Réponse de M. le chevalier Desuttes,... à un écrit intitulé : "Lyon en 1817, par Mr le colonel Fabrier,..."

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Rusand (Lyon). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8°.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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RÉPONSE
DE
M. LE CHEVALIER DESUTTES ,
PRÉVÔT DU DEPARTEMENT DU RHONE.
RÉPONSE
DE
M. LE CHEVALIER DESUTTES,
PREVOT DU DEPARTEMENT DU RHONE
A un Ecrit intitulé ,
LYON EN 1817,
Par M.r le Colonel Fabvier,
Ayant fait les fonctions de Chef de l'Etat-
Major du Lieutenant du Roi dans
les 7e et 19e Division Militaires.
Judica me, Deùs, et discerne causam
meam de gente non sanctâ: abhomine
iniquo et doloso erue me. Ps. XLII.
LYON,
RUSAND , IMPRIMEUR DU ROI.
1 8 1 8.
RÉPONSE
DE M. LE CHEVALIER DESUTTES,
PRÉVOT
DU DEPARTEMENT DU RHONE
A L'ÉCRIT DE M. LE COLONEL FABVIER?
INTITULÉ;
LYON EN 1817.
ab homine iniquo et doloso erue me.
J'AI lu avec indignation la Brochure du
colonel Fabvier ; je n'ai pas vu sans douleur
qu'elle ait été réimprimée à Lyon, colportée, dis-
tribuée gratuitement , et par milliers d'exem-
plaires , dans les campagnes. Des voix plus im-
posantes que la mienne se sont fait entendre
pour flétrir ce pamphlet audacieux , arrêter;
le progrès du mal, éclairer l'opinion publique.
J'aurais donc pu garder le silence ; je parlerai
néanmoins à mon tour. Les lecteurs qui me
Connaissent, me croiront sur parole; les gens
de bien, qui ne me connaissent pas, ajouteront
foi à mes récits , parce que je ne dirai rien sur
les faits , qui ne soit prouve par des pièces au-
thentiques. Quant aux auteurs, aux complices,
A
( 8 )
aux fauteurs de conspirations, ce n'est pas pour
eux que j'écris.
Ecoutons le colonel Fabvier. Selon lui, la
conspiration du 8 juin n'est qu'une fable odieuse.
Quelques paysans, à la vérité , s'agitèrent dans
leurs villages sans chefs et sans but déter-
miné (1); mais par qui étaient-ils mis en
mouvement ? Par les autorités civiles et mili-
taires de Lyon. Ce sont elles , le seul Lieute-
nant de police excepté, qui, au moyen de vils
agens disséminés de toutes parts , soulevaient
ainsi les campagnes, trompaient et égaraient
de malheureux villageois ; armaient des Fran-
çais les uns contre les autres , et contre leur
Roi légitime. Maîtresses du mouvement" qu'elles;
avaient créé, elles le dirigeaient à leur gré;
elles en rompirent, quand il fut tems, tous
les fils qu'elles tenaient dans leurs mains ; elles
présentèrent ensuite les désordres , qui étaient
leur ouvrage, comme le résultat d'une conspi-
ration aussi vaste dans son plan, que grave
dans son objet et atroce par ses moyens (2).
Une foule de manoeuvres, s'il faut en croire
le colonel Fabvier , furent employées pour
essayer de tromper le Gouvernement et la
(1) Page 6 du Libelle,
(2) Page 5.
( 3 )
France sur l'intensité du mal que ton préten-
dait avoir arrêté , sur la gravité des dangers
dont on se vantait d'avoir sauvé le royau-
me (1) : on pensa que, pour prouver la
gravité du crime , il fallait employer la gravité
des peines ; on convint, en conséquence, de
faire juger avec la plus grande rigueur les
paysans qu'on avait égarés, en abusant de
leur ignorance et de leur misère (2). La
Cour prévôtale , selon lui, ne servit que trop
bien cette odieuse combinaison (3) : com-
plice de coupables et sacrilèges autorités ,
on la vit accabler des malheureux dans le.
sanctuaire même où l'indépendance et les
lumières des Magistrats semblaient leur pro-
mettre protection et justice (4) ; on la
vit, pour accréditer une chimère odieuse,
mettre dans la balance le poids de ses arrêts
sanguinaires ( 5 ) ; arrêts ne ressemblant que
trop souvent à ces jugemens en masse, qui,
nous rappellent une si terrible époque, et
dans lesquels le seul point important était
qu'ils continssent le nom des victimes (6).
Ainsi, selon le colonel Fabvier, la conspira-
tion du 8 juin n'a point de réalité. Ce ne fut
qu'un calcul perfide, une atroce combinaison
sans danger pour les spéculateurs (7), une
(1) Page 21. (2) Page 22. (3) Page 22. (4) Page -21,
(5) Page 4. (6) Page 25. (7) Page 17.
A 2
(4)
horrible tragédie qui a terrifié et ensanglanté
une contrée entière ( 1 )/ un drame épouvan-
table dont la France a été un instant la dupe,
et le département du Rhône la déplorable vic-
time (2).
Telle fut, au dire du colonel Fabvier, la
nature des événemens du 8 juin telles sont
les couleurs sous lesquelles il les, présente.
Il faut le dire, jamais attaque contre des
autorités légitimes ne fût plus directe et plus
audacieuse ; jamais accusation aussi atroce ne
fut déférée à l'opinion publique.
A quelle époque M. Fabvier fait-il remonter
la; découverte qu'il s'avise si tardivement de
publier ? A l'entendre, le Gouvernement eut de
très-bonne heure des doutes sur l'importance ,
la réalité et les causes du mouvement ; et ces
doutes s'augmentèrent à l'arrivée des documens
officiels envoyés par le Lieutenant de po-
lice (3). Voyons si cette assertion téméraire,
s'accorde avec les faits. Les insurgés d'Anse,
Quincieux, Ambérieux et Trévoux furent jugés
le 28 juillet; deux des conjurés, Tavernïer et,
Nesmes, furent: condamnés à la peine de mort,
(1) Page 4.
(2) Page 28.
(3) Page 6.
( 5)
et recommandés a la clémence royale. Le Roi,
dans sa profondé sagesse, voulut se montrer
miséricordieux et sévère tout à la fois : il com-
mua la peine de Nesmes en une détention per-
pétuelle; il laissa s'accomplir le .sort de Ta-
vernier. Maintenant, je le demande, lorsque
le Souverain se prononçait ainsi, lorsqu'il en-
vironnait d'une auguste et solennelle sanction
les décisions de la Cour prévôtale , restait-il
dans sa royale pensée quelque doute, quelque
incertitude sur la réalité de la conspiration, sur
le: crime des condamnés ? Oser le soutenir, ne
serait-ce pas le plus détestable , le plue saciv
lége des outrages?
Ce n'est pas tout. M. le maréchal duc de Ra-
guse arriva à Lyon le 3 septembre ; alors ; nous.
dit-on, l'es nombreuses procédures de la Cour
prévôtale furent déroulées et examinées avec
soin ; tous ceux qui pouvaient donner des ren-
seignemens utiles furent interrogés, et M. le
maréchal ne tarda pas à se mettre au courant de
ce qui se passait encore, à apprendre ce qui
s'était fait avant son arrivée (1). C'est donc, au ;
mois de septembre que tout a été vu, examiné,
apprécié ; que tous les doutes se sont dissipés;
que la vérité enfin s'est montrée environnée
d'une affreuse lumière. Que devait faire M. le
(1) Page 8.
A 3
( 6 )
maréchal dans cet état de choses , lui qui con-
naissait si bien alors la nature des événemens
dont la France avait été un instant la dupe ?
Devait-il se borner à destituer quelques maires ,
à renvoyer quelques officiers ? devait-il, ajou-
tant le scandale de l'avenir au scandale du
passé, provoquer le jugement des prévenus de
Lyon que la hache menaçait encore (7) /
Non sans doute. D'autres devoirs étaient im-
posés au mandataire du Monarque. Il fallait,
écartant toute considération , n'entendre que
le cri de l'éternelle justice; il fallait briser sur-
le-champ les horribles liens des victimes en-
core détenues ; il fallait proclamer hautement
le plus atroce des forfaits, donner un grand
exemple à la'France , appeler la vengeance des
lois sur les fonctionnaires prévaricateurs qui,
se jouant du repos et du sang des peuples , s'é-
taient rendus coupables de l'abus le plus mons-
trueux de l'autorité. C'est là ce qui devait
être fait ; mais ce n'est pas ce qui l'a été. J'en
conclus, ou que M. le maréchal est devenu lui-
même complice de la plus scandaleuse des for-
faitures , ou que son panégyriste s'est rendu
coupable de la plus épouvantable calomnie.
On n'attendra pas de moi que j'entreprenne
ici la défense des fonctionnaires que le colonel
(1) Page 35.
(7)
Fabvier a si indignement outragés. Ce -que je
puis attester, c'est que je connais parfaitement
leur loyauté, leur zèle pour le bien public ,
leur dévouement pour la cause du Roi. J'ai ap-
plaudi , avec tous les gens de bien , aux nobles
sentimens qui les caractérisent ; j'y applaudis
encore aujourd'hui, et j'ose me flatter qu'ils
ne dédaigneront pas le témoignage d'un homme
qui a vieilli dans la carrière de l'honneur et de
la fidélité; je m'abstiendrai de parler des faits
auxquels ils ont pris part dans la découverte
du complot du 8 juin ; ils les ont exposés
eux-mêmes dans les écrits qu'ils,ont publiés:
mais il est une classe d'événemens qui sont à
ma connaissance personnelle ; les uns me sont
connus, parce qu'ils se sont passés sous mes
yeux ; je connois les autres, parce qu'ils sont
consignés dans des pièces authentiques; j'ai
cru qu'il m'importait d'en opposer le tableau
aux dégoûtans mensonges , aux perfides accu-
sations du colonel Fabvier , et j'ai l'orgueil de
croire que je n'aurai pas entrepris cette tâche
inutilement»
On se rappelé que la conspiration: de
Rosset, éclata à Lyon dans le courant de jan-
vier 1816, et qu'elle fut suivie, quelques mois
après, de la tentative de Didier, à Grenoble.
Ces deux complots furent étouffés dès leur
naissance ; mais l'esprit de révolte ne mourut
A 4
( 8 )
pas avec Didier, et ne fut pas exilé avec Rosset;
On eut lieu de soupçonner à Lyon, des le
mois d'octobre 1816, que de nouvelles ma-
noeuvres étaient pratiquées contre la sûreté
publique; pendant tout l'hyver de 1817, des
signes avant-coureurs des troubles , se mani-
festèrent ; le mois de mars sur-tout fut un tems
d'agitation très-marqué'; dès le mois de mai,
les bruits les plus sinistres se répandirent et
s'accréditèrent. Les autorités étaient instruites
que l'on conspirait ; mais elles n'avaient pu
obtenir assez de lumières pour prévenir la
conspiration. C'est ainsi qu'avant le 20 mars
13816; il était prouvé que les partisans de l'usur-
pateur s'agitaient ; on le savoit , peu de per-
sonnes en doutaient ; mais on ne connoissait
ni les causes ni la nature de l'agitation : on
ne prit aucune mesure, et Bonaparte arriva.
Telle était exactement notre position au
jnôis de mai 1817. Les fonctionnaires civils
et militaires avaient de vives inquiétudes ; un
seul d'entre eux affectait une sécurité par-
faite , et blâmait toutes les précautions : c'était
le Lieutenant de police. Il partit pour Paris
dans les premiers jours de juin, au milieu de
l'agitation de nos contrées ; il ne revint de
la capitale qu'après les événemens dont il avait
ignoré ou dissimulé la prochaine explosion ;
et il faut le dire , il fut alors généralement
(9)
accusé d'incapacité ou de mauvaise foi. Depuis,
fidèle à son plan , il s'est fait des échos , des
partisans , et il conspire avec eux contre la
conspiration. Ce pyrrhonisme, s'il n'attaquait
personne , ne serait que ridicule ; mais pour
l'accréditer, on va jusqu'à flétrir des fonction-
naires publics, des tribunaux établis par le
Roi; on. ose accuser d'un crime odieux des
hommes irréprochables , les livrer au mépris ,
à la haine, à l'exécration publique ; une
telle entreprise , sans exemple peut - être,
ne saurait réussir. L'attaque a ici pour fauteurs
tous les esprits inquiets, à qui il faut du mou-
vement, des agitations, des catastrophes : la
défense n'a pour elle que les amis de l'ordre,
de la paix, de la monarchie légitime; la vé-
rité peut rester : opprimée , mais elle est im-
périssable , on ne la détruira pas ; et je le
dis avec confiance, il est impossible que tôt ou
tard elle ne brille pas d'une éclatante lumière.
J'ai dit quelle était notre position dans le
courant du mois de mai. Le 6 juin, dans la
matinée , M. le Préfet du Rhône nie transmit
des rapports de M. le sous-Préfet de Ville-
franche, qui l'instruisaient que le premier du
même mois , il s'était formé un rassemblement
d'hommes armés dans les prairies de la Sé-
randière , commune de Quinciéux. Un quart-
d'heure après je reçus de M. le Procureur-
( 10)
général, des procès-verbaux , dressés par M.
le Procureur du Roi de Trévoux ; constatant
l'arrestation de, quelques - uns des , individus
qui avaient fait partie du rassemblement. De
ce nombre était Falençot, signalé déjà comme
chef; il avait été arrêté le 3 à Quincieux ,
chez ses parens , auprès desquels il avait
cherché un asile. Des avis aussi positifs m'im-
posaient le devoir de. me transporter sur les
lieux pour informer. Je partis le même jour 6,
accompagné de M. le Procureur du Roi ,de M.
l'Assesseur , et du Greffier. .
Etabli dans la petite ville d'Anse, j!èntendis
des témoins dans les journées du 6 et du 7
J'ordonnai quelques arrestations ; je ne liais
encore à aucune tentative ultérieure le ras-
semblement armé du 1er juin, je le regardais
comme un fait isolé et indépendant 5 mais je
ne tardai pas à revenir, de mon erreur. Le di-
manche 8, à 10 heures du matin, je reçus
d'un officier des chasseurs des Pyrénées,, une
lettre qui me fut apportée en toute hâte : il
m'apprenait qu'un mouvement était prêt à écla-
ter dans la commune de Civrieux; il me priait
de lui envoyer de la force armée au château de
madame la marquise de Saron. Je n'avais à ma
disposition qu'une faible troupe ; j'envoyai, à
Civrieux le brigadier de la gendarmerie d'Anse.,
4 chasseurs des Pyrénées, fi soldats et mi capa-
( 11 )
rai. Quelques heures après, je vis arriver auprès
de moile garde-champêtre de Charnay. Arrêté et
désarmé au milieu du tumulte de sa commune ,
il était parvenu à s'échapper ; et son premier
mouvement avait été d'accourir pour m'instruire
de ce qui se passait ; il me montra son chapeau
coupé d'un coup de sabre; il m'apprit qu'une
bande de révoltés s'était montrée ouvertement,
qu'elle s'était saisie du Maire , et que le dé-
sordre était à son comble ; il ajouta qu'à peine
sorti du village il avait entendu le tocsin, et
qu'il lui avait semblé que ce signal de la ré-
bellion était répété par d'autres communes.
Je donnai avis sur-le-champ à M. le lieutenant-
général Canuel, et à M. le sous-Préfet de Ville-
frahehe, de ce que je venais d'apprendre. Plus
tard, sur les six heures du soir, M. le marquis
de Chaponay , maire de Morancey, se rendit
auprès de moi ; il venait me demander du
secours contre un rassemblement qui menaçait
son château. De tels documens, reçus le même
jour, coup' sur coup , ne me laissèrent plus de
doute sur la nature et l'étendue de la rébellion.
Je donnai avis aux mêmes autorités, dont je
viens de parler , de ce que réapprenait M. le
marquis de Chaponay; je pris,, pour assurer la
tranquillité à Anse, toutes les mesures qui
étaient eh mon pouvoir ; je plaçai au clocher
dix hommes choisis dans la garde nationale;
et je passai la "nuit sur'pied 'avec la. troupe
-disponible, en attendant les événemens.
02)
Le lendemain 9, le brigadier que j'avais en-
voyé à Civrieux, ( et qui avait passé depuis
sous les ordres d'autres chefs commandant dés
détacheniens sortis de Lyon ) m'apprit que les
bandes rebelles avaient été dispersées par ces
détachemens, et qu'elles étaient poursuivies
sur plusieurs points. Des rapports analogues me
furent adressés immédiatement après, sur lé
sort des révoltés qui s'étaient montrés dans les
autres communes de mon voisinage : en sorte
que toute espèce de danger me paraissant avoir
cessé, je crus pouvoir m'éloigner d'Anse , saris
compromettre la sûreté de cette commune. Je
partis le même jour 9 , à 10 heures du matin ,
pour Villefranche. Mon but, concerté avec M.
le sous-Préfet que j'avais vu pendant la nuit,
était de détruire lès bruits qu'on répandait
dans cette ville, et d'y prendre quelques ren-
seignemens ; mais j'y fus à peine arrivé que je
reçus de M. le lieutenant-général Canuel, une
lettre qui me fit connaître toute l'étendue du
mouvement insurrectionnel. J'appris par cette
•lettre que Lyon n'avait été exempt ni de dangers
ni de troubles; que le capitaineLedôux y avait
été assassiné d'un coup de pistolet dans là rue
Mercière ; qu'un second coup avait été tiré sur
un garde' national qui accompagnait cet offi-
cier; j'appris que la révolte, qui avait éclaté dans
les environs d'Anse, s'était manifestée'avec les
mêmes symptômes dans plusieurs communes
C (13)
au sud de Lyon, telles que St.-Genis, Bri-
guais , St-Andéol, Irigni et Millery ; que dans
toutes ces communes des bandes de révoltés
s'étaient organisées au son du tocsin. M. le
lieutenant - général m'invitait à venir sur-le-
champ informer sur ces déplorables événemens.
Je me rendis à son invitation , j'arrivai à Lyon
le 9 dans la soirée, et le 10 je commençai
l'instruction.
Ici je ne parlerai plus que la procédure à la
main ; elle établit que , dès la fin de 1816, Lyon
devint le foyer d'un complot organisé contre
la sûreté publique ; que les conspirateurs pour
mettre plus d'ensemble dans leurs sinistres
desseins, y formèrent un Comité central, des-
tiné à organiser l'insurrection et à effectuer ?
des enrôlemehs. Les membres de ce. ComitéI
sont tous connus ; ils étaient au nombre de,
huit. Taisson, président; Barbier, secrétaire-.
trésorier; Cochet, les deux frères Volbzan,:
Burdel, Bonnand et Merrhet.
Indépendamment de ce Comité y il s'en était
formé un autre qui lui était supérieur , mais
dont on n'a pu parvenir à connaître; d'une ma-
nière certaine , que deux membres ; ce sont;
les nommés Joannard et Bernard. Les attribu-
tions du Comité supérieur étaient de donnes
(14)
l'impulsion au Comité central et de' corres-
pondre au dehors. Dans le principe ces deux
Comités n'avaient pas de communication im-
médiate ; c'était seulement un des membres du
Comité central qui, plus initié que ses collè-
gues dans tous les mystères du complot, était
en contact avec le Comité supérieur, et en
rapportait les nouvelles, les instructions et les
ordres nécessaires. Mais la procédure démontre
que par la suite les deux Comités communi-
quèrent collectivement et marchèrent 'd'intel-
ligence. Elle démontre aussi qu'ils avaient des:
correspondans à Paris.
Outre les deux Comités, il est établi qu'un
individu, qui n'a pu être arrêté, agissait par-
ticulièrement comme chef du complot. C'est
le nommé Jacquit, homme obscur, simple,
ouvrier , mais plein d'audace, et d'intrépidité,
osant tout pour arriver à ses fins ., exerçant un
singulier empire sur tout ce qui lui était su-
bordonné. L'instruction prouve que cet individu"
s'était formé une espèce d'état - major ; qu'il
était parvenu a réunir et organiser, à Lyon ,
quinzer cents hommes ; qu'il avait de nombreux
sous-chefs tant à la ville que dans les campa-
gnes (i): elle prouve enfin que peu de tems
(1) Ses sous-chefs à la ville étaient Flacheron
Lacombe, Vernay, Cerisiat, Geibel, Berger, Dumas
(15)
avant l'époque fixée pour l'exécution du com-
plot , les deux Comités communiquèrent avec
Jacquit , se mirent en rapport avec lui, l'in-
vestirent d'une sorte d'autorité executive ; et
qu'il fut arrêté que désormais on n'agirait plus
que de concert.
Cependant, rien ne marchait au gré de
l'impatience de Jacquit ; il voulait à tout prix
brusquer les événemens ; et il prit sur lui
d'ordonner le mouvement pour le premier
juin. Plusieurs membres des deux Comités
furent instruits de cette précipitation , et la
blâmèrent ; on convint de délibérer sur ce
point, et une réunion fut indiquée à cet effet
pour le 31 mai chez Mermet. Taisson et Ber-
nard y combattirent en vain l'opinion de Jacquit;
mais le lendemain une nouvelle réunion ayant
eu lieu , au point du jour, Jacquit, après une
vive discussion , pendant laquelle il porta le
Pignon , Lavaresle, Langevin , Langlade , etc. etc.
Ses. sous-chefs à la campagne étaient Fantet et Baro-
nier , à. Millery ; Vernet. à Irigni ; Raymond, à
Brignais ; Qudin , Coeur , Bouvier , Bertholat, etc.,
à St-Genis , Barret, à St-Andéol ; Garlon et Déchet,
à Charnay j Charmey, à Savignit et Brancial et Riboulet,
à St-Germain ; Lepin, à Bully; Dyonnet, à l'Arbresle;
Mallet, à Chazai ; les deux Tavernier, à Anse et
Quincieux ; valençot, à Trévoux et Ambérieux.,
( 16 )
pistolet sur la gorge de Barbier ;consentit
enfin à faire partir un contre ordre.
Le contre ordre fut expédié sur tous les
points; mais il n'arriva aux Conjurés de Tré-
voux, Quincieux, Ambérieux et Anse, qu'à*
près leur réunion à la Sérandière, où il leur
fut apporté, à onze heures du matin, par la
femme dé Tavernier le jeune. Valençot venait
de. quitter la Sérandière , laissant à Tavernier
l'aîné le soin de diriger le rassemblement. Il
s'était rendu arme avec quatre hommes égale-
ment armés, sur les hauteurs du télégraphe,
pour être à portée d'entendre le signal qui ,
parti de Lyon , devait être répété sur la mon-
tagne de Limonet, par la détonation d'une
boîte. Le contre ordre, après avoir été lu aux
conjurés par Tavernier aîné , fut porté à Va-
lençot , au télégraphe, par le nommé Léger,
de Trévoux. Alors Valençot et les quatre hom-
mes de sa suite se séparèrent , après avoir
caché leurs armes dans un bois (1) ; ceux-ci
se dirigeant vers le village des Chères , et
Valençot vers -là Saône, allant annoncer le
contre ordre à des conjurés de quelques Vil-
lages du département de l'Ain , qui devaient
être en marche pour se rendre à la Sérandière.
(1) Elles ont été trouvées par la gendarmerie , sur
les renseignemens donnés par Nesmes, l'un des quatre
Individus qui avaient suivi Yalençot au télégraphe.
Le
( 17 )
Le mouvement, comme on le voit , ne fut
que partiel le premier juin ; mais il fut arrêté
qu'il serait général le 8 ; et ce jour-là le tocsin
fut sonné en effet dans dix communes , à-peu--
près à la même heure , quoiqu'elles fussent
situées à une assez grande distance les unes,
des autres.. Il ne sonna que le lendemain , à
six heures du matin, à St-Andéol, parce que
l'ordre d'agir n'y arriva, on ne sait pourquoi,
que dans la nuit du 8 au 9 (1). D'autres com-
munes encore prirent part à la conspiration.
A la vérité, le tocsin n'y fut pas sonné; mais
la tranquillité apparente dont elles jouirent ne,
fut que l'effet naturel de ma présence à Anse,
et de celle des troupes que j'avais à ma dis-
position. La procédure prouve que le complot
y était connu, et qu'elles y ont pris part (2).
Enfin , tout était préparé pour que, le même
jour 8, Lyon devint le théâtre des plus grands
désordres.
Je retracerai d'abord les excès qui eurent
lieu dans les campagnes; On prétend qu'il
(1) Noms des communes où le tocsin a été sonné ;
Charnay , Chazay, Châtillon-d'Azergues , Savigni
Bully, St-Germain , Millery , St-Andéol, Irigni, Bri-
gnais et St-Gehis-Laval.
(2) Ces communes sont : Anse, Ambérieux, Quin-
cieux, Morancey, Alix, Lausanne, Civrieux., Tré-
vaux , Parcieux et Massieux.
(18 )
n'y parut nulle part de bandes armées; que
seulement quelques paysans furent surpris,-
s'agitant dans leurs villages-sans chefs et sans
but déterminé. La procédure va répondre pour
moi.
Le tocsin, ainsi que je; l'ai déjà dit , ne fut
sonné à St-Andéol que le 9, dans la matinée.
Le maire et l'adjoint tentèrent inutilement de
faire cesser ce signe de rébellion. Ils furent
repousses la baïonnette sur la poitrine. Les
révoltés s'écrièrent que le Gouvernement' était
changé, que les Bourbons avaient régné leur
tèms, Bonaparte le sien, et que c'était au-
jourd'hui le leur. L'adjoint, s'étant échappé
pour aller demander le secours de la garde na-
tionale de Mornant, fut arrêté hors du village,
et reconduit dans son domicile, où il vit un
instant une partie de ses propriétés au pillage.
Le maire se trouva aussi en butte aux violences
des rebelles. Sa maison fut forcée, il fut gardé-
à vue ; on lui enleva des fusils destinés au ser-
vice de la commune. Bientôt la générale fut
battue. Les révoltés se réunirent en bande sous
la conduite de Barret ; ils étaient armés de
fusils , revêtus de cocardes tricolores, et l'un
d'eux portait l'aigle au bout d'une pique. Ils
sortirent ainsi du village préaédés de deux tam-
bours, se mirent en marche sur Lyon, et s'ar-
rêtèrent au lieu dit des Echirér, à quelque
distance du village, pour attendre un émissaire
(19) .
qu'ils avaient envoyé en avant. L'émissaire j,
de retour, rapporta qu'il avait vu à Brignais les
troupes royales ; la bande ne fut pourtant pas,
déconcertée: mais un instant après, ayant
aperçu de loin la. garde nationale de Mornant,
et quelques gendarmes qui se dirigeaient sur
St-Andéol, elle se dispersa;, malgré les efforts,
de Barret, et se jeta dans les bois.
D'autres scènes s'étaient passées, à) Irigni,.
St-Geniset Brignais. Ce fut dans la soirée du 8,
vers les 5 à 6 heures du soir, que le tocsin se fit
entendre dans, ces communes. A St-Genis , on.
enfonça les portes de l'habitation, des gendar,
mes, on s'empara de leurs armes et de. leurs;
chevaux. Le brigadier, qui avait été arrêté,
étant parvenu ensuite à s'échapper, reçut, en
fuyant , uns coup de pistolet, dans les reins.
Oudin , à la tête des rebelles, se dirigea d'abord
sur la route de Lyon; mais revenant ensuite sur
ses pas , il marcha sur Briguais. Il rencontra
en chemin les révoltés de cette commune ,
commandés par Raymond, se portant sur Saint-
Genis, Les deux bandes se reconnurent au cri
de qui vive,, et se rendirent ensemble; à Bri-
gnais, où quelques, heures, auparavant la maison
commune avait été envahie au son du tocsin.
Là, les chefs se firent livrer de force, et par
voie de réquisition, du pain et du vin, qu'ils
distribuèrent aux révoltés, sur la place publi-
B 2
( 20 )
que. Pendant que ces choses se passaient , la
bande d'Irigni s'était mise en mouvement ;
elle avait arrêté sur son chemin le curé et le
gardé champêtre, qu'elle força à marcher dans
ses rangs, au milieu d'horribles vociférations.
Arrivée à St-Genis , cette bande se distribua,
sûr la place et dans les cabarets, en attendant
le retour de Brignais , des bandes d'Oudin et
de Raymond. Cependant , M. le lieutenant-
général Canuel, instruit de ce qui se passait,
par un gendarme échappé de St-Genis, avait
dirigé sur ce point des détachemens de gen-
darmes et de chasseurs, qui se présentèrent à
l'entrée du. village au moment où la bande
d'Oudin et de Raymond allait y entrer du
côté opposé. Le cri de vive le Roi fut le signal
d'une charge de la part des troupes royales..
Les rebelles y répondirent par le cri de vive
l'Empereur, et par cinq à six coups de fusil
seulement, parce, que la pluie avait mouillé
les armes. Ils blessèrent grièvement un gen-
darme qui mourut peu de jours après. Effrayés
par une attaque à laquelle ils.ne s'attendaient
pas , les révoltés prirent la fuite, se dispersè-
rent sur plusieurs points , et échappèrent faci-
lement à la cavalerie, au milieu d'une nuit
obscure , dans un pays coupé par des murs,
des fossés et des haies. Un seul fut atteint et
entouré par trois gendarmes ; il essaya plu-
sieurs, fois de faire feu sur eux ; il ne se rendit

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