Rêveries et souvenirs, premières poésies, par Mme Louise Fournier

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impr. de J. Claye (Paris). 1867. In-12, 137 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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REVERIES
ET
SOUVENIRS
PREMIERES POESIES
PAR
Mme LOUISE FOURNIER
PARIS
IMPRIMERIE DE J. CLAYE
7, RUE SAINT-BENOIT
REVERIES
ET.
SOUVENIRS
RÊVERIES
SOUVENIRS
PREMIÈRES POESIES
PAR
Mme LOUISE FOURNIER
PARIS
IMPRIMERIE DE J. CLAYE
7, RUE SAINT-BENOIT
1867
PREFACE.
PRÉFACE.
Ces timides essais ne briguent pas la gloire,
Ils prouvent seulement le doux besoin de croire.
En réchauffant mon âme au soleil de la foi,
En brisant mes liens, en secouant mes langes,
Suivant des esprits purs les célestes phalanges,
L'espérance et la paix descendirent en moi.
Prenant pour divin char celui de la prière,
Jeparcourus les champs de vie et de lumière,
Je me nourris d'un fruit qui mûrit dans mon coeur,
l'en ai réconforté mon corps souffrant, débile,
Et, caressant l'espoir d'être un exemple utile,
J'en jetai la semence, en exhalai l'odeur.
Cet imparfait travail fut la douce rosée,
Qui sut calmer les feux de mon âme ulcérée.
En versant un nectar dans ma coupe de fiel,
Je convertis ma fièvre en délire sublime,
Ma peine pour me vaincre en une joie intime,
Et des jours d'amertume en des heures de miel.
Des belles nuits d'été le suprême silence,
Les chants du peuplier qu'un vent léger balance,
Les larmes du matin scintillant sur les fleurs,
Des parfums de nos champs la suave ambroisie
Enivrèrent mon coeur, firent ma poésie;
Leur charme seul m'apprit à distiller mes pleurs.
La nature toujours fut ma bonne déesse.
Dans son sein j'épanchai ma peine, ma tristesse;
A mon esprit, amant de l'idéalité,
Elle fit entrevoir des images chéries,
Et mon âme, perdue en molles rêveries,
En planant dans l'azur trouva sa volupté.
De mes intimes chants si la simple harmonie
Pouvait toucher les coeurs auxquels je les confie;
De mes ardents pensers si les frêles accords,
Résonnant dans un sein que la douleur oppresse,
Éveillaient un écho de pieuse tendresse,
Oh! ces élans secrets paîraient tous mes efforts!
LA VOIX DE MA MERE.
LA VOIX DE MA MERE.
Je le sens, c'est loi, tendre mère,
Qui du ciel me donnes la clé.
De Dieu divine messagère,
Tu rassures mon coeur troublé.
Du haut de ta céleste enceinte,
Ton âme dans mon coeur descend,
Et ton inspiration sainte
Rend mon esprit resplendissant.
Radieux, franchissant l'espace,
Voguant vers Ion divin séjour,
— 40 —
Sous ton doux regard qui m'embrasse
Mon coeur sent ton souffle d'amour.
Je te vois m'indiquer la route
Où je dois tracer un sillon ;
De mon âme écartant le doute,
Tu m'éclaires d'un chaud rayon.
Ta pure et sainte intelligence
Me dit ■. « Enfant, sois courageux,
a Prends pour appui, dans ta souffrance,
« De la foi le bâton noueux.
« Regarde à la voûte étoilée,
« Médite ce livre divin,
« Apprends une langue sacrée,
« Deviens un pieux écrivain.
« Repousse de folles chimères,
« Amantes de gloire et d'honneur;
— M —
« Crois-moi, ces bulles éphémères
« Ne conviennent pas à ton coeur.
« Que ton travail coule de l'âme,
« Ne cherche pas à discourir,
« Et que du céleste dictame
« Tu ne penses qu'à te nourrir.
« Ton existence est une lutte;
« Mais je soutiendrai ton esprit,
« Te garantirai d'une chute,
« Protégeant ton art qui fleurit.
« Que ces flammes que tu recèles
« Ne te consument pas en vain,
« Fais-en jaillir les étincelles
« En un mélodieux refrain.
« Sème chaque jour tes pensées,
« Qu'elles produisent des leçons;
— '12 —.
« Que. des âmes tristes, lassées,
« Puissent glaner sur tes moissons.
« De ton esprit ouvre les ailes,
« Prends tes pinceaux, prends tes couleurs,
« Viens; des régions éternelles
« Je t'indiquerai les splendeurs. »
A MON ENFANT.
A MON ENFANT.
Sur cette page, enfant, où je trace ces lignes,
Promène quelquefois un oeil pieux, rêveur;
Car je voudrais jeter de profondes racines
De bonté, de vertu, dans ton tout jeune coeur,
Je ne puis soulever le rideau de ta vie,
Connaître les sentiers que tu dois parcourir.
Ta route m'apparaît verdoyante et fleurie,
Mais le vent du malheur peut, hélas! la flétrir!
Comme le jeune oiseau voltigeant dans l'espace,
Radieux de pouvoir s'élancer de son nid,
— 16 —
Déjà, mon cher enfant, ton coeur ardent embrasse
Un horizon plus large où vogue ton esprit.
Du travail maintenant fais le pain de ton âme :
De l'arbre de science on recueille des fruits.
Du coeur humain l'étude alimente la flamme,
Elle sait le nourrir de ses divers produits.
Seule, elle peut calmer la fièvre qui s'allume
En notre esprit, captif dans les liens du corps;
En vains feux bien souvent il s'épuise et consume,
S'il ne sait s'appuyer sur de fermes ressorts.
Tu le sais, mon enfant, quand la douleur m'accable,
C'est le travail, lui seul, qui m'apprend à souffrir,
Qui sait me composer une figure aimable
Et me donner encore un intime plaisir.
L'étude me portant sur des hauteurs sublimes,
D'un bienfaisant rayon mon coeur est pénétré;
— M —
L'air vital, parfumé de ces augustes cimes
Répand dans tout mon être un principe sacré.
Étanche aussi ta soif à ce flot salutaire-,
L'étude du bonheur est le divin garant.
Retiens, retiens ces mots écrits par une mère :
On ne peut être heureux, ami, qu'en travaillant.
Marche donc, mon Albert, dans ta route nouvelle;
Gravis avec courage un détour sinueux.
Ne te rebute pas, et pour prix de ton zèle
Au bout tu trouveras des trésors merveilleux.
Cultive ton esprit; que l'étude l'élève,
Le rende bon , sensible à la voix du malheur;
De folles passions repousse le vain rêve,
Que la vertu toujours vienne guider'ton coeur.
La vertu, sache-le, c'est le bien qui nous verse
Des plaisirs que jamais n'empoisonne l'orgueil;
2.
— te
Entre le ciel et nous c'est un divin commerce;
C'est un phare indiquant au pilote recueil.
A MADEMOISELLE 0. P.
A MADEMOISELLE 0. P.
« Ne nous énervons pas dans la mélancolie, »
Me dites-vous sans cesse, assise à mon côté.
« Il est doux d'être au monde, et c'est pure folie
« De voir ton avenir sombre et désenchanté.
« Tout n'est pas mort pour toi. La nature, ta mère,
« T'offre un suprême asile, elle t'ouvre ses bras,
« Te montre ses beautés sans voile ni mystère;
« Et l'homme trop heureux, lui, ne les comprend pas.
« Aspire, mon enfant, cette brise embaumée
« Qui vient nous caresser, rasséréner le coeur,
— 22 —
« Et quand ton âme encor d'amour est parfumée,
« Apprends à mieux goûter les dons du Créateur.
« La vie est un bienfait, un songe qui m'enivre :
« Ne viens pas assombrir un mirage enchanteur.
« Savoir se rendre heureux, crois-moi, c'est l'art de vivre :
« Repousse des désirs le philtre empoisonneur.
« Quand les airs sont si doux, la lumière si pure,
« Que le soleil couchant dore ce beau vallon ;
« Que l'oisillon gazouille et la source murmure,
« Que le laboureur chante en traçant un sillon;
« Quand la prairie au loin à nos yeux se déploie,
« Telle qu'un vert lapis tout parsemé de fleurs,
<i Et que je t'aime, amie! oh! dis-moi que la joie
« Va rentrer en ton âme et chasser tes frayeurs.
« Quand le ciel, ma Louise, en ces jours nous rassemble,
» Oublions tous nos maux, bravons les coups du sort.
— 23 —
a Prions, résignons-nous et savourons ensemble
« Les saintes voluptés que Dieu donne au coeur fort. »
Ainsi vous ranimez mon âme défaillante,
Calmez le flot amer qui gronde dans mon coeur,
Rallumez de mon art la flamme vacillante,
Et m'inspirez encore un hymne de bonheur.
A MADAME C
A MADAME C.
Comme tu nous donnas de l'amour maternel
Le plus touchant exemple, en ce moment cruel
Où semblait vaciller la fragile existence
De ta fille chérie, en proie à la souffrance !
Comme tu lui cachais tes pleurs silencieux,
Pour la bercer encor de chants mélodieux!
Quand, tremblante d'effroi, tout ton sang dans tes veines
Se glaçait, tu savais dissimuler tes peines;
Et sans jamais faiblir sous ta pesante croix,
Tu gardais sur tes traits et jusque dans ta voix
Une feinte assurance. Apanage sublime
D'un effort surhumain que Dieu lui-même anime!
Au lit de ton enfant veillant seule toujours,
0 mère! tu comptais les ans, les mois, les jours.
Lorsque tu la voyais, s'inclinant sur sa tige,
De l'avenir encor caresser le prestige,
Et de sa frêle main former de belles fleurs,
Tu refoulais alors d'indicibles douleurs.
0 mère! tu craignais que, du ciel fiancée,
Par elle-même ainsi sa couronne tressée,
Sa belle âme quittât notre triste séjour
Pour reprendre son vol vers la sphère d'amour !
Appréhendant ainsi l'heure du sacrifice,
Ta lèvre but entier le plus amer calice.
Lorsque tu vis ses yeux cernés par la douleur,
Son visage amaigri, ses lèvres sans couleur;
En pensant que la mort couvait cette pâture,
— 29 —
Un cri sublime et saint fut ton divin murmure.
Ce cri perçant le ciel, Dieu daigna ranime
Celle qui nous apprend maintenant à l'aimer.
LA GIROFLÉE DES MURS.
EN ENVOYANT UNE GIROFLÉE DES MURS.
Modeste giroflée, habitante des ruines,
0 toi que chaque jour je rencontre en chemin,
Toi dont l'amour vivace a de telles racines
Qu'il pénètre la pierre et germe dans son sein;
Amante des donjons, âme méditative,
Qui te plais, comme moi, sous de sombres arceaux,
Où le vain bruit du monde à peine nous arrive,
Tel qu'un vague soupir montant du sein des flots;
De mon attachement toi le fidèle emblème,
34
Pars, va près de ma soeur lui murmurer ceci :
Que véritablement et pour toujours je l'aime,
Que pour te parler d'elle, oh! je m'isole aussi.
LA FIEVRE.
LA FIEVRE.
Je rêvais éveillée. Oh ! sublime folie !
Sous le reflet brillant d'un magique lointain,
Mon âme entrevoyait de l'éternelle vie,
Des saintes voluptés le prestige divin.
Un ange, me prenant sur ses ailes dorées,
Bientôt vint m'enlever de mon triste séjour,
Fit entendre à mon coeur des notes adorées,
M'entretint doucement de son mystique amour.
« Sur ton aride sol laisse tomber ta chaîne ;
« Avec moi, me dit-il, dans ma belle cité
« Viens ; dans ce doux Éden, toujours l'âme est sereine;
— 38 —
« Viens respirer enfin l'air de la liberté.
« Mon asile est plus beau que toute la nature,
« De festons verdoyants nos chemins sont parés,
« Et les sens sont bercés par un divin murmure :
« Le chant harmonieux des esprits éthérés.
« L'âme de mille fleurs dans les airs est semée,
« Le génie et l'amour se plaisent parmi nous;
« Pour ces âmes de feu notre vallée aimée
« Seule a des charmes purs, mystérieux et doux. »
Mon ange, poursuivant son vol léger, rapide,
De ses deux ailes d'or agitait mes cheveux,
Du souffle parfumé de son baiser humide
Rafraîchissait mon front qui bouillonnait de feux.
Parcourant avec lui les champs de son empire,
Je vis les Chérubins, dans leurs riants berceaux,
M'accueillir en chantant, tendrement me sourire,
Jeter sur mon chemin des fleurs et des rameaux.
Marchant, marchant toujours de miracle en miracle,
Je vis se dessiner un splendide palais;
— 39 —
Puis, franchissant le seuil d'un sacré tabernacle,
Des délices des saints je savourai la paix.
Du grand livre éternel je tournai chaque page,
J'épelai chaque mot d'un langage divin,
Je compris de mon Dieu le magnifique ouvrage,
Je connus les secrets du sublime écrivain.
Alors dans ma pensée, à cette heure suprême,
Surgirent des transports enivrants, inconnus;
Mon âme, concevant tout le plan d'un poëme,
Dans les airs exhala ses accents ingénus.
Reine aux charmes puissants, la belle Poésie
Parut, et me tendant ses fertiles pinceaux,
Elle-même humectant ma lèvre d'ambroisie :
« Travaille, me dit-elle, et rends ces beaux tableaux. »
Sous ses regards brûlants, près de cette âme pure,
D'un magique pouvoir tout à coup pénétré,
Mon esprit, s'essayant, par sa chaude peinture
Rendit tout le brillant de ce séjour sacré.
Et, pendant mon travail, ma divine maîtresse
De sa lyre tirait des sons harmonieux-,
— 40 —
Mon coeur, épanoui d'une céleste ivresse,
Se croyait pour toujours un habitant des cieux.
A l'heure du repos, sur ma couche d'ivoire,
Les décentes Vertus vinrent me déposer;
Mon ange me berça par des songes de gloire,
Mais tout s'évanouit dans un dernier baiser!
LE TEMPS.
LE TEMPS.
0 toi que jamais rien n'arrête,
Toi dont l'impassibilité
Dans ta marche toujours te prête
Même pas, même égalité;
Tu viens briser nos espérances,
Nous enlever tous nos bonheurs,
Et, sans pitié pour nos souffrances,
Prolonger autant nos malheurs!
Tous ces beaux jours qui s'amoncellent
Dans ton gouffre toujours béant,
Ces hommes qui par toi chancellent
Retourneraient-ils au néant?
Si par toi la vile matière
Tombe en lambeaux, tombe en débris;
Si nos corps volent en poussière,
Que fais-tu de nos purs esprits?
Cette âme qui pressent, devine
De Dieu les suprêmes splendeurs,
Cette essence toute divine
Échappe-t-elle à tes fureurs?
Prévoyant, lorsque tu moissonnes,
Tu vas semant de l'autre main ;
Mais ces épis que tu nous donnes,
Tu les reprends le lendemain.
Pour tes voracités cruelles
Ce n'est pas assez des fruits mûrs;
— 43 —
Tu coifpes les plantes nouvelles
Et les fleure aux calices purs.
Oui, la vierge timide
Et l'enfant au berceau,
Sous ton souffle perfide ,
Descendent au tombeau.
Tes satellites en escorte,
Les heures vont se succédant;
Et chacune à son tour emporte
Un grain du sablier mouvant. ■
Faisant ainsi la guerre au monde,
Sans jamais prendre de repos,
Dans ton interminable ronde
Tu jettes tes mortels pavots.
Tu brises sceptres et couronnes,
Partout régnant en souverain,
Au riche, au malheureux tu donnes
Le même serrement de main!
Mais, si sur sa route
Certain te redoute,
Temps, sois deux fois roi,
Et triomphe encore :
Un autre t'implore
N'espérant qu'en toi!
AU PRINTEMPS.
AU PRINTEMPS.
Descends, joli printemps, de ton char merveilleux;
La nature t'a fait un lit frais et moelleux.
Viens voir la marguerite en collerette blanche
Fleurir sur ton chemin ; la fidèle pervenche
T'attend dans le taillis ; une autre fleur plus bas
Au bord de l'eau murmure : Oh, ne m'oubliez pas !
Dans l'ombre il est encore une amante voilée,
Que les honneurs royaux même n'ont pas troublée;
Qui jamais ne provoque un regard indiscret,
Et de son tendre amour sait taire le secret :
— 50 —
C'est l'humble et douce fleur, la chaste violette
Abritant ses vertus clans sa verte retraite.
Printemps, pénètre encore au plus épais des bois :
Bientôt les doux accents d'une timide voix
Viendront te caresser; car le muguet aspire
A ton plus pur amour; aussi vais-je te dire :
Apprends à distinguer sa grâce et sa candeur
Et d'un coeur innocent respecte la pudeur.
Pour toi toutes les fleurs, belles et rajeunies,
Reprennent leur parure, et, de joie éblouies,
Pour fêter ton retour et la saison d'aimer,
Par leurs attraits divers cherchant à te charmer,
Dans une douce ivresse agitent leurs corolles
Et répandent dans l'air leurs suaves paroles.
Dès l'aube entends encor ces chants mélodieux
Qui vibrent dans mon coeur comme un écho des cieux
Tout gazouille et bruit dans les vertes charmilles;
— SI —
Car les petits oiseaux s'assemblent en familles,
Et pour te saluer s'exercent tour à tour
A redire à l'envi leurs plus beaux chants d'amour.
Lui-même, le buisson, heureux de ta présence,
De l'aubépine prend la robe d'innocence;
La brise en folâtrant enseigne au peuplier
Un chant doux qui bientôt lui devient familier.
L'arbre, la fleur, l'insecte, et l'herbe dans la plaine,
Tout palpite, printemps, sous ta tiède haleine.
Mon coeur aussi, sentant un mouvement profond,
Secouant du chagrin le lourd manteau de plomb,
Comme l'oiseau captif qui sort de sa volière,
Sous ton aslre renaît, plane dans la lumière;
Des champs de l'infini prenant le grand sentier,
Dans un hymne d'amour s'exhale tout entier.

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