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Répertoire de la Comédie humaine de H. de Balzac

De
582 pages

Abramko, juif polonais d’une force herculéenne, entièrement dévoué au brocanteur Élie Magus, auquel il servait de concierge et dont il gardait, avec trois chiens féroces, la fille et les trésors, en 1844, dans un vieil hôtel situé chaussée des Minimes, près de la place Royale, à Paris : Abramko s’était laissé compromettre dans les événements de Pologne, et Magus l’avait sauvé par intérêt (Le Cousin Pons).

Adèle, grosse et bonne Briarde au service de Denis Rogron et de Sylvie, sa sœur, de 1824 à 1827, à Provins.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Anatole Cerfberr, Jules Christophe, Paul Bourget

Répertoire de la Comédie humaine de H. de Balzac

INTRODUCTION

Êtes-vous balzacien déterminé — comme disait déjà le Gautier des Jeune France, au lendemain de l’apparition de cette épopée rabelaisienne et mystique, la Peau de chagrin ? Avez-vous éprouvé, en lisant au collège et clandestinement quelque tome dépareillé de la Comédie humaine, une sorte d’exaltation qu’aucun livre ne vous avait procurée auparavant, que bien peu vous ont procurée depuis ? Avez-vous rêvé, à cet âge où l’on vendange à l’avance tous les fruits de l’arbre de la vie — encore à fleurir, — oui, avez-vous rêvé d’être Daniel d’Arthez et de vous couvrir de gloire à force d’œuvres, pour être consolé un jour de toutes les tristesses d’une jeunesse pauvre par la sublime Diane, duchesse de Maufrigneuse, princesse de Cadignan ? Ou bien, plus ambitieux et moins littéraire, avez-vous souhaité de voir, nouveau Rastignac, les portes de la haute vie ouvertes devant vos convoitises par la clef d’or suspendue au bracelet de Delphine de Nucingen ? Romanesque, avez-vous soupiré vers l’angélique tendresse d’une Henriette de Mortsauf et savouré en songe les innocentes émotions des bouquets cueillis, des chagrins écoutés, des serrements de main furtifs, au bord d’une rivière étroite, et bleue et lente, dans une vallée dont votre amie serait comme le lys candide et frémissant, l’idéale, la chaste fleur ? Mélancolique, avez-vous caressé la chimère, pour les heures sombres de la vieillesse commençante, d’une amitié pareille à celle dont le brave Schmucke enveloppe jusqu’aux manies de son pauvre Pons ? Avez-vous cru au souverain pouvoir des associations secrètes et délibéré avec vous-même lequel, parmi vos compagnons, serait digne d’entrer dans les Treize ? La carte de France vous est-elle apparue, distribuée en autant de districts que la Comédie humaine compte de romans ? Tours vous a-t-il représenté Birotteau, la Gamard et le formidable abbé Troubert ; Douai Claes ; Limoges madame Graslin ; Besançon Savarus et son amour trompé ; Angoulême Rubempré ; Sancerre madame de la Baudraye ; Alençon cette touchante vieille fille, si naïve, et à qui son oncle, l’abbé de Sponde, disait avec une ironie douce : « Tu as trop d’esprit, il n’en faut pas, tant pour être heureuse ? » 0 sortilège du plus prodigieux magicien de lettres qui se soit rencontré depuis Shakspeare ! Si vous avez subi ses enchantements, ne fût-ce qu’une heure, voici un livre qui vous ravira, un livre qui aurait ravi Balzac lui-même, — Balzac plus dupe de son œuvre que ses plus fanatiques lecteurs et dont le rêve était de faire concurrence à l’état civil. Ce volume, de près de 600 pages, c’est en effet l’état civil de tous les personnages de la Comédie humaine, de quoi retrouver, détail à détail, les moindres aventures des héros qui passent et repassent à travers ces cinquante romans, de quoi vous rendre en une minute les émotions jadis ressenties par la lecture de tel ou tel de ces chefs-d’œuvre. Plus modestement, c’est une espèce de table des matières d’un ordre unique ; une table des matières vivante !

Bien des balzaciens l’ont rêvée, la constitution de cet état civil. J’en ai connu, pour ma part, cinq ou six qui avaient commencé ce singulier travail. Pour ne citer que deux noms entre plusieurs autres, l’idée de ce Vapereau fantaisiste avait traversé la tète du subtil et délicat observateur, M. Henri Meilhac, et celle de ce criminaliste en feuilletons, Émile Gaboriau. Je crois bien, moi-même, avoir, parmi les papiers de ma dix-huitième année, quelques feuillets couverts de notes prises à la même intention. Mais le travail était trop considérable. Il y fallait une patience infinie jointe à une inextinguible ardeur d’enthousiasme. Les deux fidèles du Maître qui se sont réunis pour lui élever ce monument n’auraient peut-être pas surmonté les difficultés de cette entreprise, s’ils ne s’étaient appuyés l’un sur l’autre, apportant à l’œuvre commune, M. Christophe sa minutieuse méthode, M. Cerfberr son implacable mémoire, sa foi passionnée dans le génie du grand Honoré, une foi à transporter sans faiblir des montagnes de documents. Il y aurait un joli chapitre de reportage littéraire à écrire sur l’histoire de cette collaboration. Chapitre mélancolique, car il s’y rattache le souvenir du charmant homme qui, le premier, rapprocha MM. Cerfberr et Christophe, et qui depuis est mort bien tristement ! Il s’appelait Albert Allenet et rédigeait en chef une vaillante petite revue, la Jeune France, qu’il trouva le moyen de soutenir pendant des années avec une persévérance digne d’un des hommes d’affaires de la Comédie humaine. Je le vois encore fébrile, usé, mais avec son visage toujours animé par la passion, m’accostant dans un couloir de théâtre pour me parler du projet formé par M. Cerfberr, et presque aussitôt nous découvrions que le même projet avait été conçu par M. Christophe. Ce dernier avait déjà organisé tout un casier de fiches, étiquetées et classées avec les noms des personnages de Balzac. Quand deux hommes se rencontrent dans une même entreprise de collectionneurs, il ne leur reste qu’à se haïr ou à mettre en commun leur effort. Grâce à l’excellent Allenet, les deux balzaciens profès s’entendirent à merveille. Pauvre Allenet ! Nous le conduisimes peu de temps après au cimetière, par un triste après-midi de fin d’automne, nous tous qui l’avions connu et aimé. Il est mort aussi, l’autre balzacien qui s’était tant intéressé à cette œuvre, et pour qui la Comédie humaine était une pensée unique, Honoré Granoux, C’était un négociant de Marseille, d’aspect un peu chétif et déjà bien souffrant, lorsque je l’ai connu ; mais il revivait en parlant de Balzac ; et avec quelle vénération mystérieuse de conspirateur il prononçait ces mots : « le Vicomte »..., désignant par là, pour les initiés suprêmes en Balzacolâtrie, l’incomparable bibliophile auquel nous devons l’histoire des œuvres du romancier, M. de Spoelberch de Lovenjoul ! « Le Vicomte approuvera ou désapprouvera... » c’était la formule absolue pour Granoux, qui s’était, lui, consacré à l’immense travail de réunir les moindres articles publiés sur Balzac depuis les débuts de l’écrivain. Et, voyez quelle fascination ce diable d’homme — comme Théophile Gautier disait encore — exerce sur ses disciples, je me rends bien compte que ces petits détails de manie balzacienne vont faire sourire le lecteur. Quant à moi, je les ai trouvés et je les trouve encore aussi naturels que le mot de Balzac à Jules Sandeau qui lui parlait d’une sœur malade : « Revenons à la réalité. Qui va épouser Eugénie Grandet ? »

La fascination ! c’est le seul mot qui convienne pour caractériser la sorte d’influence que Balzac exerce sur ceux qui le goûtent vraiment, et ce n’est pas d’aujourd’hui que date ce phénomène. Vallès le signalait, voici des années déjà, dans une page éloquente des Réfractaires sur les victimes du livre. Sainte-Beuve, peu suspect de partialité à l’égard du rédacteur en chef de la Revue parisienne, raconte une anecdote plus étrange et plus significative que toutes les autres. A un moment, toute une société réunie à Venise, et des plus aristocratiques, s’avisa de distribuer entre ses membres différents rôles tirés de la Comédie humaine, et certains de ces rôles, ajoute mystérieusement le critique, furent bel et bien poussés jusqu’au bout. — Expérience dangereuse, car on sait que les héros et les héroïnes de Balzac côtoient souvent les plus dangereux abîmes de l’Enfer social. Cela se passait aux environs de 1840. Nous sommes en 1887, et il s’en faut que le sortilège soit épuisé. L’ouvrage auquel ces notes servent d’introduction en est la preuve. Même, on a remarqué que les hommes de Balzac, tant dans la littérature que dans la vie, sont apparus, surtout après la mort du romancier. Balzac semble avoir moins observé la société de son époque qu’il n’a contribué à en former une. Tel ou tel de ses personnages était plus vrai en 1860 qu’en 1835. Lorsqu’il s’agit d’un phénomène de cette donnée et de cette intensité, il ne suffit point de prononcer les mots d’engouement, de vogue et de manie. La séduction d’un auteur devient un fait psychologique d’une importance capitale et que l’analyse doit expliquer. Je crois voir deux raisons à cette force particulière du génie de Balzac. L’une réside dans le caractère spécial de sa vision, l’autre dans la portée philosophique qu’il a su donner à toute son œuvre. — Ce que fut cette vision, ce répertoire suffirait seul à le montrer. Feuilletez-le au hasard, et calculez la quantité de faits imaginés que supposent ces deux mille biographies, toutes individuelles, toutes distinctes, et la plupart complètes, c’est-à-dire prenant le personnage à sa naissance pour ne le quitter qu’à sa mort. Balzac ne sait pas seulement cette date de naissance ou de mort, il sait aussi quel était à cette époque l’esprit du pays, de la province, du métier auquel l’homme appartenait. Il s’est renseigné sur le taux de la rente et les conditions de la culture. Il n’ignore pas que Grandet n’a pu faire fortune par les mêmes procédés que Gobseck, son rival en avarice, ni Ferdinand du Tillet, de chacal, avec la même largeur de moyens que cet éléphant de Nucingen. Il a constaté et il a mesuré le rapport exact du personnage à son milieu, de même qu’il a constaté et mesuré les attaches de ses différents personnages entre eux ; si bien que chacun des individus se trouve constitué séparément dans ses réalités personnelles et sociales, et qu’il en est de chaque famille comme de chaque individu. C’est le squelette de ces individus et de ces familles que vous contemplerez mis à nu dans ces notes de MM. Cerfberr et Christophe ; mais cet établissement de faits reliés ainsi les uns aux autres par une logique égale à celle de la vie est le moindre effort du génie de Balzac. Un extrait de naissance, un contrat de mariage, un état de fortune représentent-ils une personne ? Évidemment non. Il y manque comme à une ossature la chair et le sang, les muscles et les nerfs. Au regard de Balzac, ces faits énumérés s’animent ; à cette vue circonstanciée des conditions de l’existence des êtres, se surajoute une vue égale de ces êtres eux-mêmes. Et d’abord il les connaît physiologiquement. L’histoire de leur machine corporelle n’a pas de mystères pour lui. Sur la goutte de Birotteau, sur la névrose de M. de Mortsauf, sur la maladie de peau de Fraisier, sur les causes profondes de la possession de Rouget par Flore, sur la catalepsie de Louis Lambert, il est informé comme un médecin, et il est informé comme un confesseur sur le mécanisme spirituel à qui cette machine animale sert de support. Les plus menues faiblesses de conscience lui sont perceptibles. Depuis la portière Cibot jusqu’à la marquise d’Espard, aucune de ses femmes n’a une mauvaise pensée qu’il ne pénètre. Avec quel art, comparable à celui de Stendhal, de Laclos, et des analystes les plus subtils, il marque, dans les Secrets de la princesse de Cadignan, le passage de la comédie à la sincérité ! Il sait quand un sentiment est simple et quand il est compliqué, quand le cœur est dupe de l’esprit, et quand il l’est des sens. Avec cela, il entend parler ses personnages, il distingue leur voix, et nous la distinguons nous-mêmes dans le dialogue. Le grondement de Vautrin, le sifflement de la Gamard, la mélodie de madame de Mortsauf nous restent dans les oreilles. Car une telle intensité d’évocation est communicative comme un enthousiasme et comme une panique. Les témoignages abondent, qui nous prouvent que, chez Balzac, celte évocation s’accomplissait comme chez les mystiques, en l’affranchissant pour ainsi dire des lois ordinaires de la vie. Voici dans quels termes M. le docteur Fournier, le maire actuel de Tours, raconte les séances de travail du romancier, d’après les confidences d’un domestique du château de Saché : « Parfois il se renfermait dans sa chambre, et il y restait plusieurs jours. C’est alors que, plongé dans une sorte d’extase et armé d’une plume de corbeau, il écrivait nuit et jour, s’abstenant de nourriture et se contentant de décoctions de café qu’il préparait lui-même1. » Dans le début de Facino Cane, ce phénomène se trouve ainsi décrit : « Chez moi, l’observation était dès ma jeunesse devenue intuitive. Elle pénétrait l’âme sans négliger le corps, ou plutôt elle saisissait si bien les détails extérieurs qu’elle allait sur-le-champ au delà. Elle me donnait la faculté de vivre de la vie de l’individu sur lequel elle s’exerçait, en me permettant de me substituer à lui, comme le derviche des Mille et une nuits prenait l’âme et le corps des personnes sur lesquelles il prononçait certaines paroles... » Et il ajoute, après s’être décrit en train de suivre dans la rue un ouvrier et sa femme. « Je pouvais épouser leur vie, je me sentais leurs guenilles sur le dos, je marchais les pieds dans leurs souliers percés ; leurs désirs, leurs besoins, tout passait dans mon âme, ou mon âme passait dans la leur. C’était le rêve d’un homme éveillé. » Un jour qu’il regardait avec un de ses amis un loqueteux qui passait sur le boulevard, l’ami vit avec stupeur Balzac toucher de la main sa propre manche : il venait d’y sentir la déchirure qui baillait au coude du mendiant. Avais-je tort de rapprocher cette sorte d’imagination de celle que l’on observe chez les extatiques de l’ordre religieux ? Avec un don pareil, Balzac pouvait n’être, comme Edgar Poë, qu’un donneur de cauchemars. Il fut préservé du fantastique par un autre don qui semble contradictoire avec le premier. Ce visionnaire fut en effet un philosophe, c’est-à-dire un amateur et un manieur d’idées générales. La preuve en est dans sa biographie, qui nous le montre plongé, durant ses années de collège, à Vendôme, comme en une folie des lectures abstraites. Toute la bibliothèque de théologiens et de mystiques qui se trouvait dans la vieille maison d’oratoriens fut absorbée par l’enfant, au point qu’on dut le retirer de l’école, malade, le cerveau presque abêti par cet étrange opium. L’histoire de Louis Lambert est la monographie de sa propre intelligence. Durant sa jeunesse et dans les moments arrachés au métier, de quoi s’occupait-il ? D’idées générales encore. On le voit s’intéresser à la querelle de Geoffroy Saint-Hilaire et de Cuvier, s’inquiéter de l’hypothèse de l’unité de création, reprendre les mystiques encore, et, de fait, ses romans débordent de théories. Pas un de ses ouvrages, d’où l’on ne puisse extraire des pensées abstraites, par centaines. S’il décrit, comme dans le Curé de Tours, les infortunes d’un vieux prêtre célibataire, il en profite pour esquisser une théorie sur le développement de la sensibilité, et une théorie sur l’avenir de l’Église catholique. S’il décrit, comme dans la Maison Nucingen, une scène de souper entre des Parisiens blasés, il y introduit une philosophie du crédit, des rapports de la banque et des pouvoirs publics, — que sais-je ? Parlant de son Daniel d’Arthez, celui de ses héros, avec Albert Savarus et Raphaël, qui lui ressemble le plus, il écrit : « Daniel n’admettait pas le talent hors ligne sans de profondes connaissances métaphysiques. Il procédait en ce moment au dépouillement de toutes les richesses philosophiques des temps anciens et modernes pour se les assimiler. Il voulait, comme Molière, être un profond philosophe, avant de faire des comédies. » Certains lecteurs estiment même que la philosophie surabonde chez Balzac, que le trop-plein des hypothèses générales y déborde, et que ses romans foisonnent en digressions. Quoi qu’il en soit, il paraît indiscutable que ce fut là sa faculté maîtresse, la vertu et le vice de sa pensée. Voyons maintenant par quel détour singulier ce pouvoir de généralisation, le plus opposé, prétendrait-on, au pouvoir créateur, a augmenté en lui la faculté du visionnaire poétique.

Il importe de remarquer tout d’abord que ce pouvoir de visionnaire ne put guère s’exercer directement. Balzac n’a pas eu le temps de vivre. La liste de ses ouvrages, année par année, dressée par sa sœur, démontre que, depuis son entrée dans la renommée jusqu’à sa mort, il ne prit jamais le loisir de se reposer, de regarder autour de lui, d’étudier les hommes, ainsi que le firent Molière et Saint-Simon, par un contact quotidien et familier. Il coupait son existence en deux, écrivant la nuit, dormant le jour, n’ayant souvent pas une heure à donner aux visites, à la promenade, à l’amour. Il ne l’admettait, d’ailleurs, ce troublant amour, qu’à distance et par lettres, — « parce que cela forme le style » ! C’est en tout cas celui qu’il a le plus complaisamment pratiqué — exception soit faite pour les mystérieuses intrigues dont sa correspondance a laissé la trace. Tout jeune, ç’avait été le même système de travail forcé, en sorte que l’expérience de ce maître de la littérature exacte fut réduite à un minimum ; mais ce minimum lui suffit, précisément à cause du don philosophique qu’il possédait à un si haut degré. A ce faible nombre de données positives fournies par l’observation, il appliqua une analyse si intuitive, qu’il découvrit, derrière ces menus faits ramassés en médiocre quantité, les forces profondes, les génératrices, si l’on peut dire. Il a lui-même, et toujours à propos de Daniel d’Arthez, décrit d’un trait la méthode de ce travail analytique et généralisateur. Il l’appelle une « pénétration rétrospective ». Vraisemblablement, il s’emparait des données de l’expérience et les jetait comme dans un creuset de rêveries. Grâce à une alchimie assez analogue au procédé de Cuvier, le plus petit détail lui permettait de reconstituer tout un tempérament, et un individu toute une classe ; mais, dans ce travail de reconstitution, ce qui le guidait, c’était toujours et partout ce procédé habituel aux philosophes : la recherche et la vue des causes.

C’est grâce à cette recherche que ce songeur a défini presque tous les grands principes des modifications psychologiques propres à notre temps. Il a vu nettement, et tandis que la démocratie s’installait chez nous sur les ruines de l’ancien régime, les nouveautés de sentiments que les transferts des classes les unes dans les autres allaient produire. Il a compris toutes les complications de cœur et d’esprit de la femme moderne par une intuition des lois qui sont imposées à son développement. Il a deviné la transformation de l’existence des artistes consécutive à la métamorphose de la situation nationale, et, encore aujourd’hui, le tableau qu’il a tracé du journalisme dans les Illusions perdues demeure d’une vérité stricte. Il me semble que ce même pouvoir de vision des causes, qui a fait la richesse d’idées de son œuvre, en fait la magie. Tandis que les autres romanciers nous décrivent l’humanité par le dehors, il nous la montre, lui, à la fois par ce dehors et par le dedans. Les personnages qui jaillissent de son cerveau sont soutenus et portés par les mêmes vagues sociales qui nous soutiennent et nous portent. Les faits générateurs qui les ont créés sont ceux qui continuent à fonctionner autour de nous. Si beaucoup de jeunes gens se sont proposé comme modèle un Rastignac par exemple, c’est que les passions dont cet ambitieux pauvre est consumé sont celles que notre âge d’effrénées convoitises multiplie autour de la jeunesse déshéritée. Ajoutez à cela que Balzac ne s’est pas contenté de montrer les sources fécondes de l’âme moderne, mais qu’il les a montrées sous la lumière de la plus ardente imagination qui fût jamais. Par une rencontre bien rare, ce philosophe était aussi un homme pareil aux conteurs d’Orient, à qui la solitude, la surexcitation du travail nocturne avaient communiqué une brillante et continue hallucination. Il a su faire partager cette fièvre à ses lecteurs et les plonger dans une sorte de pays des Mille et Une Nuits où toutes les passions, tous les besoins de la réalité apparaissent, mais amplifiés jusqu’à la fantasmagorie, ainsi que dans les cauchemars du laudanum et du hachisch. Comment ne pas comprendre que, pour certains lecteurs, ce monde de Balzac ait été plus vivant que l’autre, et, par suite, ait modelé leur activité à sa ressemblance ? Il est possible qu’aujourd’hui ce phénomène devienne plus rare, et que Balzac, admiré autant, n’exerce plus la même influence fascinatrice. Gela tient à ce que les grandes causes sociales qu’il a définies ont presque achevé leur œuvre. D’autres forces modifient les générations nouvelles et les préparent à d’autres nuances de sensibilité. Il n’en reste pas moins acquis que, pour mieux pénétrer toute la portion centrale du dix-neuvième siècle français, il faut lire et relire la Comédie humaine ; et nous devons un remerciement à MM. Cerfberr et Christophe pour ce répertoire. Grâce à eux, nous marcherons plus aisément à travers les longues galeries peintes à fresque de ce palais énorme — et inachevé, puisqu’il y manque ces scènes de la vie militaire dont les titres font rêver : A marches forcées ; La Bataille d’Austerlitz ; Après Dresde.... Certes la Guerre et la Paix de Tolstoï est un admirable livre, mais comment ne pas regretter la peinture de la Grande Armée et de notre grand Empereur par Balzac, notre Napoléon littéraire ?

 

PAUL BOURGET.

A

Abramko, juif polonais d’une force herculéenne, entièrement dévoué au brocanteur Élie Magus, auquel il servait de concierge et dont il gardait, avec trois chiens féroces, la fille et les trésors, en 1844, dans un vieil hôtel situé chaussée des Minimes, près de la place Royale, à Paris : Abramko s’était laissé compromettre dans les événements de Pologne, et Magus l’avait sauvé par intérêt (Le Cousin Pons).

 

Adèle, grosse et bonne Briarde au service de Denis Rogron et de Sylvie, sa sœur, de 1824 à 1827, à Provins. — Elle se montrait, au contraire de ses maîtres, pleine de sympathie et de pitié pour leur jeune cousine Pierrette Lorrain (Pierrette).

 

Adèle, femme de chambre de madame du Val-Noble, au moment où celle-ci était brillamment entretenue par l’agent de change Jacques Falleix, qui fit faillite en 1829 (Splendeurs et Misères des courtisanes).

 

Adolphe, petit jeune homme blond, était commis chez Fritot, marchand de châles, à Paris, dans le quartier de la Bourse, sous le règne de Louis-Philippe (Gaudissart II).

 

Adolphus, chef de la maison de banque Adolphus et Cie, de Manheim, père de la baronne Wilhelmine d’Aldrigger (La Maison Nucingen).

 

Agathe (Sœur), religieuse du couvent de Chelles, réfugiée, sous la Terreur, avec la sœur Marthe et l’abbé de Marolles, dans une pauvre maison du faubourg Saint-Martin, à Paris. — Sœur Agathe était née Langeais (Un Episode sous la Terreur).

 

Aiglemont (Général, marquis Victor d’), héritier des marquis d’Aiglemont et neveu de la comtesse douairière de Listomère-Landon ; né en 1783. — Après avoir été l’amant de la maréchale de Carigliano, il épousa, à la fin de 1813 (c’était alors un des plus jeunes et des plus brillants colonels de la cavalerie française), mademoiselle Julie de Chatillonest, sa cousine, avec laquelle il habita successivement la Touraine, Paris et Versailles1. Il prit part aux luttes suprêmes de l’Empire ; mais la Restauration le délia de son serment à Napoléon, lui rendit ses titres, lui confia, dans les gardes du corps, un grade qui lui donna le rang de général et, plus tard, le créa pair de France. Peu à peu, il délaissa sa femme, qu’il trompa même avec madame de Sérizy. Le marquis d’Aiglemont avait eu, en 1817, une fille (V. Hèlène d’Aiglemont), qui était tout son portrait au physique et au moral ; ses trois derniers enfants vinrent au monde durant une liaison entre la marquise d’Aiglemont et le brillant diplomate Charles de Vandenesse. En 1827, le général fut atteint, ainsi que son pupille et cousin Godefroid de Beaudenord, par la banqueroute calculée du baron de Nucingen ; il perdit ainsi un million, placé dans les mines de Wortschin, spécula ensuite, en hypothéquant les biens de sa femme, et acheva de se ruiner. Il partit alors pour l’Amérique, d’où il revint, six ans plus tard, avec sa fortune refaite. Le marquis d’Aiglemont mourut, épuisé de fatigues, en 1835 (La Maison du chat qui pelote. — La Maison Nucingen. — La Femme de trente ans).

 

Aiglemont (Générale, marquise Julie d’), femme du précédent ; née en 1792. — Ce fut malgré les avis de son vieux père, M. de Chatillonest, qu’elle épousa, en 1813, le séduisant colonel Victor d’Aiglemont, son cousin. Désillusionnée promptement, atteinte d’ailleurs d’une « inflammation assez ordinairement mortelle, que les femmes se confient à l’oreille », elle tomba dans une mélancolie profonde. La mort de la comtesse de Listomère-Landon, sa tante par alliance, la priva de conseils et de soins précieux. Cependant elle devint mère et trouva, dans le sentiment de ses devoirs nouveaux, la force de résister à l’amour, partagé, qu’elle éprouvait pour un jeune et romanesque Anglais, lord Arthur Ormond Grenville, qui, ayant étudié la médecine, la soigna et la guérit de ses souffrances physiques, et mourut pour ne pas la compromettre. La marquise, le cœur brisé, se retira dans la solitude d un vieux château, situé au milieu d’un paysage triste et aride, entre Moret et Montereau ; elle s’y recueillit pendant un an environ, toute à sa douleur, sans accepter les consolations de la religion qui lui furent offertes par le vieux curé du village de Saint-Lange ; puis elle fit sa rentrée dans le monde, à Paris. Alors, âgée d’environ trente ans, elle se laissa toucher par la passion vraie du marquis de Vandenesse. Un enfant, appelé Charles, naquit de ces relations, mais périt bientôt dans des circonstances tragiques. Deux autres enfants, Moïna et Abel, naquirent également au cours de cette liaison ; ils devinrent les préférés de leur mère, au détriment des deux aînés, Hélène et Gustave, qui appartenaient réellement au marquis d’Aiglemont. Vers l’âge de cinquante ans, madame d’Aiglemont, restée veuve et n’ayant plus de ses cinq enfants que sa fille Moïna, la maria, en sacrifiant toute sa fortune, avec M. de Saint-Héreen, héritier d’une des plus illustres maisons de France. Elle vint alors habiter chez son gendre, dans un hôtel magnifique en bordure de l’esplanade des Invalides ; mais sa fille ne répondait guère à son affection : froissée des observations que madame d’Aiglemont lui adressait sur les assiduités compromettantes du fils du marquis de Vandenesse, Moïna alla, un jour, jusqu’à rappeler à sa mère le souvenir de ses coupables relations avec le père du jeune homme ; la pauvre femme, d’ailleurs très usée, sourde, souffrant d’une maladie de cœur, mourut de ce coup en 1844 (La Femme de trente ans).

 

Aiglemont (Hélène d’), fille aînée du marquis et de la marquise Victor d’Aiglemont ; née en 1817. Délaissée par sa mère, ainsi que son frère Gustave, pour Charles, Abel et Moïna, Hélène devint jalouse et défiante ; âgée de huit ans environ, dans un accès de haine farouche, elle poussa dans la Bièvre son frère Charles, qui s’y noya. Ce crime d’un enfant passa toujours pour un terrible accident. Devenue jeune fille, Hélène s’enfuit avec un mystérieux aventurier traqué par la justice et réfugié, pendant un moment, chez le marquis d’Aiglemont, à Versailles, une nuit de Noël. Son père, désespéré, la chercha en vain ; il ne la revit plus que sept ans après et une seule fois, lors de son retour d’Amérique en France : le navire sur lequel il revenait fut capturé par des corsaires, et le capitaine, qui était justement le ravisseur d’Hélène, le « Parisien », sauvegarda le marquis et sa fortune. Les deux amants avaient quatre beaux enfants et vivaient ensemble dans un bonheur parfait, partageant les mêmes dangers ; Hélène refusa de suivre son père. En 1835, quelques mois après la mort de son mari, madame d’Aiglemont, conduisant aux eaux des Pyrénées la jeune Moïna, fut priée de porter secours à une pauvre malade dans laquelle elle reconnut Hélène. Celle-ci venait d’échapper à un naufrage et n’en avait sauvé qu’un enfant : tous deux moururent presque aussitôt sous les yeux de madame d’Aiglemont (La Femme de trente ans).

 

Aiglemont (Gustave d’), second enfant du marquis et de la marquise Victor d’Aiglemont, né sous la Restauration. — Il apparaît, pour la première fois, tout enfant, en 1827 ou 1828, revenant, avec son père et sa sœur Hélène, de la représentation d’un noir mélodrame, à la Gaîté. Il avait fallu quitter précipitamment le spectacle qui agitait trop Hélène, en lui rappelant les circonstances de la mort de son frère Charles, arrivée deux ou trois ans auparavant. On retrouve Gustave d’Aiglemont, sous le costume de lycéen, lisant les Mille et une Nuits, dans le salon où la famille est réunie, à Versailles, le soir même de l’enlèvement d’Hélène. — Il mourut, encore jeune, emporté par le choléra, laissant une veuve et des enfants auxquels la marquise douairière d’Aiglemont ne témoignait que peu d’affection (La Femme de trente ans).

 

Aiglemont (Charles d’), troisième enfant du marquis et de la marquise d’Aiglemont, né à l’époque des relations de madame d’Aiglemont avec le marquis de Vandenesse. — Il n’apparaît qu’une seule fois, un matin de printemps, en 1824 ou 1825, à l’âge de quatre ans, dans une promenade sur le boulevard des Gobelins, avec sa sœur Hélène, sa mère et le marquis de Vandenesse. Hélène, dans un brusque accès de haine jalouse, poussa le petit Charles dans la Bièvre, où il fut noyé (La Femme de trente ans).

 

Aiglemont (Moïna d’), quatrième enfant et seconde fille du marquis et de la marquise Victor d’Aiglemont (La Femme de trente ans). — V. Comtesse de Saint-Héreen.

 

Aiglemont (Abel d’), cinquième et dernier enfant du marquis et de la marquise Victor d’Aiglemont, né pendant les relations de sa mère avec M. de Vandenesse. — Il fut, avec Moïna, le préféré de madame d’Aiglemont. Tué, en Afrique, devant Constantine (La Femme de trente ans).

 

Ajuda-Pinto (Marquis Miguel d’), Portugais ; appartenant à une très ancienne et très riche famille, dont la branche aînée était alliée aux Bragance et aux Grandlieu. — En 1819, il comptait parmi les plus illustres élégants de la vie parisienne. A cette même époque, il commença à délaisser Claire de Bourgogne, vicomtesse de Beauséant, avec laquelle il était lié depuis trois ans ; après l’avoir abusée sur ses véritables projets, il lui restitua ses lettres par l’entremise d’Eugène de Rastignac, et épousa mademoiselle Berthe de Rochefide (Le Père Goriot. — Splendeurs et Misères des courtisanes). Il était, en 1832, à une soirée chez madame d’Espard, où toutes les voix s’accordaient pour médire de la princesse de Cadignan, en présence de Daniel d’Arthez, alors violemment épris d’elle (Les Secrets de la princesse de Cadignan). Veuf, vers 1840, le marquis d’Ajuda-Pinto se remaria avec mademoiselle Joséphine de Grandlieu, troisième fille du dernier duc de ce nom. Peu de temps après, le marquis prit part au complot tramé par les amis de la duchesse de Grandlieu et de madame du Guénic pour arracher Calyste du Guénic des mains de la marquise de Rochefide (Béatrix).

 

Ajuda-Pinto (Marquise Berthe d’), née Rochefide. — Mariée, en 1820, au marquis Miguel d’Ajuda-Pinto, elle mourut, vers 1840 (Béatrix).

 

Ajuda-Pinto (Marquise Joséphine d’), l’une des filles du duc et de la duchesse Ferdinand de Grandlieu, seconde femme du marquis Miguel d’Ajuda-Pinto, son parent par alliance ; leur mariage eut lieu vers 1840 (Splendeurs et Misères des courtisanes).

 

Alain (Frédéric), né vers 1767. — Il avait été clerc dans l’étude de Bordin, procureur au Châtelet ; en 1798, il prêta cent écus en à Mongenod, son ami d’enfance ; cette somme ne lui ayant pas été rendue, M. Alain se trouva à peu près ruiné et dut prendre, au Mont-de-piété, une petite place qu’il cumula avec la tenue des livres chez le célèbre parfumeur César Birotteau. En 1816, Mongenod, devenu très riche, força M. Alain à accepter cent cinquante mille francs pour les cent écus prêtés : l’excellent homme consacra, alors, sa fortune inespérée à des œuvres de bienfaisance, de concert avec le juge Popinot ; puis, à partir de 1825, il devint l’un des auxiliaires les plus actifs de madame de la Chanterie et de son association de charité. C’est M. Alain qui fit affilier Godefroid aux frères de la Consolation (L’Envers de l’histoire contemporaine).

 

Albertine, femme de chambre de madame de Bargeton, entre les années 1821 et 1824 (Illusions perdues).

 

Albon (Marquis d’), conseiller à la Cour et député ministériel sous la Restauration ; né en 1777. — Au mois de septembre 1819, il chassait, sur la lisière de la forêt de l’Isle-Adam, avec son ami Philippe de Sucy, qui, tout d’un coup, tomba sans connaissance, à la vue d’une pauvre folle dans laquelle il reconnaissait son ancienne maîtresse, Stéphanie de Vandières. Le marquis d’Albon, avec l’aide de deux promeneurs, M. et madame de Granville, rappela M. de Sucy à la vie ; puis il se rendit, à sa prière, chez Stéphanie, où il apprit de l’oncle de cette malheureuse la triste histoire des amours de son ami et de madame de Vandières (Adieu).

 

Albrizzi (Comtesse) était, en 1820, à Venise, amie du célèbre mélomane Capraja (Massimilla Doni).

 

Alcindor. — « E. de B..., dit Alcindor », telle est la signature d’un rapport de police, adressé en 1840 à M. de Saint-Estève (Vautrin) sur le faux monnayeur Schirmer (La Famille Beauvisage).

 

Aldrigger (Jean-Baptiste, baron d’), Alsacien, né en 1764. — Banquier à Strasbourg en 1800, à l’apogée d’une fortune faite pendant la Révolution, il épousa, par ambition et par inclination, l’héritière des Adolphus, de Manheim, jeune fille adorée de toute une famille, dont elle recueillit naturellement tout l’avoir, et cela dans l’espace de dix ans. Aldrigger, « baronifié » par l’empereur, se passionna pour le grand homme qui l’avait titré, et se ruina, entre 1814 et 1815, pour avoir pris au sérieux « le soleil d’Austerlitz ». A l’époque de l’invasion, l’intègre Alsacien continua de payer à bureaux ouverts et se retira de la banque, méritant ce mot de Nucingen, son ancien premier commis : « Honnête, mais bête. » Le baron d’Aldrigger vint ensuite à Paris ; il lui restait encore un revenu de quarante-quatre mille francs, réduit à sa mort, en 1823, de plus de la moitié, par suite des dépenses et de l’insouciance de sa femme. Celle-ci resta veuve avec deux filles, Malvina et Isaure (La Maison Nucingen).

 

Aldrigger (Théodora-Marguerite-Wilhelmine, baronne d’), née Adolphus. — Fille du banquier Adolphus, de Manheim, très gâtée de son père et de sa mère, elle épousa, en 1800, le banquier strasbourgeois Aldrigger, qui la gâta également, comme le firent, plus tard, les deux filles qu’elle eut de son mari. C’était une femme superficielle, incapable, égoïste, coquette et jolie ; à quarante ans, elle avait conservé presque toute sa fraîcheur et pouvait encore être appelée « la petite bergère des Alpes ». Quand le baron mourut, en 1823, elle faillit le suivre, tant sa douleur fut violente ; le lendemain, à déjeuner, on lui servit des petits pois qu’elle aimait, et ces petits pois calmèrent sa crise. Elle habitait à Paris, rue Joubert, et y recevait, avant le mariage de sa fille cadette (La Maison Nucingen).

 

Aldrigger (Malvina d’), fille aînée du baron et de la baronne d’Aldrigger, née à Strasbourg, en 1801, au moment où l’on « ossianisait » tout. — Grande, mince, ardente, d’un éclat mat, elle représentait très bien la femme d’« Avez-vous vu dans Barcelone ». Intelligente, fière, tout âme, tout sentiment, tout expansion, elle s’éprit néanmoins de l’aride Ferdinand du Tillet, qui la rechercha un moment en mariage, mais s’éloigna ensuite, sachant la famille d’Aldrigger ruinée. L’avoué Desroches songea aussi à demander la main de Malvina et y renonça également. La jeune fille reçut les conseils d’Eugène de Rastignac, qui l’engageait expressément à se marier ; néanmoins, elle finit vieille fille, se desséchant de jour en jour, donnant des leçons de piano, vivant assez pauvrement avec sa mère dans un modeste appartement, au troisième étage, rue du Mont-Thabor (La Maison Nucingen).

 

Aldrigger (Isaure d’), seconde fille du baron et de la baronne d’Aldrigger, mariée à Godefroid de Beaudenord. Voir ce nom (La Maison Nucingen).

 

Aline, jeune Auvergnate, femme de chambre de madame Véronique Graslin, à laquelle elle s’attacha corps et âme. — Seule, peut-être, Aline fut admise dans la confidence entière des secrets terribles de la vie de madame Graslin (Le Curé de village).

 

Allegrain2 (Christophe-Gabriel), sculpteur français, né en 1710. — A Rome, en 1758, avec Lauterbourg et Vien, il aida son ami Sarrasine à enlever Zambinella, cantatrice alors célèbre : la prima donna était un castrat (Sarrasine).

 

Almada (Duc d’), chambellan de l’empereur du Brésil, en 1842 ; né en 1760. — Agé de quatre-vingt-deux ans, il s’éprit de Luigia, alors prima donna au théâtre de Rio-de-Janeiro. Marié, il voulait l’épouser quand il serait veuf : mais, quelque temps après la mort de sa femme, il tomba à la mer, au cours d’une promenade avec Luigia, fut sauvé par la cantatrice et l’adopta. Il ne tarda pas d’ailleurs à mourir, et Luigia hérita de son titre et de son immense fortune (La Famille Beauvisage).

 

Alphonse, ami de l’orphelin ruiné Charles Grandet (retiré momentanément à Saumur), s’acquitta fort bien, en 1819, d’une mission que lui confiait le jeune homme : il arrangea ses affaires à Paris et, avec le produit d’une petite vente, paya les dettes laissées par lui (Eugénie Grandet).

 

Al-Sartchild, nom d’une maison de banque allemande, où Gédéon Brunner fut obligé de déposer l’argent appartenant à son fils Frédéric, du chef maternel (Le Cousin Pons).

 

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