Revue des Deux Mondes novembre 2015

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Grand entretien avec Umberto Eco : « La France a subi un choc qu’elle n’a pas digéré »

Umberto Eco évoque son amour de la littérature française et sa fascination pour le Moyen Âge qui, d’après lui, offre de nombreuses correspondances avec l’époque contemporaine. Fervent défenseur de l’Europe, il voit dans l’éducation et la culture des moyens de cimenter les peuples et de lutter contre les fondamentalistes. « Mais l’éducation peut prendre deux cents ans... »

Dossier : L’héritage Robespierre, terrorisme intellectuel, soupçon, complot

Entretien avec Jean-Luc Mélenchon : « Le Parti de gauche est l’héritier de Robespierre »

Passionné par la période révolutionnaire, Jean-Luc Mélenchon défend bec et ongles Robespierre, « le sujet qui gratouille ». Faire de l’Incorruptible l’étendard de la violence est, pour lui, une aberration ; son influence est très prégnante sur le Front de gauche et sur d’autres courants politiques actuels. Robespierre appartient à notre identité républicaine.

« Robespierre n’a pas eu lieu. Anatomie d’un cerveau reptilien » par Michel Onfray


Pour Michel Onfray, la vie de Robespierre se résume à un seul objectif : venger une humiliation adolescente. Le philosophe dresse un portrait peu amène du personnage, auteur de nombreux massacres, comme semblent l’oublier ses admirateurs. « On peut certes être robespierriste... Mais pourquoi diable les dévots de cette secte veulent-ils absolument passer sous silence la dictature de leur héros ? »

« La France et l’esprit révolutionnaire » par Ran Halévi


Si la Terreur, l’idéologie révolutionnaire et le jacobinisme ont largement été étudiés, il n’en est guère de même pour l’esprit révolutionnaire. Ran Halévi comble cette lacune en définissant ses origines et ses caractéristiques.

« La Terreur, une passion française » par Frédéric Mitterrand


Frédéric Mitterrand se demande pourquoi la Terreur, autrement dit l’appel au meurtre, bénéficie d’une telle indulgence en France.

Et aussi : Robert Kopp, Lucien Jaume, Thomas Branthôme, Hippolyte Taine, Marin de Viry


Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782356501202
Nombre de pages : 200
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Sommaire|NOVEMBRE 2015
Éditorial  | La faute à Robespierre ?
 › Valérie Toranian
Grand entretien
 | Umberto Eco. « La France a subi un choc qu’elle n’a pas encore digéré »  › Franz-Olivier Giesbert et Valérie Toranian
Dossier | L’héritage Robespierre
 | La France et l’esprit révolutionnaire
 › Ran Halévi
 | Jean-Luc Mélenchon. « Le Parti de gauche est l’héritier de Robespierre »  › Valérie Toranian et Sophie Bernoville
 | Robespierre n’a pas eu lieu. Anatomie d’un cerveau reptilien  › Michel Onfray
 | « La faute à Rousseau » ?
 › Robert Kopp
 | Robespierre et l’Être suprême, ou de l’usage du religieux en révolution  › Lucien Jaume
 | Robespierre face à la Terreur
 › Thomas Branthôme
 | Psychologie de l’Incorruptible
 › Hippolyte Taine
 | La Terreur, une passion française
 › Frédéric Mitterrand
 | Un déjeuner de travail
 › Marin de Viry
Études, reportages, réflexions
 | Quand le dragon s’essouffle, il plie mais ne rompt pas  › Marc Ladreit de Lacharrière
 | Russie, Chine et Amérique : un triangle dangereusement déséquilibré  › Renaud Girard
me  | M Vigée Le Brun, grande peintre parmi les grands  › Eryck de Rubercy
 | Les hommes intéressants épousent souvent des femmes étranges  › Marin de Viry
 | La COP 21 sera-t-elle à la hauteur de l’urgence climatique ?  › Annick Steta
 | Jacques Abeille : un dédale littéraire
 › Laurent Gayard
 | Littérature romande et identité nationale
 › Robert Kopp
 | Les 70 ans de la « Série noire »
 › Olivier Cariguel  | Journal  › Richard Millet
Critiques  |Livres– Foucault en « Pléiade »  › Michel Delon
 |Livres– Roland Barthes a 100 ans !  › Stéphane Guégan
 |Livres– Romain Rolland et Stefan Zweig s’écrivent  › Eryck de Rubercy
 |Livres– Un jounal au quotidien  › Patrick Kéchichian
 |Livres– Flann O’Brien, le saint esprit de la trinité  › Frédéric Verger
 |Livres– La France et le sens de l’histoire  › Henri de Montety
 |Livres– Kissinger et le réalisme démocratique  › Hadrien Desuin
 |Expositions– Le prisme de la prostitution  › Bertrand Raison
 |Disques– La tigresse Martha et autres pianistes  › Jean-Luc Macia
Notes de lecture
 | Jean-Paul Bled | Michel Bounan | Henning Mankell | Maylis de Kerangal | Michel del Castillo | Paul Valadier | Frédérique Leichter-Flack | Lucien d’Azay
Éditorial La faute à Robespierre ?
LDe chef jacobin de la grande Terreur est-il un « accident » de la Révolution ou son ites « Robespierre » à un Français et le voilà qui s’enthousiasme ou qui se fâche. essence même ? Son discours sur l’homme nouveau, les ennemis qui menacent la patrie, les traîtres qui la poignardent, et l’exemplarité de la vertu au nom de laquelle il faut bien, hélas, accepter quelques « sacrifices » est-il légitime ou a-t-il servi à fabriquer des Staline et des Pol Pot ? Michel Onfray dénonce la fascination dont Robespierre est encore l’objet. « Il existe toujours des adorateurs de ce serpent qui disait parler pour le peuple afin de mieux l’envoyer à l’échafaud, pour son bien, bien sûr, au nom, évidemment, de ce qu’il appelait la vertu… » Alain Badiou en est l’héritier, poursuit le philosophe, tout comme « Slavoj Zizek[qui] écrit : “Notre tâche aujourd’hui est de réinventer une terreur émancipatrice” ». Mais pour Jean-Luc Mélenchon, « faire de Robespierre la matrice de toutes les dictatures est une aberration historique totale. La violence est partout dans la Révolution, il n’y a pas de gentils et de méchants ». Les germes de l’Incorruptible sont enfouis au plus profond de notre inconscient politique collectif. Faire de celui qui exprime des doutes ou des nuances un ennemi pire que l’adversaire dont il fait secrètement le jeu même s’il s’en défend, voilà du Robespierre ! Certes, le terrorisme intellectuel n’envoie personne à la guillotine mais le débat d’idées en est toujours la première victime. Ran Halévi interroge l’esprit révolutionnaire, « compagnon de route de notre roman national », non réductible à un système de pensée, et « instrument privilégié de cette machine à fabriquer de l’ennemi au nom de la pureté des principes ». « Ce qu’il y a d’infernal dans cette logique de l’ami et de l’ennemi, poursuit-il, c’est qu’elle fait naître des sentiments – et des soupçons – tout à la fois irrépressibles, indémontrables et irréfutables. » Pourquoi cette indulgence, en France, demande Frédéric Mitterrand, envers « la fureur populaire » ? Pourquoi « la haine de classe et le mépris de l’individu » ? La Révolution est un bloc, disait Clemenceau. La pensée l’est tout autant. Discuter, réformer, proposer des compromis raisonnables ? Impossible. Les girondins, nos sociaux-libéraux, ont perdu la Révolution et la bataille des idées. On préfère camper sur des positions idéologiquement incontestables. Qu’avons-nous fait des Lumières, de leurs philosophes et surtout de Rousseau, dont on dit que leContrat socialétait le livre de chevet de Robespierre ? Pour Robert Kopp, « ce n’est pas Rousseau qui a fait la Révolution mais la Révolution qui a fait Rousseau ». Et de Rousseau à Robespierre, « la distance est celle qui sépare l’utopie de la réalité ; pour Robespierre il s’agit de conquérir le pouvoir et de le garder ; sous cet angle, il est plus proche de Machiavel que du citoyen de Genève ». Umberto Eco, invité de ce numéro, n’a pas la passion de la Révolution mais du Moyen Âge, qu’on dit injustement obscur alors qu’il a vu naître la ville démocratique, la banque, le crédit et le chèque ! Il croit que la culture et l’éducation viendront certainement à bout des fondamentalistes de notre époque. « Mais l’éducation peut prendre deux cents ans… Si nous ne sommes pas là pour voir le résultat, tant pis.
L’histoire n’a que faire de notre petite personne ! » Et toc !
Valérie Toranian
GRAND ENTRETIEN
 | Umberto Eco. « La France a subi un choc qu’elle n’a pas encore digéré » Franz-Olivier Giesbert et Valérie Toranian
« LA FRANCE A SUBI UN CHOC QU’ELLE N’A PAS ENCORE DIGÉRÉ »
› Entretien avecUmberto Ecoréalisé parFranz-Olivier Giesbert et Valérie Toranian «Umberto EcoÀ cause de Gérard de Nerval ! J’avais 20 ans la première fois que je Revue des Deux Mondes – LaRevue des Deux Mondes occupe une place particulière dans vos souvenirs… me suis rendu à Paris. C’était la première ville étrangère que je visitais à une époque – l’immédiat après-guerre – où on voyageait peu. Deux choses m’ont frappé à Paris : les couples qui s’embrassaient dans la rue – en Italie, ils auraient été immédiatement arrêtés – et les gens qui lisaient dans le métro. Je me suis donc mis en quête d’un livre facile à garder à la main, à lire durant mes trajets, et j’ai trouvé une petite édition de Sylvie, de Gérard de Nerval. Je suis immédiatement tombé amoureux de ce texte. Je l’ai lu et relu au moins quarante fois depuis, j’en ai fait le sujet de séminaires à l’université en Italie, aux États-Unis et même rue d’Ulm à Paris, jusqu’au jour où j’ai décidé de le traduire. En tant que collectionneur de livres anciens, j’ai cherché le volume de laRevue des Deux MondesNerval avait publié où Sylvie pour la première fois et j’ai fini par trouver, telle une relique, le tiré à part relié.
Revue des Deux Mondes – Pourquoi cette passion pour ce livre ?
Umberto Ecoun livre extraordinaire, de peu de pages mais d’une grande C’est profondeur. La grande habileté de Nerval repose dans sa façon de brouiller les repères spatio-temporels du récit. Chaque relecture devient ainsi l’occasion de nouvelles découvertes. J’ai évidemment fait mon pèlerinage aux étangs de Loisy, mais sans toutefois visiter la maison de Sylvie, le lieu était devenu trop touristique. En traduisant la nouvelle, j’ai découvert une chose que je n’avais pasUmberto Eco est décelée pendant des années de relecture : dans les scènesprofesseur oniriques, des vers, des alexandrins, des hémistiches sontuniversitaire, mêlés au texte de façon discrète, subliminale. Seule la lectureessayiste, écrivain. Il à voix haute permet de s’en rendre compte. La traduction deest notamment ses vers fut un défi fantastique. La différence de langue ne mel’auteur duNom de la permettait pas une transposition exacte des vers, mais je meRose(Grasset, suis appliqué à ce qu’il y ait, comme dans le texte de Nerval,1982), duPendule de seize vers en italien dans la page où il y en avait seize enFoucault(Grasset, français. À un endroit différent, certes, mais pour tenter de1990) et deNuméro produire le même effet.zéro(Grasset, 2015).
Revue des Deux Mondes – Parmi vos passions pour la littérature française, on compte aussi Alexandre Dumas...
Umberto EcoEt bien d’autres. Ma grand-mère, femme sans éducation mais lectrice farouche, me donnait tout à lire. Je me souviens avoir lule Père Goriot à l’âge de 12 ans. AvecCyrano de Bergerac, ce sont les deux livres cultes de mon enfance, de mon adolescence. Les autres sont venus après : Huysmans, notamment. Je pourrais écrire mieux que Houellebecq sur Huysmans !
Revue des Deux Mondes – Pourquoi Huysmans ?
Umberto Eco Il m’a fasciné. Pendant ma dernière année de lycée, on nous avait demandé de disserter sur un ouvrage de la littérature étrangère – un domaine peu abordé au niveau du lycée à l’époque. Sans trop savoir pourquoi, j’avais choisi le symbolisme avec Baudelaire, Mallarmé… C’est à cette occasion que j’ai entendu parler de Huysmans. Ce n’est pas un hasard si j’habite place Saint-Sulpice. Peut-être est-ce à cet endroit que se trouvait autrefois le bordel des chanoines de Saint-Sulpice, avec sa façade très étroite, très coquette.
Revue des Deux Mondes – Comment serait votre Huysmans par rapport à celui de Houellebecq ?
Umberto EcoIl n’y a pas matière à faire de comparaison. Huysmans fait partie de la narration de Houellebecq et en cela, il m’a intéressé. Ou bien Houellebecq parle de Huysmans ou bien il baise.[Rire.]
Revue des Deux Mondes – Son héros ne baise pas tant que ça dansSoumission (1)…
Umberto Eco Il faut baiser dans la vie et pas dans les romans. Si on baise trop dans les romans, ça veut dire qu’on ne baise pas assez dans la vie. C’est valable pour tous les auteurs. Alessandro Manzoni écrit dans un des passages méta-narratifs des e Fiancés– un grand roman du XIX italien – : « Dans ce livre je n’ai pas mis tellement d’amour, il y en a trop dans la vie pour en mettre dans les romans. » Il parvient à décrire en trois mots l’histoire terrible d’une nonne séduite : elle reçut un billet et « la malheureuse répondit ». Fin ! On imagine tout ce qui se passe ensuite, sans nul besoin de le raconter. C’est un coup beethovénien.
Revue des Deux Mondes – Vous allez publier un recueil de textes consacrés au Moyen Âge. Cette période vous a-t-elle toujours fasciné ?
Umberto Ecoy a des personnes qui ne pensent qu’au mont Blanc et à leur Il prochaine ascension. D’autres qui pensent au Moyen Âge ! On ne discute pas des goûts et des couleurs. J’ai été le premier à faire un compte rendu dela Civilisation de l’Occident médiéval de Jacques Le Goff(2), en Italie du moins. Nous sommes, par la suite, devenus de très bons amis. Nous avons voyagé ensemble en Chine. À l’Académie universelle des cultures, nous formions un trio : Jacques Le Goff, Jorge Semprun et moi. Nous en avons ensemble rédigé la charte(3).
Revue des Deux Mondes – Selon vous, le Moyen Âge serait comme notre enfance, à laquelle il faudrait toujours revenir...
Umberto Eco La période médiévale porte en elle les racines des États nationaux tels que nous les connaissons, en particulier pour la France. Si vous allez dans une librairie, le nombre de livres sur le Moyen Âge l’emporte largement sur ceux traitant de la Renaissance ou du baroque. La France acte sa naissance au temps des cathédrales au Moyen Âge. Que la langue italienne naisse avec Dante à cette époque n’est pas un hasard. Le monde moderne prend ses racines dans le Moyen Âge. Le reste a été apporté par les Grecs et les Romains, mais c’est une autre civilisation.
Revue des Deux Mondes – Cette période compréhension du monde contemporain ?
contient-elle
des clés pour la
Umberto EcoDans mon essaiÉcrits sur la pensée du Moyen Âge(4), je souligne
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