5e Prix littéraire de l'Institut de La Tour

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5e Prix littériare de l'Institut de La Tour

sous le parrainage de Jean-Christophe Rufin, de l'Académie française



Rêveurs et globe-trotters, les jeunes talents de ce 5e Prix littéraire nous transportent loin des rivages connus et des certitudes... Avec une liberté et une ingénuité parfois désarmante, ils nous conduisent au gré de leur plume à travers les continents et les époques.

Contes, nouvelles, poèmes, lettres : nos jeunes écrivains s'emparent de tous les genres pour aborder des questions existentielles - le sens de la vie, celui de la mort - et évoquer ce qui touche : l'enfance, l'origine, la relation à autrui.

Pour peu que le lecteur sache se laisser porter par le plaisir des mots, l'espace de la page lui offrira le plus authentiques des voyages en Terre de Littérature.

Publié le : jeudi 1 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782955212011
Nombre de pages : 122
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Plumier d’or et coup de cœur e du jury pour le niveau de 4
Liu Bao et la perle nacrée Un conte chinois e Ombline Garreau de Labarre (4 1)
L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un jeune homme, Liu Bao, et d’une perle nacrée magique qui changea sa vie. Cette histoire se déroule dans la Chine ancienne et va nous montrer comment nos actions peuvent avoir une véri-table influence sur nos propres vies. Écoutez… Il y a très, très longtemps, tout là-bas au fin fond de la Chine, tout près des boucles du fleuve Huang He, vivaient pauvrement une mère et son fils. Cette femme, qui s’appelait Jingting, était déjà bien avancée en âge et était veuve depuis plusieurs années. Elle ne craignait pas le travail besogneux et éreintant des rizières, parfois sous un soleil brûlant, parfois sous une pluie violente lors de la mousson. Son fils unique, Liu Bao, qui était quelqu’un de bien-veillant, souffrait silencieusement de voir sa tendre mère, celle qui lui avait donné la vie et tant d’amour pendant toutes ces années, s’amenuiser jour après jour par manque
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de nourriture et par la fatigue qu’occasionnait ce travail acharné. Liu Bao, pour lui apporter une aide, était quant à lui bouvier ; il gardait les bœufs des villageois aisés de son village. Un jour, alors qu’il conduisait les bœufs dans les mon-tagnes, il s’arrêta au bord d’un lac. Il se mit à méditer et regarder les grues cendrées venues de lointains pays se poser sur le rivage pour profiter de l’été. En respirant les parfums des semences de fleurs et de fruits, en écoutant la musique de l’été naissant et en admirant toutes ces couleurs cha-toyantes, une évidence lui vint à l’esprit : « Je dois prendre notre destin en main comme Père n’est plus là, et mener nos vies vers un jour meilleur ainsi que le font ces grues lors des changements de saison. Mais que faire ? » En écoutant les gazouillis des oiseaux, une profonde tristesse envahit toutes les cavités de son cœur. Bien vite, il se ressaisit et reprit le chemin des montagnes. Alors qu’il atteignait la cime avec ses bœufs, Liu Bao sentit soudain comme un souffle dans son dos. Il se retourna et, quelle ne fut pas sa stupéfaction, lorsqu’il se retrouva en présence d’un génie ! Saisi par cette rencontre, il n’oublia pas de le saluer avec politesse. — Je suis le génie des montagnes. J’ai entendu tes pen-sées, je veux te dire que tes peines auront leur fin. Je vais t’aider car ton âme est pure, ta volonté de changer ton destin est forte et tu ne manques pas de courage, dit le génie. Liu Bao resta bouche bée mais écouta bien ce que le génie lui demandait : — Nourris-toi seulement de pétales de fleurs, pratique la vertu et prends ce cerf-volant en forme d’oiseau, tu voya-
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geras dessus. Il t’emportera au-delà du fleuve jaune, qui naquit dans les hautes montagnes, et des monts du Kulun dans la province de Qinghai, là où vivent les dieux. Il te conduira jusqu’au dragon aux ailes et aux écailles dorées. Le génie rajouta : — Pars à la recherche de la perle nacrée magique. J’ai entendu dire que ce dragon avait perdu son œil jadis et mis la perle qu’il avait dans sa bouche à la place. C’est elle qui lui donne son apparence et ses pouvoirs magiques. Demande-la-lui et rentre vite chez toi car ta mère s’épuise chaque jour davantage. Cette perle changera votre vie si tu réussis à l’obtenir. En entendant ces paroles et nourri d’espoir, Liu Bao sentit des larmes d’émotions couler de ses yeux. — J’accepte cette mission avec honneur. Il remercia le génie qui disparut aussi rapidement qu’un souffle. Alors que Liu Bao enfourchait le cerf-volant, les larmes versées glissèrent dessus et le firent s’envoler magiquement dans les nuages. Il survola longtemps des saules et des peu-pliers, paradis des carpes, des hérons et des canards sauvages puis des forêts de mûriers. Il survola aussi un peu plus loin le pays des Yaos puis arriva enfin au lac du dragon aux ailes et aux écailles dorées. Le cerf-volant déposa le jeune homme au bord. Liu Bao se demandait comment il allait trouver ce dragon… lorsque celui-ci surgit soudainement de l’eau et se dressa en soufflant de la vapeur par les naseaux. — Que cherches-tu, jeune mortel ? demanda le dragon. Liu Bao ressentit immédiatement de la bienveillance venant de ce dragon merveilleux et lui confia la raison de sa venue. En retour, le dragon lui raconta la manière dont il
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avait perdu son œil, lors d’un terrible combat : depuis, celui-ci gisait au fond du lac. — J’ai mis ma perle à la place de mon œil mais, avec un seul œil, je ne peux retrouver celui que j’ai perdu au fond de ce lac profond et sombre. Si tu m’aides à le retrouver, je te donnerai ma perle, affirma le dragon à Liu Bao. Sitôt dit, sitôt fait… Le jeune homme grimpa sur le dos du dragon et ils plon-gèrent ensemble dans les profondeurs du lac. Ils cherchèrent pendant de longues minutes et cherchèrent encore. Liu Bao fit signe au dragon de remonter à la surface. Grâce à son œil avisé de bouvier, il l’avait trouvé ! — Tiens, dragon, voici l’œil que tu avais perdu, s’ex-clama Liu Bao en le lui tendant. — Je te remercie, jeune mortel, sans mon œil je n’étais plus rien ! Voici ma perle nacrée, je te la donne pour te ré-compenser de tes efforts. Prends-en soin car elle est magique. Grâce à ton espoir et à ton courage, tu l’as vraiment méri-tée ! Elle va changer ta vie et celle de ta mère que tu chéris, comme tu as changé la mienne en retrouvant mon œil, lui répondit le dragon. Liu Bao remercia celui qui était devenu son ami, prit la perle nacrée magique et la mit dans le pochon en cuir qu’il avait autour de son cou. Ils se saluèrent avec sincérité et Liu Bao reprit le chemin du retour vers son village avec une certaine légèreté dans son cœur. Tout lui paraissait beau pendant son voyage, du haut de son cerf-volant… En arrivant chez lui, il ne trouva pas sa mère qui était une fois de plus en train de travailler dans les rizières à cultiver le riz qui allait les nourrir.
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Fatigué par un si long voyage, il décida de se reposer sur son lit. Il déposa à côté de lui la perle nacrée magique qu’il avait gagnée par ses efforts dans le lac. Il pensa à son cher ami, le dragon, et s’endormit en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir faire de ce cadeau qui allait changer sa vie… À son réveil, une chose extraordinaire était arrivée, la magie avait opéré. La perle s’était transformée… Une mer-veilleuse jeune fille était allongée à ses côtés. Des cheveux noirs de geai encadraient avec beauté son visage et sa peau semblait nacrée. — Je m’appelle Yugong, dit-elle en ouvrant les yeux. Liu Bao tressaillit d’allégresse et de bonheur à ses paroles. Il la prit par la main et l’emmena la présenter à sa mère dans les rizières. En chemin, toutes les plantes que Yugong tou-chait fleurissaient, tous les arbustes qu’elle effleurait gran-dissaient et tous les arbres qu’elle frôlait donnaient des fruits instantanément. Liu Bao et sa mère n’en revenaient pas, c’était tout simplement merveilleux, tout simplement magique ! Ce jour-là mit fin au malheur de cette famille qui ne manqua plus jamais de nourriture mais qui pour autant ne gaspilla pas et partagea avec les pauvres. Leur maison fut toujours généreusement fleurie et embaumait mille parfums. Il ne manquait plus que des gazouillements d’enfants ce qui ne tarda pas car Liu Bao épousa Yugong ; ils vécurent très heureux et eurent beaucoup d’enfants… à la peau nacrée. Celui dont la pensée va loin ne verra pas ses ennuis de près. Telle pourrait être la morale de cette histoire qu’un sage chinois racontait voilà plus de cent ans.
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