A la maison

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Emmanuel se trouve embarqué par surprise à la "Maison", un lieu qu'il apprendra à connaître peu à peu. A la "Maison", les moeurs et les habitudes sont bien singulières, et les pensionnaires organisés pour la survie...

Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 176
EAN13 : 9782748107289
Nombre de pages : 320
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A la maison
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107292 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107284 (pour le livre imprimé)
Emmanuel Le Ricque
A la maison
AUTOBIOGRAPHIE/ MÉMOIRES(NONFICTION)
« Et on ne pouvait pas dire du petit clan, image en cela de tous les salons, qu’il se composait de plus de morts que de vivants, vu que, dès qu’on était mort, c’était comme si on n’avait jamais existé. » Proust, La Recherche, Sodome et Gomorrhe C’est un peu comme si j’étais arrivé là par hasard, je garde le souvenir de rien, parcours en métro, longue course en taxi, rien, bien dû dormir ou peutêtre le train alors ? J’aimais tant les gares pourtant, je l’aurais reconnue l’odeur des trains. Je ne suis plus à Paris, vrai, mais je ne veux pas savoir où je suis arrivé. Je sais qu’on m’a tiré par la manche de mon pardessus, il faisait froid, un bonnet, on m’a fourré un bonnet de laine sur la tête et comme tout s’est mis à courir vite alors, mal à respi rer, à reprendre souffle. C’est ensuite que j’ai dormi. Il faisait bon soudain, j’ai mangé tout engourdi une soupe grasse sur laquelle nageaient de petites nouilles plates, j’arrivais à peine à les attraper, et dans la grande salle ça faisait rire les autres. J’ai baissé la tête de honte, car ils me faisaient honte d’être là avec eux.
Où suisje ? pas de réponse et c’est épuisant à la fin ces questions de situation. Je suis là où mes pieds se posent et m’y sens bien c’est tout, et quand je regarde au dehors, tête vidée, la brume couche le paysage, on y voit goutte, tout est bleu tout est gris, rien de parti culier ne se détache sinon une vieille chaîne de mon tagnes au loin. Je ne peux pas vous décrire une ma tinée si brumeuse et si habituelle, je pose mon regard sur ce qui m’entoure, oui, tout si habituel et cependant c’est une matinée joyeuse, une des plus joyeuses de ma vie. Assis à ma table de chambre jaune Formica comme j’aime prononcer tout fort ce mot : FORMICA ! FOR MICA ! assis à ma table je suis ému comme l’enfant à naître, crayon noir en main j’écris, j’écris pour la pre mière fois à la Maison ! Écrire, écrire, chose banale en soi, mais ici, à la Maison, tout est tellement autre, tout
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est tapé au marteau par des visions chaudes, tout est tra versé de courants que les esprits se mettent en branle, c’est merveille d’écrire. Depuis, je contemple la douce lumière du soleil en souriant comme si j’en étais seul bénéficiaire, car roi dans l’instant ! car soudain au fir mament de toutes les puissances terrestres et la lumière, la belle lumière, c’est de le dire maintenant une amante ralentie dans sa course par l’enveloppe nuageuse, par mes rideaux épais et jaune, une amante qui s’allonge en vagues sur tout ce qui m’entoure, qui s’allonge en bras, en ailes, et sous laquelle je suis plongé dans une demie obscurité. Alors j’ai l’impression de découvrir un autre intérieur de moi, je me sens comme entré dans une salle d’eau à l’humeur orientale, une caverne d’in certains contours, noyée dans les vapeurs de baigneuses parfumées, une forme de bazar des mille et une nuits revisité par le béton, et de voir ça, ça me fait heureux. Oui, comme je le dis je le suis. Je ris car tout autour, objets, murs, rideaux jaunes et arrangement de petit la vabo faïencé, tout cela me devient alors aussi familier que ma chambre d’enfant, celle au grand miroir. C’est elle et c’est autre chose aussi, les baigneuses bien grasses c’eut été mes voisines de plages normandes, les bains turcs une fumée épaisse de gauloise tousseuse dans un conduit de cheminée, les marches qui descendent un perron d’école à papa, une odalisque qui se retourne bien sûr l’amante des beaux jours d’été déjà tant espé rée.
Un homme à grande barbe et au sourcil en brèche, làbas dans son coin, c’est le grand Hugo ma parole ! Un pensionnaire bien ressemblant en baskets messieurs ar rangé, et quelles histoires que celles qu’il nous balance de temps à autre sur la vie parisienne à nous qui, de puis longtemps, n’avons vu le ciel de Paris, car ici, à la Maison, le monde est devenu notre histoire, et tous les amoureux de la chair tendre s’éprennent du sourire de tante Mona. Cependant, je crois surtout au bonheur
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que je ne retrouve rien de moi ici, rien de ma vie anté rieure, rien de mes amies délaissées, mais quelles amies en vrai ? Ni du moindre grain de matière organique qui comblait les jours de mon existence passée. Oui, j’ai beau écrire maintenant, je suis arrivé là et ne peux croire encore que je n’y suis né, à la Maison. Je constate mon grand nez se tient toujours debout au centre du visage, quant à cette photographie de l’église SaintAu gustin fichée avec tant de mal de chien dans mon mur, cette image fixe début de siècle vers les dixneuf cent quatorze, c’est l’oeuvre d’une humanité à bout je crois, et moi je suis, comme homme d’humanité respectable, je suis arrivé aussi à bout.
Je suis bien dans ma chambre parfois. Sa détes table couleur saumon beurre se change agréablement dans ma tête en bleu vénitien ou lazulite de bleu, enfin en choisi, si bien qu’elle devient chaleureuse par trans formation, presque accueillante et sincère, humaine, et en me remuant légèrement les méninges j’y peux re connaître quelques menus plaisirs de ma vie ici, simples mais évidents, comme l’exemple récité de me laver les pieds à l’eau froide dans le petit lavabo, de traîner pieds nus sur une descente de lit, ou de m’allonger sous l’édredon à motifs copieusement fleuris de biais, et, ainsi posé, je me dis que nous sommes quelque part bon sang et assez parlé ! Je suis ici avec l’ensemble, et si je m’en étonne encore c’est plus par le fait d’ÊTRE que d’être quelque part, bien que je me questionne aussi de la descente de lit, c’est vrai, et de ses enchevêtrements de fils de laine, de ces mariages forcés de couleurs à faire fuir les témoins, et tous ces assemblages bigarrés qui s’offrent en spectacle sur l’édredon, de l’orgie fécondante certes, mais du travail inutile et relâché du bon goût aurait dit grandmère. Le labeur que cela représente, ça me fait pitié, ça suscite une espèce de sentiment confus en moi. Je voudrais juste comprendre pourquoi, pourquoi ainsi sur un édredon ce travail
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des hommes, cette bonne volonté de bien faire, ces fils alambiqués de la laine, pourquoi ne pas simplement faire blanc, ou vivre dans l’eau, oui, pourquoi pas vivre dans l’eau ? Sans rien de nécessité fait loi, mais voilà, nous sommes poissons depuis longtemps sortis et mon petit réveil sur poste radio marque déjà 17 heures 37, ça va être l’heure de la soupe à dîner, de celle qui nous revigore notre corps de pensionnaire. Malgré cela je l’incline volontiers ce corps, ça lui donne un semblant de grâce qu’elle pense tante Mona mais elle ne sait pas que je fais ça exprès, elle pense que c’est naturel, que chez moi il y a des ascendants, elle dit, de beaux ascendants, et que dans ma chambre je pourrais installer une forme de boudoir philosophique. Je sais pas exactement ce qu’elle veut dire par là, peutêtre un fumoir, mais j’ai horreur de la fumée de cigarette. Je vois pourquoi elle pense cela, c’est à cause de Mauras notre ami commun, il est philosophe, enfin savant, et elle voudrait bien venir lui discourir les oreilles aussi dans ma chambre. Voilà, je vais bientôt chercher mes pantoufles et attendre son appel, à tante Mona, « Mon petit ! mon petit ! c’est l’heure ! », sa voix dans le couloir me rassure. Je dis toujours ce qui me rassure chez elle, en plus de sa voix de fée, ce sont ses rondeurs, d’autres lui disent ses quintaux mais je préfère ron deurs, c’est plus élégant, car elles ne disparaissent pas et ne disparaîtront jamais, pour le bien de l’humanité, comme sa gourmandise, quoique la cuisine serve sans relâche en vrais assassins des temps modernes des plats pas bien cuits ou trop rebouillis, c’est selon les lunes. Mais sa gourmandise, elle, elle est intacte, entière, impeccable ! Que c’en est une merveille dit Mauras. Lui, il nous gardera une place à sa table du réfectoire, le Mauras sacré misanthrope aussi, l’espèce de baron qui nous appelle volontiers ses enfants, mais voilà qu’il n’y a bientôt plus de place sur la feuille ma parole, c’était la première feuille. J’ai l’impression d’avoir rien dit de ma chambre, elle est belle d’un certain genre,
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