Réponse aux "Suites d'une destitution"

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Impr. d'A. Belin (Paris). 1824. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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RÉPONSE
AUX
SUITES
D'UNE DESTITUTION.
Possédant son âme dans la patience et l'égalité, régissant
toutes ses passions par le frein de la tempérance
humble dans la prospérité, constant dans la disgrâce
insensible aux injures, inébranlable dans ses devoirs,
tel est le chrétien , tel est le ROYALISTE.
PETIT CARÊME.
PARIS,
IMPRIMERIE DE A. BELIN,
rue des Mathurins St.-Jacques , n°. 14.
JUILLET 1824.
RÉPONSE
AUX
SUITES
D'UNE DESTITUTION.
UN Ministre a été disgracié; de grands souvenirs
se rattachent à son nom : c'est l'écrivain qui traça
les pages éloquentes du Génie du Christianisme;
c'est le poëte qui chanta les douleurs de l'Église
persécutée ; c'est le savant publiciste qui fit l'ou-
vrage immortel de la Monarchie selon la Charte :
il est disgracié, et chacun s'est demandé, avec
étonnement, quomodo cecidit homo potens? On
s'aborde, on se rassemble, on cherche à deviner
le mystère qui enveloppe cette retraite précipitée;
on va plus loin, l'imagination s'échauffe, on re-
passe les titres que le Ministre avait à la faveur,
les services qu'il a rendus à la France; on cite ses
ouvrages : la capitale la plus civilisée du monde
s'efforce, par des égards et une politesse qu'elle
connaît parfaitement, d'adoucir l'amertume de
cette disgrâce inattendue. Les journaux se di-
( 4 )
visent, une partie se coalise avec force contre le
Ministère; il semble que tout soit perdu, qu'il
n'y a plus d'institution, de garantie, de force
morale, de vie politique au milieu de nous.
Pourquoi? parce que le seul homme qui repré-
sentait, dit-on, la force morale de la société n'est
plus au Ministère.
Une indignation outrée respire dans des co-
lonnes de journaux dont on aimait la modération,
dont on chérissait les principes. Les provinces
éloignées du théâtre de ces agitations politiques,,
étrangères aux intrigues de salon, se demandent
avec inquiétude : qu'est-il donc arrivé? Les plus
sinistres prédictions nous sont annoncées; la Mo-
narchie est-elle menacée? On nous dit que les
Ministres travaillent contre les intérêts de la
nation ; que ces intérêts sont méconnus, parce
que le seul homme qui en était le digne soutien
est renvoyé. Eh quoi ! est-ce que la force du gou-
vernement n'avait pour appui que monsieur le
Ministre des affaire étrangères? est-ce que per-
sonne en France ne se sent assez de génie pour
occuper ce poste éminent? En sommes-nous ré-
duits à une pareille pénurie d'hommes d'État?
Mais une fois que l'exaltation des sentimens
est parvenue à son dernier degré, une fois que le
coeur a épanché de toutes manières les mouve-
mens de sa douleur, de l'indignation qu'il se
croyait en droit de manifester, on redevient plus
(5)
calme; l'esprit ne peut rester dans une agitation
pénible; on sent le besoin de la modération, de
laquelle on voudrait peut-être n'avoir pas dépassé
les bornes. Le prestige de l'illusion s'évanouit;
la vérité à son tour demande à parler, on la re-
cherche, on l'écoute; et, tout en rendant hom-
mage aux vertus et aux talens d'un grand person-
nage disgracié, on examine le fait, on voit si tout
est dans un état aussi désespérant qu'on voudrait
le faire entendre, on raisonne enfin; et quand le
Français raisonne avec calme, sans esprit de
parti, il ne tarde pas à manifester sa véritable
opinion, qu'une impression passagère avait com-
primée.
Le feu ne s'entretient qu'autant qu'on l'ali-
mente. Déjà les animosités se calmaient, les dis-
cussions devenaient moins vives, l'espoir d'un
rapprochement flattait les royalistes, lorsqu'une
brochure, intitulée Suites d'une Destitution, et
préconisée récemment avec affectation dans plu-
sieurs journaux, semble vouloir ranimer cette
languissante querelle politique. L'auteur semble
s'être dit :
Je sais me garantir de cette erreur commune,
De trahir mes amis trahis par la fortune.
Ce sentiment est louable, il part d'un coeur
généreux; mais, quelque louable qu'il soit, il ne
doit pas faire oublier tellement les principes,
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qu'on soit conduit à donner une solution affirma-
tive à des questions telles que celles-ci :
La retraite d'un seul est-elle le danger de tous?
La force de la société est-elle dans les hommes ou
dans les doctrines ?
La première question ne se décide que par
la seconde, ou plutôt elle la renferme. On ne
peut sérieusement soutenir, en thèse générale,
que la retraite d'un seul soit le danger de tous.
Cette retraite d'un seul ne pourrait être pré-
judiciable qu'autant qu'il soutiendrait seul le
poids du gouvernement; que tout ne se ferait
que par lui; qu'il serait le mobile de toutes les
affaires, l'homme sine quâ non y qu'il tiendrait
tous les fils de la haute administration, fils qui
viendraient se réunir à lui, centre commun;
et dont la main habile saurait les lier les uns aux
autres, de manière que l'équilibre parfait fût
conservé, et que cet équilibre ne serait dû qu'à
sa sagacité. Ajoutons encore que la perte d'un
homme aussi précieux serait irréparable dans une
société naissante, privée de toute espèce d'insti-
tutions , de toutes traditions ; qui n'aurait aucun
appui pour se gouverner sagement; qui serait
ainsi exposée à des troubles intérieurs, à des vo-
lontés ambitieuses ; qui n'aurait aucune force mo-
rale, puisée dans la législation, pour défendre,
permettre, commander, ou punir. Que si dans
une pareille société il se rencontrait un homme
( 7 )
d'un génie supérieur qui, après avoir étudié le
caractère de la nation, devinât quelles lois lui
sont nécessaires, et que, revêtu du commande-
ment suprême, dans l'attente d'une législation
appropriée à ses moeurs, à ses besoins, il gou-
vernât les esprits d'après la direction qui leur
conviendrait; que par son autorité, sa sagesse,
ses lumières, il maintînt la tranquillité; si tout
à coup cet homme était dépouillé de ses fonctions,
on dirait à cette nation : Vous vous privez de votre
appui : la retraite d'un seul est le danger de tous;
car la force de la société est dans les hommes,
quand elle n'a pas de doctrines.
Un autre exemple se présente. Mais si les fu-
reurs révolutionnaires ont bouleversé toutes les
institutions d'une société; si elles sont remplacées
par l'épée; si tout à couple despotisme qui sem-
blait avoir pris fixité est renversé par la force de
laquelle il s'était servi pour s'élever au milieu
du trouble, du désordre, de la fermentation des
partis, que fera-t-on? Ne faut-il pas alors placer
à la tête des affaires des hommes dont le nom
puisse en imposer? N'est-ce pas le cas de dire que
la force de cette nation sera dans les hommes et
non dans les doctrines? Il n'est pas douteux que,
dans un pareil état de choses, il faudra des
hommes énergiques pour maintenir le calme ;
mais ils ne pourront parvenir à un but satisfai-
sant, si à une nation fatiguée d'avoir courbé la
(8)
tête sous la plus affreuse des servitudes, d'avoir,
vu la liberté ne lui présenter qu'une palme en-
sanglantée, vous ne lui offrez encore pour ga-
rantie que des hommes qui servent les doctrines,
et non pas des doctrines qui servent les hommes.
Au reste , cette nation aura eu des doctrines, des
institutions quelconques, plus ou moins appro-
priées à son caractère; qu'on choisisse celles qui
pourront momentanément lui convenir : elle dé-
sire qu'une sage liberté soit son partage, et elle
recevra, avec reconnaissance, le pacte social que
vous lui présenterez, basé sur sa position actuelle,
et sur ses intérêts. Mais jamais vous ne calmerez
ses craintes, si elle voit que sa tranquillité et
ses libertés n'auront d'autre soutien que la pré-
pondérance des hommes qui passeront et repas-
seront, apportant chacun des systèmes d'admi-
nistration divers., souvent contradictoires. Ces
idées acquièrent une nouvelle force par l'expé-
rience qui les a consacrées. Le Monarque éclairé
qui nous gouverne était tellement convaincu qu'une
nation qui avait été ébranlée par des secousses
violentes, qui en cherchant la liberté n'avait
trouvé que la licence, et plus tard le despotisme,
avait besoin d'un point d'appui, d'une garantie
puissante, qu'il signala son retour, présage du
bonheur, par le don d'une Charte, modèle de sa-
gesse, que les Français reçurent avec enthou-
siasme, parce que leur avenir était fixé; que
(9)
l'oeuvre immortelle de la sagesse royale renfer-
mait des doctrines immuables, réelles, et répon-
dant aux intérêts de la société; qu'ainsi la mo-
narchie s'identifiant avec la nation, la nation
puisa sa force dans la monarchie, la monarchie
dans la nation, en formant des liens indisso-
lubles.
Si donc, en 1814? ce grand principe a été pro-
clamé, que c'était dans les institutions que la
France devait trouver sa garantie; en 1824, les
institutions données sont-elles devenues tellement
impuissantes qu'il faille recourir aux hommes qui
servent les doctrines, et que le renvoi d'un seul
ministre soit capable d'ébranler non-seulement
la société, mais le royalisme lui-même?
Il suffit de jeter un coup d'oeil rapide sur le
passé et sur le présent pour juger de la fausseté
de ces propositions.
La France était neuve dans le guvernement
représentatif. Elle en avait essayé jadis; elle fut
conduite au règne de la terreur. Le passé ne
pouvait donc offrir des exemples à suivre, mais
seulement des fautes à éviter. Les traditions
manquaient, on marchait sur un terrain inconnu.
L'Angleterre en présentait un modèle mûri, per-
fectionné ; mais ce modèle ne pouvait être suivi
dans toutes ses parties. Si les troubles des élections
viennent échouer contre les forces du gouverne-
ment britannique, en France ce n'était qu'un

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