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Résistances intérieures

De
180 pages
Creuset, réceptacle, confident, le journal abrite ce qui ne peut ou n'ose se dire. Lorsque la société entre en crise, notamment durant les périodes de guerre, il est l'un des derniers espaces de liberté dont l'individu dispose pour exprimer son désaccord ou sa révolte. Ce livre, fruit d'une recherche collective, se concentre sur un corpus de journaux des XIXe et XXe siècles, y étudiant comment la politique et la sexualité y sont évoquées par les auteurs.
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Creuset, réceptacle, conïdent, le journal abrite ce qui ne peut ou n’ose se dire. Lorsque la société entre en crise, notamment durant les périodes de guerre, il est l’un des derniers espaces de liberté dont l’individu dispose pour exprimer son désaccord ou sa révolte. Ce livre, fruit d’une recherche collective, se concentre sur un corpus de journaux des XIX et XX siècles, y étudiant comment la politique et la sexualité y sont évoquées par les auteurs. Au ïl des pages, on découvre la façon dont ceux-ci ont vécu leur orientation, leur condition ou leur engagement, en particulier lorsque ces derniers étaient en contradiction avec le discours dominant. On voit ainsi se dessiner les mécanismes de mis en œuvre, avec plus ou moins de succès, quand l’identité, l’intégrité ou les repères de la vie ordinaire sont menacés. Cette plongée au cœur du jour-nal personnel, dans sa dimension intime – mais également historique et sociale –, associe des œuvres devenues classiques, tel le de George Sand ou celui d’Adèle Hugo, à des textes trop rare-ment étudiés (journal de Jocelyne François, de Micheline Bood), redé-couverts (journal d’Hélène Berr, d’Hélène Hoppenot, de Mary Martin) ou encore inédits (journal du banquier Christian Lazard sous l’Occupa-tion, de l’écrivain Yves Navarre, journaux d’exode déposés à l’Association pour l’Autobiographie).
est maître de conférences à l’université de Lorraine. Spécialiste des écrits personnels, elle dirige la base de données Frantext. Elle a codirigé, avec Catherine Viollet (Academia-Bruylant, 2009) et (Academia, 2013). enseigne à NUI Galway, Ireland. Elle s’intéresse aux jour-naux personnels et à l’écriture de soi et a consacré plusieurs articles à l’œuvre d’Yves Navarre, parmi lesquels « Voies intimes : réexion sur le Journal d’Yves Navarre et le chassé-croisé des genres », in d. Cécile Meynard (Peter Lang, 2012) et « Du Journal à l’œuvre : Yves Navarre », in 3, 2011.
ISBN : 978-2-8061-0296-6 17,50
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SylvieLannegrand &VéroniqueMontémont(dir.)
R ésistances intérieures
Visages du conlitdans le journal personnel
Résistances intérieures
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Résistances intérieures Visages du conflit dans le journal personnel
Au cœur des textes
Collection dirigée par Claire STOLZ (Université Paris-Sorbonne)
Parutions récentes : Amir BIGLARI et Geneviève SALVAN (dir.),Figures en discours, 2016. Dominique MAINGUENEAU,Trouver sa place dans le champ littéraire, 2016. Anne-Marie PAILLET (dir.),Albert Camus, l’histoire d’un style, 2014. Geneviève SALVAN,Jean Rouaud,L’écriture et la voix,2012. Marianne ALPHANT et Marie-Françoise LEMONNIER-DELPY (dir.),Jude Stéfan.Une vie d’ombre(s), 2012. Véronique MONTÉMONT et Catherine VIOLLET,Archives familiales : modes d’emploi.Récits de genèse, 2013. Jean-Jacques QUELOZ,Philippe Soupault : écriture de soi et lecture d’autrui, 2012. Anna JAUBERT, Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ, Sophie MARNETTE, Laurence ROSIER et Claire STOLZ,Citations II. Citer pour quoi faire ? Pragmatique de la citation, 2011. Anna JAUBERT, Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ, Sophie MARNETTE, Laurence ROSIER et Claire STOLZ,Citations I. Citer à travers les formes. Intersémiotique de la citation, 2011. Geoffrey ZUFFEREY (dir.),L’autoîction : variations génériques et discursives, 2012. Claire BADIOU -MONFERRAN (dir.),Il était une fois l’interdisciplinarité. Approches discursives des “contes” de Perrault, 2010. Olga ANOKHINA (dir.),Multilinguisme et créativité littéraire, 2011. Samia KASSAB-CHARFI (dir.),Altérité et mutations dans la langue. Pour une stylistique des littératures francophones, 2010. Françoise SIMONET-TENANT,Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les afînités électives, 2009. Jean-Michel ADAM et Ute HEIDMANN,Le texte littéraire. Pour une approche inter-disciplinaire, 2009. Salah OUESLATI,Le lecteur dans lesPoésiesde Stéphane Mallarmé, 2009. Ridha BOURKHIS et Mohammed BENJELLOUN (dir.),La phrase littéraire, 2008. Véronique MONTÉMONT et Catherine VIOLLET (dir.),Le Moi et ses modèles. Genèse et transtextualités, 2009. Françoise RULLIER-THEURET,Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque, 2008. Lucile GAUDIN et Geneviève SALVAN (dir.),Les registres. Enjeux stylistiques et visées pragmatiques, 2008. Aurèle CRASSON (dir.),L’édition du manuscrit. De l’archive de création au scriptorium électronique, 2008.
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Sylvie Lannegrand et VéroniqueMontémont (dir.)
Résistances intérieures Visages duconflit dans le journalpersonnel
n° 32
D/2016/4910/38
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-neuve
ISBN : 978-2-8061-0296-6
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Préface
L e journal personnel est l’un des observatoires les plus passionnants qui soient de l’histoire, qu’elle soit individuelle ou collective. Creuset, réceptacle, condent, il abrite ce qui ne peut ou n’ose se dire, qu’il s’agisse de tourments moraux et amoureux, ou encore de questionnements idéologiques. Et lorsque la société entre en crise, notamment durant les guerres, il est l’un des derniers espaces de liberté dont l’individu dispose pour exprimer son désaccord ou sa révolte : les carnets de poilus tenus dans les tranchées, les journaux d’Anne Franck, d’Hélène Berr, de Léon Werth, pour ne citer qu’eux, ont aussi été, pour leurs auteurs, un espace de résistance intérieure face aux circonstances historiques auxquelles ils ont été conduits à faire face.Ce volume est issu d’un programme de recherches franco-irlandais Ulysses, dont l’objectif était e e d’étudier un corpus de journaux personnels des XIX et XX siècles. La perspective choisie, à savoir la place et le rôle accordés à la politique et la sexualité par les diaristes dans leurs écrits, permettait d’articuler le contenu du journal, dont Françoise Simonet-Tenant rappelle qu’il 1 n’est pas « toujours ni seulement lié à l’exploration intime » à la dimension historique ou sociale de l’époque où il avait été écrit. La lecture plurielle qui en a résulté s’est attachée à dégager les notions de conit et de norme : il s’agissait de voir comment, dans l’espace privé, les diaristes vivaient leur engagement politique, leur orientation sexuelle, leur condition de femme, de juif/ve, de militant.e.s, lorsque ces dernières, d’une manière ou d’une autre, s’opposaient au discours dominant. Pour y parvenir, nous avons cherché, dans cet ouvrage, à associer des journaux d’auteurs devenus classiques, tels leJournal d’un voyageurde George Sand ou celui d’Adèle Hugo, à des textes moins étudiés (journal de Micheline Bood, lycéenne à Paris), récemment redécouverts (journal d’Hélène Berr, d’Hélène Hoppenot) ou encore inédits (journal du banquier juif Christian Lazard sous l’Occupation, d’Yves Navarre) ; l’objectif était d’offrir un parcours ample, qui s’étend e du dernier tiers du tiers du XIX siècle à l’année 2000.
1 Françoise Simonet-Tenant,Le Journal intime, Paris, Téraèdre,2004, p. 18.
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RÉSISTANCES INTÉRIEURES La première section, « Face à la guerre », est consacrée aux jour-naux tenus durant des conits historiques majeurs (guerre de 1870, de 14-18, Seconde Guerre mondiale). Marion Krauthaker commence par étudier comment George Sand, dans sonJournal d’un voyageur pendant la guerre(1871) tisse sciemment les deux dimensions, personnelle et collective, dans son évocation des événements. À une époque où une femme peut difcilement prétendre à une légitimité politique, Sand, qui a retravaillé ce texte en vue d’une publication, a utilisé son jour-nal, assumant l’énonciation de celui-ci à la première personne et au féminin, en dépit du titre, pour exprimer son désaccord avec la guerre, ses espoirs pacistes en même temps que sa propre anxiété devant le conit. La dimension intime y est fortement colorée par la dimension politique, et le journal devient aussi une façon d’afrmer publiquement ses convictions. Bien différente est la situation de Mary Martin (1866-er 1955), une catholique irlandaise qui a tenu son journal entre le 1 jan-vier et le 26 mai 1916. Il s’agit cette fois d’un document circonstanciel, qui naît d’un traumatisme personnel : la disparition de Charlie, l’un des ls de Mary, sur le front d’Orient. Sa mère restera sans nouvelles de lui pendant six mois, avant d’apprendre qu’il est décédé en Bulgarie. Le journal, souvent adressé comme une lettre à Charlie, prend d’abord le relais d’une correspondance empêchée, et permet de garder une forme de contact, tout virtuel soit-il, avec ce ls aimé. Mais il relate aussi les nombreuses démarches effectuées par Mary pour retrouver Charlie, ses doutes et ses espérances, qu’il s’agit d’entretenir en dépit du silence. En même temps, il offre un aperçu passionnant de la vie quotidienne d’une femme irlandaise, socialement active, qui doit gérer seule son patrimoine tout en assumant l’éducation d’une famille nombreuse, et dont les notations sur l’Allemagne ou le Sinn Féin montrent une conscience politique bien présente.
La Seconde Guerre mondiale a, à son tour, laissé de nombreux té-moignages de civils ayant vécu des événements qui ont bouleversé leur vie : la « drôle de guerre », l’armistice, l’occupation allemande. L’enquête croisée menée par Françoise Simonet-Tenant a analysé quatorze jour-naux tenus durant l’Exode, réunissant dans un même corpus des textes littéraires et des écritures dites « ordinaires » – collectées dans le fonds 2 de l’Association pour l’Autobiographie . Si l’analyse n’a pas l’ambition de se substituer au travail de l’historien, elle offre toutefois un éclai-rage inédit sur un épisode marquant de la vie française. Il se fonde sur une pluralité de témoignages, dont certains auteurs, les sachant desti-nés à la publication, les remanient en conséquence – comme Gide ou
2 www.sitapa.fr. L’Association dispose d’un fonds consultable à la médiathèque de la Grenette à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain.
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Préface Guéhénno –, tandis que d’autres écrivent dans l’urgence, sans autre but que de se souvenir ou de remplacer le dialogue avec des proches disparus. L’ensemble met en lumière toute une gamme de sentiments politiques et personnels, qui « humanisent », selon le mot de Françoise Simonet-Tenant, cet épisode particulier de l’Histoire.
Les longues années d’occupation qui suivront pèsent lourd sur la vie quotidienne. Une génération entière de jeunes Français vit son ado-lescence et sa jeunesse à l’heure allemande, avec toutes les difcultés que cela peut engendrer. Catherine Viollet s’est ainsi penchée sur le journal de Micheline Bood, lycéenne pendant la guerre, dont le texte n’a été publié qu’en 1974. Particulièrement attachant, ce journal-euve met en lumière de multiples aspects de l’Occupation, des plus matériels (nourriture, ravitaillement, transports) aux plus idéologiques. Mais il expose aussi les conits intérieurs vécus par une jeune lle fougueuse, en révolte ouverte contre sa mère… et en pleine contradiction per-sonnelle : difcile en effet de faire abstraction, à l’âge des premiers irts, d’un occupant souvent charmant, même si l’on est « anglophile à bloc » et que l’on déteste les « Bochs », comme Micheline les appelle. L’enquête génétique permet au passage de démontrer comment l’édi-teur de 1974 a récrit le texte, retravaillant le style et regroupant des entrées, vraisemblablement pour en faciliter la lecture auprès du grand public.
Mais le tribut le plus lourd est payé par les juifs, traqués sans re-lâche pendant l’Occupation. Deux textes permettent ici de prendre la mesure de leur souffrance quotidienne. Le premier, inédit, est le jour-nal de Christian Lazard, né en 1880 et mort à Auschwitz en 1943. Cet ancien banquier, conseiller général des Yvelines, se pose en effet dès 1940 la question cruciale : partir ou rester ? Son journal inédit (1926-1942), étudié par Cyril Grange, qui en a par ailleurs assuré l’édition scientique intégrale, montre un homme qui semble se sentir, dans une certaine mesure, protégé des persécutions dont il relate pourtant de nombreux épisodes. S’il aide certains de ses coreligionnaires à s’enfuir, s’il met à l’abri ses enfants, lui fait le choix de rester. Manque de lucidi-té ? Peur d’abandonner le reste de sa famille ? Sentiment d’obligation morale par rapport à la France ? Christian Lazard, pourtant conscient du danger, n’en prendra la mesure que trop tard, témoignant, explique Cyril Grange, du déchirement qui a traversé une bonne partie de la communauté israélite de France. Le journal d’Hélène Berr, étudié par Véronique Montémont, illustre le même dilemme. Cette jeune agré-gative d’anglais, dont le journal a parupost-mortemen 2008, après avoir longtemps été conservé par son ancien ancé, a été tenu entre avril 1942 et février 1944 et constitue à ce titre un des rares témoignages de
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RÉSISTANCES INTÉRIEURES juifs restés à Paris durant presque toute la durée de la guerre. Il raconte comment la vie se resserre autour de son auteur, que les lois antijuives privent peu à peu de ses droits, comment Hélène Berr fait le choix de 3 rester à Paris et de travailler à l’Ugif, consciente que cela peut lui coû-ter la vie. Lorsqu’elle reprend son journal en août 1943, la jeune lle sait qu’elle va mourir, et sait aussi que ce qu’elle écrit sera désormais un témoignage essentiel sur cette période ; une noirceur et une certitude qui n’empêchent pas ses mots, écrits avec autant de lucidité historique que de grâce littéraire, de raconter, en même temps que l’horreur se dé-ploie, la beauté d’un amour naissant pour un ancé, Jean Morawiecki.
La seconde section de l’ouvrage explore l’autre versant de la pro-blématique duconit, se concentrant sur des tensions intérieures dont le désir amoureux et la sexualité ne sont pas les moindres aliments ; la dimension politique, par le truchement du militantisme, n’en est pas absente pour autant. Les diaristes qui sont étudiés ont en effet vécu, avec une violence plus ou moins grande, un véritable hiatus entre leur époque, ses codes moraux, et leurs propres aspirations ; cela a pu les conduire à une forme de déchirement intérieur. Les femmes, en parti-culier, ont à souffrir d’une convention sociale régie par un ordre fonda-mentalement patriarcal – c’est aussi à cet étouffement de leur voix que répondait George Sand dans sonJournal d’un voyageur. Tragique est ainsi le destin d’Adèle Hugo, dont Jean-Marc Hovasse retrace pour nous la genèse duJournal, lequel comporte de nombreux passages cryptés. Ces extraits correspondent à des méditations intimes sur les amours de la diariste : des scénarios manipulateurs et fantasmatiques – même si certains sont en partie réalisés – dont Adèle s’assure la maîtrise et qu’elle décrit avec exaltation. Ils sont le résultat d’une intense aspira-tion à l’amour, au caractère parfois pathologique, qui signale la folie en germe. En rupture avec les codes de son temps, jouant avec l’idée du scandale, Adèle se projette tour à tour en séductrice, en épouse, en amante ; une destinée qu’elle accomplira plus tard, mais d’une manière bien plus amère et misérable que celle qu’elle avait rêvée, en suivant le lieutenant Albert Pinson au Canada.
Le tempérament d’Hélène Hoppenot, lui, est aux antipodes de ce-lui d’Adèle, même si elles ont en commun une puissante aspiration à la liberté, comme le montre la lecture qu’en donne Hélène Gestern. Cette musicienne, devenue femme de diplomate, passionnée par les voyages, a tenu tout au long de sa vie un journal, que le travail de l’éditrice Claire Paulhan a permis au public de découvrir à partir de 2012. Profondément éprise de son mari, qui de toute évidence admire
3 Union Générale des Israélites de France.
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Préface autant qu’il respecte la personnalité atypique de son épouse, Hélène embrasse avec passion le statut – qui est quasiment un métier, tant il impose d’obligations – de femme d’ambassadeur. Féministe, anti-cléricale, amatrice d’art, de photo, avide de découvrir la culture et les mœurs de tous les pays qu’elle traverse – ce qui ne l’empêche pas de se montrer caustique à leur propos quand elle le juge nécessaire –, Hélène Hoppenot est aussi une remarquable observatrice des mœurs diploma-tiques et de la politique de son temps, à l’ironie mordante. Son journal est celui d’une femme « libérée » très en avance sur son temps, dont la seule souffrance intime qu’il laisse entrevoir, durant la période qui va jusqu’en 1933, est une grossesse et une naissance vécues comme une entrave.
Le Journal inédit d’Yves Navarre (1970-1989), qu’étudie Sylvie Lannegrand, présente la particularité d’être un document visuel très riche et un journal personnel, social et littéraire où se côtoient les pensées intimes et les observations sur la vie politique et culturelle de l’époque. Navarre est souvent présenté comme l’une des gures de proue du mouvement de libération homosexuelle du début des an-nées 1970. Le Journal évoque cette époque pendant les années d’enga-gement de l’auteur, révélant l’appartenance problématique de Navarre à une quelconque « communauté ». La lecture suivie du Journal rend patente une désillusion progressive du diariste qui ne croit plus en l’uti-lité des groupes et des partis pour changer l’ordre des choses et qui, de guerre lasse, opte pour l’exil. L’écriture demeure. C’est elle qui revêt les fonctions d’ordinaire associées aux milieux politique et militant. Espace de revendication par excellence, elle apparaît comme le lieu où se cristallisent les forces de résistance et de combat quand les autres champs d’action collective semblent mener à une impasse.
Une conception de l’écriture comme creuset de résistance et comme espace de l’engagement est également au cœur du Journal de Jocelyne François (Le Cahier vert, Journal 1961-1989;Journal 1990-2000, une vie d’écrivain;Le Solstice d’hiver, Journal 2001-2007). Dans le dernier article, Sylvie Lannegrand se penche sur les trois volumes de ce journal « intermittent » composé de notes éparses sur des sujets très divers et en dégage deux lignes force : la conscience du corps et l’appréhension sensuelle de la vie, et la pratique de l’écriture comme acte vital et ris-qué. Ces deux dimensions s’épanouissent dans un espace de liberté en marge des conventions et du discours dominant.
En guise de conclusion, qu’il nous soit permis d’évoquer le fait que ce projet éditorial a été élaboré sous l’égide du séminaire « Genèse et Autobiographie », devenu aujourd’hui « Autobiographie et correspon-
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