Relation du siège de S. Affrique faict par M. le Prince et M. d'Espernon ([Reprod.]) / [F. Germer-Durand]

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[A. Privat] (Mende). 1628. Saint-Affrique (Aveyron) -- Ouvrages avant 1800. 1 vol. (62 p.) ; 21 cm.
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Publié le : samedi 1 janvier 1628
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RELATION
DU SIÈGE
DE
S. AFFRIQUE
FAICT PAR
M. le Prince et M. d'Espernon
Sur la fin du mois de May et com-
mencement du mois de Juin de la
présente année 1628.
M. DC. XXVIII.
NOTE POUR CETTE RÉIMPRESSION
En 1874 M. Al. Germain, doyen de la Faculté des Lettres de
Montpellier, publiait dans les mémoires de l'Académie des
Sciences et Lettres de Montpellier une relation du Siège de Saint-
Affrique en 1628, par le Prince de Condé et le duc d'Epernon,
d'après les Pièces fugitives pour sercir à l'histoire de France.
Ces pièces fugitives étaient des manuscrits ou pièces rares sur
l'histoire particulière du Languedoc. réunis par le marquis
d'Aubais dans sa précieuse bibliothèque du château d'Aubais
près Sommières (Gard).
Léon Ménardj historien de Nîmes, publia ces divers opuscules
ou manuscrits en y associant le nom du généreux prêteur.
Quelques volumes de cette collection, dispersée aujourd'hui,
existent à la Bibliothèque municipale de Nimes, et c'est là que
M. A. Germain a trouvé la relation manuscrite ou plutôt le
fragment principal qu'il a publié en 1874.
Cette relation a été signalée par Fevret de Fontette, Tome 2,
p. 488, n° 20.467, dans sa Bibliothèque historique de France, en
renvoyant au man uscrit 116 du marquis d'Aubais.
Le baron de Gaujal dans sa Bibliographie du Rouergue parle
d'une Relation imprimée du siège de Saint-Affrique, donnée par
M. Durand au Lieutenant général comte Mathieu (Etudes hist.
sur le Rouergue, Paris 1859. tome IV. p. 561).
Voir aussi J. Duval dans les Mémoires de la Société des Let-
tres, Sciences et Arts de l'Aveyron, tome III, p. 30.
La Société de l'Histoire du protestantisme français a signalé
par la plume de M. J. Bonnet, Tome 25, Année 1879, p. 49. le
travail de M. A Germain.
C'est là, croyons-nous, toute la bibliographie de ce petit et ra-
rissime opuscule que j'ai eu la chance de rencontrer entier mais
non pas tout à fait intact, à Mende, il y a quelques années.
En comparant notre texte à celui publié par M. A. Germain,
on le trouve conforme aussi à la copie du marquis d'Aubais,
mais ce qui a été publié jusqu'ici s'arrete net à la page 77, tan-
dis que notre exemplaire complet possède 88 pages, c'est-à-dire
quelques pages de plus y compris la dernière.
Il existe aussi un autre manuscrit sur ce même sujet du Siège
de Saint-Affrique, manuscrit appartenant à M. Henri Grand-
Pilandes, mais différent de celui du marquis d'Aubais, différent
par conséquent de l'ouvrage que nous donnons en entier et nous
sommes heureux de pouvoir compléter ainsi le travail si bien
édité par le savant professeur de Montpellier.
Ce petit volume que nous réimprimons porte la date de 1628,
se compose de 88 pages format petit in-8', sans nom d'imprimeur,
mais vraisemblablement imprimé à Montpellier ou à Nîmes.
Sa rareté, semble indiquer qu'il aurait été saisi et détruit par
l'ordre de Richelieu, dont les troupes avaient levé le siège de
Saint-Affrique mais qui peu de temps après triomphait à la Ro-
chelle et faisait signer la paix d'Alais le 7 juin 1629.
D'après M. Al. Germain, ce récit aurait été composé par un
pasteur appelé Bastide qui fut le véritable organisateur de la
défense de cette petite place forte.
Malgré que quelques bouts de ligne n'aient.pu être sûrement
rétablis dans les dernières pages inédites, à cause du mauvais
état de conservation de notre exemplaire, nous n'avons pas hé-
sité à faire cette publication à cause des détails historiques et
typiques qu'elle donne et à cause aussi du style poétique et di-
thyrambique de l'auteur. (1).
Mende, 15 mars 1898
Fr. GERMER-DURAND,
Architecte Départemental.
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(1) Bastide, ancien prêtre de Toulouse, converti au protestantisme, puis déposé
en 1631 par le Synode de Charenton. (France protestante des Frères Haag. Il l
p. 17). Âl Germain.
RELATION
DU
Siège de Saint-Afrique
FAICT PAR
M. LE PRINCE ET M. D'ESPERNON
X
E mal-heur de Beaufort dans la Ville de Pamiers
conçeu, et enfanté par la noire trahisô de d'Auros
et l'infame vente de Réalmont faicte par Maugis,
leva le menton à l'Armée de M. le Prince pour pas-
ser dans la montaigne de Viane de Lacaune, et dans
le Castrois.
Lacaune desbauchée de l'union des Eglises par les
artifices du Marquis de Malauze, et par la corruption
qui avoit saisi le cœur des plus qualifiez de ce lieu,
mesmes du Pasteur, duquel la timidité a enveloppé
dans la perte-de son pauvre troupeau celle des Eglises
circonvoisines, avoit par une submission lâche, et
honteuse plié le col a l'ennemi ouvert de ses honneurs,
de ses libertés et de ses consciences, et fait passage
trois lieues dans la montaigne à l'Armée de M. le
Prince, lequel esperant treuver dans Viane les
esprits frappez de mesme maladie que ceux de La-
caune, pousse avec son Armée et, le Canon devant
cette petite Villatte, qui n'es composée que de vingt
et neuf maisons.
Mais d'Assas estoit dedans qui fit voir à M. le
Prince que les pistolles ne portent point de coup sur
un'ame qui craint Dieu, et qui n'est esclairée que de
l'honneur. Pareille feut la disposition de Pradines, et
aultres Chefs de guerre qui avoyent accompagné
d'Assas en ce voyage. Pareille estoit l'humeur de Des-
crouts Gouverneur de la place et celle des habitans
fortifiez en ceste saincte resolution par l'exemple, et
autant puissantes, que sacrées exhortations de Du-
frene leur Pasteur.
L'Armée ennemie campe devant Viane sur le com-
mencement du mois de May de ceste année 1628. Fait
ses logements tire ses trenchées, et lignes de com-
munication dresse sept pièces de canon en batterie,
et en est tous les iours aux mains avec les Assiégez,
qui à force de mousquetades luy diminuent le nombre
et des soldats, et des Chefs, entre lesquels demeura
pour gage Neuf-ville, aide de Mareschal de Camp en
l'Armée de M. le Prince.
Cependant M. le Prince voyant qu'il n'avoit plus à
faire ni à de trahistres, ni à de lasches n'ose point ha-
sarder vne volée de canon, duquel on se contentoit de
tenir par fois les embrasures ouvertes..
Neantmoins afin qu'il ne feut pas dit que le premier
Prince du Sang apres la Famille Royalle feut con-
traint d'abandonner une bicoque sans coup ferir en
quelque part, il poincte toute sa fureur côntre un mes-
chant pouillé qui estoit à deux lieues de Viane ap-
pelle S. Seué, lequel n'ayant pour toute fortification
qu'une meschante murette de pierre à preuve de pom-
mes pourries, et n'y ayant dedans que de trente cinq à
quarante hommes oblige neanmoins M. le Prince à y
faire marcher devant quinze cens hommes, avec deux
gros canons, apres plusieurs volées desquels, et apres
trois assauts vigoureusement soustenus, Linas qui
commandoit dedans mit tout le monde dehors en sû-
reté, eu laissant que le feu aux qutre coings de cette
Bourgade, et le despit aux ennemis de ne trouver de-
dùs que trois ou quatre pauvres malades, sur lesquels
ils exercèrent leurs barbares exploits de penderie, et
quatre ou cinq pauvres femmes vieilles qui feurent le
subject de leur impudicité toute brutale. Il y eut en
cette attaque soixante des ennemis de tuez, et plusieurs
de blessez.
L'Armée cependant foudroye et tempete devant
Viane, mais c'est tant seulement avec des cris, et des
hurlemens pleins de menaces, le canon néanmoins
demeurait dans le silence.
Dix jours se passent de la sorte, apres lesquels le
l'rince sans autre deffaut que celui de puissance levé
le Siège mais par despit ne vouleut point faire enten-
dre une volée de canon aux Assiegez, qui suyvirent
les fuyards avec de cris, et reproches tels que chacun
se peut imaginer.
L'ennemi ne demande que d'autres S'6 Sevés, con-
tre lesquels il puisse faire voir l'effort de ses armes.
Il s'en prend donc à Castelnau qui est un petit Bourg
sur la montaigne, et lequel n'estoit pas capable de
resisterà la main, s'il eut esté vigoureusement assailly
par douze cens hommes.
M. de Chavaignac Gouverneur de l'Albigeois pour
les Eglises avoir ietté dedans de cent à six vingt hom-
mes tirez de chasque compagnie, lesquels fouettèrent
si furieusement l'Ennemi qui les venoit assaillir sans
canon, qu'apres avoir couvert la campaignede morts,
ils l'obligerent à mener devant trois pieces de batterie,
et lors tous ceux de dedans abandonnerent la Place
selon l'ordre qu'ils en auoyent de M. de Chavaignac.
Mais l'opiniastre humeur de quelque ieune soldat
les ayant fait rentrer dans la Place leur fit sçavoir par
!a perte de leurs vies que c'est estre fol que de faire le
faible mutin dans un des plus miserables lieux du
monde, battu puissamment par le canon et assiegé de
toutes parts.
Brassac qui n'est qu'à un quart de lieüe de Castel-
nau dans le Valon est abandonné par les troupes du
Sieur de Chavaignac, comme ce lieu estant encore
moins tenable au canon que S. Seué, ni Castelnau
Car pour la main les troupes de M. le Prince y avoient
receu de sanglants affronts en quelques escarmouches,
esquelles elles auoièt perdu de soldats comme en une
bataille, par la louable générosité de nos Gens, et parti-
culièrement par la compaignie des soldats de Milhau
conduite par Malrieu.
Cependant la prinse de la Ville de Maynifiis par
l'Armée de Al. le Duc de Rohan le siege et batterie
du Chasteau, qui est une des plus fortes pieces de
France la desfaicte du secours qui venoit pour déli-
vrer le Chasteau du siege et l'aiiictûailler rompoit le
plus doux sommeil à M. le Prince, à M. de Montmo-
ranci, à M. d'Espernon, et au sieur de Rastenclieres.
L'ennemi sedesmengede cesteexecution comme plus
favorable au General des Eglises, qu'aucun des efforts
de M. le Prince ne lui portoit de dommage. On croit
encore estre assez à temps pour y faire presenter un
second et plus fort secours.
A ces fins dixsept compaignies sortent de Montpel-
lier, lesquelles ioignent peu apres l'Armée de M. le
Prince, lequel s'estoit rendu à Vabre en Roùergue
dans le Gouvernement de M. d'Espernon, environ le
vingt-deuxiesme du mois de May.
Une coppie de lettre de M. d'Espernon dressante au
Baron de Pujol, dattée de Rodés le 24. de May, et la-
quelle feut trouvée dans la poche d'un des ennemis
morts devant S. Affrique nous apprend que ces Sei-
gneurs se debvoyent rendre ensemble à Vabre pour
assister Mayrùeis.
Toutesfois les ordres establis auparavant dans le
Vabrois, et Pais de Roùergue pour l'entretien des
troupes de 11. le Prince, et de tout cequi estnecessaire
pour un Siege nous ont fait croire que la Cabale de
quelques-uns de ce Pais auoit eu le pouvoir sur l'es-
prit de M. le Prince que de se faire resoudre à assie-
gen la ville de S. Affrique, qui est la meilleure de tout
le Vabrois et que les ennemis appellèt ordinairement
la gallerie de M. de Rohan.
A ces fins le 2G, iour du mois de Mai M. d'Esper-
non ioint M. le Prince à Vabre qui n'est esloigné de
S. Affrique que d'une petite de demy-lieue. Là mesme
se rendit quelque iours apres l'Armée ennemie com-
posée de cinq à six mil hommes de pied, et huict cens
chevaux, avec quatre canons calibre du Roy, deux
des plus belles coleuvrines, et trois fauconneaux, qui
portoient de la grosseur d'un'orange.
Tous les voisins, et une infinité d'estràgers accou-
rent comme au convoy funèbre, et à la curée inévita-
ble de S. Affrique.
Vabre petite ville, et qui porte le nom d'Evesché, a
donné l'appellation au Pais du Vabrois, lequel estant
composé d'uneinflnitéde plusieurs beaux et agréables
valons, et d'un million de montagnettes et rochers
contient aussi plusieurs villes et villages, les meilleu-
res desquelles sont tenues par ceux de la Religion, et
par le moyen desquelles se fait la communication des
Sevenes avec l'Albigeois.
S. Affrique est la meilleure, la plus belle, et la plus
grande de toutes ces Villes. Elle ést assise dans un
des plus délicieux valons qui soyent dans tout leRou-
ergue, lequel se serrant iusques à n'avoir quelque
fois qu'un petit quart, ou demi quart de lieüe do large
va s'allongeant par divers despartemens iusques à
deux, lieues de pais. Les montaignes qui enserrent ce
terrain sont toutes embellies de forests, champs et
vignes très abondantes. La petite Riviere de Sorgue
arrousantla valée, et flottant contre la muraille de la
Ville, par un mouvement plein de rapidité rend toute
la contrée mervcilleusemèt agréable à voir comme
aussi par l'esmail des prairies qu'elle arrouse, et des
arbres fruictiers, et autres qu'elle humecte, et lesquels
fournissent aux plus chauds iours d'esté un umbrage
agréable plus d'une lieue et demi de chemin.
Cette ville composée d'environ cinq cens feux, des-
quels il y peut avoir le quart de Papistes, est en partie
enfermée d'une vieille muraille de pierre, assez haute
auec quelques petites tours, et portaux, ayant au de-
vant une petite murette. Des trois costez (car sa forme
retire un peu au carré), elle a un petit fossé servant
aux iardinages; Et du quatriesme'costé, c'est à dire
du costé du midi tirant vers le couchant, elle touche
la petite Rivière de Sorgue.
Outre cet enclos il y a encore trois Fauxbours dans
lesquels on entroit de toutes parts, et dans lesquels il
y a de bonnes, et belles maisons. Deux de ces Faux-
bourgs sont au décade l'eau, c'est à dire ioignant la
muraille de la Ville. La Rivière est entre la Ville, et le
troisiesme, à laquelle il est ioint par un beau, et fort
pont de pierrs composé de trois belles arches.
Cette Place a pour soy de tres-grandes commoditez,
et de tres-grandes incommoditez.
Ses commoditez sont. Que vingt mille hommes ne
la peuvent pas bien assiéger de toutes parts. Que les
quartiers des ennemis ne se peuvent pas bien secou-
rir l'un l'autre. Que les advenues sont mal aisées pour
le canon. Que l'infanterie peut gourmander la Caval-
lerie. Que sans les vivres de dehors une Armée ne
sçauroit camper devant trois jours. Que toutes les
bonnes Villes circonvoisines sont dans l'union. Mil-
lhau est à quatre lieues Cornus à quatre S. Felix
à deux Le Pont de Camarès à trois Viane à six et
l'entrée des Sevenes à huict, et partant qu'elle est bien
aisée à secourir.
Mais ses incommoditez sont. Que les Fauxbourgs
qui sont la meilleure partie des logemens, s'estendent
beaucoup. Que la Nature semble par une grandequan-
tité de commandemens, et meurtriers, et autres s'es-
tre opposée à toutes les fortifications qu'on y voudroit
faire. Que le terrain en la pluspart des endroits est
tout graveleux. Et que la garde en est grande eu es-
gard au nombre des habitans.
Pendant les mouvemens de l'an 1621. on anoit for-
tifié le plus grand de tous les Fauxbourgs mais ce
travail ayant esté assez grand, et dutout inutile rebu-
toit les Habitans, et les rendoit moins disposez à une
seconde fortification, tant pour les raisons sus alle-
guées, que par la malice des habitans Papistes, com-
me aussi pour ne sçavoir à qui fier la conduite d'un
tel travail.
Le Sieur de Lavacaresse Cadet de la maison de Ri-
ves, à laquelle la Ville a de singulières obligations,
estant Gouvernear de la Place se trouve saisi d'une
passion d'autant plus grande à la conserver contre un
siège que la difficulté en estoit grande.
Les heureux succez desquels Dieu l'avoit beni au
Siege, et prinse de la Ville, et Forteresse de S. Felix
vers le demi mois d'Octobre dernier luy estoyent de
puissants aiguillons qui le portoient à faire de bien
en mieux.
Il prie Bastide Tolosain Pasteur de cette Eglise, et
à laquelle il au oit esté donné, et promeu au S. Minis-
tere par le Synode Provincial de S. Afïriq ne, seulement
trois mois avant la guerre, de passer un peu au delà
de ses plusserieusesoccupations, et de travailler pour
la conservation des corps de son troupeau, comme
il veilloit pour le salut des âmes. Ceste prière de La-
vacaresse est suivie d'un ordre exprès de M. le Duc
de Rohan.
La necessité mere des inventions porta Bastide ce-
pendant que d'une main il tenoit la truelle batissàt en
la maison du Seigneur, de prendre l'espée de l'autre
pour conserver son ouvrage, voyant l'estat auquel
les plus pacifiques s'en alloyent estre exposez, ceux
là mesmement lesquels, tel que luy, avoyent par tous
moyens essayé d'esviter la prinse des armes dans le
Vabrois, et sentant arriver le temps d'une naturelle et
pas conséquent tres iuste deffence. Il met donc en
usage sur le papier ce qu'autrefois il avoit practiqué
sur le papier.
Il marque trois Demi-lunes, une Platteforme, deux
Bastion, et un Demi-bastion avec leurs courtines.
Fait creuser un fossé de dix canes de large, et douze
pans en profondeur, et dispose le tour en telle sorte,
que ce travail estant une fois achevé il n'y aura com-
mendement, ni enfileure qui puisse incommoder ceux
qui seront à la deffence. Cet ouvrage feut commencé
dans le mois de Febvrier dernier.
Bastide ayant enfermé les deux Fauxbourgs qui
sont deçà l'eau, et ayant creusé le fossé tout à l'entour,
eflevé en pierre et chaux les deux Demi-lunes qui sont
sur la Rivière, et mis ez autres endroits le terrain en
quelque deffence suffisante, il parla clair et net aux
Habitans, pour les faire resoudre à fortifier le Faux-
bourg qui est au bout du Pont, et à tenir le cômende-
ment de Pechbourrillon d'autât que toute la Ville se
trouve au milieu de ces deux pièces avec cet ordre
neantmoins, que le Fort de Pech-bourrillon ne se
feroit qu'à la veùe de l'ennemi.
Ce troisiesme Fauxbourg, qu'on appelloit aupara-
vant Traupon x, composé seulemêt de douze maisons
commença d'estre fortifié vers le demi mois d'Avril.
Et pour allécher insensiblement les Habitans à un
beau et bon travail, Bastide fit commencer par les
(1) Transporteurs.
contrescarpes, en forme de deux cornes, ioinctes par
un angle rentrant ét droit, avec une Demi-lune, ca-
chant aux Habitans le travail qu'il avoit à faire par le
dedans.
Ce travail des cornes est presque commencé et
achevé en mesme temps. Il est environné d'un petit
fossé de quatre canes et demi de large, et de dix pans
en profondeur. La gazonade a autres dix pans sur
terre, auec les parapets à preuve, et en talus, Mais
les trauerses necessaires, et rües couvertes ont esté
encor à faire, par la caprice de quelques habitans, qui
ont eu le repentir pour salaire de n'avoir creu Bastide,
lors qu'il leur marquoit iusques à un poulce de terre les
endroits par lesquels ils seroyent et assiegez et battus.
Or dautant que ce travail de cornes, pour le pré-
sent n'est point soustenu par le travail de dedans,
qui est encore à faire, il porte la forme de quatre
demi Bastions lesquels pour nous accommode aux
appretiations populaires nous appellerons Bastions.
Le premier travail est composé de ces pieces qui
sont. La Demi-lune du Roy. La Demi-lune de la
Royne (et ces deux sont le long de l'eau). La Plate-
forme de l'Evangile, laquelle d'un costé regarde la
Riuiere, et de l'autre le Ruisseau' des moulins, et par
le moyen de laquelle piece on a l'usage libre de deux
moulins. La Demi-lune de Madame de Rohan, qui
pousse vers le commendement de Péch-bourrillon
pour en esviter la batterie. Le Bastion de Rohan. Le
Bastion de Bastide. Le Bastion de Lavacaresse, le-
quel d'un costé regarde dans la Riuiere. Toutes ces
pieces sont nommées selon l'ordre qu'elles sont
assises.
Tout le travail qui est entre la Demi-lune du Roy,
et le Bastion de Rohan enferme le grand Fauxbourg,
lequel à présent on appelle Ville nouvelle.
Despuis le Bastion de Rohan iusques au Bastion de
Lavacaresse est le Fauxbourg qu'on appelloit, des
Albaredes, et lequel a présent on nomme Ville-
blanche, pour suivre l'opinion de ceux qui croyent
que S. Affrique est la Ville que quelques Anciens ont
nommée, Leucopolis, c'est à dire, Ville-blanche, et
qu'elle estoit assise sur le terrain de ce Fauxbourg.
Le troisiesme Fauxbourg, qui est celui du Pont
ayant été enclos, le conseil de guerre, et de Ville
trouva bon de l'appeller Ville-Louys, pour faire voir
à nos adversaires qu'au milieu de nos plus sensibles
douleurs nous baisons la main qui nous frappe et
prions sans cesse pour celuy qui en sa dignité Royalle
porte avec eminence par dessus tout le reste des Rois
du monde, la visve image de Dieu.
Cette appellation porta Bastide à faire graver sur
une table d'attente les deux vers latins suivans pour
estre placez sur le frontispice-dû Portail de Ville-.
Louys.
Leveapolis rigido oastante Ivhc culmina Marte
Auspiciis LODOICE ttiis hcec mœnia ponit
Les pieces de ceste Fortification sont. Le Bastion
de l'aigle, LeBastionduLion. Le Bastion du Dragon.
Le Bastion du Laurier. La Lemi-lune des filles.
Le Bastion du Dragon en sa ligne la plus longue
est grandement incommodé par un commendement à
port de carrabine, lequel voit nettement tout le dedans
d'icelle, et lequel a telle proportion à sa baze qu'un
à cinq.
De plus le fossé en cet endroit n'estoit pas creusé à
demi, et vis à vis de l'angle du Bastion, qui est aigu
de 65 degrez, une portion d'un Habitant restoit à
faire, laquelle auoit entre soy, et le dehors du fossé
une autre portion bien creusée, large de cinq à six
pans, et longue de cinq canes, ce quest tres important
de remarquer. Ioignez à cela qu'aupres du mesme
endroit le fossé etoit presque comblé par un gros tronc
de Noyer anec quelques branches.
Le trauail de S. Affrique estant en cet état, Lava-
caresse, et les Habitans voyans que l'Armée de M. le
Prince alloit grondant comme un orage, prest à fon-
dre sur le Roûergue, despechent en toute diligence
vers M. lequel estoit lors devant le Chateau de May-
rileis On l'asseure qu'il n'y a rien qui puisse porter
à quitter son généreux dessaing, et que moyennant
deux Regiments de cinq cens hommes chacun on luy
rendra bon conte du Vabrois.
Cependant tous les Habitaus sont rengez en sept
compagnies de 50 hommes chacune, auec nombre suf-
fisant d'autres Habitans pour veiller sur les plus pres-
santes necessitez de la Ville.
Ces compagnies estoyent celles cy 1. La Compa-
gnie de Lavacaresse colonelle. 2. De Bastide. 3. De
Batsergues premier Consul. 4. de Dirnac. 5 de Maze-
ran. 6. De Peilié. 7. De Robelet, qui commandoitceux
qui l'avoyen' suivi au secours de Viane.
Encore le Chasteau de Mayrüeis n'estoit pas des-
peché que M. enuoya dans le Vabrois M. le baron
d'Aubais Mareschal de camp de son Armée, auec
trois Cornettes de Cauallerie, et enuiron huict cens
hommes de pied. La Cauallerie estoit. La Cornette du
dict Sieur d'Aubais. Celle de S. Estebe son frere. Et
celle de M. le Baron d'Alez, parmi lesquels il y auoit
encores la compagnie des mousquetons du mesme
sieur d'Aubais.
L'infanterie estoit composée des troupes qui auojent
esté les plus prestes des Regiments de Bimart, de
Fourniguet, et de Sendres.
Auec ces gens de guerre le Baron d'Aubais se rend
à S. Affrique le 17, iour du mois de May, et le 20, au
Pont de Camarès.
Le Baron d'Aubais sur lequel, comme sur une per-
sonne douée de toutes les qualitez nécessaires à un
homme de sa condition M. auoit deschargé tout le
soing du secuurs du Vabrois, veillant continuelle-
ment fur les mouvements de M. le Prince qui le 22
iour du mois de May s'estoit rendu à Vabre, et voyant
que les troupes ennemies, le 24, du mesmes mois
Jaissoiët le Pont de Camarès, à l'escart envoya le mes-
me iour le Sieus de Bimart à S. Affrique auec 250
hommes de son Regiment, et la Cornette de Caualle-
rie du Sieur de S. Estebe son frere, conduite par Ver-
bisson son Cornette et celle du Baron d'Alez conduite
par son Lieutenant Duperé.
Le Regiment de Bimart prent d'abord à garder, les
Demi-lune» du Roy, etdelaRoine,etdelaPlate-forme
de l'Euangile deçà l'eau, et les Bastions de l'Aigle, du
Lion, et du Dragon delà l'eau. Les compagnies de la
Ville gardoyent le reste.
Le lendemain, qui estoit le 25. iour du mois, Bas-
tide s'empare du commendemët de Pech-bourrillon,
et y fait en toute diligence eslever un Fort de gazon,
qui dans trois iours feut en deffense suffisante, et qui
du depuis feut tousiours gardé par deux compagnies.
Ce Fort aduance une teste, les lignes de laquelle
desrobées à toute batterie, pour raison des penchans
qui sont à droite et à gauche, ne font voir que l'agie
saillant opposé à un commendement qui est sur le
• devant. Le derriere, et les costez du Fort, tant du
costé de la Ville, que des moulins sont taille? en
précipice.
Ce fort a esté appelé par les Assiegez, le Fort de la
Vérité. Il met à couvert tout le travail de Ville-Lou\s s
par derrière, et le travail de Ville-neufve, et Ville-
blanche par deuant et par flanc.
Le 26, iour du mesmes mois la compagnie de La-
coste, qui estoit du Régiment de Bimart, et qui avoit
arresté à Viane, se ioignit à son Regiment, et print
ses postes auec lu\
Iusques là il n'y auoit pas trois cens hommes de
guerre estrangers dans S. Affrique.
Cependant M. d'Espernon estant parti de Rodés
avec quelque Cauallerie se rend à Vabre le 27 iour de
ce mois, ou M. le Prince l'attendoit, et ou toute l'Ar-
mée se doibt rendre le lendemain, composée de dix
compagnies du Régiment de Normandie, autant ou
environ do Picardie, des Regimens de Falcebonrg,
de Saincte Croix de la Morlierc, de Vieillie, d'Albi,
et autres, faisans de cinq à six mille hommes de pied
et huict cens chenaux.
M. le Prince, et M. d'Espernon passent le 28 à se
rafraîchir dans Vabré, et à consulter ce qu'ils ont à
faire. On leur osseure que S. Affrique n'est pas le
desiuuer do trois Regimens. Qu'au pis aller elle ne
souffra iamais quinze volée de canon. Que de dans il
n'y auoit que de lusches. Et qu'on y auoit des intelli-
gences qu'il ne faloit pas mespriser.
Un esprit, des plus estourdis et des plus brutaux
que le Rouèrgue aye iamais porté, qui est un quida
de Galtier luge de S. Affrique feut celuy que les eu-
vieux de la reputatiô de M. le Prince et de M. d'Es-
pernon ont employé pour persuader l'entreprinse de
ce Siège à ces Seigneurs Afin qu'il soit remarqué à
l'advenir que les deux plus subtils et puissants esprits
de France ont estés conduits par un aveugle et pedant
de luge dans les precipices d'un million de regrets et
de repentirs. Ainsi Dieu souffle sur les dessaings de
ceux qui ne demandent que l'effusion du sang de son
Peuple.
Toutes choses donc se preparent à Vabre pour le
Siege de S. Affrique. C'est pourquoy M. le Prince
donne ordre de reconnoistre la Place le Lundi 29. iour
du mois de May.
Le 28. de ce mois la compagnie des soldats de Mil-
conduite par Malrieu, et composée de quatre vingts
bons et braves hommes arriva de Viane sur l'heure
de midy et print sa poste au Bastion de Lavacaresse,
lequel elle garda et fortifia pendant le siège.
Auec Malrieu le mesme iour arriva le Capitaine
Lacsosse et sa compagnie qui faisoit cinquante hom-
mes, laquelle ayant esté logée dans la Lemi-lune du
Roy elle fit serrer dans une des postes plus prochai-
nes une des Compagnies de Bimart qui auoit ce loge-
ment auparauant.
Le mesme iour Verbisson et Duperé auec leurs
compagnons de cheval et quelques peu d'Infanterie
vont en plein midi à la barbe de l'ennemi, et à la porte
de Vabré brufler le Hameau de la Cazotte pour inT T
commoder les logements des Ennemis, lesquels sans
dire mot souffrirent patiemment ceste algarade.
Nos Gens se retirans au petit pas bruslèrênt tout ce
qu'il y a de logeable, sauf le Village de Vendalobes,
dans lequel l'Ennemi, un quart d'heure auparauant
auoit logé un régiment entier
Le lundi 29. du mesme mois à l'heure de midi l'Ar-
mée ennemie estant partie de Vabré, commença à pa-
roistre par divers endroits.
La bentinelle du Clocher ayant sonné l'alarme les
Bastions de l'aigle, du Lion et du Dragon se trouvèrent
soustenus comme nous auons dit cy deuant par de
Compagnies de Bimart celuy du Laurier par celle de
Bastide, et la Demi-Lune des Filles par celle de Rou-
belet.
Nostre Cauallerie estoit toute preste auec quelques
pelotons d'Infanterie, lors qu'environ neuf cens hom-
mes de pied, accompagnez de trois cens cheuaux pa-
reureut au dessus de la montagne des Fourches, au
front de Ville-Louis, d'où l'on pouuoit facillement
considerer et la Ville et le trauail.
Les Gens de pied des Ennemis s'aduancèrent à
droite, et enfilerent le bort de la Montagne advançans
iusques à cens pas des Fourches, ou ayans fait Alto
ils demanderent deux cens mousquetaires, qui ga-
gnèrent trois cens pas au dessoubs des Fourches,
pour se rendre maistres des aduenuës. Cependant
leurs gens de cheual se tenoyent à droite, esloignez
de l'infanterie d'un port de mousquet..Dans ces trou-
pes estoyent M. le Prince, et M. d'Espernon pour
considerer la Place.
L'autre partie de l'Armée ennemie rengée en ba-
taille auoit prins le long du Valon à deux grandes
mousquetades de la Ville, soubs la faueur des Noyers
qui en abondance embellissent ceste valée.
Verbisson à la teste de ses compagnons, Duperé
à la teste des siens vont le petit pas de leurs chevaux
à demi port de pistolet recognoistre la posture de
l'Ennemi soubs ces arbres.
Trente de nos mousquetaires filent à la faveur des
gens de cheval, et attaquent une rude escarmouche,
laquelle dura iusques à ce que l'Ennemi feut contraint
de se retirer de ce costé, au signal que luy donnerent
ceux qui estoyent sur la montagne.
Mais cependant voyons quel séjour font les autres
és environs des Fourches, La Vacaresse qui s'estoit
rencontré du costé des autres Fauxbourgs s'advance
en toute diligence pour commender quinze Mousque-
taires ou Rouettes, lesquels la pluspart estoyent de la
Compagnie de Malrieu, afin de faire trembler la main
à ceux qui tenoyent les lunettes d'approche. Mais ils
n'avoyent pas encore receu cet ordre que cinq soldats
volontaires, entre lesquels il y avoit quelques domes-
tiques de Lavacaresse, s'estoyent advancez le long
du rocher pour escarmoucher les deux cens qui es-
toyent descendus au dessoubs des Fourches.
Ici les plus impies verront la vérité des promesses
de Dieu contenuës au livre du Leuitique ch. 2G. v. 8.
en ces termes. Cinq d'entre vous en poursuyvront
cent, et cent en poursuivront dix mille, et vos enne-
mis tomberontpar l'espée devant vous. Mais voici
bien une plus grande faveur du Ciel, car ces cinq sol-
dats seulets ont attaqué ces deux cens ennemis en
leur poste avec une si grande furie, qu'après en avoir
blessé plusieurs et tué iles forcèrent de se retirer en
desordre, et de gagner honteusement les Fourches,
sans estre prossez que de ces cinq tant seulement.
L'Ennemi se couvrant des Fourches fait semblant
de s'opiniastrer Mais cependant les quinze commen-
dez par Lavacaresse ioignent les cinq qui avoyent fait
cest action si glorieuse.
C'est ici que nous avons veu ce qu'à peine nos yeux
peuvent croire. Ces vingt teste baissée poussent de
bas en haut, et attaquent ces deux cens de l'Ennemi
en leur seconde poste, iusques à brusler le pourpoint.
Le desordre se fourre derechef parmi les Ennemis,
auec plus de confusion qu'à la première fois. A peine
se peuvent ils sauver dans le gros et retirer leurs
blessez qui estoyent en nombre. Ils laissent de morts
à la discrétion de nos vingt soldats qui les despouil-
lerent à leur barbe.
Quelques femmes pui auoyent suyvi de la Ville
auec du vin et des confitures sont à temps pour arra-
cher l'espée des mains des Ennemis mourans, les-
quelles elles portèrent toutes sanglantes dans la Ville.
Mais ce n'est pas tout, ces deux cens Poltrons s'es-
tans retirez dans le Gros pensent estre dans une par-
faicte asseurance et de faict qu'elle peur, ni quel mal
pouvoient faire vingt soldats à neuf cens hommes de
pied rangez en bataille, soustenus par trois cens
hommes de cheval ? Mais Dieu qui rend les mains de
ses Enfants habilles aux combats assista tellement ce
petit nombre qu'auec un courage incroyable, et voj ant
que la Cavallerie ne le pouvoit pas offencer, il donne
plus rudement que iarnais droit au Gros, en tombe
plusieurs, et les force à quitter la place libre, et de se
retirer en desordre.
Nos Gens reviennent dans la Ville pleins de con-
tentement et de gloire d'un commencement si heu-
reux. Les Soldats de Malrieu portent au bout de leurs
piques les habits sanglants des Ennemis morts, et
tous s'éstans rendus dans la Place d'armes qui est au
fonds du Bastion de Dragon, Bastide Pasteur après
auoirfait chanter le Pseaume 3, rendit solennellement
grâces à Dieu de ce benefice.
Il n'y eut en tous ces combats qu'un seul soldat de
la compagnie de Roubclet de blessé, et encore feutce
légèrement, et un gendarme du Baron d'Alez blessé
à la main d'une mousquetade, cependant que la mon-
tagne ruisselant du Sang des Ennemis on rencon-
en dhers endroits les loupins de crasne et de cervelle.
Les corpb des Ennemis morts qui auoient eu pour
dernier lict les Fourches s'en alloient y estre pendus
par quelques uns de nos soldats, si le Gouverneur, le
Pasteur, et autres Chefs n'eussent arresté ceste pas-
sion, et fait traicter les morts en gens de guerre.
La journée se passe de la sorte laissant aux. Assie-
gez une ardeur incroyable de reuoir l'Ennemi, et leur
laisse pareillement la liberté de discourir de ses
dessaings.
Le nombre des canons que l'ennemi conduisoit
nous faisoit comprendre qu'au pis aller M. le Prince
ne pouuoit que dresser deux batteries pour faire bres-
che suffisante. C'estoitdonc à nous à deviner par quel
endroit nom debvrions estre attaquez.
Bastide prie les Chefs de guerre de remarquer ces
trois choses. La première est la contenance des enne-
mis sur la montagne pour occuper le commendement
du Bastion du Dragon. La seconde, qu'il n'y auoit
point aucun angle ni ligne plus faible que celuy-la.
La troisiesmeque a faire deux batteries l'Ennemi par
raison debuait battre les deux lignes de la Tenaille.
Conclud. Premièrement, qu'il falloit faire nn Fort
gardé par cent hommes sur le commendement du
Dragon. Secondement qu'il falloit porter tout le tra-
vail de dedans aux deux lignes de la Tenaille II a
esté suivi en son second advis, et feut seul pour le
premier, et toutesfois l'effaict a montré qu'il sembloit
a^ir leu dans les tablettes (les Ennemis.
Le lendemain matin, iour de mardi trentiesme du
mois, sur la diane entrerent dans la Ville les compa-
gnies de Lascombes, de Fenouillac, et du Cappitaine
Daniel. Ces trois compagnies qui estoyent parties de
Millhau auoyent ordre particulier de AI. de se ietter
dans S. Affrique soubs la conduite du Sr. de Larboust
de la maison de d'Aubinhac. Les deux premieres
estoyent de la milice de Sevenes, et la deruiere estoit
composée de GO. Soldats tirez du Régiment de la
Baume qui estoit à Millhau.
Lascombes est logé au Bastion du Dragon et d'un
costé fait serrer les postes à la compagnie plus pro-
chaine du Régiment de Bimart, et de l'autre il ioint
celle de la compagnie de Bastide, qui estoit au Bastion
du Laurier. Les autres deux Compagnies feurent re-
servées pour la place d'armes. Larboust n'est pas
plustost dans S. Affrique que le Conseil de guerre
sçachantce qu'il auoit autrefois fait dans le Mas d'A-
zils le prie de faire la charge de Maior, de laquelle il
s'est acquittéavec toute sorte devigilenceet de travail.
Il n'eut pas plustost recognu la Place qu'il demeure
d'accord auec Bastide de la necessité du Fort qu'on
debuoit faire pour gaigner le commendement du Dra-
gon, et presse pour y faire trauailler. Mais en vain.
Et toutesfois ce seul coup estoit capable de rompre le
dé à M. le Prince.
Dans Vabré M. le Prince et M. d'Espernon ne con-
cluent pas en mesme forme et figure. Ceux qui n'ap-
preuvent pas le Siege apportent pour raisons. 1. l'Es-
tat de la Fortification de la Ville-Louis, laquelle peut
contester long temps tous ses poulces de terre. 2.
L'estat de la ville et du Fort de la Vérité soubs la fa-
veur duquel seul on pourroit tirer l'Ennemi de tous
ses advantages. 3. Le nombre et la qualité de ceux
qui estoient dedans, et desquels on avoit le iour aupa-
ravant essayé le courage. 4. La facilité auec laquelle
ceste Place pouvoit estre secourue. 5. La proximité
de M. le Ducde Rohan et celledusieur deChavaignac.
Opposent à celà. 1. La petitesse de leur armée. 2.
Les foibles Villes de retraicte qu'ils avoyent. 3. La
difficultée du Pais pour la Cavallerie. 4. Le peu de
munition de canon, lequel ils couroyent liazard de
perdre. 5. La honte que cela leur feroit s'ils estoyent
contraints de leuer ce Siege fait par le premier Prince
de sang, et par un des plus puissans, et des plus expé-
rimentez Seigneurs de France.
Ces raisons qui frappojent sans résistance fai-
soyent desia congédier les pionniers et faire volte-
face à l'Armée mais les Evesques de Vabré, et de
Rodés auec de l'eau bénite et le iuge de S. Affrique
auec un appointement en droit, veulent faire entrer
M. le Prince dans S. Affrique sans coup ferir et luy

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