Réponse d'un paysan lettré au prince Jérôme Napoléon : lettre adressée en mai à M. Jules Favre...

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chez tous les libraires. 1871. France -- 1870-1940 (3e République). 12 p. ; in-24.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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RÉPONSE
oeWNJ»AYSAN LETTRE
AU PRINCE
tWÊm NAPOLÉON
LETTRE ADRESSÉE EN MAI
A M. JULES FAVRE
ET RÉÉDITÉE POUR LES BESOINS DÉ LA CAUSE
Prix : 10 centimes.
EN VENTE CHEZ TOUS LES L1RRAIRES.
REPONSE
D'UN PAYSAN LETTRÉ
AU PRINCE
JÉRÔME NAPOLÉON
*
MONSIEUR,
Excusez-moi d'abord si je He vous donne pas le
nom d'Altesse ; mais il m'a toujours répugné d'em-
ployer des mots dont la signification m'échappait ;
et d'ailleurs, comme votre propre mérite ne vous a
pas, que je sache, élevé au-dessus du niveau com-
mun, je m'adresse à vous comme je m'adresserais
à-un simple mortel, ce qui me semble déjà beaucoup
d'honneur vous faire.
Si je ne suis pas un paysan vulgaire, je n'en la-
boure pas moins mon coin de terre depuis tantôt
quarante ans, vivant au milieu des campagnards,
connaissant inlimement leurs idées et sachant mieux
que personne avec quel dédain profond ils consi-
dèrent aujourd'hui votre honorable famille, dédain
qui se doublé de la haine d'avoir été, pendant vingt
ans, dupes de votre nom, de vos promesses, et, di-
sons le mot, souvent complices de vos crimes. Si
j'exprime tout celajin peu mieux qu'ils ne le pour-
raient faire, c'est que je suis allé à l'école et que j'ai
su profiter des leçons d'un vieux magister, qu'un
des préfets de votre cousin avait relégué chez nous
parce qu'il avait trop de mérite," peut-être aussi trop
de liberté dans ses appréciations sur les hommes
qui gouvernent.
Grâce à lui, Monsieur, j'.arappris bien des choses,
et je savais à peine écrire d'une façon lisible que
j'avais horreur de votre nom, car la France avait
déjà saigné deux fois sous le sabre de l'étranger, et
.ses blessures n'étaient pas encore fermées. Dans ce
temps-là, on ne soupçonnait pas qu'il y avait quel-
que part sur la terre un futur Napoléon III qui devait
pour la troisième fois livrer la France aux souillures
de l'envahisseur, et la livrer honteusement, aussi
honteusement que la mère qui vend sa fille au pre-
mier homme qu'elle rencontre. Il était écrit, sans
doute, que tous ces opprobres ne devaient pas sor-
tir de ia famille. Libre â vous de les considérer
comme des titres de gloire. Passons. J'ai pris la
plume pour vous dire de dures vérités, mais d'un
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autre genre, car malgré les nombreuses attestations
à l'aide desquelles on tente défaire croire à votre
courage, le jour est fait là-dessus, et l'on sait per-
tinemment que les fatigues de la guerre sont au-
dessus de votre énergie.
Et d'abord, je vous poserai une simple question.
En rééditant, vous et les vôtres, cette plate lettre à
Jules Favre, qui passa même inaperçue, comme elle
le méritait d'ailleurs, peu de jours après la convul-
sion terrible qui signala la chute de la Commune,
en rééditant ce factum, quel est votre but? Pour
tous, il est aussi clair qu'infâme : pervertir, comme
vous l'avez toujours su faire, l'opinion publique, et
laissant de côté les villes qui n'ont jamais voulu de
vous, vous adresser de nouveau aux paysans, et
leur dire : Voilà ce qu'a fait la République du h sep-
tembre : la paix honteuse, l'incendie de Paris et la
ruine de la France. v
Avec un peu plus de bonne foi? vous auriez dû
ajouter : si bien commencée par nous.
Ce n'est point pour prendre la défense de J. Favre
et des siens, que je m'efforce de vous répondre du
mieux que je le puis. Il y a longtemps que mon opi-'
nion personnelle est faite à son égard : un orgueil
immense, un grand talent et un faible caractère ;
talent mal encadré, comme vous le voyez, et qui de-

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