jamais re-
penti d'avoir cru que mon devoir m'obli-
geait d'être, tout prix, fidèle à mes ser-
mens.
Aussitôt que les hussards hanovriens
aperçurent deux hommes à cheval et ar-
més, un d'eux se détacha et vint droit à
nous la carabine au poing. Avant de pas-
ser, j'avais repris ma cocarde blanche et
ordonné à mon domestique de mettre à
son bras un mpuchoir de même couleur.
Malgré toutes ces précautions, le hussard
me jugeant par le côté d'où je venais, me
criait, en me montrant le bout de sa cara-
bine Qffizier pour Bonaparte zervir. J'avais
beau répondre que j'étais officier du Roi
et non pas de Bonaparte, le diable de
hussard n'entendait mie, et je vis le mo-
( *5 )
ment où il nous tirait dessus. Je détachai
alors mon sabre et le jetai dans le champ.
Lorsqu'il me vit désarmé, il se radoucit et
courut prévenir le commandant de son
poste au bout de quelque temps vint un
maréchal-des-logis qui me pria, en mau-
vais français, de le suivre près de son
officier cet officier me reçut très-bien,
et me fit rendre mes armes. Au moment
même où j'entrais chez lui, on lui amenait
deux voltigeurs du quatorzième léger, qui
passaient ainsi que moi je ne puis expri-
nier le plaisir que me fit en cet instant la
vue de deux soldats français; il me sembla
que je n'étais pas en pays étranger. L'in-
fanterie légère est l'arme dans laquelle j'ai
commencé ma carrière militaire au pre-
miel' pas que je faisais pour servir le Roi,
la rencontre de deux soldats de cette
même arme qui venaient comme moi com-
battre pour lui, me parut d'un heureux
augure, et me donna une juste espérance
dans le succès de notre cause, On araitde-
(26)
mandé à l'un d'eux s'il était déserteur, et
il avait répondu Les déserteurs sont à
l'armée de Bonaparte.
De Bossu ( c'est le nom du bourg où
j'étais) je fus conduit à Mons, chez un co-
lonel français, chargé de reconnaître tous
ceux de nos compatriotes qui se rendaient
auprès du Roi. Après qu'on m'eut bien
considéré, examiné, interrogé, et qu'on
eut reconnu que je n'étais pas un royaliste
de contrebande, on me donna des passe-
ports laissant alors mes chevaux sous la
conduite de mon domestique, je pris la
diligence et j'arrivai à Gand le 10 mai.
Je me présentai à Son Excellence le
Ministre de la guerre, qui voulut bien m'at-
tacher à son état-major, recommandé vi-
vement par M. le vicomte de Château-
briand.
Présenté au Roi à M. de Blacas. Ar-
rivée de Madame. Reçue dAlost.
Le 4 juin au soir, j'étais avec mes cama-
( *7 >
rades à promener mon ennui sur la place
d'armes, lorsque je rencontrai le général
Donnadieu que, depuis son arrivée à Gand,
je n'avais pas encore pu joindre; il me dit
qu'il était chargé d'une mission impor-
tante, qu'il partait pour Londres, le soir
même, en même-temps que MADAME, et
me proposa de m'emmener; j'acceptai. Il
était huit heures, et à neuf heures je rou-
lais sur la route d'Ostende; mon paquet
n'avait pas été long à faire, et pour cause
quant à mes chevaux, je les vendis sur-le-
champ à un officier. Le général avait ob-
tenu une autorisation du ministre pour
m'emmener.
Me voilà donc courant de nouvelles
aventures. Si j'étais un grand personnage
on ne manquerait pas de remarquer qu'un
événement auquel je ne pouvais m'attendre
m'avait fait quitter Paris le 4 mai, et qu'un
mois juste après, le 4 juin, une autre cir-
constance aussi imprévue me faisait quit-
ter Gand. Nous arrivâmes le 5 à huit
( 28 )
heures du matin à Ostende un yacht
royal attendait S. A. R. MADAME nous
montâmes un brick de guerre qui lui ser-
vait d'escorte; je souffris un peu du mal
de mer pendant la traversée, qui fut de
vingt-quatre heures; le 6, nous débar-
quâmes à Murgate et sur la route de Mur-
gate à Londres, je pris une grande idée de
la richesse de ce pays.
SUITE DU VOYAGE
DE
M. DE SAINT-MARGELLIN.
(3i )
SUITE DU VOYAGE.
4 juin 1815.
S. A. R. Madame, qui depuis son de-
part de Bordeaux était restée à Londres,
vint a Gand, visiter le Roi vers les der-
niers jours du mois de mai; après avoir as-
sisté à Alost, à une revue des Français qui
avaient suivi S. M., elle retourna le 4 juin
en Angleterre, emmenant avec elle le gé-
néral Donnadieu. J'accompagnais ce gé-
néral ainsi que le colonel Henry de la
Cœuve.
Dans le premier plan d'attaque de la
coalition, il avait été résolu que pour oc-
cuper Bonaparte dans le midi de la France,
une armée anglo-portugaise débarquerait
à Bordeaux le général Donnadieu devait
être commissaire du Roi auprès de cette
armée.
En arrivant à Londres, il apprit que la
(32)
régence de Portugal n'avait pas cru devoir
fournir de contingent à la coalition, avant
d'avoir reçu à ce su j et des ordres du prince
de Brésil le général résolut alors d'ailler
en personne, à Bordeaux, de s'entendre
avec le comité royal qui y était établi,
pour y opérer un mouvement royaliste, et
faciliter le retour de MADAME, dans une
ville où elle avait recu et mérité tant de
preuves d'amour. Avant de partir, nous
allâmes prendre les ordres de S. A.. R. à
Batersie, maison de campagne qu'elle
habitait près de Londres.
Les différentes instructions qu'elle donna
au général sont une preuve remarquable
de sa profonde sagesse «̃ Tant que le
» Château-Trompette, dit-elle, sera occupé
» par des troupes d'un mauvais esprit,
» toute tentative dans Bordeaux serait
» inutile à la cause royale, et dangereuse
« pour les habitans; avant donc de les
faire déclarer, il faut mettre tout en
» usage pour faire évacuer le Château-*
( 33 )
Trompette et le fort de Blaye. Le seul
moyen d'y parvenir est de gagner un
» des généraux commandant dans la ville.
Cla. en est le gouverneur; c'est moi
» que sa conduite a le plus grièvement
offensce j'oublierai tout, et j'appel-
» lerai sur lui la clémence du Roi, si, en
éloignant ses soldats, il hâte la dcli-
» vrance des fidèles Bordelais »
D'après ces ordres, nous nous embar-
quâmes à Plymouth le 25 juin, sur une
frégate que le gouvernement anglais avait
mise à la disposition du général. Nous
connaissions l'affaire de Waterloo, mais
nous en ignorions les importans résul-
tats.
No us arrivâmes le 4 juillet â l'embouchure
de la Gironde je fus envoyé en parle-
mentaire avec un officier anglais, pour
engager le général Cla. à avoir une con-
férence avec le général Donnadieu.
Cla. me menaça d'abord de me faire
passer à un conseil de guerre; puis il se
( 34 )
radoucit à la fin de notre conversation, et
j'espérai un moment le décider à l'entre-
vue que je demandais il me confia à la
garde d'un de ses officiers d'état-major
et pendant deux jours, je fus traité avec
assez d'égards; mais le 8 juillet, tout
changea de face; on me fit subir une es-
pèce d'interrogatoire, et on m'annonça
quej 'allais être conduit de brigade en bri-
gade de gendarmerie jusqu'au quartier-
général du prince d'Eckmülh, pour y su-
bir un jugement devant un conseil de
guerre. Le même jour, le département fut
mis en état de siège et la garnison du
fort de Blaye fut doublée. Quelle pouvait
être la cause de ce changement ? des dé-
pêches de La Rochelle, où Bonaparte était
alors; ce qui me donna lieu de penser
que son intention était de se sauver dans
le midi. Je fus confirmé dans cette opi-
nion par le fait suivant conduit par deux
gendarmes, je quittai Bordeaux le 8 dans
la journée; à Monlieu, petit village à dix
( 35 )
lieues à peu près de la ville; je rencontrai
vingt-cinq chevaux de main, une voiture
de campagne appartenant à Bonaparte et
se rendant au fort de Blaye (i). Toujours
conduit par mes gendarmes; j'arrivai à
Angouléme le I i, au moment de l'événe-
ment rapporté dans les journaux du i5 et
du 16 juillet (2), événement qui me rendit
ma liberté.
(1) Le i5, en passant à Poitiers, j'y trouvai
des proclamations, par lesquelles on annonçait
que l'empereur, bien qu'il eût abdiqué pouvait
encore reprendre le commandement de l'armée
au nom de son jîls. Tout cela m'a convaincu
que Bonaparte dont le premier projet était de
se rendre aux États-Unis, avait cependant voulu
se ménager des moyens de retraite auprès de
Cla. et qu'il a songé un moment à se rendre
de la Rochelle à Bordeaux, mais que vivement
poursuivi par le préfet Richard et le capitaine
de vaisseau Rigny il n'avait trouvé d'autre
moyen de leur échapper que de se livrer aux
Anglais.
(2) Les principaux propriétaires du départ-
ment de la Charente, qui craignaient que les
courriers, porteurs des ordonnances du roi ne
( 36 )
Cependant, du 6 au 8 juillet le général
Donnadieu, toujours en parlementaire à
l'embouchure de la Gironde, m'avait atten-
fussent interceptés par les autorités du gouver-
nement impérial se rendirent le 8 juillet
i8i5 à Angoulême, au nombre de vingt-huit.
Dès que l'autoriié fut instruite de leur arri-
vée, elle fit cerner la maison où ils étaient
descendus ils y restèrent comme emprisonnés
jusqu'au i juillet à deux heures du matin. C'est
alors seulement qu'on leur fit passer le Moniteur
du 8. Immédiatement, ils montèrent tous à
cheval, et se rendirent à la préfecture au cri de
vive le Roi. Dans ce moment, et sur l'ordre de
ses deux gendarmes, M. de Saint Marcel-
lin (*) mettait le pied à l'étrier pour continuer
la route. Mais notre jeune prisonnier, entendant
prononcer le cri de vive le Roi, le répéta avec
force et s'élança vers les royalistes, en disant
« A moi, mes amis! » Il se fit reconnaître sur
le champ le peuple s'attroupa les gendar-
mes s'enfuirent. M. de Saint-Marcellin se mit à
la tête des royalistes et marcha en triomphateur,
de prisonnier qu'il était. Il partit le lendemain
pour Paris.
( Noie de l'Éditeur. )
(') IU le conduisaient à l'armée de la Loire,
( 37 )
3
du avec une vive impatience. Mon absence
commençait à l'inquiéter fortement, lors-
qu'un agent du comité royal avec lequel
j'avaisrrouvé moyen de communiquer pen-
dânt ma captivité arriva à son bâtiment
par le moyen des barques de pêcheurs. Il
lui apprit que Cla. loin d'écouter mes
propositions, me faisait conduire au prince
d'Eckmülh et que les garnisons des forts
étant augmentées on ne pouvait rien en-
core espérer pour la délivrance de Bor-
deaux. Le général Donnadieu alla alors dé-
barquer au passage, envoya le colonel de-
la Cœuve auprès de S. A. R. le duc d'An-
goulême, et se rendit de sa personne au-
près du comte O'Donnel de l'Abisbal, com-
mandant les forces Espagnoles qui devaient
entrer en France. Tl trouva cette armée au
moment d'effectuer son mouvement. Le
général Donnadieu représenta au comte
de l'Abisbal, que le Roi étant à la veille de
rentrer dans sa capitale, la soumission des
troupes Françaises dans le Midi ne pou-
( 38 )
vait tarder longtemps et que l'interven-
tion des forces étrangères était inutile
dans des provinces dont les bons sentimens
étaient connus. Le général Espagnol pro-
mit de différer l'exécution des ordres qu'il
avait reçus, et d.'en attendre de nouveaux, si
Bayonne, avant 4 jours, arborait le drapeau
blanc; mais que dans le cas contraire son
armée entrerait en France (i). Le général
Donnadieu résolut alors de préserver au
péril même de sa vie, le Midi d'une inva-
sion étrangère. Déguisé en paysan, il par-
vint à s'introduire dans Bayonne, et se
présenta inopinément au conseil de dé-
fense, présidé par le général Thevenot.
Après avoir énergiquement représenté le
danger de persister dans une rébellion cou-
pable, il rendit, au nom du roi, les chefs
responsables des nouveaux malheurs qu'a-
mènerait une inutile et criminelle obstina-
( i ) Cette armée était composée de 25 mille
hommes de troupes choisies.
( 39 )
tion; quelques officiers exaspérés volaient
que l'on s'assurât de sa personne mais sa
fermeté et la modération du général The-
venot le préservèrent de ce danger. Après
deux jours employés en représentations,
en menaces, en prières, il parvint enfin à
faire arborer le drapeau blanc sur les murs
de Bayonne. ( Voyez les journaux des 3o et
3i juillet i8i5. ) Le comte de l'Abisbal
fidèle à sa parole fit retirer son ar-
mée (i).
(1) Les généraux Espagnols qui, grâce au gé-
néral Donnadieu avaient eu la générosité de
suspendre l'exécution des ordres qu'ils avaient
reçut et d'arrêter un mouvement inutile à la
cause royale et désastreux pour le Midi de la
France reçurent après le départ du général
Donnadieu, la confirmation de leurs premiers or-
dres, et menacèrent de nouveau nos frontières.
Ce fut alors que S. A. R. Mgr. le Duc d'Angou-
lême par l'énergie de ses préparatifs de défense
et ses sages négociations, préserva ces provinces de
l'invasion espagnole.
( Voyez page 15. )
L'été dernier, et à la suite d'une longue pro-
menade dans cette enceinte, j'allai, tombant de
lassitude, m'asseoir sur la pente de cette espèce
de côteau ma pensée était triste la journée
avait été fort belle; elle touchait à sa fin. Un
rideau d'ombres s'étendait sur toute la partie
inférieure du cimetiére et mëme par delà les
jardins qui l'enceignent dans la direction de Pa-
ris. -J'étais impatient de contempler le spec-
tacle qui s'ouvrait à l'Occident.
Le soleil éteignait ses derniersfeux; une faible
lueur et comme une trace incertaine de lumière
sillonnait légèrement le ciel. Déjà les ténèbres
agrandies jetaient leurs voiles vers le point où
je m'étais placé. Le bruit se retirait sur Paris
avec les confuses clartés du jour tombant. Tout
à coup la nuit règne Quel silence! comme
l'air est pur, et le vent doucement plaintif! ses
brises sont rares et embaumées!
( 41 )
Je me créai soudainement un monde dans l'es-
pace jeté devant moi. Illusion riante, inspira-
tion de l'âme émueL. Je le peuplai de souvenirs
vivans dans mon cœur; de ton image, jeune et
noble Naud* qui péris pour le roi de la tienne,
intrépide Delz* né pour l'éloquence et une nou-
velle Rome, et tombé si jeune à Waterloo, l'épée
teinte du sang des Anglais. Ton ombre attira mes
yeux, spirituelle M* ange de bonté liée un
instant à sa vie modeste, qui s'est resserrée en-
tre quelques sentimens élevés et l'étude. Tu t'es
éteinte aussi la mort a effacé tes traits char-
mans!
Je ne sais qu'elle vive influence du lieu ou j'é-
lais arrêté, qu'elle magie de souvenirs, réfléchîs-
saient dans ma pensé les physionomies aimables
de tant de jeunes condisciples emportés dans nos
orages publics, sans laisser plus de trace sur cette
terre ( j'emprunte ici la langue d'un poète déli-
cieux (1), « qu'un sourire qui s'efface, et que le
chant d'un oiseau dans les bois ».
( Note de V Éditeur. )
C'est ici l'occasion de rapporter un poème
hop rapide, que la demeure des morts a inspiré
fi) Kvaiisle Parny.
C 4O
i M. de Fontanes, il y a une quarantaine d'an-
nées. Cette production, originale par la mélan-
colie dont elle est empreinte, et par sa rare élé-
gance, est semée de beaux détails de sentimens
aimables, tristes, élevés. La Harpe y avait re-
marqué vingt des plus beaux vers de Ja langue.
LE JOUR DES MORTS DANS UNE CAMPAGNE.
Déjà du haut des cieux le cruel sagittaire
Avait tendu son arc et ravageait la terre
Les coteaux et les champs et les prés défleuris
N'offraient de toutes parts que de vastes débris
:Novembre avait compté sa première journée.
Seul alors, et témoin du déclin de l'année,
Ileureug de mon repos, je vivais dans les champs
Et quel poète épris de leurs tableaux touebans
Quel sensible mortel des scènes de l'Automne
N'a chéri quelquefois la beauté monotone
Oh comme avec plaisir la rêveuse douleur
Le soir foule à pas lents ces vallons sans couleur
Cherche les bois jaunis et se plaît au murmure
Du vent qui fait tomber leur dernière verdure
Ce bruit sourd a pour moi je ne sais quel attrait.
Tout-à-coup si j'entends s'agiter la forêt
D'un ami qui n'est plus la voix long-temps chérie
Me semble murmurer dans la feuille flétrie.
( 43 )
Aussi c'est dans ce temps que tout marche au tercet,
Que la Religion prend un habit de deuil;
Elleen est plus auguste, et sa grandeur divine
Croît encore à l'aspect de ce monde en ruine.
Aujourd'hui, ramenant un usage pieux
Sa voix r'ouvrait l'asile où dorment nos aïeux.
Hélas ce souvenir frappe encor ma pensée.
L'Aurore paraissait la cloche balancée,
Mêlant un son lugubre aux sifflemens du nord,
Annonçait dans les airs la fête de là Mort.
Vieillards, femmes, enfans, accouraient vers le temple.
Là, préside un mortel dont la voix et l'exemple
Maintiennent dans la paix ses heureuses tribus
Un prêtre ami des lois et zélé sans abus,
Qui peu jaloux d'un nom, d'une orgueilleuse mitre
Aimé de son troupeau, ne veut point d'autre titre,
Et des apôtres saints, fidèle imitateur
A mérité comme eux le doux nom de pasteur
Jamais dans ses discours une fausse sagesse,
Des fêtes du hameau n'attrista l'allégresse.
Il est pauvre, et nourrit le pauvre consolé.
Près du lit des vieillards quelquefois appelé
11 accourt, et sa voix, pour calmer leur souffrance
Fait descendre auprès d'eux la paisible Espérance
« Mon frère, de la Mort ne craignez pas les coups
Vous remontez vers Dieu, Dieu s'avance vers vous.
Le mourant se console, et sans terreur expire.
Lorsque de ses travaux, l'homme des champs respire,
Qu'il laisse avecle bœuf reposer le sillon
(le pontife sans art, rustique Féhélon,
( 44 )
Nous lit du Dieu qu'il sert les touchantes paroles:
Il ne réveille pas ces combats des écoles,
Ces tristes questions qu'agitèrent en vain
Et Thomas, et Prosper, et Pélage et Calvin.
Toutefois, en ce jour de grâce et de vengeance,
A ces enfans chéris que charmait sa présence,
II rappela l'objet qui les rassemblait tous
Et, loin d'armer contre eux le céleste courroux,
Il sut par l'espérance adoucir la tristesse.
a Hier, dit-il, nos chants, nos hymnes d'allégresse
Célébraient à l'envi ces morts victorieux
» Dont le zèle enflammé sut conquérir les cieux
» Pour les mânes plaintiFs, à la douleur en proie,
» Nous pleurons aujourd'hui; notre deuil est leur joie.
» La puissante prière a droit de soulager
» Tous ceux qu'éprouve encore un tourment passager.
» Allons donc visiter leur funèbre demeure
» L'homme, bêlas! s'enapproche,ydescendàtouteheure.
Consolons-nous pourtant un céleste rayon
» Percera des tombeaux la sombre région.
> Oui tous ces habitans, sous leur forme première,
D S'éveilleront surpris de revoir la lumière;
Et moi, puissé-je alors, vers un monde nouveau,
» En triomphe à mon Dieu ramener mon troupeau 1
Il dit, et prépara l'auguste sacriflce
Tantôt ses bras tendus montraient le Ciel propice
Tantôt il adorait, humblement incliné.
O moment solennel ce peuple prosterné,
Ce temple dont la mousse a couvert les portiques,
Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitreaux gothiques.
45 )
Cette lampe d'airain, qui dans l'antiquité,
Symbole du soleil et de l'éternité,
Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue,
La majesté d'un Dieu parmi nous descendue,
Les pleurs, les voeux, l'encens qui monte vers l'autel,
Et de jeunes beautés, qui, sous l'œil maternel,
Adoucissent encor, par leur voix innocente,
De la religion la pompe attendrissante;
Cet orgue qui se tait, ce silence pieux,
L'invisible union de la terre et des cieux,
Tout enflamme, agrandit, émeut l'homme sensible.
Il croit avoir franchi ce monde inaccessible
Où, sur des harpes d'or, l'immortel Séraphin
Aux pieds de Jéhova chante l'hymne sans fin.
C'est alors que sans peine un Dieu se fait entendre..
Il se cache au savant, se révèle au cœur tendre
Il doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir.
Mais du temple, à grands flots, se hâtait de sortir
La foule, qui déjà, par groupes séparée,
Vers le séjour des morts s'avançait éplorée.
L'étendard de la croix marchait devant nos pas.
Nos chants majestueux, consacrés au trépas
Se mêlaient à ce bruit précurseur des tempétes
Des nuages obscurs s'étendaient sur nos têtes,
Et nos fronts attristés, nos funèbres concerts
Se conformaient au deuil et des champs et des airs.
Cependant du trépas on atteignait l'asile.
L'if, et le buis lugubre, et le lierre stérile,
Et la ronce, à l'entour, croissent de toutes parts;
On y voit s'élever quelques tilleuls épars

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