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A corps d'âme

De
134 pages
L’amour se cache parfois sous le béton. Dans la grisaille de la banlieue de Paris, une orpheline folle amoureuse d’un sans-papiers, des hommes volages et des épouses malheureuses, des chagrins d’amour qui mènent tout droit à l’asile… Mais aussi l’espoir fou de la passion qui revient toujours surprendre les personnages des nouvelles de Pascale Rabesantrana. L’univers en demi-teinte d’A corps d'âme nous parle du corps prisonnier, de l'âme oubliée ou meurtrie, de la violence des sentiments et de l’amour fou.
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Titre
A corps d’âme
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Titre Pascale Rabesandratana
A corps d’âme Les histoires d’amour fleurissent
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit, 2010 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03494-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304034943 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03495-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304034950 (livre numérique)
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AIMER…
AIMER
C’était un soir, comme tous les soirs. Un soir frileux du mois de décembre. Dehors, le béton triste enserrait les arbres dénudés. La ville s’endormait, suintante et frileuse. Les gens marchaient sur les trottoirs, pressés de rentrer chez eux et de se calfeutrer au fond de leurs canapés. Irisse vivait seule depuis bientôt quatre ans. Seule, au fond d’un petit pavillon hérité de sa grand-mère. Le quartier où elle habitait n’était pas désagréable, en bordure de la forêt, à la limite de la ville et de la campagne. Après la mort de sa grand-mère qui l’avait élevée, Irisse s’était quelque peu recluse dans la grande maison aux volets verts, toute pleine de souvenirs d’enfance. Le jardin respirait encore ses jeux et ses rires. Chaque meuble, chaque bibelot paraissait riche d’un passé mystérieux et intime. Sa grand-mère était morte une nuit en dormant, d’un simple rhume. Elle n’avait pas souffert. Elle semblait encore rêver quand Irisse l’avait trouvée là, le matin, immobile.
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A corps d’âme
Ce soir-là pourtant, Irisse s’ennuyait. Elle tournait en rond dans la grande maison. Sa quiétude réconfortante et rassurante lui pesait. Quelque chose l’appelait au dehors : un besoin d’aventure, un désir d’autre chose. Elle partit donc à la ville. Elle gara sa voiture dans le centre et marcha le long des rues. Ici tout n’était que bruit et lumière. Les couples s’enlaçaient tendrement sur les banquettes des cafés. Les réverbères éclairaient les flaques de pluie où se reflétaient les néons des enseignes. Au bout d’un moment, pétrie de froid, Irisse entra dans un bar. Elle descendit l’escalier qui menait au sous-sol. Elle déboucha dans une cave voûtée emplie de pénombre. Là, la foule se pressait autour d’un groupe de musiciens. Elle pouvait à peine respirer. Tout était sombre dans cette cave hormis la scène éclairée où les jazzmen s’en donnaient à cœur joie. Irisse chercha des yeux un siège mais il n’y en avait pas. Elle resta donc debout, au bord de la piste de danse, essayant de se coller contre un mur. Elle se demandait ce qu’elle faisait là, toute seule au milieu des danseurs déchaînés. Personne ne la voyait, personne ne faisait attention à elle. C’est alors qu’un visage surgit de l’ombre, tout près du sien. Une main la saisit et l’entraîna sur la piste. Elle se laissa guider, un peu comme dans un rêve. La musique jouait maintenant un air doux et mélancolique. Elle se
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serra un peu contre l’homme qui la tenait. Elle regarda son visage. Il était beau. D’une beauté sauvage et rude. Il la dépassait de toute sa taille et l’enserrait de ses bras. Elle se sentit réconfortée. Une chaleur l’envahit. Douceur de se sentir enfin épaulée. Désir de se reposer au creux d’une poitrine. La musique s’arrêta. Ils se regardèrent puis montèrent au bar. Là, ils s’embrassèrent longtemps. L’homme paraissait étranger. Il avait du mal à s’exprimer. Ce soir-là, Irisse ne voulut pas emmener l’homme chez elle. Après tout, c’était un inconnu. Elle préféra le suivre chez lui. Il dormait dans un hangar transformé en atelier de couture. Il travaillait et vivait là, ouvrant un lit de camp, le soir, les derniers ouvriers partis. Ils s’aimèrent au milieu des étoffes qui traînaient un peu partout, entourés de manteaux et de robes empilés sur des cintres. La nuit passa, merveilleuse. Au matin, il lui fit du café sur un petit réchaud, puis ils sortirent dans les rues, encore émerveillés par ce qui venait d’arriver. Ils restèrent ainsi de longues heures, hors du temps, illuminés par la fulgurance des instants. Irisse rentra chez elle. Passé le premier émoi, la crainte l’avait saisie. Elle se terra de longues semaines, seule, perdue. Elle ne voulait plus revoir l’inconnu. Mais l’inconnu la poursuivit. Il téléphona sans cesse, jour après jour, ne
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demandant rien, qu’un peu d’affection. Irisse le revit. Dès lors, sa vie prit un cours nouveau. Elle ne vit plus ses anciens amis, abandonna ses relations. Elle ne vécut plus qu’à travers cet homme qui s’était imposé à elle comme une évidence. Il était celui qu’elle attendait secrètement sans le savoir. Depuis son plus jeune âge, elle avait nourri des images d’homme errant, héros de télévision ou de romans d’aventure. Elle savait qu’un jour, l’un deux déposerait ses bagages devant sa porte. Il n’aurait ni ride, ni âge. Il n’aurait pas de nom. Peu importerait son passé. Il serait celui qui passe et qui s’arrête. L’homme s’installa chez Irisse, avec sa petite valise en cuir élimé. Il travaillait dur, partant tôt le matin pour revenir tard le soir. Irisse l’attendait. Le repas du soir qu’elle avait préparé était une fête. Il rentrait les bras chargés de fleurs ou de fruits. Il égayait la maison de sa chaleur et de sa force. Chaque minute passée avec lui avait un goût d’éternité. Le dimanche était parfois jour de repos. Ils prolongeaient alors leur nuit jusqu’à midi, paressant dans les draps frais, s’aimant comme des enfants. Ils allaient aussi chez des amis à lui, jouant aux cartes tout l’après-midi, mangeant des plats inconnus d’Irisse. Cette hospitalité faisait oublier à Irisse sa solitude et son isolement. En effet, ses anciens amis, presque tous avaient fui,
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