Retour sur le Don

De
Dans cette évocation de la campagne de Russie à laquelle il participa en tant que chasseur alpin italien, Rigoni Stern fait revivre à nos yeux les moments forts de sa vie. Au-delà des hostilités imposées et de l’absurdité des combats, les contacts humains avec la population locale, élémentaires et essentiels, demeurent.
Trente ans après, l’auteur du Sergent dans la neige, revient dans les steppes russes parcourir à nouveau le tragique itinéraire où la plupart de ses camarades sont tombés. Passé et présent alternent, mais l’identité des souffrances vécues rapproche les deux camps autrefois opposés ; l’auteur retrouve alors les qualités de l’âme russe découvertes dans les camps de prisonniers. La guerre n’a pas épargné non plus le plateau d’Asiago, en Vénétie, haut lieu de la Résistance. De tout cela, Rigoni Stern porte témoignage. Avec un réalisme sobre, nourri d’émotion et de poésie face à la nature, il fait sortir de l’anonymat des humbles qui, forcés par les horreurs de la guerre à se révéler, acquièrent une dimension légendaire.
Publié le : lundi 20 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782843213311
Nombre de pages : 162
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Dans cette évocation de la campagne de Russie à laquelle il participa en tant que chasseur alpin italien, Rigoni Stern fait revivre à nos yeux les moments forts de sa vie. Au-delà des hostilités imposées et de l’absurdité des combats, les contacts humains avec la population locale, élémentaires et essentiels, demeurent.

Trente ans après, l’auteur du Sergent dans la neige, revient dans les steppes russes parcourir à nouveau le tragique itinéraire où la plupart de ses camarades sont tombés. Passé et présent alternent, mais l’identité des souffrances vécues rapproche les deux camps autrefois opposés ; l’auteur retrouve alors les qualités de l’âme russe découvertes dans les camps de prisonniers. La guerre n’a pas épargné non plus le plateau d’Asiago, en Vénétie, haut lieu de la Résistance. De tout cela, Rigoni Stern porte témoignage. Avec un réalisme sobre, nourri d’émotion et de poésie face à la nature, il fait sortir de l’anonymat des humbles qui, forcés par les horreurs de la guerre à se révéler, acquièrent une dimension légendaire.

 

Mario RIGONI STERN est né à Asiago, en Vénétie, en 1921. Écrivain majeur de la littérature italienne, il a su concilier originalité et tradition. Parmi ses principaux ouvrages, citons : Le Sergent dans la neige, L’Année de la victoire, La Chasse aux coqs de bruyère, Histoire de Tonie, Arbres en liberté.

 

DU MÊME AUTEUR

Éditions La Fosse aux ours
Arbres en liberté
Le Livre des animaux

Éditions Laffont
L’Année de la victoire
Les Saisons de Giacomo

Éditions 10/18
La Chasse aux coqs de bruyère
Le Sergent dans la neige
Histoire de Tönle

 

DANS LA MÊME COLLECTION
Les chemins de l’Italie

 

Les Belles de Giuseppe Antonio BORGESE

La Ville inconnue de Giuseppe Antonio BORGESE

Eva de Giuseppe Antonio BORGESE

Goliath, la marche du fascisme de Giuseppe Antonio BORGESE

Enquête sur un sabre de Claudio MAGRIS

Les Sirènes de Arturo LORIA

La Muse de Arturo LORIA

Le Spectacle de Arturo LORIA

Magie Blanche de Gian DÀULI

Ottavio di Saint-Vincent de Tommaso LANDOLFI

La Biere du pecheur de Tommaso LANDOLFI

Fragoletta ou Naples et Paris en 1799 de Henri de LATOUCHE

La Véritable histoire de la bibliothèque d’Alexandrie de Luciano CANFORA

Notes sur l’Italie de Edmond et Jules de GONCOURT

Le Corricolo de Alexandre DUMAS

Le Speronare de Alexandre DUMAS

La Fenêtre sur le canal de Corrado ALVARO

La Découverte de l’alphabet de Luigi MALERBA

Boumboutcha de Renzo PARIS

 

MARIO RIGONI STERN

RETOUR SUR LE DON

 
Traduit de l’italien
et préfacé par
Marie-Hélène ANGELINI

 

ÉDITIONS DESJONQUÈRES

 

PRÉFACE

Mario Rigoni Stern est né en 1921 à Asiago (province de Vicence), sur un haut-plateau de Vénétie dominé par des montagnes autrefois limitrophes de l’Autriche. La Première Guerre mondiale avait ravagé cette région et bouleversé l’équilibre millénaire de la vie rurale basée sur l’élevage et les échanges commerciaux avec la plaine du Pô. A la fin des années trente, beaucoup de jeunes montagnards trop pauvres pour poursuivre des études émigrent ; Mario Rigoni Stern quitte sa province, s’enrôle dans l’armée et entre à l’Ecole Militaire d’Aoste. Chasseur alpin quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il fait partie des deux corps d’armée envoyés successivement en URSS aux côtés des Allemands alliés de l’Italie. Avec l’ARMIR (Armée italienne en Russie), il prend part à la retraite en janvier 1943.

Simultanément, à l’habitude de la lecture (surtout de conteurs russes) qui a contribué très tôt à sa formation d’autodidacte, Mario Rigoni Stern ajoute l’écriture, afin de témoigner des vicissitudes de la guerre, en son nom et au nom de ceux qui n’auront pas pu le faire. Le Sergentdans la neige (1953) nous livre l’expérience de la retraite de Russie vécue au niveau individuel des souffrances physiques et morales de chacun et de tous. Ce texte très vite célèbre répond au besoin de vérité de l’époque : il s’insère dans le néoréalisme italien de l’après-guerre.

Après la retraite de Russie, le sergent Rigoni Stern, de l’armée italienne devenue ennemie de l’Allemagne à la suite de l’armistice signé avec les Alliés (8 septembre  1943), connaît aussi l’épreuve des camps de concentration. Plusieurs récits, répartis dans toute l’œuvre évoquent cette période et relatent des épisodes chargés d’une émotion sobrement exprimée. La Seconde Guerre mondiale dont Rigoni Stern a vécu toutes les péripéties constitue un thème primordial chez ce narrateur d’abord mémorialiste.

Mais c’est parce qu’il était montagnard avant tout que Rigoni Stern s’est fait chasseur alpin. Rien de ce qui concerne la vie de sa montagne, c’est-à-dire du haut-plateau de ses ancêtres cimbres (peuple d’origine scandinave, d’après ses recherches), et des sommets qui l’entourent, ne lui est inconnu ou indifférent. De nombreux récits, qui alternent dans son œuvre avec les souvenirs de guerre, en portent témoignage et recèlent la mémoire de son pays. Qu’il s’agisse de sa propre enfance, d’événements dramatiques ou apparemment banals, d’histoires et de coutumes transmises oralement ou conservées dans sa famille, Rigoni Stern aime raconter. Conscient des transformations de la modernité et de l’uniformisation qui en résulte, il révèle le particularisme de la civilisation au sein de laquelle il est né. Dans ses écrits, les paysans, dont il connaît les travaux pour les avoir lui-même pratiqués, deviennent, par leur simple existence, des figures emblématiques d’une intégration séculaire dans le milieu naturel. Auprès d’eux, et auprès du narrateur, le lecteur accède aussi à la découverte du monde animal (Le Livre desanimaux) et végétal (Arbres en liberté) que côtoient leurs activités d’éleveurs, de chasseurs (La Chasse au coq debruyère) et d’observateurs patients de tout ce qui vit.

Pareil attachement à sa terre a incité Rigoni Stern à suivre encore une autre voie pour retracer dans trois romans l’incidence de l’histoire des nations sur le destin de la population de son haut-plateau depuis l’époque autrichienne jusqu’à nos jours (Histoire de Tönle, L’Année dela victoire, Les Saisons de Giacomo). Ses romans, plus tardifs dans l’œuvre, suggèrent, par la vraisemblance du passé rigoureusement reconstruit, la condamnation des violences qui ont porté atteinte à la civilisation des Sept-Communes d’Asiago élaborée au cours des siècles. Aucun pathos, mais aucun optimisme délibéré dans l’émotion que dégage l’évocation de ce peuple qu’une vie difficile depuis toujours fait réagir au malheur avec dignité.

Dans le recueil (1973) présenté ici, prédominent des mémoires de guerre dont certains ont trait à la campagne de Russie, et pour deux récits à la retraite. Le narrateur a été acteur de l’un d’eux (Trois pommes de terre bouillies), l’autre (Dans un village enfoui au fond d’une combe) lui a été raconté. Lui-même a pris part à la première bataille — relatée longuement (Dans la steppe de Kotovski) — affrontée par les chasseurs alpins à leur arrivée dans la steppe. Lors de la reconstitution des unités décimées par cette bataille, le sergent Rigoni voit arriver sous ses ordres un vétéran (retrouvé plus tard en camp de concentration) dont il remarque le comportement bourru où se cachent courage, intelligence et fraternité (Le Rappelé de la classe 1933). Mais le long récit qui donne son titre au recueil est peut-être le plus caractéristique.

Trente ans après la retraite de Russie, et vingt ans après la publication du Sergent dans la neige, Mario Rigoni Stern a réalisé le désir qui n’a cessé de le tarauder : retourner sur les lieux où tant de ses camarades sont restés, morts au combat, ou de froid et de faim. C’est le journal de ce voyage qui nous est proposé. Présent et passé alternent dans ce texte. A la découverte des grandes villes reconstruites et actives de l’Ukraine et de la Russie soviétiques se superposent les visions de destruction et de douleur de la guerre. Le sergent de jadis revit avec une intensité hallucinatoire les événements d’autrefois, et en même temps, il s’abandonne à l’attirance qu’il éprouve pour ce grand pays rural avec lequel, par sa culture, il se sent en harmonie. La lumière, les couleurs, l’immensité paisible de la campagne russe tempèrent la tristesse poignante des souvenirs qui « intenses, remontent avec impétuosité, violence. »

Pour le voyageur confronté aux autorités sourcilleuses de l’URSS qui reçoivent cet étranger et encadrent ses déplacements, le plus sûr sésame est d’évoquer la part prise par chacun à la guerre vécue à l’époque dans deux camps opposés : le narrateur et ses hôtes y découvrent une identité de sacrifices et de souffrances. Rigoni Stern retrouve alors les qualités de l’âme russe qui l’ont aidé à vivre dans les Lager.

Deux autres récits se déroulent sur le Haut-Plateau que la Seconde Guerre mondiale non plus n’a pas épargné. Dans l’un d’eux (La Scierie abandonnée), l’on voit la population exercer la solidarité et l’hospitalité héritées des aïeux, lorsque l’endroit devient un lieu de concentration de juifs de toute l’Europe. Mais les montagnes qui l’entourent sont à la fois refuge et piège mortel pour les jeunes du pays, quand le seul choix honorable que leur dicte la fracture de l’Italie après l’armistice est de prendre le maquis. Habités par la droiture ancestrale, certains sont amenés à leur corps défendant à devenir des héros (Un Jeune de cheznous). De tout cela, Rigoni Stern porte témoignage dans ce recueil, afin que rien de son expérience de soldat ni de l’histoire de son pays ne se perde. Sans doute, à l’instar d’un Pierre Bergounioux dans La Toussaint, aspire-t-il à « restituer, par-delà le mur du temps, par-delà la mort et la tombe, le sens de leur vie à ceux dont la vie s’est comme déroulée à leur insu ».

De même que les autres œuvres de mémoire de Rigoni Stern, celle-ci retrace des moments forts de la vie du narrateur et de ceux qu’il a côtoyés au hasard de la guerre ou dans son propre pays. Le récit le plus intimement personnel est sans doute celui de son retour à la vie après l’expérience du coma : il rapproche ce moment du désir de vivre réveillé soudain en lui, après une longue période d’assoupissement au retour des camps, par un bruit familier perçu dans sa montagne (La Hache). Ici comme ailleurs, le choix des épisodes est dicté par l’émotion que la mémoire ranime car, ainsi que l’écrit l’auteur, « la mémoire fait revivre des moments et des sensations filtrés par les ans, comme si la faim, la fatigue, la douleur, le danger, s’étaient déposés au fond de la bouteille de la vie et que le vécu ainsi décanté restât limpide et mélancolique, avec des couleurs très douces, des parfums légers » (Amore di confine).

Nous tenons à souligner l’efficacité du trait qui campe les protagonistes à qui l’auteur laisse leur identité. L’hommage qu’il rend à certains est d’une simplicité égale à la modestie du courage, voire de l’héroïsme où ils semblent trouver leur accomplissement naturel. Des humbles sortent de l’anonymat pour acquérir une dimension légendaire sans cesser d’être des hommes. Il faut voir là la permanence du message humaniste discrètement mais fermement soutenu dans l’œuvre du narrateur qui se définit lui-même « écrivain de paix qui parle de la guerre ». L’art du conteur est empreint de la même simplicité rigoureuse. La précision avec laquelle il fait voir son haut pays s’allie à l’évocation poétique des vastes espaces parcourus dans la diversité des saisons de la guerre et du retour sur le Don.

 

Marie-Hélène ANGELINI

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