A chaque jour son histoire (Tome 1)

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Trois cent soixante-cinq jours dans l’année.  Chaque jour est un anniversaire. Un homme meurt, un autre naît. Une bataille a lieu, ou, la sortie d’un film, d’une pièce de théâtre. Un écrivain sort un livre, un artiste une chanson. Une histoire d’amour commence, une autre se termine…  Pendant une année, chaque jour, j’ai écrit un texte correspondant à la date du jour.  Trois cent soixante-cinq jours, trois cent soixante-cinq textes.  Des textes longs, des courts, des poèmes, des articles, des critiques, des chroniques, des portraits, des rêves, des rapports historiques. Des textes gais, légers, décalés. D’autres plus sérieux, plus émouvants, écrits avec les tripes. Des bêtises écrites en un quart d’heure. Mais aussi des textes très documentés, qui ont demandé plusieurs heures de recherche.  Voici les cinquante-neuf premiers, correspondant aux mois de janvier et février. Et rendez-vous très prochainement pour les soixante-et-un textes de mars et avril.
Publié le : vendredi 15 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026203650
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JEAN MARC BASSETTI

A chaque jour son

histoire (Tome 1)

Tome 1 : Janvier et Février

 


 

© JEAN MARC BASSETTI, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0365-0

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A chaque jour son histoire

 

Trois cent soixante-cinq jours dans l’année.

Chaque jour est un anniversaire. Un homme meurt, un autre nait. Une bataille a lieu, ou, la sortie d’un film, d’une pièce de théâtre. Un écrivain sort un livre, un artiste une chanson. Une histoire d’amour commence, une autre se termine…

Pendant une année, chaque jour, j’ai écrit un texte correspondant à la date du jour.

Trois cent soixante-cinq jours, trois cent soixante-cinq textes.

Des textes longs, des courts, des poèmes, des articles, des critiques, des chroniques, des portraits, des rêves, des rapports historiques.

Des textes gais, légers, décalés.

D’autres plus sérieux, plus émouvants, écrits avec les tripes.

Des bêtises écrites en un quart d’heure. Mais aussi des textes très documentés, qui ont demandé plusieurs heures de recherche.

L’expérience a duré un an. Chaque jour, à 0h03, allez savoir pourquoi, j’envoyais à mes deux cents abonnés la chronique du jour. Ensuite, j’allais fumer une cigarette, heureux du devoir accompli. Puis j’ouvrais mon Wikipédia à la nouvelle date du nouveau jour, cherchant ce qu’allait être l’histoire suivante…

 

Voici les cinquante-neuf premiers, correspondant aux mois de janvier et février. Et rendez-vous très prochainement pour les soixante-et-un textes de mars et avril.

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Bonne lecture.

 

 

 

 

 

JANVIER

 

 

 

 

« Un mois de janvier sans gelée

N'amène jamais une bonne année. »

 

Réveillon à Dublin

1er janvier 1760

 

 

 

La soirée bat son plein. Une soirée assez collet monté si on peut dire. Même une soirée de réveillon est quelque chose d’assez strict dans l’Irlande du XVIIIème siècle.

Pas question de croiser des gens un peu fous, coiffés de chapeaux coniques et se lançant des boules de cotillon. Non, uniquement des dames en belles robes et voilettes et des messieurs en costumes, gilets, chemises blanches et lacets en guise de cravate. Le haut de forme est également de mise.

Les vingt invités de Mark Rainsford sont tous arrivés à l’heure. Vingt heures pour le début de la soirée. Le passage vers l’année 1760 doit se faire dans la gaieté.

Le menu est festif. Plus de dix plats sont présentés ce soir. Rainsford a mis les petits plats dans les grands. Lui, habituellement reconnu pour être près de ses sous, fait table ouverte devant ses invités. Et tout ce petit monde boit et mange à n’en plus pouvoir. L’alcool fait son effet, et juste avant minuit, Mark Rainsford se lève de sa chaise. Il titube un petit peu, car il est allé fort sur la bouteille lui aussi.

Il se saisit de son verre en cristal, le verre à eau, le plus grand, et frappe doucement dessus avec la pointe de son couteau. À peine audible au début, le son emplit la pièce et le calme se fait peu à peu. Au bout de quelques minutes, l’assemblée est silencieuse et attend la déclaration du maître de maison.

« Mes amis, mes amis, commence Mark Rainsford. Je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir accepté mon invitation de ce soir.

— Ne parle pas si fort, Mark on t’entend, la pièce n’est pas si grande ! lui fait remarquer son épouse, assise à sa droite.

Mark ne tient aucun compte de la remarque de sa femme et continue avec le même timbre de voix, fort et posé.

— Avant que minuit ne sonne et que nous basculions dans l’année 1760, je tiens à être le premier à vous souhaiter une bonne et heureuse année.

— À vous aussi, répond aussitôt Lord Shuttle, assis en face de lui. Que cette année vous soit prospère, Mark, et meilleure que celle qui vient de s’achever.

— J’allais y venir Mylord. Cette année qui vient de passer a été une des pires de ma carrière. J’ai cru toucher le fond ; mais aujourd’hui, j’ai donné un grand coup de pied pour me remonter et ²je suis bien revenu. Je termine 1759 dans une prospérité que je n’espérais pas il y a un mois encore.

— Auriez-vous fait fortune aujourd’hui même ? demande Lady Gifhorn en reposant son verre.

C’est la femme du député Will Gifhorn, disparu deux ans auparavant. Elle a pris la mauvaise habitude de boire auprès de son mari et son veuvage ne l’a pas assagie. Elle est réputée pour ses scandales dans les soirées et pour son rire qui emplit les salons où elle se trouve.

— Vous ne pensez pas si bien dire Mary, répond Mark Rainsford. Il y a deux mois à peine, j’ai rencontré un jeune homme d’une trentaine d’années qui a demandé à me parler.

— Il voulait parler affaires ?

— Exactement. C’est un jeune brasseur. Il a une petite brasserie du côté de Leixlip, et il cherche à s’agrandir.

— Et il souhaite vous aider à remonter votre entreprise, reprend Lady Gifhorn. Je suis sûre que c’est là la bonne nouvelle que vous cherchez à nous annoncer. Vous allez rouvrir la brasserie de votre grand-père ! Ah ! la bonne nouvelle ! Enfin une bière blonde irlandaise qui va couler dans Dublin et que nous aurons grand plaisir à déguster.

— Il n’en est pas question Mary. J’ai tiré définitivement un trait sur la brasserie. Je n’ai ni l’âge ni l’envie de me remettre dans les affaires. J’ai plutôt l’intention de vivre les années que Dieu me donnera encore le plus calmement qui soit et en faisant le moins de travail possible. J’ai assez travaillé dans ma vie.

— Et pour quel résultat ? le coupe Mr Blend.

La réflexion est piquante et Rainsford encaisse le coup. Il est vrai que sa carrière n’a pas été des plus brillantes. On dit souvent que dans les affaires, le grand-père a l’idée et crée l’entreprise, le fils la fait fructifier et le petit-fils la coule. C’est exactement ce qui s’est passé chez les Rainsford. Mark, l’ancien maire de Dublin a fondé la brasserie de la Porte Saint James en 1701. Elle est vite devenue florissante, son fils Mark y a travaillé toute sa vie et son petit-fils, Mark à nouveau, s’en est désintéressé et l’a menée à la ruine.

— Laissez-moi continuer Blend, si vous voulez bien, et je ne vous permets pas de juger. On sait de quoi vous vivez…

Le ton est cassant et Blend plonge le nez dans son assiette. Un partout.

— Toujours est-il que ce jeune homme me fait une proposition pour l’achat de la brasserie. Je lui réponds qu’elle n’est pas à vendre. Que cette brasserie est dans ma famille depuis cinquante ans et que j’entends la conserver.

— Pour quoi faire si vous ne voulez plus brasser ? demande encore Lady Gifhorn. À quoi sert un joujou avec lequel on ne joue plus ?

— Laissez-moi continuer Mary. Je lui réponds que s’il le veut bien, je conçois à la lui louer.

— Mais elle ne vaut pas grand-chose, intervient Lord Shuttle.

— Je ne peux pas vous laisser dire ça, elle fait quand même 16 hectares. On y trouve un moulin, deux malteries, des écuries pour quinze chevaux, des greniers pour deux cents tonnes de foin et une usine de production complète. Certes pas du dernier cri, mais quand même…

— Et l’eau ? Une brasserie sans eau n’a aucune valeur.

— Justement, et c’est là que j’ai joué finement. Mon grand-père avait obtenu le droit de pomper toute l’eau de la Liffey qu’il souhaitait. Je lui ai donc proposé de lui louer le tout, bâtiments et eau.

— Bien joué. Vous le laissez remettre la brasserie en état pour un loyer modeste, et à la fin du bail, vous reprenez le tout pour le revendre dix fois le prix qu’elle vaut actuellement.

— C’est exactement ce que je souhaitais faire, mais il m’a un peu pris de court. Il m’a dit que puisque je ne souhaitais pas vendre, il entendait louer suffisamment longtemps pour que lui et ses enfants puissent continuer à vivre et travailler dans la brasserie. Il m’a dit qu’il était en train de mettre au point une nouvelle recette qui allait faire fureur, mais qu’elle n’était pas encore prête.

— Vous lui avez louée pour 100 ans ?

Les convives éclatent de rire. Qui pourrait bien avoir l’idée de signer un bail de 100 ans ? Jamais on n’a vu ça !

— Que lui avez-vous proposé ?

— En fait, c’est lui qui a pris le dessus dans la négociation, je le reconnais maintenant, mais je ne le regrette pas. Il m’a demandé combien pourrait coûter la brasserie complète si je la vendais. J’ai dit un chiffre un peu au hasard, je l’avoue. Le terrain, le stock, les installations, et surtout le droit de pompage. Environ trente mille livres, ai-je répondu. J’avoue que j’y suis allé un peu fort, je ne pense pas qu’elle vaille la moitié de ce chiffre.

Le silence se fait dans la salle. Tous les invités ont les yeux et les oreilles pendus aux lèvres de Mark Rainsford.

— Vous lui avez vendu votre brasserie trente mille livres ?

La question éclate, posée par au moins dix convives.

— Non, je ne suis pas vendeur, vous ai-je dit. Il a sorti un petit carnet, a fait quelques calculs, puis a entouré un nombre. Il a alors levé les yeux, et m’a dit : Sir Rainsford, je vous propose une somme de quarante-cinq livres par an pour votre brasserie, y compris le droit de pompage. Quarante-cinq livres, c’était plus que j’en espérais. Et il a ajouté : je vous propose un bail comme personne ne vous en proposera jamais.

L’assistance était médusée. Rainsford avait bien réussi à captiver tout le monde. Chacun attendait, son verre à la main.

— Il m’a proposé un bail de… neuf mille ans.

Silence totale dans l’assemblée. Un bail de neuf mille ans, il fallait être fou pour faire une telle proposition.

— J’ai aussitôt accepté et nous avons signé cet après-midi même, les dix premières années étant payables d’avance.

— Incroyable, hurle Lord Shuttle, vous avez réussi le coup du siècle, et en gants blancs. Cet homme va se ruiner. Personne n’est capable de remettre à flot la brasserie de St James Gate.

— Il est persuadé qu’il y arrivera. Dans trois cents ans, m’a-t-il dit, on lira toujours mon nom sur les bouteilles de bière, j’en suis certain, je ne me lancerais pas dans telle folie si je n’étais pas sûr de moi.

— Et comment se nomme cet hurluberlu aussi certain de sa postérité ?

L’horloge du salon égrène soudain les douze coups de minuit. Personne ne se lève pour se souhaiter la nouvelle année. Chacun attend la réponse à la dernière question posée.

Le silence revenu, Mark Rainsford se gratte la gorge et répond :

— Guinness, Arthur Guinness. Mais ne vous donnez pas la peine de vous en souvenir, dans deux ans, on n’en entendra plus parler ! Bonne année mes amis, Joyeuse année 1760 !!! »

 

Le 31 décembre 1759 au soir, juste avant le réveillon, Arthur Guinness, jeune brasseur irlandais signe un bail de neuf mille ans pour la location de la brasserie St James Gate à Dublin. Pour Quarante-cinq livres par an. Ce bail n’est plus valide puisque la famille Guinness a depuis racheté et agrandi la propriété. Guinness est toujours la plus grande brasserie d’Europe. L’original du bail portant les signatures d’Arthur Guinness et de Mark Rainsford est exposé au musée Guiness à Dublin.

 

Fausto et Raphaël

2 janvier 1961

 

Attention, hurle le régisseur derrière sa vitre. 5, 4, 3, 2, 1. Zéro. Générique.

Et il pointe l’index droit vers le ciel.

Le générique de l’émission tant attendue par des millions de téléspectateurs se déroule sur l’écran de contrôle et la musique se fait entendre dans la cabine.

Dans le studio, Georges de Caunes s’éclaircit la voix et chuchote quelques derniers mots à son invité qui se redresse sur sa chaise. Il semble mal à l’aise, le trac certainement.

— Attention, reprend soudain le réalisateur. 5, 4, 3, 2, 1. Zéro. Antenne.

Le présentateur vedette sourit et débute la première émission de l’année.

— Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, amies sportives, amis sportifs, bienvenue dans ce nouveau numéro de Sports Dimanche.

Le studio est décoré, il y a des guirlandes sur le bureau et quelques boules pendent au plafond. Un joli décor coloré en rouge et or, mais qui apparaitra en nuances de gris sur les écrans des télévisions.

— Tout d’abord, chers téléspectateurs, Raymond Marcillac, Roger Couderc, Léon Zitrone, Robert Chapatte et moi-même tenons à vous présenter tous nos meilleurs vœux pour cette année 1961 qui s’annonce. L’année 1960 a été riche en événements sportifs. Les jeux de Rome sont maintenant derrière nous et nous ont laissé d’excellents souvenirs. Place maintenant à la préparation des jeux de Tokyo, car il faut déjà se tourner résolument vers l’avenir.

La caméra tourne dans le studio, montrant les visages de tous les chroniqueurs présents et attendant leur tour pour présenter leur reportage.

— Mais, reprend Georges de Caunes, nous ne pouvons pas commencer l’année sans rendre un hommage tout particulier à un grand champion international que nous avons plaisir à revoir ce soir. C’est un immense honneur pour Sports Dimanche de le recevoir sur ce plateau.

La caméra se tourne alors vers un petit homme maigre aux cheveux noirs. Il semble avoir le regard dans le vague, comme s’il était là à regret.

Et le journaliste continue.

— Premier coureur à avoir réalisé le doublé Giro-Tour de France en 1949 et 1952, il a remporté cinq fois le tour d'Italie, deux fois le tour de France, cinq tours de Lombardie, trois Milan-San Remo, un Paris-Roubaix et la Flèche wallonne. Il a été quatre fois champion d´Italie sur route et trois fois champion du monde. Il a été détenteur du record de l'heure de 1942 à 1956. Et tout ceci n’est qu’un maigre aperçu de son palmarès. Nous recevons ce soir celui que le monde entier a surnommé le Campionissimo. Fausto Coppi bonsoir.

— Bonsoir.

— Fausto Coppi, vous êtes considéré comme le plus grand champion de votre génération et peut-être même le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme. Nous sommes heureux de vous recevoir ce soir. Peut-être avez-vous un petit message à adresser à nos téléspectateurs pour cette nouvelle année ?

Le champion se redresse sur sa chaise. Il cherche ses mots et commence à parler.

— Oui, je suis très heureux d’être à Paris ce soir. Je ne suis ici que pour quelques jours. J’ai passé Noël en Italie avec ma famille et je suis venu rapidement prendre l’air de la France, c’est toujours un plaisir. Bonne année 1961 à toutes et à tous.

Les journalistes sourient. Ce joli accent italien amène un peu de soleil dans le studio de la rue Cognacq Jay. Tous connaissent parfaitement le champion. Robert Chapatte le tutoie même en privé.

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