Révélations inédites. Biographie de J.-B. Troppmann... (Signé : A. M.)

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Saillant (Paris). 1869. Troppmann. In-8 °. Pce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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Révélations inédites
BIOGRAPHIE
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PARIS
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nu CROISSANT, 10
1969
J.-B. T F(OPP}I\.ANN
BIOGRAPHIE
DE
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J.-B. TROPPMANN
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Lorsqu'un criminel d'une férocité aussi monstrueuse que
l'exterminateur de la famille Kïnck vient à être justement
chàtié par le fait d'une arrestation providentielle ; lorsqu'un
assassin de là trempe de'Troppmann tombe heureusement
entre les mains de la justice, non-séulement on doit avoir
un pareil monstre en horreur, mais on doit encore désha-
biller sa personnalité, le ficher au pilori de l'opinion pu-
blique pour le vouer à l'exécration de tous.
C'est ce mobile qui nous a poussé à révéler au lecteur la
vie et les habitudes de cette exception humaine, révélations
dues aux informations prises dans le pays, auprès des gens
qui l'ont connu et ont vécu autour de lui, sans se douter de
l'inqualifiable atrocité dont il se rendrait un jour coupable.
X
Et d'abord, pour] bien'suivre (Troppmann dans cette pé-
riode de trois mois qui. a préeédé le crime, et qu'il précon-
cevait déjà, il importe d'éclairer le lecteur sur les cou-
tumes et l'établissement de la famille Kinck.
Jean Kinck était né à Büll près Guebwiller en Alsace.
Mécanicien de son état., il était venu s'établir à Roubaix,
— V—
22, rue de l'Alouette, dans une maison dont il acquit la
propriété.
Il avait eu d'un premier lit son fils Gustave Kinck.
Devenu veuf, il se maria en secondes noces avec une
demoiselle Rousselle, l'infortunée qui vient d'être victime
de l'assassin.
De son second lit, il eut cinq enfants, quatre garçons :
Emile, Henri, Alfred, Achille; et il y a trois ans, une petite
fille du nom de Marie.
Vivant avec beaucoup d'ordre et d'économie, les affaires
de la famille Kinck prospéraient chaque jour de plus en
plus. M. Kinck possédait à Roubaix quatre maisons, une
propriété à Büll dans son pays natal ; et en outre des obli-
gations nombreuses de différentes entreprises, et de l'argent
placé à la banque de Roubaix.
Ils jouissaient d'une réputation excellente, et menaient
une vie de famille très-unie. La bonne harmonie de leur
ménage est avérée. Vers le 15 août, Jean Kinck, qui désirait
s'établir en Alsace, partit pour préparer son installation.
Sur la foi d'une lettre signée de Troppmann par procura-
tion de M. Kinck, madame Kinck retira de la banque de Rou-
baix la somme de cinq mille cinq cent francs qu'elle adressa
au bureau de poste de Guebwiller, à l'adresse de son mari.
Ces détails sont suffisants pour mettre au courant,
presque jour par jour, de la conduite de Troppmann depuis
le 15 août, époque où Kinck père quitta Roubaix.
X
Jean-Baptiste Troppmann est né en 1849 à Brunstadt.
Il est le plus jeune de six enfants.
C'est un petit jeune homme, de cinq pieds environ,
maigre, à l'apparence chétive, au teint basané, le nez
— 5 —
pointu ; ril enfoncé dans l'orbite lui donne un air presque
fauve ; les cheveux sont châtains et collés sur les tempes ;
la barbe est naissante - et presque imperceptible; une
légère moustache noire et clairsemée surmonte sa bouche
aux lèvres minces et serrées.
Son père, Joseph Troppmann, d'origine allemande, est
né en 1813 ; mécanicien aussi comme Jean Kinck, il vint
s'établir à Cernay (Haut-Rhin) quelque temps après la
naissance de son dernier enfant, et n'a plus quitté le pays
depuis.
Habile dans son art, il est l'inventeur de plusieurs ins-
truments mécaniques dont la fausse exploitation a absorbé
son petit avoir. — Le non remboursement d'un brevet qu'il
avait vendu est la cause d'un procès pendant encore ac-
tuellement. Sa femme, née Françoise Fromm, est une
honnête et laborieuse ouvrière.
Le ménage Troppmann ne jouit point à Cernay de la
déconsidération; on reproche cependant à Troppmann
père de s'adonner à la boisson. Et lorsque le fils criminel en-
voya le lendemain du crime 100 francs à son père, celui-ci
en gaspilla une partie en débauche, sans que son ménage en
profitât.
X
Il serait inutile de relater ici l'enfance de Troppmann
fils, dont le récit, étranger à ce qui nous occupe, ne ferait
qu'introduire une digression oiseuse et sans importance.
Qu'on sache seulement que le père de Troppmann avait
initié son fils à l'art du mécanicien, et que celui-ci, intel-
ligent et montrant beaucoup de goût et d'initiative pour
la mécanique, avait profité des leçons paternelles. Il' est
même l'inventeur d'une busette, petit instrument à lsage
de la culture, et dont le sobriquet lui est resté : on Fap-
— 6 —
pelait Mademoiselle Busette, à cause de son apparence
chétive et efféminée.
Bref il eût pu, dans le chemin du travail et de l'honnê-
teté, acquérir le bien-être et une modeste fortune.
Mais la soif de l'or altérait son avidité, et la richesse
était déjà l'objet de sa convoitise.
Tout jeune encore, à 17 ans, à l'âge des passions et de la
vigueur juvénile, il ne ressentait point ces sentiments no-
bles que la femme inspire à l'homme. Son âme était
muette à ce sentiment consolateur de l'humanité.
Et, d'ailleurs, la compassion et la tendresse pouvaient-
elles pénétrer dans un cœur aussi inflexible et commo-
tionner ce féroce criminel ?
X
Au mois de novembre 1868, Troppmann avait déserté
le toit paternel, sans informer ses parents de la direction
qu'il prenait, pour n'y reparaître que dans le courant du
mois d'août dernier.
Dans l'intervalle de ces dix mois il alla à Roubaix, où il
fit, sous le prétexte de la confraternité professionnelle, -la,
connaissance de Kinck père. Cependant il venait à Paris ;
car il entretenait une correspondance avec son père, qui
lui adressait les réponses à Paris poste restante.
Une autre preuve vient confirmer ce fait. Son inscription
au registre de police, chez M. Gervit, marchand de vins,
à l'enseigne de : A la Petite-Chaumière, rue du Chemin-
Vert, ne permet pas le doute sur ce point.
Voici la copie de ses déclarations :
No, de location : 34.
Noms et prénoms : Troppmann (Jean-Baptiste).
- Age : 19 ans.

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