Réponse à M. Léon Riant, rapporteur de la commission parlementaire sur les marchés d'armes passés par le ministre de la Guerre depuis le 18 juillet 1870, par M. Chollet

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impr. de Kugelmann (Paris). 1871. In-4° , 56 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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REPONSE
M. LÉON RIANT
Rapporteur de la Commission parlementaire
SUR LES
MARCHÉS D'ARMES
Passés par le Ministre de la Guerre, depuis le 18 Juillet 1870
PAR
M. CHOLLET
PARIS
IMPRIMERIE DE GEORGES KUGELMANN
13, rue du Helder, 13
1871
REPONSE
M. LÉON RIANT
Rapporteure de la Commission parlementaire
SUR LES
MARCHES D'ARMES
Passés par le Ministre de la Guerre, depuis le 18 Juillet 1870
PAR
M. CHOLLET
PARIS
PRIMERIE DE GEORGES KUGELMANN
13, rue du Helder, 13
1871
Au rapport de M. Riant j'ai à opposer la vérité.
Ce qui. suit est le récit fidèle de mes relations avec l'Administration de la
Guerre pendant la campagne 1870-1871 ; on trouvera en appendice les pièces
justificatives de ce que j'avance.
Depuis l'année 1851, je n'ai jamais cesse d'être chargé par le service des Sub-
sistances de la Guerre et de la Marine de fournitures souvent considérables. En
août 1870, j'étais soumissionnaire de différents lots d'approvisionnements
alimentaires. Le 18 de ce mois j'appris, non sans étonnement, qu'on avait un
besoin urgent de fusils et de cartouches. J'écrivis aussitôt à mon agent de
Londres, que je savais en rapport avec les principales fabriques d'armes de
l'Angleterre, à l'occasion d'un contrat projeté avec la Hongrie; mon correspon-
dant me signala une existence de 20,000 fusils Snider que ses relations d'ami-
tié avec les détenteurs lui permettaient de tenir à ma disposition pendant huit
jours.
J'offris ces fusils à la Direction de l'Artillerie, au prix de 104 francs, rendus
en France. Ce prix était élevé; mais, d'une part, il y avait à courir la chance
d'une saisie comme contrebande de guerre, et d'autre part, les vendeurs
entendant être payés comptant, tandis que mes livraisons ne m'étaient soldées
qu'après réception effectuée en France, il y avait dans l'opération un côté
périlleux et aléatoire qui n'échappera à aucun négociant.
Le 23 août, l'Artillerie me faisait connaître que mes offres étaient acceptées,
mais que ces armes devaient être munies de 8 millions de cartouches au sujet
desquelles j'avais à formuler des propositions. Les cartouches étaient à peu
près introuvables, à moins de les payer des prix excessifs;, je proposai celui de
120 fr. le mille, comptant les tirer de Constantinople, où je savais qu'une
expédition venait d'être faite à un agent du Gouvernement Turc; au moyen de
l'affrètement d'un vapeur spécial, cette opération pouvait se terminer dans un
— 4 —
délai de douze jours. L'offre des cartouches fut également acceptée. Le con-
trat avec le Ministre de la Guerre fut signé le 26 août. (Voir pièce n° 1.)
Muni de mon contrat, j'espérais, comme je l'avais toujours fait en pareille
circonstance, obtenir de mes banquiers les avances nécessaires. J'avais
compté sans la panique financière du moment. L'engagement des fabricants
anglais expirant le 27 au soir, je me rendis dès le matin de ce jour à la
Direction de l'Artillerie, à laquelle je fis connaître que les armes arrêtées par
moi m'échappaient si le ministère ne consentait à me faire en cette cir-
constance, ainsi qu'il l'avait fait plusieurs fois pour d'autres fournitures, l'a-
vance du tiers de la valeur de mon contrat. La Direction de l'Artillerie me
renvoya à l'Intendant Général, directeur de l'Administration, auquel j'exposai
la situation en ajoutant que l'argent que je demandais était inutile s'il ne
m'était versé dans la journée même. L'Intendant prit les ordres du Ministre
qui autorisa l'ordonnancement immédiat d'un million. A cinq heures je pou-
vais faire ouvrir par la maison Rothschild un crédit télégraphique à mon
correspondant; à huit heures les fabricants d'armes avaient reçu le dépôt de
garantie exigé; le lendemain matin j'étais à Londres pour signer avec les
vendeurs le contrat d'acquisition. Le 11 saptembre, 4,500 fusils étaient livrés
à la direction d'artillerie du Havre par le navire Fannie, dont le capitaine avait
su échapper à l'embargo du vice-consul prussien de Southampton; le 17 sep-
tembre, 11,540 autres fusils arrivaient également au Havre par le navire
Argos, non moins entravé par les intrigues prussiennes, mais aussi heureux
que le précédent.
Ces armes provenaient, sans exception, des deux premières fabriques de
l'Angleterre, le Small arms Company de Londres, avec le concours des ate-
liers de MM. Barnett frères et le Small arms Company de Birmingham. Elles
étaient de première qualité et irréprochables en tous points. (Voir pièce n° 2.)
Quant aux 3,960 fusils complétant mon marché, ils n'étaient qu'en prépara-
tion. Le Ministre, auquel je demandai un délai pour ce complément, jugeant
sans doute que j'avais bien opéré en lui livrant dans l'espace de dix-neuf jours
les trois quarts du stock existant (il n'y avait en effet à ce moment sur le mar-
ché anglais que 22,000 armes disponibles) n'y fit pas d'opposition.
Pour les cartouches, une objection politique s'opposa à la réussite de la
négociation télégraphique que j'avais entamée à Constantinople. Mais étant
— 5 —
parvenu, grâce à l'intermédiaire et à l'influence du directeur de la. Small arma
Company, à faire rompre à mon profit des engagements qui liaient à une
puissance étrangère la fabrique la plus importante de Londres, je pus mettre
à la disposition du Ministre, qui l'accepta, une production régulière de
600,000 cartouches par semaine, à compter du 2 septembre. J'avais d'ail-
leurs pris mes précautions pour le cas où ces munitions ne pourraient
entrer à Paris avant son investissement, en expédiant à M. Chaudun de cette
ville le matériel nécessaire pour la confection de la cartouche Snider. Je payais
cette cartouche cent francs le mille, sans la poudre. (Voir mon contrat avec
ce fabricant pièce n° 3.)
En résumé, l'Administration de lu guerre ne s'est trouvée à découvert du
million qu'elle m'avait avancé que pendant moins de 15 jours; elle n'a pas eu
à regretter la faveur qu'elle m'avait faite, puisque les 16,040 fusils fournis par
moi sont à peu près les seuls qui lui aient été livrés avant le 18 septembre. (1 )
Je croyais mes rapports exceptionnels de fournitures d'armes avec le Minis-
tre de la Guerre, terminés après ce premier contrat, et rentrant dans ma spé-
cialité, je m'occupais de réunir les ressources alimentaires dont je prévoyais
qu'on allait avoir grand besoin. Pouvant disposer en Autriche et dans les
Principautés d'approvisionnements considérables en riz, haricots et céréales di-
verses, je m'étais empressé, dès la fin d'octobre, d'envoyer à Tours, muni
d'un laisser-passer dû à l'obligeance de M. Laurier, mon fondé de pouvoirs,
M. Gromort, chargé d'offrir au Gouvernement de la Défense Nationale ces élé-
ments de ravitaillement et de lui transmettre en même temps, comme moyen
d'exécution les propositions d'une maison de Londres, prête à escompter, à
des conditions honorables, pour une valeur de 50 millions de bons du Trésor.
Après des pourparlers suivis pendant plusieurs jours avec M. Du Moustier,
délégué au Ministère du Commerce, l'affaire alimentaire, pour des motifs que
j'ignore, n'aboutit pas. Mais mon représentant m'ayant signalé l'opportunité de
nouvelles offres en armes et munitions, je lui fis connaître, dans une série de
dépêches dont il est facile de se procurer les duplicatas à l'Administration des
(1) M. Riant fait ressortir que, pendant le délai de quinzaine prévn par le contrat, je
n'ai livré que 4,500 armes. Il n'eût été que juste d'ajouter que trois jours plus tatrd mes
livraisons atteignaient le chiffre de 16,040,
— 6—
télégraphes, ainsi qu'aux Archives de la, Chancellerie de l'ambassade de
France, par laquelle elles ont presque toujours été transmises, le détail des en-
gagements que pouvaient prendre les fabricants, ainsi que les délais dans les-
quels ils offraient de les exécuter. Mais j'interdis d'une manière absolue, à mon
fondé de pouvoirs, de conclure aucun traité sans qu'il fût accompagné du crédit
correspondant au montant intégral de la fourniture, ouvert chez un banquier
de Londres, pour être mis à ma disposition au fur et à mesure des livraisons.
Le manque d'argent disponible à Londres rendit cette mesure impraticable,
mais mon agent reçut de l'Administration des finances; des assurances verbales
si formelles que les versements afférents à mes contrats seraient régulièrement
opérés en temps voulu, qu'il me fit partager sa confiance. Je l'autorisai donc,
par ma dépêche dn 18 novembre (voir pièce n° 4), à ratifier en mon nom huit
contrats montant à la gomme de 8,278,500 fr. (voir ces huit contrats, piëces
nos 5 à 12), sous la réserve que deux millions me seraient versés à titre d'avance
et que des crédits correspondant à chaque marché seraient ouverts en temps
convenable pour assurer le payement de mes livraisons au fur et à mesure
qu'elles seraient effectuées. L'engagement du Ministre de la Guerre, à ce su-
jet, résulte de deux documents classés sous les nos 13 et 14. (Voir les pièces
justificatives.)
Tant de prudence et tant d'hésitations vis-à-vis du Gouvernement français
doivent paraître si étranges, qu'il n'est pas inutile de donner à ce sujet quel-
ques explications.
En même temps que je signais avec le Ministre de la Guerre des contrats
s'élevant à plus de huit millions de francs, je m'engageais vis-à vis des Fabri-
cants anglais dans des proportions correspondantes. Malgré l'avance de deux
millions qui m'était promise, je me trouvais donc à découvert de plus de six
millions. Quel était alors l'état delà France et de son crédit? Et croit-on qu'au
moment même où le 6 0/0 Français avait peine à se souscrire à 85 fr., il fût
possible de faire garantir, sans grands sacrifices, le payement à l'indus-
trie anglaise de commandes dont la livraison et la prise en charge par le Gou-
vernement français s'échelonnaient pendant une période de quatre mois? Qui
pouvait affirmer que les événements de la guerre permettraient toujours au
Ministre des finances de remplir des engagements à si longue échéance
ou qu'une révolution intérieure ne réduirait pas à néant les contrats du Gou-
vernement de la Défense nationale? (1) Il fallait, pour entraîner le concours des
capitalistes anglais, l'appât de grands bénéfices, et c'est là le motif des diffé-
rences dé prix qu'on signale entre mes fournitures et celles de la Commission
d'armement (2). :
La Commission d'armement opérait sans risques d'aucune nature avec les
fonds de l'Etat qu'elle avait en sa possession, avec le concours des agents de
l'Etat qui étaient mis à sa disposition ; j'agissais, moi, avec un personnel
nombreux, chèrement rétribué, avec des fonds dont le loyer était proportionné
aux risques, avec des frais généraux immenses. J'en ai subi les conséquences.
Que le Ministère de la Guerre eût eu plus d'avantages pécuniaires à faire exé-
cuter ses commandes par la Commission d'armement, c'est possible. S'il ne
l'a pas fait, c'est qu'il avait pour cela des motifs que je n'ai pas à rechercher.
Sa préoccupation la plus grande était d'avoir des armes ;j'en avais livré quand
d'autres n'y avaient pas réussi ; il a donné la préférence à celui qui avait
fait ses preuves, au connu sur l'inconnu. La suite a montré qu'il avait bien
préjugé, puisque tous mes contrats ont été exécutés.
J'ai dit l'origine de mes contrats et les circonstances sous l'influence des-
quelles ils ont été conclus. J'ai expliqué pourquoi je n'avais pu et voulu traiter
qu'à des prix relativement élevés; (3) il me reste à examiner la question au
(1) Je n'avais pas prévu tous les dangers. Le 20 mai dernier, me présentant à la
caisse de MM. Morgan et Ce, pour y toucher le prix d'une fourniture de 30,000 têtes mo-
biles, pour laquelle un crédit spécial venait de m'être ouvert par le Ministère de la
Guerre, j'en trouvais les guichets fermés par ordre de la Commission des Marchès. — A
l'heure qu'il est, en dépit des ordonnancements réitérés du Ministre, cette fourniture ne
m'est pas encore payée. — Si cette fantaisie de la commission des marchés s'était ma-
nifestée un mois plus tôt, alors qu'il s'agissait de millions, je faisais impitoyablement
faillite.
(2) Les prix de la Commission d'armement, cités par M. Riant, ne sont pas des prix
de revient. Il conviendrait d'y ajouter les frais généraux de toute nature supportés par
l'Etat, à l'occasion de cette institution. C'est un compte qu'il reste à faire à M. Riant,
et alors seulement la comparaison sera possible.
(3) Je n'ai pas à suivre M. Riant dans le calcul des bénéfices qu'il me suppose. Je
dois néanmoins protester contre les profits invraisemblables qui ressortent de ses
chiffres. Dans tous ses calculs d'appréciation, le rapporteur se trompe étrangement.
J'ai déjà relevé, dans ma réponse au journal LE FRANÇAIS, une inexactitude de
380,000 fr. sur le seul article, CARTOUCHES CHASSEPOT. J'en pourrais signaler de plus
considérables. Je renvoie le lecteur à mes rectifications du 24 septembre 1871. (Pièce
justificative n° 15.)
point de vue de là qualité de mes fournitures et de leur mode de livraison.
Mes contrats comprenaient ensemble 50,000 fusils Snider, 12,000,000 de
cartouches Snider, 12,000,000 de cartouches Remington et 12,000.000 de car-
touches Chassepot. Je néglige les fournitures accessoires de revolvers, cap-
sules, têtes mobiles, etc., qui présentent un intérêt moindre. J'ai préparé
d'ailleurs pour la Commission d'enquête un travail plus détaillé répondant
aux objections, article par article et chiffres par chiffres.
J'ai mentionné plus haut le nom des fabricants qui avaient exécuté les
20,000 armes du contrat du 26 août. Les 30,000 fusils faisant l'objet des con-
trats de novembre ont été fournis dans une période de quatre mois, en vertu
de marchés notariés passés savoir :
Avec MM. Bonehill et Ce, de Birmingham, pour 10,000
Wilson Deeley et Ce — 4,000
Riley et Ce — 3,000
Hollis et Ce . — 4, 500
Barnett et Ce de Londres, 6,000
Guilgud et Ce — 1,540
Divers - 960
Ensemble. 30,000
Tous les fabricants dont les noms sont ci-dessus relatés et qui ont fourni
ensemble 29,040 fusils sur 30,000, jouissent d'une telle réputation d'habileté
et d'honorabilité , qu'il devrait suffire de les citer pour faire justice des accu-
sations dirigées contre eux et contre moi. J'en appelle au jugement de l'opi-
nion publique en Angleterre. Quoi qu'il en soit, la réception de leurs armes a
été entourée des précautions suivantes : 1° Un officier de l'intendance anglaise,
le capitaine Sherman, appointé par moi, se rendait dans chaque fabrique et
soumettait chaque fusil à des épreuves d'où résultait après triage un premier
choix. Ce choix était au second degré proposé à l'examen des contrôleurs
français. Les armes seules acceptées par ces contrôleurs étaient admises en
recette et payées par moi. Une troisième épreuve les attendait en France par
les soins des Directions d'artillerie du Havre, de Cherbourg et de Bordeaux, qui
m'en adressaient des certificats de bien trouvé. Une seule fois des observations
m'ont été indirectement adressées par la Direction de Cherbourg, laquelle
— 9 —
ayant reçu de l'armée de l'Ouest des plaintes sur un lot de fusils Snider,
jugé insuffisant, m'en attribuait à tort la responsabilité. J'ai pris l'initiative
de donner à ce sujet au Ministre des éclaircissements établissant que ce lot ne
faisait pas partie de mes fournitures. (Voir pièce n° 16.)
Ces explications sont corroborées par l'affidavit sous serment des fabricants
non moins blessés que moi par le rapport de M. Riant; cet affidavit, d'où
il résulterait que les fusils rebutés par moi étaient rachetés par MM. Tay-
lor et Newman de Birmingham, figure aux pièces justificatives sous le nu-
méro 17. Or, MM. Taylor et Newman livraient au Small arms Company de
Birmingham une partie des fusils que cette association de fabricants s'était en-
gagée à livrer à M. Merton. Cette assertion résulte de la déclaration de M. Bo-
nehill, dont le lecteur trouvera la traduction aux pièces justificatives, n° 17 bis.
Quant aux 960 fusils achetés au commerce, en dehors des fabricants susnom-
més, la réception en a été entourée par moi, mes agents et les contrôleurs de
l'Etat, de soins tellement minutieux, que je puis affirmer qu'ils présentaient
des garanties de qualité aussi complètes que les fusils signés. Je donne
pour spécimen du soin qui présidait à cette vérification un procès-verbal du
contrôleur Boulanger, concluant au rejet de cinq caisses. (Voir pièce n° 18.)
J'y ajoute ma dépêche du 20 janvier au capitaine Sherman qui se plai-
gnait que les contrôleurs du Gouvernement fussent tellement difficultueux
(so particular), qu'il devenait impossible de réunir en temps voulu les quan-
tités d'armes exigées par les contrats. (Pièce n° 19.)
Les commandes de cartouches ont été exécutées savoir :
1° Les douze millions de cartouches-Snider Boxer par la maison Eley Bro-
thers de Londres, dont la réputation est tellement au-dessus de toute atteinte,
qu'elle n'est même pas, selon M. Riant, contestée par le Comité Merton. Il n'a
jamais été trouvé, dans les cartouches Snider de la maison Eley, un seul raté.
Cette affirmation n'étonnera aucun juge compétent.
2° Les douze millions de cartouches Remington, pour dix millions par
MM. Kinoch et Cie de Birmingham, et deux millions par MM. Eley Brothers.
La fabrique Kynoch jouit également de la considération de la Commission
d'armement; néanmoins, j'avais stipulé dans mes contrats avec ce fournisseur
qu'un inspecteur désigné par moi résiderait dans l'usine pendant toute la
durée de la fabrication pour en suivre les opérations. Les cartouches n'étaient
— 10 —
soumises à l'inspection des contrôleurs de l'Etat qu'après avoir été préalable-
ment approuvées par mon agent. Elles n'étaient payées à M. Kynoch qu'après
la formalité de prise en charge par un contrôleur de l'Etat. Les débuts de la
fabrication Kynoch ayant donné lieu à des observations de la part de l'inspec-
teur Boulanger, j'adressai à mon agent les instructions rigoureuses contenues
dans ma dépêche du 11 novembre. (Voir pièce n° 20.)
Je dois faire remarquer à ce sujet, que je n'avais aucun intérêt à chercher à
faire accepter des marchandises d'une qualité contestable, puisque ces mar-
chandises n'étaient payées aux fabricants que si elles étaient bonnes, et qu'ils
les remplaçaient si elles étaient insuffisantes. Le même raisonnement ne serait
pas applicable s'il s'agissait d'un stock existant au lieu de produits à fabriquer
sur commande. Mais tel n'était pas le cas. En résumé, la surveillance exercée
sur cette fabrication nouvelle pour MM. Kynoch et Cie, a porté ses fruits; je
puis prouver, par les carnets de réception journalière tenus par mon
agent, que la proportion des ratés sur les cartouches Remington, n'a pas dé-
passé un et demi pour cent. Au surplus, il reste une assez grande quantité de
ces cartouches dans les magasins de l'Etat, et il est facile de se convaincre que
je dis la vérité.
3° Les douze millions de cartouches Chassepot ont été exécutés savoir :
Par la maison Kynoch et. Cie, 11,500,000
» " Peter Pritchard, .... 500,000
Total, 12,000,000
Sur les 11,500,000. cartouches fournies par la maison Kynoch, elle a livré
la quantité de 8,000,000 pleines et entièrement terminées, et celle de 3,500,000
à l'état de douilles vides avec la balle.
Ces 3,500,000 ont été remplies de poudre comme suit :
Par la maison Peter Pritchard 1,500,000
» » Dyer, 500,000
Par diverses maisons, 1,500,000
Somme égale, 3,500,000
J'ai déjà dit, plus haut quel soin minutieux présidait à la confection et à la
réception des cartouches formant l'objet de mes marchés. Je ne pourrais ici
que répéter mes premières affirmations. Je crois plus utile de laisser la parole
fabricants eux-mêmes, et je donne aux pièces justificatives la traduc-
tion de leurs dépositions sous serment, faites au Consulat de France. Ces
pièces sont désignées sous les numéros 21, 21 bis, 22 à 26. J'y ajoute en
ce qui concerne un lot de cartouches remplies par des Français réfugiés, une
lettre d'explications, adressée par moi en temps et lieu au capitaine Boudreau,
attaché à la commission d'armement à Londres. (Voir pièce n° 27.)
Ces pièces, depuis le n° 21 jusqu'au n° 27, servent également à la justifica-
tion du paragraphe qui va suivre :
J'arrive au grief du retard dans les livraisons :
Qu'on prenne mes contrats depuis le premier jusqu'au dernier, sauf celui rela-
tif aux capsules, qui a été interrompu par de terribles explosions de fulminate,
tous ont été intégralement exécutés dans le délai final, et plusieurs avant.
Pour les fusils, du 14 décembre au 27 janvier, il y a, il est vrai, déficit dans
les livraisons hebdomadaires ; mais à partir du 4 février, les retards se nivel-
lent et les livraisons sont en avance. En résumé, j'avais livré le 3 mars 50,000
fusils et me trouvais en avance de douze jours sur le délai final échéant au
15. mars.
Il en est de même pour les livraisons de cartouches. J'accorde qu'au début
les livraisons hebdomadaires n'étaient pas toujours complètes, mais on a vu
par les affidavit qu'aucun fabricant n'a dépassé le délai final du 15 avril..
Les motifs du retard dans les livraisons partielles sont de diverses natures :
1° Ces fabrications extraordinaires ne pouvaient s'obtenir par les moyens
existant en Angleterre. Des ateliers nouveaux, surtout en ce qui concerne la
fabrication des cartouches Chassepot et Remington, ont dû être construits et
outillés; il est facile de comprendre que leur marche n:a pu être régularisée
dès le début.
2° Les produits fabriqués attendaient souvent le contrôle des agents de l'Etat,
tiraillés en tous sens par les fournisseurs pressés par l'échéance de leurs délais. Je
n'ai cessé de protester contre l'insuffisance du personnel des contrôleurs. Je
donne, sous le numéro 28, des extraits de lettres et dépêches qui le démontrent.
3° Les expéditions étaient, la plupart du temps, entravées par l'encombre-
ment où la mauvaise volonté des chemins de fer et des bateaux à vapeur,
les tracasseries de la police anglaise, et souvent par des difficultés politiques
— 12 —
4° Le Ministère des Finances, malgré son bon vouloir, entraînait mes re-
tards par les siens, en ne faisant pas à temps les versements d'argent conve-
nus. J'appelle particulièrement l'attention du lecteur sur la correspondance
échangée à ce sujet, entre les Ministres de la Guerre et des Finances et ma mai-
son. (Voir pièces 29 à 33.) Je ne crains pas d'affirmer, que, malgré ces entra-
ves, être arrivé à ne pas dépasser le délai final est un tour de force, et qu'il
fallait plus que l'appât du gain pour l'accomplir.
L'objection faite par M. Riant que les livraisons ont été précipitées pen-
dant l'armistice, n'est que spécieuse. Pour le Gouvernement de la Défense Na-
tionale, l'armistice n'était pas le préliminaire de la paix. Loin de là. Jamais
l'excitation à des livraisons rapides n'a été aussi marquée que pendant cette
période. Que M. Riant se fasse communiquer les instructions Ministérielles
de cette époque.
Je me suis expliqué sur l'origine de mes marchés, les conditions dans les-
quelles ils ont été passés, la qualité des armes et des munitions, le mode de
livraison. Je n'ai pas tout dit. Il me reste à répondre aux attaques par insi-
nuation.
M. Riant semble s'étonner que le Ministre de la Guerre ait donné des con-
trats d'armes à un marchand de légumes. Je n'ai pas la sottise de m'offenser
de l'appellation; je ne veux que faire remarquer que le commerce des armes
étant depuis de longues années interdit en France, il était difficile de confier
ces achats à un homme qui en eût la spécialité. La remarque est d'autant plus
étrange dans la bouche du défenseur du Comité d'armement que ce Comité
avait lui-même confié ces fonctions à M. Merton, qui n'est certainement pas
plus compétent dans la matière.
Ce qui importe, c'est, qu'on sache que je n'étais pas sans titres à la confiance
de l'Administration de la Guerre.
J'ai passé dix-huit ans de ma vie à créer et à développer une industrie qui,
si elle n'a été profitable ni à moi ni à ma Compagnie, a eu au moins pour effet
de faire vivre des milliers d'ouvriers, d'ouvrir à l'agriculture des débouchés
inconnus, et surtout de nourrir nos soldats pendant les moments les plus cri-
tiques de leurs campagnes. Les rapports de vingt Commissions Militaires et
— 13 —
Maritimes en font foi. La grande médaille d'honneur qui m'a été donnée par-
le jury de l'Exposition universelle de 1855 semble un indice que ma carrière
industrielle n'a pas non plus été stérile.
Si ces précédents ne me créaient pas de droits à des contrats d'armes, on
conviendra qu'ils n'impliquaient pas de motifs d'exclusion; ainsi en a jugé
l'Administration de la Guerre en me confiant les avances qu'elle aurait sans
doute refusées à d'autres. Malheureusement pour moi, le favoritisme des
bureaux n'a pas été sans lacunes; car, en même temps que je signais avec l'Ar-
tillerie ces contrats tant critiqués, le service des Subsistances, bien injustement
à mon sens, me laissait pour compte une cargaison de salaisons sur laquelle
j'ai éprouvé de grandes pertes.
Que M. Riant ne cherche pas aux préférences dont il lui semble que j'ai été
l'objet d'autres motifs que ce qui précède. Il y perdrait son temps; il n'y a pas
là de ténébreuse affaire. S'il avait, comme moi, été pendant de longues années
en contact avec les bureaux de la Guerre et de la Marine, il saurait mieux ce
qu'ils valent et avec quelle vaillance ils défendent les intérêts de l'Etat.
Ceci m'amène à parler du contrôleur Boulanger si souvent mis en scène
par le rapporteur :
Je ne connais pas d'homme plus estimable que M. le Contrôleur Boulanger
et je crois que le fait seul qu'on lui reproche suffirait pour en donner
la preuve. Envoyé à Londres pour concourir à la réception de mes fourni-
tures, il devait y trouver les fonds nécessaires pour assurer son existence.
Malheureusement, on avait omis de lui ouvrir un crédit à l'ambassade. Tou-
ché de sa situation, l'Attaché chargé , de cette branche de service me de-
manda de consentir à laisser puiser à mes propres crédits pour subvenir pro-
visoirement aux besoins de M. Boulanger. Mais l'opération était irrégulière,
et M. Morgan n'eut pas payé de chèques de Cette nature. Je fis connaître à
l'ambassade que je prenais sur moi d'avancer à ce contrôleur les fonds qui lui
seraient nécessaires. Ces prêts s'élevèrent en deux mois à la somme de qua-
rante livres sterling environ. Le jour, jepourrais dire l'heure, où le crédit tant
réclamé fut ouvert, M, Boulanger m'apporta mes quarante livres, dont je lui don-
nai un reçu qu'il mit et garda soigneusement dans son portefeuille. C'est sur
cette pièce, saisie par M. Riant, que fut basée l'accusation qui faillit mener M.
Boulanger devant un conseil de guerre. Il serait utile qu'on vérifiât si la date de
— 14 —
mon reçu donné à M. Boulanger ne coïncide pas exactement avec celle du
paiement à lui fait par le banquier Morgan.
On pourrait consulter à ce sujet le rapport fait par M. le Chef d'escadron de
Montdésir envoyé à Londres par le Ministère de la Guerre; pour faire: une en-
quête parallèle à celle de M. Riant. Il ne paraît pas que ce travail, qui aurait
pu éclairer bien des points restés obscurs, ait été consulté par là Commission
de la Chambre, car il n'y est fait allusion nulle part.
Je croyais, au surplus, la religion de M. Riant édifiée à ce sujet, sur lequel
je lui avais donné en Angleterre, dans l'intérêt de M. Boulanger, toutes les ex-
plications que je reproduis ici. En effet, M. Riant; introduit par un tiers, m'a-
vait fait à Londres deux où trois visites sous prétexte de renseignements qu'il
réclamait de mon obligeance et que je lui donnai avec un grand empressement.
Tout en fumant mes cigares, nous causions de mille choses dans lesquelles les
affaires tenaient la moindre place. Du moment que nos conversations étaient
destinées au Journal officiel, il faut que je lui sache gré de n'en avoir repro-
duit que si peu de chose. En revanche, il reconnaîtra que je ne publié rien
des anecdotes fort piquantes qu'il m'a racontées sur certain personnages
marquants de cette époque.
Je me résume : Je ne me suis pas mi sur les marchés, que je n'ai exécutés,
pour la plupart, qu'en tremblant et à travers des risques qu'il ne m'a pas été
donné d'éviter tous.
Mes contrats, n'ont pas été exécutés partiellement, comme le dit le rapport,
mais en totalité.
Mes, prix ont été presque toujours inférieurs à ceux des autres contrac-
tants,
La qualité de, mes fournitures a été irréprochable,
La livraison s'en est faite dans, le délai final qui m'avait été fixé.
La réception en a été opérée dans les formes voulues.
Qu'a-t-on à me reprocher ?
Je dirai, moi, ce que j'ai à reprocher à cette oeuvre passionnée aussi
ardente à m'attaquer qu'elle l'est à défendre le Comité d'armement et dont on
a fait voter l'impression à la Chambre, sans lui en avoir même donné lecture!
A mon tour, je me plains que, par un procédé qui n'a de précédent sous
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aucun régime, on m'ait traduit à la barre de l'opinion publique du monde en-
tier sans m'avoir entendu. (Je compte pour rien l'audition qui m'a été accor-
dée à la suite de ma lettre du 30 août 1871 (voir pièces justificatives n° 32),
à M. le duc d'Audiffret-Pasquier, attendu qu'à cette époque le rapport était
déjà imprimé et qu'on m'en a refusé la communication, sans laquelle la réfu-
tation m'en était impossible.)
Je me plains que le rapporteur envoyé à Londres et qui avait fait élection de
domicile dans les bureaux du Comité Merton, qu'il savait en antagonisme avec
le Ministère de la Guerre, n'ait puisé ses renseignements qu'à cette source
intéressée, et n'ait pas su apprécier que les agents de la Commission d'arme-
ment à Londres ne pouvaient être les juges de ceux du Ministère de la
Guerre. De sorte que la Commission législative des marchés a été abusée par
les déclarations d'un rapporteur trompé lui-même.
Je me plains que, lorsque la Commission d'Enquêté, commençant à recon-
naître qu'on l'avait entraînée trop loin, faisait introduire dans le rapport la
correction d'erreurs constatées, et précéder son travail d'un préambule atténua-
tif, on ait laissé les journaux publier la rédaction première, sans les prévenir
qu'ils imprimaient une pièce fausse. D'où il résulte que, lorsque le véritable
document a paru huit jours après dans l'Officiel, l'opinion publique était faite.
Je me plains enfin que sous un régime républicain qui a la prétention d'in-
augurer une ère de justice et de respect du droit, on ait, sans autre forme de
procès, sacrifié l'honneur d'un homme à des satisfactions dont je me sens
impuissant à découvrir le mobile.
Je conclus : Ou M. Riant a dit vrai, et alors je suis un coupable; ou le rap-
porteur s'est trompé et je porte injustement le poids d'une publicité écra-
sante. Il faut que la lumière se fasse. Je l'attends d'une Enquête contradic-
toire et publique comme on la comprend et on la pratique dans les pays libres.
Je la demande à la justice de la Chambre. — Elle ne me la refusera pas.
M. CHOLLET.
5, rue Taitbout.
NOTA. — Au moment de mettre sous presse, j'ai eu connaissance du livre de M. le
comte de Palikao dont certains passages viennent corroborer ma défense. J'en publie
quelques extraits à la suite des pièces justificatives,
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Pièce N° 1.
Traité avec M. Chollet, négociant, pour fourniture de fusils Snider.
Je soussigné Chollet, négociant, demeurant à Paris, rue Taitbout 5, m'en-
gage à céder au Gouvernement français, aux prix suivants, payables en mon-
naie d'or :
20,000 fusils Snider, avec baïonnettes ou sabres baïon-
nettes, à 104 fr. l'un, soit 2,080,000 fr.
8,000,000 de cartouches à 120 fr. le mille, soit 960,000
3,040,000
Ces armes, approvisionnées à 400 cartouches par arme, seront rendues
dans le délai de quinze jours dans le port français qui me sera ultérieurement
désigné; elles seront examinées et soumises à une épreuve consistant dans le
tir de dix cartouches par arme.
Dans le cas ou lesdites armes ne seraient pas livrées dans le délai ci-dessus
fixé, le présent traité sera résilié de plein droit, sans que les parties contrac-
tantes puissent exiger d'indemnité.
La livraison de ces armes sera constatée par un procès-verbal de réception
portant prise en charge d'un comptable de l'artillerie.
Le paiement aura lieu à Paris, sur ordonnances directes du Ministre de la
Guerre.
Les frais de timbre et d'enregistrement d'une expédition du présent traité
seront à la charge de M. Chollet.
Paris, le 26 août 1870.
Signé : CHOLLET.
Le Ministre, secrétaire d'Etat de la Guerre.
Pour le Ministre et par son ordre,
Le Général de division, Directeur,
Signé : SUZANNE.
DE LA GUERRE
— 18 —
Enregistré à Paris, bureau des actes administratifs, le 25 août 1870, F. 11. R. Ce 2.
Reçu deux francs et trente centimes, pour décime et demi.
Signé: ROQUET.
Pour copie conforme :
Le Général de division, Directeur.
Signé : SUZANNE.
En constatant qu'un à-compte de 1,000,000 de francs a déjà été versé à M.
Chollet, à Paris, (ordonnance n° 183 du 27 août. 1870) et que 4,500 fusils sont
actuellement livrés, sur les 20,000 soumissionnés, le Ministre consent à ce
que les 15,500 fusils et les 8,000,000 de cartouches restant à fournir soient
examinés et reçus en Angleterre par le délégué français, à charge de paiement
de 2,040,000 francs, par l'intermédiaire de M. le Chargé d'affaires à Londres.
Le Ministre de la Guerre.
Pour le Ministre et par son ordre,
Le Général de division, Directeur.
Signé : SUZANNE.
Pièce N° 2.
TRADUIT DE L'ANGLAIS
11 octobre 1871.
Victoria Park Mill, Old-ford London E.
A M. Max. Chollet, à Londres.
Cher Monsieur,
En réponse à votre désir que je vous relate les termes et conditions aux-
quels je vous ai vendu, pour ma Compagnie, le 29 août et le 2 septembre
1870, une grande quantité de fusils Snider rayés, se chargeant par la culasse,
je déclare que les conditions stipulées par moi furent que vous déposeriez le
tiers de la valeur en signant nos accords, et que cette somme serait perdue
pour vous si vous ne vous exécutiez pas à l'heure dite.
Vous avez trouvé ces conditions très dures ; mais nous avions beaucoup
d'autres personnes désireuses d'acheter des armes, outre vous-même, et il
était nécessaire de faire un engagement de la façon la plus stricte, car nous
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aurions pu vendre ces fusils ailleurs immédiatement si vous ne vous étiez pas
engagé à les prendre vous-même.
Ainsi que la suite nous l'a prouvé, nous aurions pu obtenir un meilleur prix
pour ces armes. Nos fusils sont d'une qualité supérieure et avaient été faits
en vue d'une inspection très rigoureuse pour un gouvernement étranger, qui,
ultérieurement, n'en a pas eu l'emploi.
A cette époque, je ne vous connaissais pas personnellement, mais j'étais lié
avec votre agent à Londres, M. Dlosy, et j'ai été très heureux que nos fusils
aient été vendus par son intervention, car il avait déjà pris beaucoup de peine
pour nous dans une transaction analogue, deux années ayant environ.
Tous les documents se référant à la vente de ces fusils sont en ma posses-
sion et vous pouvez vous y référer si vous le croyez nécessaire;
Signé: ED.-P. BOND,
Directeur du Small arms Company.
Pièce N° 3.
Entre MM. Chollet, négociant, et Chaudun, armurier à Paris, a été convenu
ce qui suit :
M. Chaudun s'engage à livrer à M. Chollet la quantité de 500,000 cartou-
ches, qu'il livrera à l'administration de la guerre à raison de 20,000 par jour,
à compter du 10 courant.
Prix cent francs le mille sans la poudre.
Paris, 9 septembre 1870.
Signé : A. CHAUDUN ET DERIVIÈRE.
M. CHOLLET.
Pièce N° 4.
DÉPÈCHE TÉLÉGRAPHIQUE
Londres, 18 novembre.
Chollet à Gromort, Tours.
Il faut signer, mais prenez grandes précautions pour cinq décembre et
échéances suivantes, car je prends responsabilité d'engagements énormes, et
il suffirait d'une inexactitude involontaire pour compromettre ma situation.
Signé : CHOLLET.
— 20 —
Pièce N° 5.
Je soussigné Maxime Chollet, négociant, demeurant à Londres, 2, Ingram
court, Fenchurch street, m'engage, par extension de mon contrat en date du
26 août 1870, à céder au Gouvernement français aux prix suivants, payables à
Londres, contre certificats de réceptiou des délégués français à Londres :
10,000 fusils Snider avec baïonnettes ou Sabres-baïon-
nettes à 120 francs l'un, soit 1,200,000 fr.
4,000,000 de cartouches Snider à 120 francs le mille, soit 480,000
Ces armes seront livrées à Cherbourg, ou dans le cas de force majeure,
dans un autre port français. Elles seront examinées et soumises à Londres à
une épreuve consistant dans le tir de 10 cartouches par arme.
Les cartouches seront livrées dans le même port que les fusils, chaque se-
maine, par lots de 600,000 à partir de la réception du solde du premier con-
contrat du 26 août 1870.
Dans le cas où lesdites armes ne seraient pas livrées dans le délai ci-dessus
fixé, le présent traité serait résilié de plein droit, sans que les parties contrac-
tantes puissent exiger d'indemnité. L'Etat se réservant le droit de continuer à
recevoir au même prix les cartouches Snider Boxer après l'expiration du pré-
sent contrat, à raison de 100,000 par jour et ce jusqu'à ce que je reçoive ordre
du Ministère, dix jours à l'avance, de discontinuer mes livraisons, un ordre
de continuer sera délivré quinze jours avant le délai fixé pour la dernière li-
vraison.
Les livraisons de ces armes et munitions seront constatées à Londres par
un certificat de réception portant prise en charge d'un, délégué du Ministère
de la Guerre.
Les frais de timbre et d'enregistrement de deux expéditions du présent
traité seront à la charge de M. Maxime Chollet.
Tours, 12 novembre 1870.
P Pon de M. Chollet,
Signé: G. GROMORT.
Le Ministre de la Guerre.
Pour le Ministre et par son ordre,
Le Délégué : Signé, C. DE FREYCINET.
Enregistré à Tours, le 13 novembre 1870, F. 38, R. C. 1 Reçu deux francs, decime
trente centimes.
LECLAINCHE.
MINISTERE
DE LA GUERRE
— 21 —
Pièce N° 6.
Entre M. Chollet, négociant, demeurant 2, Ingram Court, Fenchurch street,
à Londres, et le Ministre de la Guerre, est intervenue la convention sui-
vante
M. Chollet s'engage à livrer au Gouvernement français 20,000 fusils Snider,
avec baïonnette ou sabre-baïonnette, en plus des 10,000 fusils qu'il est tenu
de lui livrer par son traité du 12 novembre dernier,
Il est entendu que les conditions de réception, de livraison et de paiement
stipulés audit traité, s'appliquent aux armes qui font l'objet de celui-ci.
M. Chollet sera tenu de livrer pour l'exécution du traité du 12 novembre et de
la présente convention :
Du 1er au 15 décembre, 2,000 armes.
Du 15 au 31 — 3,000 —
Et à partir du 1er janvier, 2,500 — par semaine.
La fourniture totale sera ainsi terminée au 15 mars, délai de rigueur.
Les frais de timbre et d'enregistrement d'une expédition du présent contrat
seront à la charge de M. Chollet.
Tours, le 19 novembre 1870.
P Pon de M. Chollet,
Signé : G. GROMORT.
Le Ministre de la Guerre.
Pour le Ministre et par son ordre,
Le Délégué : Signé, C. DE FREYCINET.
Enregistré à Tours, le 19 novembre 1870, F° 49, R. C. 6. Reçu deux francs, décimes
trente centimes.
LECLAINCHE.
MINISTERE
DE LA GUERRE
Pièce N° 7.
Traité avec M. Max Chollet, négociant, pour la fourniture de pièces de
rechange et nécessaires d'armes, pour fusils Sniders.
Je soussigné, Max. Chollet, négociant, demeurant à Londres, 2, Ingram
Court, Fenchurch street, m'engage à céder au Gouvernement français, au
MINISTERE
DE LA GUERRE
— 22 —
prix suivants, payable à Londres en monnaie anglaise, au change de 25 francs
par livre sterling, par M. le Chargé d'affaires de France à Londres contre
cetificat du Délégué français.
40,003 jeux de pièces de rechange pour fusils Snider, à 1 franc l'un,
soit 40,000 francs.
40,000 nécessaires d'armes pour fusils Snider, à 2 fr. 50 c. l'un,
soit 100,000 francs.
Chaque jeu de rechange se composant de :
1 percuteur,
1 ressort de percuteur,
1 ressort de l'extracteur,
1 visse bouchon de ressort de percuteur.
En chaque nécessaire comprenant :
2 tourne-vis,
1 tourne-écrou,
1 huilier avec aiguille vissée.
Ces pièces seront livrées à Cherbourg, franco de port et d'emballage. Les
envois seront faits de Londres sur Cherbourg, chaque semaine, à raison de
2,500 jeux de rechange et de 2,500 nécessaires environ et par caisse conte-
nant 1,033 jeux de rechange et 1,000 nécessaires.
Les livraisons auront lieu à partir du 15 novembre courant et la réception
des pièces sera faite à Londres, par le Contrôleur délégué à cet teffe par le
Gouvernement français.
Chaque livraison sera constatée par un procès-verbal de réception portant
prise eu charge par le susdit contrôleur d'armes.
La dernière livraison devra être effectuée pour le 15 mars 1871.
Dans le cas où lesdites pièces de rechange et nécessaires d'armes ne seraient
pas livrées dans les conditions spécifiées précédemment, le présent traité
serait résilié de plein droit, sans que les parties contractantes puissent exiger
d'indemnité.
Los frais de timbre et d'enregistré meut de deux exemplaires du présent
contrat seront à la charge de M. Max. Chollet.
Tours, le 12 novembre 1870.
P Pon de M. Chollet,
Signé : G. GROMORT.
Le Ministre de la Guerre,
Pour le Ministre et par son ordre,
Le Délégué : Signé, C. DE FREYCINET.
Enregistré à Tours, le 12 novembre 1870, F° 38, R. C, 2. Reçu deux francs, décimes,
trente centimes.
LECLAINCHE.

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